‹ La Culture française en RussieChapitre 99 sur 518 · Voir plus haut, pp. 29 et suiv · texte numérisé non relu

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d'étudiant, et rien ne prouve qu'après sa mort la bibliothèque de l'ambassadeur Kantémir soit jamais revenue en Russie1. Voltaire devançait donc les événements quand, en 1746, le jour de sa réception à l'Académie, il parlait à ses confrères du « goût naturel » qui faisait aimer leurs œuvres « dans la capitale de l'Empire le plus vaste de l'univers, dans cette ville qui n'était, il y a quarante ans, qu'un désert habité par des bêtes sauvages... »

En réalité, il y a en Russie, à cette date, les bibliothèques déjà anciennes de Matviéief et d'Ostermann2, puis celle du vicechancelier Vorontzof, dont le fonds est sans doute la collection du Journal des Savants achetée pour lui par Kantémir en 1740; elle comprend encore si peu d'œuvres littéraires que les jeunes Vorontzof sont obligés d'en emprunter au favori Chouvalof, qui, homme nouveau lui-même, ne pouvait avoir ses livres \ depuis fort longtemps. C'est seulement vers 1753 que le vicechancelier fait venir de Hollande « une bibliothèque assez bien fournie », que ses enfants compléteront, en achetant sur leurs économies, tantôt Y Encyclopédie, tantôt le Dictionnaire de Mercier, un peu au petit bonheur3; Simon Vorontzof n'a connaissance de Y Esprit des Lois qu'en 1759, par le médecin français d'un autre favori, le comte Razoumovski4. En somme, les livres de ce groupe de grands seigneurs et ceux de la grande duchesse Catherine font probablement toute l'importation dont Voltaire parlait si pompeusement5.

Sous Catherine II, il n'en est plus ainsi. Il devient de bon ton, en effet, de posséder nos grands auteurs en de somptueuses reliures; Catherine II en fait don, en même temps que d'un

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