SOL-CHOIX DU SITE ET SON ORIENTATION
Sol—Le pommier n'est jamais exigeant quant à la qualité du sol: mais il aime un terrain sec, et aéré. Il n'accepte pas de vivre dans une terre constamment humide ni de prospérer dans celle qui est trop desséchante. Le succès des plantations tient donc principalement à une question d’hygrométrie et d'aération du terrain.
Il est inutile de planter le pommier dans les endroits sourceux ou trop humides où la pluie et les eaux provenant de la fonte des neiges demeurent trop longtemps. Les terrains plats dont le sol est formé d'argile blanche ou grise en forte proportion lui sont contraires; car l'eau séjourne constamment dans leur couche supérieure, très compacte, très imperméable, et l'air n'y pénètre pas. Il est reconnu par l'expérience, que les racines du pommier ne peuvent vivre dans un tel milieu. Et ceci est très compréhensible, puisque ces terrains trop humides sont plus accessibles à la gelée. Il s'en suit qu'au printemps, la terre se trouve soulevée, ce qui cause un dessèchement des racines et tôt ou tard, amène la mort des arbres. S'ils survivent, c'est que le terrain n'est pas d'une imperméabilité absolue, mais alors, il se trouve d'une improductivité plus ou moins complète. Ils émettent des feuilles mais végètent toujours.
Quand le terrain argileux est en pente assez rapide, on obtient parfois des résultats passables, moyennant que le sol ne soit pas sourceux par lui-même, que l'argile soit au moins recouvert d'une petite couche d'humus, et que le terrain ne soit pas défoncé ou labouré profondément, car dans de telles conditions, les racines du pommier ne vivront que très rapprochées de la surface.
Si le pommier redoute à ce point l'humidité constante, il n'aime pas l'excès de sécheresse. Il vit difficilement dans les terrains où la couche du sol arable est inférieure à vingt pouces d'épaisseur et repose sur des bancs formés d'une pierre dure et compacte telle que le granit, le schiste et le gallet. Ces terrains sont très desséchants pendant l'été, et comme le pommier ne peut pas y enfoncer profondément ses racines, il souffre pendant les grandes chaleurs. A épaisseur égale, les sols granitiques sont plus favorables et plus fertiles que ceux recouvrant les schistes. La question d'hygrométrie est d’une importance capitale dans la création d’un verger permanent et si le terrain le demande, on ne devrait jamais hésiter À faire les dépenses voulues pour le drainer artificiellement. Quant à la mise en pratique des
principes qui régissent cette opération, on placera les drains dans le sens des rangs de pommiers à chaque rang ou tous les deux rangs selon le degré plus ou moins prononcé d'humidité du sol. En supposant que les arbres soient plantés À trente pieds d'intervalle les uns des autres, les drains seront distribués aussi tous les trente ou soixante picds: mais à égale distance des rangs de pommiers et non directement audessous des arbres. S'il ne se trouve pas une ligne naturelle de déversement (fossé, ruisseau) pour recevoir les eaux, l’on établira un collecteur raccordé lui-même à chaque ligne de drain et qui conduira l'eau jusqu'à la décharge.
Examinons maintenant quelle nature de sol convient le mieux au pommier. Ce qu'il préfère, c'est un sol profond, meuble ayant une épaisse et riche couche d'humus. C'est pourquoi, si on lui offre des terres de jardin il en témoigne sa reconnaissance par une végétation luxuriante et d’abondantes récoltes. Il végète assez bien dans les terres sablo-argileuses, celles que nous appelons terres jaunes, si toutefois la proportion d'argile n'y est pas excessive et qu'elles ont la perméabilité et l'égout suffisants. Il aime les terrains pierreux, voire même les terrains extra-pierreux, dans lesquels il pousse et fructifie très convenablement, dès lors qu'il s'agit de cailloux épars dans le sol ou de bancs de pierres désagrégés profondément. C'est là une faculté À retenir, car elle permet l'utilisation en verger de terrains souvent impropres à toute autre culture. Parmi les lits de pierraille dans lesquels il se plaît de préférence, nous citerons par ordre d'importance, ceux composés de schistes mous, gris ou verdâtre, de granits décomposés et de quartz. La pratique en effet, démontre qu: le sol le plus propice a la culture du pommier est celui d’origine volcanique: ces sols sont les plus riches en éléments minéraux, telles sont les terres de St. Josephdu-Lac, comté des deux-Montagnes, de St. Hilaire, de Rougemont et Abbotsford dans le comté de Rouville.
Le pommier ne réussit pas, au moins dans notre province, dans les terres fortes proprement dites. Il n’est pas nécessaire d'en chercher bien loin la cause. Un arbre pousse trop vite et trop longtemps durant notre saison si courte dans de semblables terrains et il n’a pas le temps de mûrir son bois pour l'hiver. S'il végète assez bien pendant quelques années, il meurt bientôt à la suite d'un hiver rigoureux. Nous ne conseillons jamais de planter le pommier dans des terres fortes.
Au point de vue de la qualité du fruit, le pommier est un peu comme la vigne. Quant il vit dans un terrain plat et humide, ses fruits sont plus aqueux, moins sucrés et moins parfumés que lorsqu'il occupe un terrain sec et pierreux.
Site et orientation.—Si le choix du sol est important, le choix du site et son orientation dans le verger sont encore un sujet qui demande un examen pratique, de l'attention et de la réflexion. On entend par site, l'endroit, la place, le champ proprement dit sur une terre ou l'on veut créer un verger. Le site comprend donc la topographie du terrain, c'est-à-dire son orientation vers le sud, le nord, l’est ou l'ouest. Naturellement, dans le choix du lieu , il faut tenir compte de plusieurs lacteurs dont le principal est le marché. On choisira de préférence,
î 2 L! sil » 2enatuP.! SIOTINUOU—— CC NL PNO.I 2109184 3n)1 NI, ,,9snotm . PA I
d'Oka
à l'Institut Agricole
— Pommiers “#
Fix. 45.-
un endroit où l'on puisse écouler facilement les produits du verger: la proximité d'une ville, d'une ou de plusieurs lignes de chemin de ler ou de navigation. Plus il y a concurrence de la part des compagnies de transport, plus on est sûr d'être bien servi.
Il est encore important de ne pas choisir un site exposé aux gelées tardives du printemps. Nous ne parlons pas de nos froids habituels de l'hiver. Tout naturellement, nous choisirons des variétés de pommes à toute épreuve contre ses rigueurs. Mais certaines années surtout —comme au printemps de 1913, au moment où les pommiers sont en pleine floraison, il arrive une gelée tardive qui fait beaucoup de tort à la récolte. Peut-on se prémunir contre de tels accidents par le choix judicieux du site? Qui, dans une certaine mesure. Il y a certains endroits qui sont naturellement à l'abri de ces gelées et en particulier, les terres élevées ou en pente avoisinant un cours d'eau, un lac, ou une rivière. Il est reconnu, en effet, qu'un cours d'eau a une influence prépondérante sur la température ambiante, sur terre, et à une assez grande distance de l'eau. Au printemps, en raison de la température basse de ses eaux, un lac retarde plus longtemps le départ de la sève dans les arbres, parfois même de quinze à vingt jours. La végétation ainsi retardée, la floraison l'est de même et il arrive ainsi, que les arbres échappent aux influences néfastes d'une gelée printanière,
Les terrains bas sont presque toujours sujets aux gelées parce qu'ils manquent de ce qu'on appelle un bon drainage atmosphérique. L'air y est rarement, sinon jamais, parfaitement en repos. Ce mouvement, presqu'imperceptible de l'air, est un drainage de l'air froid, plus dense, et par conséquent plus lourd, qui se précipite en bas des vallées des régions montagneuses et des collines ondulées. Comme sa vapeur se condense, il produit ces brouillards froids qu'on aperçoit si souvent dans les vallées. Dans ces endroits, l'air est plus ou moins en repos et, là où il n’y a pas de circulation d'air arrivent facilement les gelées. Choisir, par conséquent, un terrain bas, c'est aller au devant des pertes causées par les gelées au moment de la floraison des pommiers. Choisissons de préférence une position plus élevée ou un terrain en pente légère. Les terrains ondulés sont encure de bons emplacements pour l1 création d’un verger parce que l'air n'y est jamais en repos.
Le terrain et le site choisis, quelle sera l'orientation à donner au verger? Le pommier vit et fructifie bien à toutes les orientations; toutefois, nous avons remarqué, à la suite de multiples observations, que es plantations dont l'aspect du sol fait face au nord-est ou au nordouest, qui, par conséquent sont les moins ensoleillées au printemps -unt celles qui réussissent le mieux dans la province de Québec. La
Voici comment nous expliquons ce fait: le soleil du printemps ‘rappe directement et de bonne heure le matin, les versants exposés ‘u sud et en conséquence, les arbres se mettent vite en sève. Mais ‘malheureusement les gelées du printemps sont encore bien à craindre ‘Uil est rare que les arbres plantés à une telle exposition ne souffrent
DUAIBAIUS UM 19412 \ “ot NU
Verger bien entretenu.
Fix. 40.
d'insolation. Ce danger est bien moins à redouter, pour les arbres situés sur le versant opposé où le soleil ne fait qu'une courte apparition dans la journée et où là neige ne fond pas aussi vire au prin temps. Nous conseillons donc, de préférence, une orientation vers le nord, c'est-à- ‘ire, que le terrain aura une pente douce partant du sud en descendant vers le nord. Quant on crée un verger, il faut multiplier les chances de succès et pour cela, tenir compte des conditions de lieu et de climat dans lesquelles on se trouve.
Un verger dont l'aspect du site est au nord est habituellemert exposé à être balayé par le vent et il sera bon de l’entourer d'un rideau d'arbies fruitiers: mais, à la condition d'établir ce rideau à quarante
Fig. 47.—Brise vent, verger de l'Institut Agricole d'Oka.
pieds au moins du verger du côté où sont les vents dominants, dans le but d'éviter que les premiers rangs de pommiers ne soient privés d'air et de soleil.
Brise-vent.—Les brise-vents offrent-ils réellement des avan- ‘ages dans une production fruitière ? Voici une question bien controversée par un grand nombre de cultivateurs de fruits: mais tous “mblent admettre qu'un brise-vent, établi dans de bonnes conditions tt à l'endroit voulu, est un auxiliaire puissant pour la production le pommes de première qualité. Mal placé et mal fait, un rideau l’arbres forest ‘evenir nuisible au verger.
Voici quelques avantages incontestés résultant de la plantation d'un brise-vent :
: Où à feuilles persistantes, peut
1. Protection des fleurs contre la violence des vents. 2. Diminution de la chute des fruits.
3. Possibilité pour les arbres de pousser bien verticalement.
4. Protection des arbres, en hiver, contre le froid, en retenant les feuilles et la neige sur le sol.
S. Diminution de l'évaporation de l'humidité du sol en été.
La grande objection qu'on pose souvent contre les brise-vent, c'est qu'ils arrêtent une bonne circulation de l'air dans le verger, favo risant ainsi la propagation des maladies fongueuses. Cette objection n'a réellement pas sa raison d'être. Car, en plaçant le rideau d'arbres forestiers à une certaine distance du verger, on n'empêche pas la circulation d'air parmi les arbres forestiers mais on brise simplement la violence du vent.
Il ne faudrait pas établir de brise-vent dans le voisinage d'un cours d'eau, ils arrêteraient les vents ordinairement chauds venant de ce côté, qui sont un bienfait pour le verger. Les ceintures d'arbres résineux, comme l'Epinette de Norvège, doivent être employées ave discrétion: ces arbres forment habituellement un fouillis épais de branches qui ne permet pas assez à l'air de pénétrer jusqu'aux arbres L'arbre le plus employé dans la province comme brise-vent, est san: contredit, le Peuplier de la Caroline, vulgairement appelé: Peuplier cordé. Plantés à quinze pieds de distance les uns des autres, ces arbres forment assez vite un bon brise-vent.