CHAPITRE VIII CULTURE DU SOL
Article I Expériences et démonstrations
Dans la province de Québec, les vergers engazonnés sont la règle générale et les vergers dont le sol est cultivé, l'exception. Aux Etats-Unis et dans les meilleurs districts de la province d'Ontario, les vergers engazonnés sont l'exception et ceux dont le sol est cultivé sont la règle générale. Il y a vingt ans, cependant, dans tous ces endroits, on traitait de théoriciens les quelques rares horticulteurs qui, comme le regretté M. John Craig, ancien horticulteur à l’université de Cornell, n'ont pas craint de prêcher de nouvelles méthodes plus appropriées au progrès réalisé dans l’agriculture en général. Il y a quelques semaines seulement, en décembre 1913, John Craig, se faisait une gloire d'avoir été le premier à recommander la plantation de jeunes arbres, la culture du sol et l'usage de plantesabris dans les vergers; cela, après que par sa propre expérience, il avait constaté les résultats obtenus dans ses vergers.
Il y a longtemps que nous sommes convaincu que le système des vergers-prés ou des vergers dont le sol reste enherbé pendant de longues années est peut-être une des causes de la décadence de la culture fruitière dans la province de Québec. Nous avons eu l'occasion d'entendre Lord Grey (alors Gouverneur-Général du Canada) nous dire pendant qu'il visitait un des vergers les mieux entretenus de la province: ‘“ Mon Père, c'est un beau verger bien entretenu mais. ... le propriétaire a la science contre lui ” et ce disant, il nous montrait le gazon dans le verger.
Oui, la science de l’horticulture nous enseigne que le sol qui n'est pas biné, travaillé, et surtout qui est engazonné, se trouve dans de très mauvaises conditions physiques et chimiques pour qu'il soit possible d'y faire une culture fruitière. Nous le prouverons plus loin.
Mais, avant de nous reposer sur les données de la science, nous avons voulu nous appuyer sur quelque chose que tous les cultivateurs peuvent saisir plus facilement, c'est-à-dire la démonstration évidente de l'expérience.
Enseigner aux cultivateurs de la province de Québec qu'ils Îeur faut cultiver le sol autour de leurs pommiers, c’est courrir au-devant d'un échec; mais les inviter à venir voir eux-mêmes des résultats tangibles, c’est leur prouver la véracité de la théorie par la pratique.
Expériences.—Les démonstrations furent faites au nom de la Société de Pomologie et de culture fruitière de la province de Québec, avec l'appui et l'approbation du Ministère de l'Agriculture de la pro-
vince, A l'assemblée annuelle de la Société (1910),
un comité, appelé comité des vergers de démonstration,
fui nommé par les membres présents et se composa du professeur W. S. Blair, du Collège Macdonald, de M. Robert Brodie de Westmount et de
l'auteur de ce livre,
Fig. 72.— Culture du sol dans le verger moderne, Vigueur des arbres À noter.
représentant l'Institut Agricole d'Oka.
Pomologique, M. Peter Reid, demeurait le secrétaire du comité. De son côté, le ministre de l'agriculture ajoutait un cinquième membre, dans la personne de M. Solyme Roy, arboriculteur en chef du Département de l'Agriculture, comme son représentant officiel vis-à-vis du
Le secrétaire de la Société
Has
comité, Un octroi généreux, nous était bientôt accordé par le ministère de l'Agriculture et nous fiximes sans délai le programme des démonstrations,
Pour ajouter plus de poids à la valeur définitive des résultats, et pour qu'on ne puisse nous objecter les circonstances de lieu, de climat et de terrain, nous avons établi cinq vergers de démonstration dans les cinq endroits de la province de Québec où la culture fruitière était le plus en honneur: À St-Hilaire, Rougemont, St-Joseph-du-Lac, Abbotsford et Covev-Hill Les expériences ont été conduites d'après un programme préparé par le comité et sous la surintendance de bacheliers en agriculture de l'Ins’itut Agricole d'Oka et du Collège Macdonald, qui teus ont obtenu de magrifiques résultats. Nous profitons de l'occasion, pour reconnaître ici publiquement, les bons travaux de messieurs Henri Cloutier, B.S.A., Alphonse Roy, B.S.A., de l'Institut d'Oka et de Benjamin Richardson, B.S.A., du Collège Macdonald.
Les vergers renfermaient 80 pommiers de 25 à 30 à ans, dont le sol était engazonné au moment où commencèrent les démonstrations; les pommiers étaient de la même variété et de taille uniforme. On divisa le terrain en deux grandes parcelles, subdi-
visées à leur tour en quatr irties. Le terrain de la première grande parcelle, comprenant 40 smmiers, fut labouré, cultivé et biné
jusqu'au premier juillet, et à cette date, on ensemença du trèfle rouge, cemme culture-abri. Ce trèfle fut enfoui au printemps suivant comme engrais vert, puis, on recommenca de nouveau Îles travaux de culture du sol. La seconde parcelle comprenait aussi 40 pommiers situés dans le même verger, à côté de la première. Dans cette parcelle, dont le terrain fut laissé en gazon, on coupa l'herbe quand elle eut atteint six pouces de hauteur et on la laissa sur le sol en guise de paillis.
Pour ne pas qu'on puisse attribuer aux engrais Où aux arrosages les avantages ou les insuccès obtenus dans ces deux grandes parcelles, on les divisa chacune en quatre autres parties où les expériences sur les engrais et les arrosages furent absolument identiques dans les deux grandes parcelles. Nous auront l'occasion de revenir sur les conclusions fournies par ces petites parcelles, en parlant des arrosages. Pour le moment, nous ne considérons que le “ésultat des expériences sur la culture du sol dans les deux parcelles. Les avan: ages obtenus avec les 40 pommiers où l'on maintenait le sol meuble au printemps, furent remarquablement supérieurs aux autres, à plusieurs points de vue. Pour être plus clair, nous nommerons A la parcelle dont le sol fut cultivé et B l'autre parcelle.
Tout d'abord, ce qui indique la vigueur et la santé d'un jeune pommier, c'est l'apparence de ses feuilles, de son écorce et la pousse annuelle des tiges. Or, a première vue,
A « ns meme gavonur à
l'attribuer, on remarquait en été, dans les cinq vergers sans exception, la différence notable dans la co.'our d'un beau vert foncé, riche, des arbres de la parcelle A. Le tres arbres avaient mauvaise mine à côté et cette différence était sensible, quand on remarquait en plus, la largeur des feuilles. Quant à la pousse annuelle des tiges, elle était en moyenne des deux tiers plus longue en faveur des arbres
de la parcelle A. Les écorces dans cette parcelle étaient plus lisses et plus belles, témoignant ainsi de la santé des arbres. La récolte des fruits n'est pas toujours un critérium certain, tant les facteurs devant être pris en considération sont variables: mais ici encore, nous avons pu constater que la récolte des fruits a été plus abondante dans
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Une excellente herse pulvérisatrice.