LES CULTURES-ABRIS ET LES ENGRAIS DANS LE VERGER EN RAPPORT
Avantages des cultures-abris.—Le sol, dans la plupart des vergers en rapport de la province de Québec, a plus ou moins besoin d'être engraissé; mais il nous semble que c’est surtout la matière végétale ou l’humus qui doit faire défaut. Or, il n’y a pas de meilleur moyen pour augmenter la quantité d'humus, et, ultérieurement la fertilité du sol, que l'emploi judicieux de plantes qu’on est convenu d'appeler en horticulture, cultures-abris. Toute plante semée dans le verger et destinée à être enfouie au printemps suivant, est appelée culture-abri. Ces plantes présentent plusieurs avantages, dont les suivants sont dignes d'attirer notre attention: 1. La culture d’une plante fourragère, telle que le trèfle, dans le verger, tend à arrêter la croissance des arbres à la fin de l'été et facilite une maturation hâtive des tissus ligneux. Les arbres dont la végétation est tardive souffriront probablement des gros fraids de l'hiver. La pousse annuelle arrêtée à temps en ce sens que le trèfle profite avec les feuilles de l'arbre et de l’humidité et des éléments nutritifs renfermés dans le sol.
2. Une plante culture-abri, spécialement celle qui résiste à l‘uver, accapare les éléments fertilisants solubles qui sont probablement emportés par les eaux de lévigation. Cette perte d'éléments lessivés est considérable surtout dans les sols légers et poreux. Une plante semée à point a le temps de se développer assez pour s'assimiler une grande quantité de nourriture, et la retenir jusqu'au printemps, quand elle est alors retournée au sol, sous forme d'engrais vert, au moment de son enfouissement. Il n'y a donc pas de pertes d'éléments de fertilité puisqu'ils retournent tous au sol.
3. Une culture-abri conserve la fertilité du sol en en empêchant l'érosion, surtout là où il n'est pas protégé par une chute de neige assez abondante. Si le sol reste nu une partie de l'hiver, les pluies printanières laveront parfois sa surface et emporteront en même temps une grande quantité de matières organiques.
4. Une culture-abri sert de couverture en hiver en retenant la neige sur le sol, empêchant ainsi la gelée des racines; car les gels et les dégels alternatifs en hiver, sont très dangereux et on y rémédie par l'emploi des cultures-abris. C'est là un point très important dans la province de Québec; nos arbres ont besoin de protection pendant l'hiver.
5. Lorsqu'on enfouit une de ces plantes-abris, on ajoute de l'humus au so!, améliorant ainsi sa condition chimique en créant des conditions favorables au développement de certains micro-organismes très utiles pour hâter la décomposition des engrais verts. La pro-
priété que possède le sol de retenir de l'humidité dépend principalement de la quantité d'humus qui s'y trouve présent. Quand on cultive le sol d'année en année, sans semer de plantes améliorantes, on brûle bientôt l'humus aux dépens de la fertilité du sol. On obvie à cet inconvénient par l'enfouissement régulier des plantes-abris.
6. Toute plante légumineuse, comme le trèfle, la vesce, etc., contribue à augmenter la richesse en azote du sol. L'azote est l'élément fertilisant des plantes le plus dispendieux que le propriétaire doit fournir à son verger, et, par la culture de ces plantes légumineuses, il diminue les dépenses en achat d'engrais azotés. Certaines plantes, telles que la navette, ne faisant Pas partie des légumineuses, ont cepen-
Fig. 80.—Enfouissement d'une récolte verte, pendant la floraison.
dant aussi l'avantage de s’assimiler des éléments minéraux peu ou point solubles dans l'eau. Lorsqu'on enfouit la navette et qu'elle se décompose, elle rend ces éléments fertilisants plus assimilables aux autres plantes.
Espèces de cultures-abris.—I] existe deux classes différentes de plantes-abris: celles qui résistent à l'hiver et commencent à repousser au printemps, comme le trèfle et celles qui meurent à l'automne comme les fèves à cheval. On peut aussi les diviser en plantes légumineuses ou non. Les premières sont : le trèfle, la vesce velue, la luzerne, les pois, les haricots, etc. qui, toutes, ant la faculté de s'assimiler l'azote libre de l'air qui se trouve dans le sol, au moyen de petites nodules fixées sur leurs racines. Dans certaines conditions, une telle récolte est meilleure. C'est au cultivateur à juger de cela par les circonstances. Ordinairement un feuillage terne et de couleur vert pâle, jaunâtre dans les feuilles est un indice de l’appauvrissement
du sol en azote surtout. Il faudra donc dans ce cas, une légumineuse comme culture-abri. Mais si les arbres font une pousse normale de bois et si leur feuillage est d’un beau vert, on ferait plus de tort que de bien avec une plante légumineuse, parce qu'on favoriserait une végétation trop vigoureuse aux dépens de la fructification et de la formation des boutons à fruits. Unie culture-abri telle que la navette, qui a l'avantage de ramasser de la neige en hiver serait à conseiller dans ce cas. Outre celle-ci, on compte parmi les plantes qui ne sont pas des légumineuses, le sarrasin.
La plante dont on se sert le plus comme abri, est le trèfle, qui lève ordinairement assez bien, semé vers le premier juillet, pour pouvoir pousser normalement avant la venue de l'hiver, La vesce velue pourrait être semée un peu pius souvent qu'on ne le fait; c'est une des meilleures plantes à employer dans le verger pour protéger les racines en hiver. Quand on emploie le sarrasin, il faut bien se garder, de le semer de trop honne heure; poussant très rapidement, il pourrait se mettre à graine et se semer de lui-même au printemps de l’année suivante, ce qu'il faut éviter. Voici la quantité de graines à semer par acre:
Trèfle rouge commun... ..,...,......... 12 Ibs Trle rouge Mammouth................ 120 Trèfle rouge alsike..…..,...,..,........... (OS UN 2 NP NI I RTS SAS RS PR Ces UP NN SO * PR ad de RD de Pa CT Eee JOE ns ES ET es DNS RER OUR RE a eue dla dc (IE
Plusieurs producteurs de fruits se sont découragés après n'avoir fait qu'un seul essai d'ensemencement de trèfle comme plante-abri. Dans nombre de cas, le sol est si dur, si exempt de matières végétales, qu'en semant du trèfle on n'arrive à aucun résultat. Dans de semblables conditions, il sera probablement plus sûr de semer du sarrasin ou du seigle la première année. Par l'enfouissement d'une de ces récoltes, °n augmente considérablement la quantité de matières organiques où d’humus dans le sol et, l'année suivante, le trèfle aura plus de chances de réussite.
De tous les problèmes difficiles qui ont rapport à la conduite d'un verger, celui de restituer au sol les éléments nutritifs enlevés par la récolte des fruits n'est pas le moindre. Un grand nombre de culti- Yateurs ne s'en préoccupent que très peu; Car, ils sont sous l'impression qu'il n'est pas nécessaire de fumer un verger. Si encore, ils avaient soin de cultiver le sol et d’enfouir un engrais vert ils rendraient, ainsi, bien plus assimilables les substances fertilisantes qui se trouvent dejà dans le sol en assez grande quantité. Mais dans leurs vergers Engazonnés, les pauvres pommiers sont vite puisés et il faut leur donner une nouvelle vigueur par l'apport d'engrais.
Nous n'avons pas l'intention de discuter ici les principes qui régissent la nutrition des plantes. Qu'il nous suffise de dire que celles-ci
requièrent trois éléments de nutrition et que les pomimniers ne {ont pas exception. Ces éléments sont: L'azote, la potasse et l'acice phosphorique. Bien qu'on ne considère pas la chaux comme élément nécessaire à la vie de la plante, elle a aussi sa valeur dans le verger. Quand on considère l'apport d'engrais chimiquesà faire dans un verger, non seulement ces quatre éléments doivent être présents dans le sol mais ils y doivent être solubles; car ce n'est que sous cette forme qu'ils sont rendus assimilables aux plantes. Certains engrais se dissolvent facilement dès qu'on les applique sur le sol. Il y en a d'autres qui ne deviennent assimilables que graduellement. D'autres enfin sont tellement insolubles, que les plantes ne peuvent pas se les assimiler avant leur transformation. Le pommier étant un arbre à longue vie, utilise facilement les engrais qui sont lentement assimilables; mais il y a une tendance de la part des producteurs de fruits à n'employer que des engrais rapidement assimilables, ils n'en font une application que quand le besoin s'en fait sentir.
Rôle des éléments nutritifs dans la production des fruits. — Il y a deux espèces d'engrais qu'on peut appliquer dans le verger, le fumier de ferme et les engrais chimiques. Le fumier de ferme exerce une profonde influence sur la textur: physique du sol et de ce fait, surtout, provient sa grande valeur. Sous ce rapport, le fumier de ferme arrive au même résultat qu’une culture-abri ou récolte verte que l'on enfouit sous terre, surtout si l'on applique le fumier en couverture à l'automne ou de bonne heure au printemps. En augmentant l'humus du sol, le fumier de ferme en facilite l'ameublissement. Les terres dont la sécheresse et la dureté ne permettent pas même à l'orge de pousser peuvent être améliorées par des applications de fumier.
Un sol qui a reçu une bonne application de fumier est mieux en état de profiter des avantages découlant des engrais chimiques qui ne sont, en somme, que des engrais complémentaires. Si le fumier ajoute de l’humus au sol, il ne faut cepeadant pas faire des applications trop fortes le printemps, dans le verger, car, l'emploi exclusif du fumier de ferme favorisera une plus grande production de bois aux dépens des boutons à fruits. Dans les vergers négligés depuis fort longtemps, où, surtout, le sol est eugazonné, on ne court pas de risque à faire une application de 10 À 12 tonnes à l'acre.
Engrais chimiques.—[es substances qui contribuent d'une manière générale à assurer la vigueur des arbres, leur rendeinent, sont surtout les suivantes: l'azote, l'acide phosphorique, la potasse et la chaux.
L'azote à un rôle alimentaire important; il favorise spécialement le développement végétatif de la plante, de beaux rameaux et de belles feuilles bien nourries, ct, partant, la production de gros fruits. Mais, employé avec excès, il amène les arbres à s'emporter à bois, les rameaux se développent trop vite, restent mous, mal aoûtés; il provoque la coulure des fleurs; li végétation des arbres qui recoivent trop d'azote se prolonge trop tard à l'automne, les fruits mûrissent mal et l'arbre lui-même peut souffrir des rigueurs de l'hiver.
L'acide phosphorique favorise la fertilité de |’ ct la formation de ses fruits et ses graines. en hâtant ct facilitant la fécondation.
durs et mieux constitués, il rend 1’ ‘hiver, aux parasites végétaux € à coquille d'huître.
arbre, sa floraison Il empêche la coulure En rendant les rameaux plus arbre plus résistant aux froids de aux insectes suceurs, tels les Kermès
l'ig. 82.—Dans un sol en culture les éléments nutritifs so
j c ] nt rendus plus assimilables.
Pommier Stark Delicious: variété qui est encore à l'e
ssai à l'Institut Agricole d'Oka.
La potasse favorise le bon développement de
s boutons à fruits, là floraison et la fécondation mieux assurées
et surtout les fruits deviennent plus gros, ils sont moins lourds, plus riches en sucre, plus colorés ct plus parfumés. Enfin, en favorisant d'une manière végétation de l'arbre, la potasse contribue à développer à le rend, lus résistant aux influences climatériques et à la gelée cc me l'a démontré l'expérience.
Il est très difficile de fixer la quantité d'engrais chimiques que l'on doit répandre en couverture sur le sol d’un verger. En effet,
générale la sa vigueur, notamment
tout engrais confié au sol se trouve ainsi réparti: 1. une partie utilisée par les arbres; 2. une partie entraînée par les eaux et 3. une partie fixée dans le sol. Or, il est impossible de déterminer à l'avance comment ce partage s'effectuera, car il est sous la dépendance de la composition du sol qui recevra les engrais, de sa texture physique actuelle et des réactions chimiques et géologiques qui s'y produiront.
C'est pourquoi l'analyse de l’engrais, celle du sol, celle des matières exportées de l'arbre: fruits, bois, feuilles, ne nous renseignent pas suffisamment et l’expérimentation seule dans le verger, peut nous dire si le sol a besoin de tel ou tel engrais. On comprend parfaitement par exemple, que dans un sol engazonné, où la texture physique se trouve dans des conditions absolument mauvaises, les engrais chimiques ne sauraient apporter de remède efficace au dépérissement du sol. Il faudrait commencer par améliorer ces conditions physiques avant de songer à l'application des engrais. Il se pourrait que la récolte de foin dans le verger fût plus abondante et plus riche; mais les fruits et les arbres n’en retireraient aucun profit. Ce seraient les plantes fourragères qui s'assimeleraient ces engrais.
Seuls, les engrais azotés, à décomposition rapide, ne peuvent être apportés au sol en grande quantité, pour cette raison qu'ils sont entraînés par les eaux de lévigation.
Cherchons cependant à établir la quantité de ces éléments nutritifs enlevés annuellement au sol par les récoltes de fruits, afin de connaître comment nous devons en opérer la restitution.
Van Slyke, de la station expérimentale de Geneva, après avoir fait une étude consciencieuse des substances nutritives qui rentrent dans la composition des pommiers, rapporte les chiffres suivants.
Eléments nutritifs nécessaires aux fruits, au bois, aux feuilles des pommiers en rapport, âgés de 30 ans et donnant 20 minots de pommes:
AZOÉB TRE eu Ma eo 49 1bs par acre Acide phosphorique.......... LE À G PORC EE 43:55" #
Mais est-il nécessaire de fumer un verger de pommiers dont le sol est cultivé avec soin d’après les méthodes que nous avons recommandées dans les chapitres précédents de cet ouvrage?
Pour répondre à cette question qui est d'une importance primordiale pour le cultivateur qui veut entreprendre la culture du pommier sur une grande échelle, il nous faut résumer ici une expérience faite par le professeur U. P Hedrick, horticulteur en chef de l'état de New-York.
Les indications courantes concernant la fumure des vergers ne sont pas utilisables; car peu d'expériences ont fourni de données certaines. Les règles pratiques suivies, sont presque exclusivement basées sur la fumure des champs et des jardins potagers; or, les besoins du pommier ne peuvent être comparés à ceux des plantes herbacées, étant donné le mode différent de développement. La fumure des
M bp sbe ls, tés
pominiers est un problème difficile, non seulement parce qu'on a affaire à la diversité des plantes et des milieux, mais aussi parce qu'il faut tenir compte des conditions où se trouve la plante et dans lesquelles on fera les récoltes futures.
Expérience de 15 ans. — L'expérience sur la fumure des pommiers à Geneva est doublement importante. Tout d'abord, c'est la seule qui dura une période suffisamment longue d'années, 15 ans. En outre, comme on a éliminé l'influence perturbatrice d'une couverture herbeuse, les effets de la fumure sur les pommiers acquièrent une valeur plus décisive.
Ces expériences eurent lieu dans un verger à sol argilo-limoneux, lourd, et tenu dans les conditions de la Pratique courante moderne. On fit 12 parcelles contenant chacune 5 arbres séparés par des rangs de pommiers non expérimentés. Deux séries de 4 parcelles furent fumées en double; une troisième série de 4 autres parcelles au début, réduites ensuite à 3, servit de témoin. Les fumures appliquées furent les suivantes:
Fumier de ferme.. parcelles 1 et 9, moyenne chaque année, par arbre, 415.15 1bs
Superphosphate... 2et 8, # Le de : Æ 12.6 “ Chlorure de potas-
SI “ 6 et 10, Le 3 * AE EE “RE.
Superphosphate... | 126: * Chlorure de potas-
sium....... ee 7.26 “ Superphosphate...}- “ 4 et 12, ” bi " id F5 4 ARE Nitrate de co | 3.67 “ Sang desséché . .. 12.84 “
Il faut noter que ces engrais ne furent appliqués que sur la superficie couverte par le feuillage des arbres, si bien qu'ils furent sensiblement en excès et permirent de vérifier éventuellement les effets nuisibles d’une fumure excessive.
Les arbres expérimentés provenaient de sujets soigneusement choisis de pommiers Ben Davis et greffés en tête avec des greffons émanant du même arbre, Rome Beauty, afin d'éviter les variations individuelles; la pollinisation des arbres différemment traités fut effectuée par les rangs intermédiaires non soumis À l'expérience.
On effectua les déterminations suivantes: récolte, dimensions, couleur, saveur, maturité, aptitude des fruits À la conservation, diamètre du tronc, couleur et poids du feuillage, longueur, poids et accroissement annuels des branches.
Ce que l'on dit couramment au sujet de l'ellet des fumures sur les pommiers ne s'est pas vérifié au cours de ces expériences. Ainsi on n'enregistra aucune action nuisible sur l'entité de la récolte; au contraire, on constata une tendance à l'accroissement des dimensions des fruits. En effet, sur les parcelles témoins, le pourcentage des fruits de rebut fut un peu plusélevé. La récolte sur les parcelles de tous les arbres fut uniforme en ce qui concerne la maturation, l'aptitude à la conservation, la consistance et la saveur des pommes.
De même la mensuration du diamètre des troncs des arbres ne fit constater que des différences se trouvant dans les limites des variations casuelles. Les effets les plus nets furent obtenus avec la fumure azotée: coloration plus verte, et poids plus lourd de feuillage, de même que plus grand accroissement annuel des branches.
L'analyse du sol démontra que, dans une épaisseur d'un pied par acre de la couche superficielle de terrain, il existait assez d'azote pour amener les pommiers à maturation pendant 183 ans, assez d'acide phosphorique pour 295 ans et assez de potasse pour 713 ans. Donc, ainsi que les expériences l'ont démontré, il suffirait, avec ces réserves presque inépuisables de se livrer à un bon travail du sol, à l’ensemencement et à l'enfouissement d’un engrais vert, et à une bonne conduite du verger pour rendre ces réserves inépuisables par les pommiers.
De toute façon, il peut se présenter des cas où la fumure est nécessaire, par exemple dans les terrains sableux ou caillouteux, dans les terrains superficiels et privés d'humus, dans les sols sujets à un fort écoulement. Quelques-uns auront besoin de l'un plutôt que de l’autre fertilisant, rarement des trois ensemble. Un producteur de fruits peut être certain que ses arbres ne demandent aucune fumure, s'ils se maintiennent vigoureux et si la formation du nouveau bois est bonne. Dans le cas contraire, il faut inspecter tout d’abord le drainage, le travail du sol et les conditions hygiéniques du verger; puis, on peut avoir recours à la fumure. Cependant, avant d'employer les engrais chimiques sur une grande échelle, il faut les expérimenter.
Plan pratique de parcelles d’expériences.—D'après les expériences mentionnées plus haut, le producteur de fruits peut fixer les besoins éventuels de son verger en appliquant le plan expérimental suivant :
Les arbres dans l'expérience, doivent être de la même variété et du même âge; le terrain doit être aussi uniforme que possible, au point de vue de la structure et de la fertilité. Chaque parcelle doit contenir un nombre suffisant d'arbres pour obvier aux variations individuelles; afin d'obtenir des résultats suffisamment exacts, il faut comprendre un minimum de 5 arbres par parcelle,
Sur une première parcelle, appliquer du fumier de ferme dans la proportion de 50 Ibs d'azote à l'acre, par année, soit en moyenne, S tonnes de fumier bien consommé Par acre avec un intervalle de 30 pieds entre les arbres, 400 Ibs par arbre.
Sur une seconde parcelle, appliquer un engrais phosphaté dans la proportion de .0 ibs d'acide phosphorique par acre annuellement où 13 Ibs d'engrais chimique phosphaté par acre. Une proportion convenable d'engrais phosphaté est celle de 360 Ibs de superphosphate garanti à {4% d'acide phosphorique.
Sur une troisième parcelle, appliquer du chlorure de potassium garanti de 48-52 de potasse, dans la proportion de 100 Ibs de potasse par acre, soit 200 Ibs. de chlorure de potasse, à 50% par acre ou 8 Ibs par arbre. Appliquer ensuite le superphosphate à la dose précédente (seconde parcelle).
Une bonne pousse annuelle ces tiges est un signe de vigueur dans les arbres fruitiers.
Fig. 83.
Employer pour la quatrième parcelle, la fumure complète aux doses précédentes ou en substituant au fumier du nitrate de soude, à raison de 100 Ibs garanti de 15-164 d'azote, ou 3 Ibs ?/3 par arbre.
Une cinquième parcelle doit servir de témoin. Si l'on veut essayer la chaux, on double la quatrième parcelle en ajoutant 25 Ibs de chaux éteinte par arbre.
On voit le lac des Deux-Montagnes au dernier plan.
Verger de l'Institut Agricole d'Oka.
Fig. 84.
Tout bien considéré, la meilleure époque pour l'application de ces engrais est le printemps, dès qu'on peut travailler le sol. Il faut répandre l'engrais sur une surface un peu plus grande que celle qui est couverte par les branches des pommiers. Dans les vergers dont le sol est cultivé, le fumier doit être enterré et les engrais chimiques hersés.
Pour que les résultats soient coucluants, il faut répéter l'expérience pendant plusieurs années. Les déterminations doivent être faites à
l'époque de la récolte, afin qu'on puisse constater les effets éventuels des divers traitements. Il faut non seulement tenir compte des fruits vendables, mais aussi des fruits de rebut ct des fruits tombés, L'expérience doit être préparée en hiver, afin que le travail ne soit pas fait avec trop de hâte au printemps.
On peut reconnaître le manque de chaux dans une terre: 1. par l'analyse chimique; 2. par l'aspect de la végétation. Le cultivateur peut constater lui-même, si sa terre est riche en chaux par le moyen suivant: Délayer un peu de terre dans l'eau, en ajoutant ensuite de l'acide nitrique au liquide boueux, tenant les particules terreuses en suspension. S'il y a beaucoup de calcaire dans le sol, on constatera de l'effervescence, (production de bulbes gazeuses d'acide carbonique comme de l'eau minérale qui mousse); si, au contraire, l'échantillon de terre est pauvre en carbonate de calcium, on ne remarquera pas cette effervescence. On peut dire, d’une maniére générale, que toutes les terres d'origine granitique, qui sont prédominantes dans la province de Québec, sont très pauvres en calcaire.