TAILLE DES ARBRES FRUITIERS
Nombreuses et variées sont les ex: uses que l’on nous donne quand on demande à certains cultivateurs pourquoi ils ne taillent pas leur verger. Ce n'est pas que leurs arbies soient en trop grand nombre, mais on a souvent honte de l'état dans lequel les arbres 5nt été abandonnés et l'on nous donne alors des raisons sans valeur. Les uns vous diront que la taie est contraire aux lois de la nature; d'autres conservent le souvenir des pommes qui provenaient du verger de leur grand-père où l'on ne faisait pas de taille. D'aucuns vous diront qu'il n'y a aucun bénéfice à retirer de la taille des arbres. Il est bien vrai que ces cultivateurs ont raison, parce qu'un verger négligé ne peut donner aucun revenu. La seule excuse qui puisse être admise, c'est le manque d'initiative et de connaissances. Il est temps que l'on mette de côté tous les préjugés qui ne font qu'entretenir cette ignorance.
Si nous n'avions qu'À nous occuper de la taille des arbres qui ont été soignés dès le début, nous pourrions ne pas insister sur les nombreux détails que nous allons donner plus loin. Mais nous serions inexcusable de les passer sous silence, étant donné le nombre d'arbres, dans la province de Québec, dans lesquels la trousse de l'arboriculteur n'a jamais pénétré.
La production de la graine et la propagation de l'espèce est le rôle de la nature. Peu importe l'enveloppe de cette graine, qu'elle soit grosse où petite, colorée ou non. Ce n'est pas là le but recherché par l'arboriculteur. On cultive un verger non seulement pour ses fruits
etil ne faut jamais pe: ire de vue ce point très important—tels qu'ils poussent naturellement, mais encore pour de beaux fruits, bien développés et colorés. Celui qui n'a pas le temps de tailler ne doit pas avoir non plus le temps de s'adonner à la culture fruitière et celui pour qui la taille est inconnue, doit acquérir les connaissances nécessaires pour mettre en pratique les principales notions de l'arboriculture.
La taille des arbres est certainement une des opérations les plus importantes à faire dans le verger ct la manière de l'exécuter constitue une question sur laquelle on rencontre peut-être le plus de divergence d'opinions,
Nécessité de la taille.—Si nous examinons attentivement le développement des ramifications d'un arbre, on constate que chacune d'elles se développe comme autant d'individus et se livrent une lutte Continue qui aura pour résultat de provoquer la mort des ramifications les plus faibles pour favoriser le Plus grand développement des ramifications persistantes. En effet, il se pratique naturellement sur l'arbre une véritable taille, mais qui a l'inconvénient de n'être pas assez rigoureuse, et, comme il s'entretient une lutte constante, il en résulte
dbiilhlsrté.
un affaiblissement de la partie triomphante, si l'on n'intervient pas pour aider la nature. Par ailleurs, celle-ci ne se prête pas toujours aux conditions du milieu et aux désirs de l'arboriculteur.
La taille s'impose donc si nous voulons avoir des arbres d'un port symétrique qui donneront régulièrement de beaux fruits et en grand nombre. Nous savons que les feuilles des arbres ont besoin de beaucoup de lumière pour remplir leurs fonetions phy siologiques et élaborer la sève qui sert à la croissance en longueur et en grosseur des boutons, des bourgeons, des rameaux et des branches. Or, chaque feuille, chaque bouton à bois ou à fruits n'a pour soi qu'une faible partie de cette lu-
Fig. 85.-:]ardins scolaires Leçon pratique de ‘li plantation/ cide Il: taille de petits | pommiers.
mière bienfaisante qui sert à les transformer: aussi, est-ce à l'homme par un travail intelligent, à aider la nature à remplir sa 1iche. Ne laissons dans un arbre qu'autant de branches qu'il est nécessaire pour la production et la formation annuelles de boutons à fruits bien ve. loppés et nous aurons compris l'utilité de la taille. Avantages de la taille La taille a pour avantage: 1. L'obtention d'une meilleure charpente des arbres. 2. La formation des boutons à fruits par suite de l'exposition de l'air et de la lumière plus uniformément répartis à l'intéiieur des arbres. 3. La production annuelle de fruits plus beaux et de meilleure qualité, 4. La prévention des maladies cryptogamiques qui se dé‘eloppent à l'aise dans un arbre où le soleil ne pénètre pas. 5. L'économie dans l'application des pulvérisations. Toute branche inutile augmente la quantité de liquide nécessaire et provoque un surplus de travail.
6. En mettant sous les yeux de nos lecteurs sont la conséquence infaillible de la né donnables dont font preuve bien des c mieux faire comprendre les bienfaits la taille raisonnée. Examinons atte dans la figure 86. Comment pouve
les désavantages qui gligence et de l’incurie imparultivateurs, nous ne pourrions réels et tangibles qui résultent de ntivement le pommier représenté Pns-nous supposer un instant que
Fig. 86.—Arbre qui aurait besoin d'une taille. En ét peuvent y avoir accès.
é, l'air et la lumière ne
toutes ces ramifications multiples, grêles et chétives, puissent développer et amener à maturation des fruits de première qualité, c’est-àdire, qui auront le coloris si riche, que l'on trouve dans les arbres soumis à la taille: les fruits, au contraire, seront petits, sans saveur, bons, tout au plus, pour la cuisson ou les be dessert. Dans de tels arbres, les boutons velopper normaiement chaque année, produire des boutons à fruits que
Si l'on considère ensuite
stiaux, mais non pour le à fruits ne pouvant se deil ne sera possible aux arbres de de temps en temps seulement.
les difficultés rencontrées dans l'application des pulvérisations dans les vergers, dont les soumis à la taille, surtout si ces
arbres ne sont pas arbres sont rapprochés, nous nous ren-
sq
drons facilement compte de l'évidente nécessité de la taille. D'ailleurs ce serait un temps précieux perdu que de chercher à combattre les maladie ou les insectes dans les arbres où l'air et la lumière font défaut, où il est impossible au liquide de pénétrer et d'atteindre toutes les parties de l'arbre. Ces arbres sont, en effet, les endroits favoris où se développent la Gale de la pomme dans un atmosphère humide et chaud. Nous verrons plus tard que pour combattre avec efficacité la Pyrale (le ver de la pomme), il faut absolument loger un insecticide à l'intérieur du calice de chaque fleur dans un arbre: ce qu'il est impossible de faire sur un arbre trop touffu.
Principes de la taille.—On doit tailler chaque arbre en rapport, en tenant compte de son individualité. Un arbre qui pousse normalement ne doit pas être traité de la même façon qu'un autre qui pousse faiblement; un arbre dont les branches ont une tendance à monter, exige un traitement différent de celui qui pousse horizontalement. La taille doit être regardée comme une affaire d'éducation plutôt que de correction. Dans le traitement des arbres dont la taille a été négligée depuis longtemps, celle-ci est, naturellement, un travail de correction et plusieurs années sont nécessaires pour réparer le temps perdu et transformer la vieille charpente en une nouvelle plus symétrique. I serait bon d'insister ici sur un point que nous considérons très important: ne pas fatiguer un vieux pommier par une suppression trop rigoureuse de grosses branches la première année. Mieux vaut émonder progressivement chaque année, que beaucoup, de temps en temps.
Il y a certaines variétés d'arbres comme le pommier Livland Raspberry, qui, naturellement, ont une tendance à s’emporter par le haut et ce n'est qu'avec des soins constants, qu'on réussit à les tenir en échec. D'autres variétés, telles que la Wealthy, la Fameusce et la Meclntosh, ont, au contraire, une tendance marquée à pousser horizontalement, Dans la taille des uns et des autres, il faut absolument tenir compte des habitudes naturelles des arbres, pour favoriser ce qu'il y a de bon et corriger ce qu'il y a de mauvais chez eux. Nous voyons dans la figure 87 des défauts de formation qui auraient pu être corrigés à temps. Quand les arbres poussent trop perpendiculairement, on est souvent tenté de corriger ce défaut en supprimant les branches du bas: ce qui est une erreur grossière. Le moyen de retenir la tête des arbres dont la charpente s'élève trop, consiste plutôt à rabattre la pousse annuelle successive, à un tiers de sa longueur et à éclaircir un peu, pendant l'été, les bourgeons qui, naturellement, pousseront sur les rameaux écimés. ‘L'écimage de ces rameaux s'exécute vers la mi-juin. D'ailleurs, dès que ces arbres auront rapporté quelques récoltes, le poids seul des fruits, suffira pour rabattre les branches et tenir la sève en échec. Il est donc important de favoriser une production fruitière précoce.
On nous demande souvent à quelle époque il faut pratiquer la taille et comment l'exécuter? Cette question, bien simple en apparence, est assez difficile à résoudre. Si les principes fondamentaux qui régissent la taille sont immuables, leur application est parfois
d’une difficulté rebutante pour le novice comme pour le professionnel. Aussi, pour procéder avec plus de méthode nous allons examiner sommairement les notions principales de la morphologie extérieure d’un pommier.
Une tige de pommier comprend les boutons les bourgeons, les rameaux, les branches et le tronc. Le bouton est le germe des rami-
Fig. 87.—Mauvaise charpente: les branches s'entrecroisent et partent d'un même point. fications de l'arbre: ordinairement, il prend naissance à l'aisselle des feuilles et à l'extrémité des rameaux. On donne le nom d'œil au bouton naissant et à l'automne seulement le nom de bouton proprement dit. Nous savons qu'il existe des boutons à bois et des boutons à fleurs, communément appelés boutons à fruits fig. 88. Selon leur forme, ces boutons prennent différents noms: dards, brindilles, bourses et lambourdes. Mais, À proprement parler, ces boutons
à fruits sont plutôt des petits rameaux très courts, enflés ou non, qui possèdent des boutons à fleurs ou des boutons à bois indistinctement.
Le bourgeon est le premier développement des ramifiactions de l'arbre. 11 se transforme en rameau, lorsqu'à l'automne, il a acquis
Fig. 88.— Boutons à fruits du pommier: À, bourses portant un bouton chacune; B, une
brindille naissant d'une bourse: C, bague de cheville entourant un jeune rameau; D,
rameau avec deux boutons à fruits à ses extrémités; O, cicatrice laissé par la chute d'une pomme et le bouton à coté s'est developpé en rameau à fruits.
dans toute sa longueur, une consistance ligneuse. Lorsque le ramoau porte à son tour des bourgeons, il devient branche. Le tronc d'un arbre est la partie qui, partant du collet de la racine, Va jusqu'aux ramifications.
Pour que les boutons à bois se transforment en boutons à fruits, il faut que la sève, circulant avec lenteur, laisse aux feuilles le temps
de pouvoir élaborer les substances liquides nutritives qui s'y trouvent et lui faire une préparation complète, sans quoi les rameaux ne produiront que des boutons à bois. C'est pourquoi, chez les arbres jeunes et vigoureux, où la sève circule abondamment, on ne trouve pas de fleurs. Pour mettre un arbre à fruit, il suffit tout simplement de modérer chez lui l’activité de la sève.
Bien que durant l'été la taille ait pour but la fructification, encore faut-il la faire à temps. Bien loin de former des boutons à fruits sur les variétés qui soni revêches, la taille d'été peut avoir un effet tout opposé. Si elle est faite à contre-temps, elle cause alors une pousse tardive des boutons qui auraient du rester à l'état latent. Cette végétation tardive a pour effet de retarder davantage la fructification. Pour obtenir de bons résultats, la taille d'été doit se faire peu avant la fin de la saison. Il s’agit de refouler la sève dans les boutons à fruits latents de façon à les développer assez pour la fructification de l'année suivante, sans les faire pousser au cours de l'année pendant laquelle se fait la taille.
C'est pour cela qu'il est impossible de fixer au juste l'époque voulue pour cette taille, tout dépendant de la saison elle-même, qui varie beaucoup d'une année à l’autre, à cause Fig. 89.—Taille des arbres. Amputation bien faite, des températures si chan-
vue de coté et de face. geantes et de l’état hygros-
copique très varié de notre
climat. D'ailleurs dans une saison très sèche, il se peut que cette sécheresse soit la cause de la formation et de la maturation de beaucoup de boutons à fruits, qui, dans une saison pluvieuse, n'auraient guère eu de temps pour se former. Il faut donc tenir compte de ces circonstances.
Quant à l'époque à laquelle il faut pratiquer l'émondage de grosses branches ct les opérations générales de la taille d'hiver, sans doute, il est un teinps plus favorable qu'un autre: le printemps avant la grande poussée de la sève. Mais encore, est-il bon d'affirmer à l'occasion, que, d'après de nombreuses expériences faites par le professeur Bailey de Cornell, il résulte que l'époque de la taille n'a encore que peu de rapports directs avec la cicatrisation d’une plaie. Ce qui est plus important, c'est la manière de pratiquer une coupe et la position qu'elle occupe sur la tige ou le tronc d'un arbre.
On dit ordinairement, qu'il ne faut pas tailler tandis que la sève est en circulation, au printemps, pour éviter la coulure. Cette remar-
que n'a sa raison d’être que pour la vigne qui, comme on le sait bien, pleure si l'on fait la taille au réveil de la sève. L'expérience n'a pas encore démontré que la sève qui découle d'un pommier empêche la cicatrisation d’une plaie. Bailey le nie positivement, après avoir fait une étude soignée des effets produits par l'émondage de branches sur deux pommiers, émondages faits à toute époque de l’année, pendant les douze mois. Tout ce qu'il a remarqué, c’est que la peinture blanche, appliquée sur de telles plaies, au printemps, ne s'y maintient pas aussi bien que si les coupes avaient été faites pendant le repos de la végétation.
On prétend encore qu'il ne faut pas tailler en hiver. Même ici, l'expérience de M. Bailey vient corroborer notre expérience per-
Fig. 90.—Taille des arbres. Amputation mal faite, vue de côté et de face.
sonnelle. Parmi les coupes faites par ce dernier, il s'en trouve qui ont été pratiquées quand le bois était parfaitement gelé et qui se sont bien cicatrisées. Nous avons toujours eu pour principle, de commencer, la taille dans nos vergers, bien avant l'époque réputée la meilleure, faute de temps. Malgré les plus gros froids de l'hiver, nous n'avons jamais eu à nous départir d'une telle ligne de conduite. Après tout, s'il est bon de faire la taille au printemps juste avant la montée de la sève, il est préférable de la pratiquer à une époque quelconque de l’année pendant le repos de la sève, plutôt que de n’en pas faire du tout. C'est ià l'opinion de l'horticulteur en chef du Dominion du Canada, M. Macoun, et notre conviction personnelle.
Un cultivateur qui n'a qu'un nombre restreint d'arbres dans son verger, peut s'en tenir aux recommandations usuelles; mais, nous disons que les quelques beaux jours du printemps ne suffisent pas pour la taille des grands vergers destinés à alimenter le commerce.
Conseils pratiques pour l'exécution de la taille dans un verger en rapport.—Le débutant dans l'art de la taille, reste souvent indécis dans le choix des rameaux qu'il faut supprimer ou laisser dans un arbre; mais il deviendra bientôt habile s’il a le temps et la patience d'étudier avec soin les effets des différents traitements qu'il appliquera dans la taille des arbres. L'erreur la plus répandue consiste à laisser beaucoup de petites branches dans la tête d'un arbre et à trop dégarnir le bas. En hiver ou au printemps, avant la venue des
Fig. 91.—1, Bonne manière de couper une tige, biseau court, à côté de l'oeil; 2, biseau trop long; 3, biseau laissant chicot en haut de l'œil.
feuilles un arbre peut parfaitement paraître assez ouvert au moment de la taille; mais cette apparence sera tout autre lorsqu'il sera en pleine végétation; on ne doit jamais perdre de vue ce détail en exécutant la taille. S'il est vrai qu'en supprimant une certaine quantité de rameaux dans la tête d'un arbre, on réduit le nombre global de pommes, on ne diminue pas pour cela la valeur de la récolte; car, à ce point de vue pratique seulement, la taille est un éclaircissage raisonné de boutons à fruits, et, si le nombre peut faire défaut, la qualité du produit le compensera facilement.
Des arbres qui rapportent régulièrement de bonnes récoltes, qu'on ne force pas outre m2sure à la production, par une trop forte
un rent lans ‘nce pliiste 't à des
fumure, ne requièrent pas une forte taille annuelle. Voilà une excellente raison pour maintenir un certain équilibre dans la sève des arbres chaque année, en adoptant une rotation de cultures-abris appropriées, précédées de la culture du sol. Les seuls rameaux à supprimer dans un arbre taillé régulièrement depuis le moment de sa plantation jusqu'à
Après la taille, il faut réunir les branches en fagots dans
deux ou trois rangs au milieu du verger.
Fig. 92.— Taille des arbres à l'Institut Agricole d'Oka.
l'époque de son plein rendement, sont ceux qui nuisent aux autres, s'entrecroisent ou empêchent trop l'accès de l'air et de la lumière. Lorsque l'arbre est encore jeune, il faut veiller avec soin à ce que les branches charpentières soient également réparties, fig. 87 ayant assez d'espace entre elles pour permettre la libre circulation atmosphérique.
Chez les arbres, tels qu'on les rencontre dans un grand nombre des vergers dont la taille a été négligée, il sera parfois nécessaire de
recourir à une taille sévère afin de ramener l'arbre en des conditions plus normales pour la production de beaux fruits. Au printemps, il naîtra une foule de gourmands qu'il faudra éliminer sans pitié, rez-tronc, dès qu'on s'anercevra de leur présence. Il n'y a rien qui fatigue et épuise
un arbre aux dépens des productions fruitières que la présence de nom-
Leçon pratique de taille aux étudiants à l'Institut Agricole d'Oka.
Fig. 93.—
breux gourmands. Cependant, si l'arbre n'est pas bien équilibré, Or: pourra laisser croître un ou deux de ces gourmands en vue de re faire une partie de la charpente; par exemple, s’il y avait lieu de combler un vide laissé par la suppression des rameaux d'une branche. Pour empêcher ces gourmands de remplacement de s'emporter par le haut, on pourra les Pincer au mois de juin afin de refouler la sève et de faciliter ainsi la formation rapide des boutons latéraux à fruits.
plus ftra
dès uise om-
Lorsque les arbres ont été négligés, on est très porté, sous le spécieux prétexte d'en ouvrir le centre, de supprimer les rameaux à fruits situés le long des branches charpentières. Quelques cultivateurs sont sous l'impression qu'ils ne tailleront pas bien un arbre, à moins de laisser ses branches charpentières aussi nues qu'un poteau télégraphique. Alors, tous les rameaux à production fruitière, forment de ‘véritables têtes de saule”’ dans le haut tandis que tout le bas est dénudé. On éviterait ce défaut, en commençant à tailler par le haut et à l'extérieur.
Comment émonder une branche.— On doit toujours se souvenir que tous les éléments qui doivent concourir à la cicatrisation d'une coupe, et en particulier la sève élaborée suivent une direction descendante à l'intérieur de l'écorce, dans le liber. Pour pouvoir être guérie, une cicatrice doit intercepter cette sève descendarte provenant des feuilles en route vers les racines. De là, grande règle:
Dans la suppression complète d’une branche ou d’un rameau, faire une coupe parallèle au tronc, fig. 94, c'està-dire rez-tronc.
On est généralement d'accord sur ce point que la sève a un double mouvement: elle monte des racines aux feuilles pour redescendre aux racines. Ces dernières ne puisent dans le sol que de l’eau chargée de quelques sels. Cette eau, à l'état de sève EF L ascendante, monte aux feuilles — dans lesquelles elle subit une Fig. 94.—Comment émonder une branche. transformation. Elle s'évapore en partie, absorbe dans l'air différents gaz, entre autres l'acide carbonique, dont la base est le carbone, par la confection des hydrates de carbone. Ces hydrates de carbone forment les nouveaux tissus du bois ou de l'aubier au moyen de la sève descendante. Puisqu'il en est ainsi, il suffira pour obtenir la cicatrisation de la plus large plaie de la raser complètement, de manière à mettre toutes les parties de la circonférence en communication directe avec cette sève et indirecte avec les feuilles, par le réseau des fibres et des vaisseaux destinés à charrier la sève descendante.
En coupant une branche rez-tronc, on ne tarde pas à voir un bourrelet de jeune tissu d'abord, de nouveau bois ensuite, se former, (fig. 95). sur les parties supérieures et latérales, puis constituer un anneau régulier autour de la plaie qui arrive à se cicatriser, quelle que soit sa dimension, sans qu'il se soit manifesté la moindre carie, comme on peut le constater en examinant plusieurs cicatrices en voie de gué-
rison, les unes assez vieilles et les autres assez récentes que nous avons photographiées dans nos vergers, fig. 95 et 130.
Naturellement, le tem ps nécessaire À cette guérison complète, est proportionné aux dimensions de la blessure et À la vigueur de l'arbre sur lequel on fait la coupe. Mais avec l'application d'un antiseptique comme le blanc de plomb, on est toujours sûr d'un bon résultat.
Ces principes, une fois établis, qu'on peut, sans inconvénients et sans altérer le corps d'un arbre, lui faire des plaies considérables (non
Fig. 95.-—Cicatrisation des plaies. Une plaie en bonne voie de guérison.
pas en une seule année pour ne pas fatiguer l'arbre), il est facile de démontrer l'avantage résultant de la Suppression des branches nuisibles, sans se préoccuper de leur diamètre. Sans doute, dans un verger bien entretenu depuis la plantation, on n'aura guère à faire de grosses amputations; mais dans le verger où la taille régulière a été tant soit peu négligée, il sera nécessaire de pratiquer des élagages parfois assez importants. S'il faut couper les grosses branches rez-tronc, il ne faut donc pas tenir compte de l'opinion de ceux qui soutiennent qu'il faut faire l’'amputation de façon que la diamètre de la plaie ne soit pas plus grand que celui de la base supérieure de la branche. Si l'on agissait d'après cette opinion les coupes seraient faites d'après la vignette 90 c'est-à-dire que le talon laissé formerait un angle avec le tronc de l'arbre,
vons
lète, ir de anti- 1 ré-
ts et (non
Cette façon d'opérer est désastreuse et toutes les fois que les branches d'un certain diamètre seront ainsi coupées, on sera certain de produire avant peu des cavités dans le corps de l'arbre. En effet, s'il est Admis que la sève descendante seule, qui constitue le bourrelet de jeunes écorces et de bois nouveau destinés À recouvrir la plaie, la section étant faite suivant le plan de la vignette 90 ce bourrelet ne se formera pas à la partie inférieure, qui ne se trouve pas en communication avec cette sève. Cette partie sera bientôt dénudée, entrera en décomposition, et le corps de l'arbre sera inévitablement attaqué par la carie.
Si l'expérience, d'accord avec le raisonnement, nous montre qu'il ne faut pas laisser le moindre talon, lorsqu'on coupe une branche
Fig. 96.— Défauts à éviter dans le verger. 1, amputation mal faite laissant un chiot qui est en voie de pourrir: 2, conséquence résultant de la négligence à enlever à temps les étiquettes sur les arbres.
Qt
charpentière, à plus forte raison, est-il déplorable de conserver ces chicots, fig. 96 de trois à 6 pouces de longueur, comme on le constate mlheureusement trop souvent dans bien des vergers, mais encore plus souvent dans l'élagage mal fait des arbres d'ornement qui parent les rues de nos grandes villes. Tout chicot privé de communication avec les parties saines et vives d'un arbre se dessèche, meurt, l'écorce ne tarde pas à tomber : le tronçon reste comme une cheville implan- ‘ce dans le tronc ou plutôt comme un monument en mémoire de l’arboriculteur, same le dit M Bailey; mais triste monument commémoratif de l'inhabileté ou de l'insouciance de celui qui a fait l'ouvrage. En peu d'années, le chicot pourrit et la carie pénètre jusqu'au cœur: constatation bin pénible pour quelqu'un qui s'intéresse à la vie d'un arbre.
Avant de clore ces quelques remarques spécifiques sur la” taille, nous insistons encore une fois sur la nécessité de mettre de côté
tous les préjugés qui en.pêchent tant de cultivateurs de tailler leurs arbres.
Antiseptiques.—Les qualités que doit réunir un antiseptique sont les suivantes: Durée et Protection contre les germes de maladie qui peuvent entrer par la plaie, Nous ne connaissons rien de mieux que la peinture blanche faite assez épaisse avec du blanc de plomb, additionné d'huile de lin. On ne devrait jamais faire cette peinture avec de la térébenthine, qui attaque les tissus du cambium. Les différents mastics à greffer ne sont Pas pratiques pour recouvrir les cicatrices, parce qu'ils se fendillent au bout d'un temps plus ou moins long, et
Fig. 97.—Outils, 1-2-7, égohines à émonder qui peuvent rendre service à l'occasion; 3-4-8, sécateurs: 6-7, égohines À lame réversible: ce sont les meilleures.
laissent une entrée libre aux germes de la maladie. Les spores de la plupart des champignons Pzrasites qui s’attaquent aux arbres fruitiers sont très petites et ont facilement accès dans une fente non protégée. Le coaltar et le goudron peuvent parfois occasionner la perte de jeunes arbres s'ils viennent en contact avec les parties vives, Nous ne conseillons pas leur emploi, au moins sur les plaies des jeunes arbres, et nous les proscrivons complètement pour les arbres à noyaux. De la peinture blanche se voit si facilement de loin sur les arbres, de sorte que l'on peut là renouveler facilement à temps. N'oublions Pas que ces antiseptiques préviennent les maladies plutôt qu'ils ne les guérissent.
Outils.—Bien qu'on dise souvent que la taille doive se faire avec un greffoir ou un couteau ordinaire, voulant par là n’entendre que des soins constants et méticuleux, renouvelés chaque année, ne rendraient
presque jamais nécessaire la suppression de grosses branches, ic cas se rencontre encore assez souvent pour justifier ces quelques notes sur l'emploi des outils de l'arboriculteur.
Les outils les plus essentiels sont au nombre de trois: une serpette, un sécateur à main et une égohine fine, à lame reversible, (Fig. 16, 2 et 6 et Fig. 97 Set6). Ce sont les outils indispensables. Les autres espèces d'égohines, Nos. 1, 2, et 7, fig. 97 rendront service à l'occasion; mais nous avons constaté que les deux égohines à lame reversible dont nous venons de parler, peuvent couper les grosses comme les petites branches, même dans les fourches à angle très aigu.