PULVERISATIONS CONTRE LES MALADIES ET LES INSECTES
Pulvérisateurs à bras et à gazoline.—On se demande très souvent quels sont les meilleurs pulvérisateurs et quelles marques de fabrique sont les plus en faveur? Nous ne pourrions nous étendre longuement sur cette question, étant donné le nombre restreint des quelques remarques pratiques que nousémettons ici. Contentons-nous de dire que les bons pulvérisateurs ne manquent pas sur le marché, tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Tous ont leurs qualités et, la façon la
Fig. 98.—Pompe à double action avec baril, cte., pour les petits vergers. (Marque Bean).
plus sûre de se fixer sur une marque de fabrique quelconque, c'est de s'adresser à ceux qui en possèdent et en vsent pour leur verger. A l'Institut Agricole d'Oka, nous employons la machine À pulvérisations avec moteur à gazoline de la marque ‘‘Friend*’ dont nous avons tout lieu d'être satisfait. Cette même marque est également emplovée dans les cinq vergers de démonstrations de la province, Fig. 101, 104 Au Collège Macdonald, Ste. Anne de Bellevue, Qué., la machine ‘‘Spramotor”, fig. 103 donne d'excellents résultats: nous savons aussi que les machines de la maison “Fairbanks-Morse’, fig. 107 employées À Abbotsford, fonctionnent parfaitement. Il existe naturellement d'autres marques de pulvérisateurs à gazoline très en vogue dans le commerc: et qui ne sont pas inférieures. Aussi mentionnons-nous encore en particulier, les marques ‘Bean’, fig. 93 ct “Niagara Spray Co’.
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Les mêmes maisons fabriquent d'autres pulvérisateurs à bras qui
‘ sont d'un usage plus courant que les machines avec moteurs à gazoline. Il faut acheter un pulvérisateur qui puisse donner satisfaction et faire
un bon travail rapidemeat, par conséquent, proportionné à la super-
Fig. 99.—Pulvérisateurs à bras, 1 et 2, baril avec pompe aspirante et foulante; 3, pompe à action double.
: lcie entière du verger que l'on possède. Dans les grands VETLErS CXploités en vue de commerce, un pulvérisateur à gazoline est nécessaire ; tandis que dans la plupart des vergers privés, tels que nous les connaissons dans la province de Québec, un pulvérisateur à bras suftit amplement, Ce serait, en effet, une économie mal placée et perdre
un temps très précieux, au printemps, que d'employer dans un grand verger, un pulvérisateur de capacité restreinte comme celui que nous représentons dans la vignette 99. On aurait mauvaise grâce à venir dire ensuite, comme nous l'avons maintes fois entendu, que les pulvérisations ne donnent aucun résultat tangible. Car comment prétendre raisonnablement arroser avec une petite pompe pulvérisatrice un verger de plusieurs acres d'étendue et croire un instant que l'on puisse réussir, par exemple, à loger dans le calice des fleurs du pommier du poison arsenical, dans les dix jours qui suivent la chute des pétales des fleurs. Cependant, c'est là une condition indispensable si l’on veut empêcher la larve de la Pyrale, de pénétrer dans la pomme: qu'on ne vienne pas ensuite se plaindre que, malgré les pulvérisations, on a encore un grand pourcentage de pommes véreuses. Le contraire plutôt serait étonnant. Il est inutile d'arroser les arbres si l'on n'est pas doté d’une machi-e suffisamment puissante, fournissant un travail proportionné à l'ungortance du verger. C'est pourquoi il faut employer, pour les arrosages des grands vergers, un pulvérisateur avec moteur à gazoline.
Dans un verger de peu détendue, de 1 à 10 acres, on peut se con. tenter d'un pulvérisateur à bras, fig 98 et 99. Ces pompes sont si peu dispendieuses que l'on ne comprend vraiment pas qu'un cultivateur, soucieux de ses intérets, puisse s'en passer. Nous sommes convaincu que si les pulvérisations sont nécessaires dans le grand verger commercial, elles le sont aussi bier dans le petit verger, puisque sans les arrosages ils sont l’un et l'autre la proie des mêmes ennemis.
Nécessité d'arroser les petits vergers de peu d’étendue.- Nos ancêtres ne connurent pas les moyens de combattre les maladies fongueuses qui ravageaient leurs vergers. Plus fort unés, la science a mis à notre disposition, des méthodes et des procédés chimiques modernes tout à fait en rapport avec les maladies et les insectes que nous avons à détruire. Les anciens cultivateurs prétendent que les temps sont changés et se demandent pour quelles raisons on arrose aujourd'hui les arbres fruitiers, alors qu'autrefois ces procédés étaient totalement inconnus. Par suite de la facilité des communications actuelles et du grand développement agricole dans le monde entier, les maladies et les insectes se propagent plus rapidement. Avec le déboisement à outrance, il n'est pas étonnant que les insectes et les maladies s'attaquent davantage à nos :/antes cultivées. Aujourd'hui le proprittaire d’une exploitation fruitière qui essaie de produire + de récolter des pommes en dehors des méthodes modernes, s'achenune vers la banqueroute à brève échéance.
A la suite de l'invasion de chenilles que nous avons eue depuis deux ans surtout, (1912-13), beaucoup de cultivateurs avouent se rendre compte de la nécessité de faire des arrosages dans leur verger; pourtant, ils allèguent, comme excuse, le manque de temps ou la nécessité de vaquer à d'autres travaux plus urgents à cette époque et laissent le verger à l'abandon. Une acre où une demi-acre de verger, soit 25 ou 50 pommiers, est suffisante pour l'alimentation d'une famille. En se basant sur une expérience pratique, faite dans un des vergers de
Fig
Même dans les pentes du verger, on peut arroser les pommiers.
vérisateur ‘’Spramotor' à
un Cheval pour petits vergers.
Pul-
démonstrations de la province, il est reconnu qu'il faut consacrer 5 heures pour l'arrosage de 50 pommiers, en prenant tout le temps voulu pour faire un travail consciencieux. La moyenne de liquide insecticide ou anticrytogamique projeté sur chaque arbre âgé de 30 ans environ est de 6 gallons de solution. Il faut à peu près une journée entière pour préparer le matériel et exécuter les pulvérisations dans le verger. Le coût des quatre arrosages dont les matières premières
Fig. 101.—Moteur à gazoline ‘Friend’ de l'Institut Agricole d'Oka.
furent achetées au prix du gros est de 15 cents par arbre, y compris l'intérêt de l'argent placé sur la machine. Une machine, en effet, pour le verger de famille, ne doit pas dépasser la somme globale de $24.00. On peut logiquement supposer que l'on trouvera facilement quatre jours libres au cours du brintemps, à quatre dates différentes pour faire les pulvérisations, sans que ce prélèvement porte préjudice aux autres travaux de la ferme. Et les résultats seront alors vraiment surprenants.
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À la fin de la saison, on sera à même de cucillir une belle récolte de pommes saines et délicieuses pour l'alimentation de la famille pendant l'hiver, alors que sans arrosages préalables, on n'eut récolté que des pommes galeuses ou véreuses ou même rien du tout, comme il arrive quelquefois.
La faillite ou le succès d'une industrie fruitière dépendent en presque totalité de l'arrosage des arbres. Par le temps qui court, où la con-
l:4. 102. 7 Pulvérisations. Nécessité d'une tour pour atteindre les arbres de haute taille. l'est bon de protéger les chevaux avec une Co'iverture cirée.
‘Urrence augmente non pas au point de vue quantité, mais en raison de la meilleure qualité, un fruit de qualité supérieure, et dont l'emballage est attrayant, est plus recherché du consommateur. Mais Avant d'exécuter cet emballage désiré en baril ou en caisse les fruits doivent être indemnes de toute tare. En d'autres termes ie fruit doit être sain, de belle couleur et non attaqué où meurtri par un ver.
Les ravages des insectes et des maladies qui causent des taches ou des piqûres sur les fruits sont aujourd'hui facilement combattus: aussi faut-il avoir confiance en la pratique des pulvérisations, à la suite des nombreuses et savantes recherches faites par des hommes compétents.
L'arrosage est un des trois facteurs fondamentaux du succès dans l'exploitation d'un verger. C'est une opération qui va de pair avec la taille et la culture du sol: quand on met en pratique ces principes essentiels, on est assuré du succès par de bonnes et sûres récoltes. Il nous semble que la mort ou le dépérissement des pommiers dans nos Campagnes, est aussi une résultante du manque de soins et particu-
Fig. 103.--Moteur à gazoline, marque ‘‘Spramotor”.
lièrement d'arrosages. Laisser propager les maladies et les insectes sans essayer, au moins, de les combattre, c'est dire qu'il nous est indifférent d'avoir des pommes malades, véreuses ou non. On peut négliger la taille dans un verger, on peut n'y pas cultiver le sol, mais on ne se passe pas impunément d'arrosages.
Cemme on l'a clairement démontré plus haut, le temps employé et l'argent dépensé pour l'arrosage sont insignifiants en comparaison des résultats qui en découlent, Le coût approximatif de 15 cents par arbre est À la portée de toutes les bourses. L'arbre ainsi arrosé produira, en moyenne, de 3 à 15 minots de pommes selon l'année.
Plutôt que d'abattre les arbres d'un vieux verger, arrosons-les: négligeons la taille s’il le faut, laissons pousser l'herbe dans le verger; mais arrosons toujours, Le souci de produire des pommes, des poires, des cerises ou des prunes, doit relever de l'administration domestique
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et ménagère, au même titre que les œufs et les pommes de terre. La pomme est un fruit qui s’acclimate partout ; aussi il serait à souhaiter que toutes les fermes fussent dotées d’un verger. Il n'y a réellement aucune raison pour confier uniquement le soin de produire des fruits au seul spécialiste en arboriculture, encore bien moins d'abandonner complètement la culture des fruits. La chose ne serait pas plus logique que de mettre de côté sur la ferme son petit coin de potager, sa basse-cour, etc. Un spécialiste en aviculture pourra obtenir les premiers prix aux expositions; mais, ce n'est pas là une raison pour que le cultivateur n'élève pas lui-même des poulets. Ainsi le verger est
Fig. 104. - Les pulvérisations à l'Institut Agricole d'Oka. La première; au gonflement des bourgeons au printemps. Jet puissant fourni par le moteur à gazoline, 200 Ibs. de pression.
une partie inhérente à toute exploitation agricole, et c'est un grand tort que de l’abandonner en omettant les arrosages.
Insecticides et anticryptogamiques.-!a connaissance d’un multitude d'insecticides et fongicides n'est pas nécessaire pour hien exécuter les arrosages dans les vergers. Sachant bien l'utilité et le mode d'application de trois ou quatre solutions liquides les plus courantes, avec une bonne machine à arroser et la détermination prise de faire un travail consciencieux, on est certain de réussir. Les deux bouillies connues sous le nom de bouillie bordelaise et de bouillie soufrée, l'arséniate de plomb; voilà tout le matériel de guerre pour combattre une grande partie des maladies et les principaux insectes quiravagent nos vergers. Siles pucerons verts ne sont pas assez COmbattus par leurs ennemis naturels, les Coccinelles, etc., nous pourrons alors aider ces derniers avec un autre insecticide; car, ces pucerons,
Fig. 105.—Pucerons verts attaquant les feuilles, (Emulsion de pétrole.)
Les liquides, dissolutions, bouillies et émulsions sont répandues sur les pommiers également avec les Pulvérisateurs. L'efficacité du traitement, tient, en grande Partie, au mode d'application. Le liquide doit être projeté sous forme de brouillard; car il importe moins d'accumuler une grande quantité de sut ances en un point donné que d'en répartir partout, d'une façon Uaiforme, au-dessus, aussi bien qu'en-dessous des feuilles, sur les tiges et sur les troncs.
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On doit fournir le plus grand nombre de points de contact entre les spores des ch mpignons et les dissolutions. Les appareils dont nous avons parlé , 18 haut, permettent d'atteindre ce but très facilement, surtout si l'on se sert de becs de lances convenables.
La perfection des méthodes d'application du traitement est un élément aussi important de réussite que les qualités du produit employé. Il ne s'agit pas de faire des pulvérisations au hasard, sans
Fig. 106. —-Pulvérisations à l’Institut Agricole d'Oka. Remplissage des deux réservoirs à l'aide du moteur.
s'occuper de savoir si réellement le liquide a atteint chaque branche, chaque rameau chaque fleur et toutes les feuilles d'un arbre. Un arrosage fait dans les conditions requises pour un travail efficace, peut se constater par la chute à terre d’un excès de liquide dégouttant des feuilles. Une négligence quelconque peut bien compromettre les résultats de l'opération et faire perdre le bénéfice de l'effort tenté. Il ne faut donc jamais agir à la légère, ni dans les détails minutieux de la préparation des solutions, ni dans l'opportunité du temps auquel il faut faire chaque pulvérisation, ni dans leur application. Les résultats seront parfois assez imparfaits, malgré toute l'attention et le
soin dans l'application des remèdes appropriés; car, il est difficile de déloger ou de détruire, sans porter préjudice à la plante, les parasites qui s'y développent. Aussi, pour éviter une lutte hérissée de difficultés, on doit s'attacher à prévenir les maladies plutôt que d'avoir à les détruire. Si la destruction de certains insectes, comme le Charançon du Pommier, demande un travail assidu, il n'en n'est pas de même pour les Chenilles que les arrosages anéantiront totalement.
Bouillie bordelaise. — Voici la forinule de la préparation d'une bouillie bordelaise normale:
4 1bs de sulfate de cuivre, 4 Ibs de chaux vive, 40 gallons d'eau.
Fig. 107,— Pulvérisateur de la marque ‘‘Fairbanks- Morse".
Préparer tout d'abord la dissolution de sulfate de cuivre. Il sera nécessaire de se munir de récipients en bois, (le sulfate attaquant le fer), dont la Contenance sera d'au moins 20 gallons. Dans ces 20 gallons, on fera dissoudre le sulfate de cuivre, préalablement placé dans un sac, qu'on laissera suspendu dans l'eau À un clou, afin que son contenu se dissolve plus rapidement.
Dans un second récipient de même Contenance, on placera la Chaux, que l'on éteindra en veisant de l’eau progressivement, jusqu'à Concurrence de 20 gallons. Cela fait, passer au tamis, afin d'éliminer les impuretés qui se trouvent dans toutes les chaux.
Il ne reste plus qu'à mélanger les deux préparations bien liquides: 20 gallons sulfatés et 20 gallons lait de chaux. Pour obtenir un précipité homogène, fin et gélatineux, il convient de mélanger ces deux liquides de la manière suivante: les deux dissolutions sont versées simultanément et lentement dans un troisième récipient d'une
capacité de 40 gallons, en agitant vivement le mélange qui prend alors une belle couleur bleu-ciel.
De cette façon, la bouillie bordelaise est préparée dans de bonnes conditions: elle est neutre, c'est-à-dire qu'elle ne possède pas un excès de cuivre en suspension. Il est nécessaire de se rendre compte de la qualité de la bouillie bordelaise, car, celle qui réalise les conditions indispensables, sera seule capable de rendre les services qu'on attend d'elle. Trop souvent, en effet, les pulvérisations de bouillie bordelaise sont suivies de brûlures des feuilles: ce qui est dû à la mauvaise composition de la bouillie. 11 est facile/d'ailleurs, de se rendre compte de la valeur de la bouillie, en y versant quelques gouttes de ferrocyanure de potassium. S'il y a du sulfate de cuivre en excès, il se revèle par une coloration brune de la bouillie. C'est que la quantité de chaux n’a pas été suffisante pour neutraliser le sulfate de cuivre.
Nous faisons remarquer qu'on doit employer la bouillie bordelaise dès qu'elle est préparée; une attente prolongée atténuerait ses propriétés destructives.
C'est pour éviter un inutile surcroît de main-d'œuvre pour la préparation répétée des travaux préliminaires de dissolution que nous conseillons de préparer de la bouillie bordelaise concentrée.
1. Faire dissoudre 40 Fig. 108.— Moteur à gazoline marque “Friend”. lbs de sulfate de cuivre dans un récipient d'une contenance de 40 gallons. Chaque gallon de cette dissolution contiendra donc 1 livre de sulfate de cuivre.
2. Dans un second récipient, on éteindra, de la même manière que nous avons indiquée, 40 Ibs de chaux vive en pierres; on y ajoutera assez d'eau pour parfaire 40 gallons. Chaque gallon contiendra donc aussi une livre de chaux.
Lorsque le moment de faire une pulvérisation sera venu, il suffira de délayer dans 20 gallons d'eau, 4 gallons seulement de dissolution sulfatée; d'un autre côté, on coulera au tamis fin, également 4 gallons de dissolution de chaux concentrée, que l’on délaiera dans 20 autres gallons d'eau, le tout bien remué de part et d'autre, il ne reste plus qu’à faire le précipité simultané des deux mélanges,en les versant dans un troisième récipient, ainsi que nous l'avons déjà expliqué précédemment.