PLANTATION D'UN VERGER DE FAMILLE A L'EST DE QUEBEC
J'ai souvent dit que l'on peut cultiver, depuis la frontière ouest de notre province jusqu'au Golfe, en exceptant la région du Lac St. Jean et celle qui lui est contigüe à l'ouest, sous la même latitude, des pommiers greffés, en faisant un bon choix de ceux qui conviennent à chaque latitude. Pour ce qui concerne ma propre région, j'ai fait depuis longtemps la preuve de mon assertion. Je vais, en peu de mots, indiquer ce qu'il y a à faire pour planter presque partout, dans l'est de notre province, en tenant compte de l'exception que j'ai faite plus haut, un verger capable de fournir pendant toute l'année une quantité suffisante de fruits va.iés propres à introduire dans le régime alimentaire de la famille un élément de variété agréable et hygiénique.
Site et sol du verger.—La région dont je m'occupe, est celle qui se trouve à l'est d'une ligne droite tirée sur la carte de la province de Québec, de haut en bas, en passant le lo de la ligne 72°30’ de longitude par Trois-Rivières, au nord du Sa. . Laurent, et par à peu près le milieu du comté de Compton à la frontière sud de la province. Sans entrer dans tous les détails très souvent donnés dans les conférences publiées dans les rapports de la société pomologique, touchant le choix du site et du sol, je vais néanmoins commencer par dire que, dans cette région, on doit choisir un sol léger plutôt que pesant, une pièce de terre bien drainée et un site ayant de l'abri qui le protège contre les vents du nord-est.
Superficie d’un verger.—D'après ce que l'on connait du nombre de personnes composant la moyenne des familles de l'est de la province, on trouve, en comptant les employés, un total de huit personnes par foyer. Pour une famille de ce nombre, un morceau de terre mesurant un arpent de longueur sur un demi-arpent de largeur est à peu près tout ce qu'il faut pour un verger supposé contenir les différents genres de fruits, gros et petits, qu'elle peut manger pendant l'année. Nous donnons ici un diagramme du plan d'un verger de ce genre, avec des lettres et des chiffres de référence montrant comment il doit être planté. Nous nous servons de l'arpent comme mesure parce que, dans la majeure partie de la région pour laquelle j'écris, c'est la mesure la plus communément usitée par tous les propriétaires de terre. L'arpent carré est de 180 pieds sur 180 pieds français et couvre une superficie de 32,400 pieds français donnant pour un demiurpent en superficie 16,200 pieds français. Dans le petit plan que nous donnons ici la longueur du verger d'un arpent court nord et sud et sa largeur, 90 pieds, court est et ouest ‘page 253!,
(1) Extrait d'une conférence de M. C. Chapais, St. Denis-en-bas, à une de nos réunions pomologiques.
Pour ceux qui aimeraient à faire la comparaison entre le mesure française de l’arpent et la mesure anglaise de l’acre, nous dirons que l'acre vaut 1.1937 arpents et que l'arpent est la 0.8380 partie d’une acre. Le pied français vaut 12.79 pouces anglais, de sorte que d’après la mesure anglaise, l’arpent est réellement d'une longueur de 191.85 pieds anglais ou canadiens.
Disposition des arbres et plants dans le verger.—La ligne FF sise à l’est devra, dans la plupart des cas, n’exceptant que ceux dans lesquels le site offre un abri naturel, être plantée d’une haie en épinettes espacées de trois pieds l’une de l’autre et n'ayant pas plus de 20 pouces de croissance. si l’on veut être bien assuré de leur reprise. La ligne EE est destinée, ainsi que la voisine DD, à recevoir des pommiers espacés dans les rangs et entre les rangs de 25 pieds. La ligne CC sera plantée en pruniers et cerisiers. Cette ligne est placée à 20 pieds de la ligne DD et les pruniers et cerisiers y sont aussi à 20 pieds de distance les uns des autres. La ligne suivante BB est à 10 pieds de la précédente et doit être plantée en buissons de petits fruits placés à 5 pieds les uns des autres. Enfin, la ligne pointillée placée à 5 pieds de la ligne de petits fruits, est consacrée à une plantation de fraisiers dont les plans sont séparés de 18 pouces dans le rang.
Choix des variétés.—Voici la partie la plus importante sur le sujet qui nous occupe, puisque du choix à faire des variétés dépend surtout le succès.
Dans la ligne EE on devra planter, aux points marqués 1 et 2, des pommiers Jaune-Transparente, en 3 et 4 des Lowland Raspberry et en 5 et 6 des Duchesse.
Dans la ligne DD on mettra aux points 7 et 8 des Alexandre, 9 et 10 des Fameuses et 11 et 12 des Wealthy.
Dans la ligne CC on plantera, aux points 13 et 14 des pruniers Damas Bleue, 15 et 16 des pruniers Reine Claude de Montmorency et 17 un prunier Jaune-Hâtive.
Dans la même ligne CC, aux points marqués 18 et 19, on devra planter deux cerisiers Richmond Hâtif et, aux points 20 et 21, deux cerisiers Montmorency.
La ligne BB doit recevoir 36 buissons de petits fruits, soit 9 de groseilliers Downing, 9 de groseilliers à grappes rouges Prolifique de Fay, 9 de groseilliers noirs ou cassis Champion, et 9 framboisiers rouges Marlboro.
Enfin la dernière ligne AA constituera une rangée de 120 nlants de fraisiers Sharpless ou Williams.
Je crois bon de recommander la plantation d'un morceau séparé en plus de ceux des petits fruits mentionnés ‘dans les deux derniers paragraphes.
Remarques.—Je n'ai à ajouter que deux remarques en explication de deux points auxquels allusion a été faite plus haut. La première a trait au choix des variétés. Toutes les variétés de fruits mentionnées ici ont été soumises à une culture expérimentale en beaucoup de localités dans la région est de la province de Québec, pendant 20 ans, et ont toujours donné satisfaction. Il est à désirer qu'un
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travail semblable pour la partie ouest de la province soit préparé par ceux qui ont plutôt fait leurs essais dans cette dernière région. La seconde remarque est au sujet de la distance à laisser entre les pommiers. Je ne puis que répéter ici ce que j'ai dit à ce sujet dans plusieurs autres écrits: J'ai toujours conseillé de ne jamais laisser plus de 25 pieds d'espace entre les pommiers et entre les rangs. Or, on sait que quarante pieds sont la distance généralement mentionnée. On à trouvé que, sous notre climat rigoureux, les arbres doivent être plantés rapprochés les uns des autres, de manière à se protéger entre eux contre les vents violents et humides de notre région. On me dit souvent que les arbres plantés aussi rapprochés entrelacent bientôt leurs branches, empêchent la lumière et l'air de pénétrer jusqu'aux fruits et sont un obstacle aux soins de culture et de pulvérisation à donner au verger. À ces objections je réponds qu'il y a tant de différence entre notre climat et celui de l'ouest de notre province qu'aucun des désavantages de la plantation trop rapprochée n'est à craindre. On a vu, dans le comté d'Essex, Ontario, un verger de 20 ans de plantation dans lequel les arbres plantés à 40 pieds de distance entre eux avaient entrelacé toutes leurs branches de telle manière que pas un rayon de soleil ne pénétrait jusqu'au sci. J'ai vu, autour de Montréal quelques vergers du même âge, plantés de la même façon, dans lesquels les arbres n'entrelaçaient pas encore leurs branches et, j'ai, dans mon propre verger sur un bon terrain, riche, bien drainé, des arbres plantés depuis vingt ans à vingt-cinq pieds de distance entre eux n'entrelaçant pas encore leurs branches.
Ceci démontre la grande différence qu'il y a dans la croissance des arbres sous différents climats. Que les arboriculteurs de l'ouest plantent leurs pommiers à 40 pieds de distance, mais qu'ils nous laissent planter les nôtres à 25 pieds. Les deux systèmes sont avantageux là où ils sont reconnus nécessaires.
par La iers.
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