CULTURE DU POIRIER, PRUNIER, CERISIER
Culture du Poirier.—Les poires sont cultivées depuis de longues années dans la province de Québec, mais il est pénible de constater qu'il reste peu d'arbres de cet espèce dans nos régions aujourd'hui. Si l'on nous demandait à quoi attribuer ce fait, nous pourrions dire, avec M. Mecoun, que, “ peut-être le climat de notre province ne convient pas parfaitement à la poire.” On réussit cependant à cultiver de magnifiques poires ‘“ Fondante des bois ”, vulgairement connues sous le nom de Belle de Flandre ou encore Beauté flamande. Les nombreux visiteurs qui ont eu l'occasion de voir les vergers de l'Institut Agricole d'Oka, ont été étonnés de la vigueur de nos poiriers, ainsi que de la beauté et de la qualité des poires délicieuses que nous récoltons annuellement.
La première question qui se pose d'elle-même, est de savoir quelles variétés nous pouvons recommander dans la province de Québec. Tous ceux qui se sont occupés de la culture du poirier, n'hésitent pas à placer la ** Fondante des bois” bien au-dessus de toutes les autres variétés de poires. Sa rusticité, son excellente qualité, suffisent amplement pour en recommander la plantasion. La Fondante des bois est une poire d'origine européenne; elle doit compter dans l'essai de toute culture du poirier dans notre province. Il existe certes une variété plus rustique encore que la Fondante des bois, la Bessimianka; mais nous ne pouvons conseiller sa culture à cause de l'infériorité de la qualité du fruit. La Beurré Baltet, père, quoique non encore essayée sur une large échelle, est aussi une poire rustique. Les autres variétés qui paraissent aussi vigoureuses les unes que les autres sont: Favorite de Clappe, Louise Bonne de Jersey, Bon Chrétien Williams, plus connue sous le nom de Bartlett, et Seckel. Cette dernière poire est, sans contredit, la plus exquise que l’on puisse cultiver au Canada; mais sa petite taille ne la recommande pas assez.
Si nous examinons quel est le terrain le plus propre à la culture du poirier, nous constatons que les arboriculteurs sont d'opinion assez divergente sur ce point. D'aucuns préfèrent une terre franche, d'autres un terrain léger. Les poiriers, dans leur climat d'origine, réussissent mieux sur un sol argileux: mais dans la province de Québec,ces terrains amènent une trop lente formation du bois et sont aussi t10p froids, à moins que ie sous-sol ne soit imperméable. Nous pensons que la terre de prédilection de cet espèce de fruits est une terre chaude r-rofonde, argileuse, mais bien drainée. Un terrain dont le sous-sol «rait du gravier perméable, aurait notre préférence. Les terrains Siblonneux à sous-sol hrmide, doivent être évités, parce qu'ils favorisent une croissance vigoureuse trop tardive,
Les poiriers ne souffrent pas une taille trop forte en hiver, il suffit simplement de régler la pousse de façon à leur conserver une forme symétrique. Comme le poirier a une tendance À pousser avec une flèche centrale, en forme de pyramide, nous devons combattre ce penchant et donner naissance à plusieurs tiges charpentières; et cela, à cause de la ‘* Brûlure *”” maladie assez fréquente chez le poirier. Ainsi, lorsqu'une tige charpentière se trouve attaquée, on peut toujours la supprimer à temps, sans trop nuire à l'arbre lui-même. Il serait impossible, avec une flèche unique, de faire subir à l'arbre un tel trai-
Fig. 160.—Poirier nain, écusonné sur cognassier, 1 an après la plantation.—On peut reinarquer la hauteur de cet arbre, par celle de l'enfant.
tement, sans le réformer complètement. La taille d'été est plus favorable au poirier. Elle consiste surtout à faire des pincements et à provoquer une mise à fruit hâtive et régulière.
La Brûlure, dont nous venons de parler, ainsi que les gelées sont les deux principaux obstacles à la culture du poirier dans la province. On peut prévenir les dégâts causés par nos hivers trop rigoureux, en procédant à un choix de variétés plus résistantes, plus rustiques, et en faisant son possible pour régler la croissance en vue de la bonne maturation du bois. La Brûlure attaque de préférence les arbres qui poussent vigoureusement. Les germes trouvent, évidemment, une entrée plus facile, plus propice dans les rameaux pleins de sève et un terrain plus favorable à leur développement. On peut enrayer la Brulûre en prenant des mesures énergiques: couper toutes les pousses
malades, dès leur apparition, enlever les rameaux à un pied environ au-dessous de l'endroit qui paraît atteint. Comme les germes se transportent facilement d'un arbre à l'autre, au moyen des serpettes, égohines,
etc., il sera nécessaire de plonger dans un antiseptique les outils dont
on se sert. On obtiendra un bon antiseptique par le mélange d'une partie de sublimé corrosif dans 100 parties d'eau.
La Tavelure ou Gale de la poire, est une autre maladie sérieuse qui affecte le poirier. Elle est avantageusement combattue à l'aide des mêmes applications de bouillie soufrée, qu'on emploie contre la Gale de la pomme, page 188. Par les arrosages contre la Pvyrale de la pomme ou de la poire, on se défait égalemeut des vers-l'imaces, qui attaquent les feuilles du poirier.
Culture du prunier.—Quoique la culture du prunier n'ait pas pris, dans la province de Québec, la même extension que celle du pommier, ceux qui possèdent des vergers de pruniers et qui les cultivent bien retirent un plus fort bénéfice d’une acre en prunier que de la même superficie en pommiers.
Il nous semble que les cultivateurs à l'Est de Québec sont bien favorisés en ce qu'ils peuvent cultiver le prunier dans des conditions très avantageuses. Le climat humide, les sols légers des comtés de l'Islet, Rimouski, Gaspé, Montmagny, Bellechasse, Témiscouata, Charlevoix et Québec, sont ceux où l'expérience de nombreuses années a amplement démontré que le prunier y était bien acclimaté.
Les vatiérés reconnues les plus avantageuses dans ces régions sont: Damas bleu, Reine-Claude de Montmorency, Moor's Artic, Mirabelle, Lombard, Hudson River, Gueii, Grand duc, Shipper's pride, Goutte d'Or de Coe, Reine-Claude de Bavay, Impériale.
En effet, les sols légers depuis Québec en allant à l'Est jusqu'à Rimouski, sur les rives Sud et Nord du fleuve St. Laurent, sur l'Ile d'Orléans et l'Ile aux Coudres, conviennent aux pruniers des meilleures variétés. Le froid est plus intense, il est vrai, dans tous ces endroits que dans les cantons de l'Est et dans les comtés de Jacques-Cartier, Chateauguay, Deux-Montagnes, Huntingdon, etc.; mais il n'affecte pas le prunier. La température est notablement modifiée par le Saint- Laurent, dont l'eau ne gèle pas. La chute de neige très abondante, qui recouvre le sol de novembre jusqu'à la fin d'avril, est une des meilleures protections contre la gelée. Cette neige retarde la végétation au printemps et les boutons à fruits du prunier échappent alors aux torts causés par les gelées tardives, dans les comtés à l'Ouest de Québec. Dans ces dernières régions, en effet, les dégels fréquents en hiver, laissent la terre nue, de sorte que les grands froids qui peuvent survenir causent un grand préjudice au prunier. Nous recommanderions de planter dans les endroits qui souffrent ainsi du gel et du dégel, des pruniers d'Amérique, les pruniers du pays et Îes pruniers d'Europe n'étant pas assez rustiques. Originaires d'un pays où le climat est beaucoup moins rigoureux que celui de la province de Québec, il n’est Pas étonnant que, même après avoir été cultivés plus au rord de l'Europe, pendant plusieurs siècles, ces pruniers d'Europe ne soient pas assez robustes pour supporter notre climat. Le prunier du Japon est
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encore plus exigeant et demande un climat plus chaud que le nôtre. Il est tout naturel que, sauf en des endroits bien protégés, il lui soit impossible de vivre dans la province de Québec. Il est fâcheux que nous ne puissions pas cultiver ces variétés de prunes comme la Burbank et l'Abondance, fruits remarquables par leur grosseur, leur couleur, et leur chair.
Fig. 161. —-Comparaison des boutons à fruits et à bois des arbres fruitiers: A. Pommier; B. Poirier; C. Prunier; D. Cenasier.
Dans l'île de Montréal et s:: environs, le prunier d'Europe réussit encore assez bien, surtout si lon a soin de ne planter que les Variétés les plus rustiques, telles que Raynes, Mont-Royal, Perdrigon, dont les deux premières sont très connues et estimées.
Parnii les variétés du groupe des pruniers amériçains recommandé: par M. Macoun, nous mentionnerons surtout, Omaha, Aitkin, Mankato, Cheney, Wolf, Brackeit et Hawkeve.
imsne )onair.
C'est dans les terres fortes, fraîches et bien drainées que le prunier d'Europe atteint son maximum de rendement . Le prunier indigène et américain se plaît dans les terres humides où le bois n'est pas exposé à ne pas s'aoûter. On doit éviter de planter des pruniers dans les terres chaudes et sablonneuses.
Comme les pruniers d'Europe ne vivent pas bien longtemps dans la plus grande partie de la province, il sera suffisant de les planter à 15 pieds d'intervalle les uns des autres.
Comme pour les autres arbres fruitiers, on veillera à ce que l'arbre ait une forme symétrique et on le débarassera des branches mortes et inutiles. Cette opération faite, il n'est guère besoin de le tailler, à moins qu'il ne soit nécessaire d'éclaicir de temps en temps les parties trop touffues.
Fig. 162.—Dans le verger des cerisiers, à l'Institut agricol: d'Oka. mai 1011
Les deux grands ennemis du prunier sont le Charançon et le Kermès du prunier. On se reportera au chapitre XI, page 194 pour le traitement du Kermès. Une bonne application d'émulsion de pétrole suffit ordinairement à comibattre le Kermès.
Une maladie du prunier qui apparaît de temps en temps et cause de grands ravages dans les plantations de pruniers dans la province de Québec, est la Nodule. Nous ne pouvons conseiller d'autre traitement que la suppression de ces nodules qu'on doit ensuite brûler .
La culture du cerisier.—Le cerisier, vulgairement ‘‘cerister de France” de Ï
nous ne pouvons pas suffire à satisfaire la demande très forte du public citadin, il n’y a aucune raison que le cultivateur n'ait des cerises pour on usage personnel, soit à l'état frais, soit à l'état de conserves ou
sous forme de confitures. Nous croyons que dans la plus grande partie de la province la culture du cerisier peut parfaitement se généraliser.
Les variétés que nous pouvons recommander d'une façon générale sont: Early Richmond, Montmorency, Ostheim, Louis Philippe et English Morello. Dans les endroits plus favorisés, où l'arbre serait moins exposé à une température froide, on pourrait faire l'essai du cerisier Impératrice Eugénie.
Cet arbre semble aimer un sol élevé, léger, sec et absorbant, lParfois, il exige plus d'humidité et une terre plus compacte.
Comme le cerisier ne vit guère très longtemps, on pourra le planter à 20 pieds d'intervalle en tous sens.
La taille consiste surtout à l'éclaircissage des parties trop fournies, et à la formation d'une charpente ouverte. Remarquons cependant qu'on ne saurait trop prendre de précautions en faisant cette taille, à cause des écoulements de gomme auquels le cerisier est sujet.
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