‹ La culture latine --Chapitre 12 sur 45 · A Villequier · texte numérisé non relu

A Villequier

cœurs après soi, brillante incarnation d'une famille royale et de la patrie ?

Peintre et poète, Virgile fut, aussi, un savant de premier ordre. Ses biographes racontent qu'il étudia les mathématiques, la médecine et la philosophie. De la lecture de ses œuvres, il apparaît qu'il connut la liturgie, la théologie, ou si l'on veut, la théogonie, la haute politique et l'histoire, ainsi que la géographie de la Sicile et de l'Italie. Personne aujourd'hui ne s'aviserait de railler ou de nier la beauté du caractère sacerdotal qui est, en somme, tout le personnage d'Énée. Les études religieuses ont même réalisé de tels progrès, que l'apologie virgilienne de Gaston Boissier apparaît déjà comme timide et un peu surannée. C'est ainsi qu'il dépense des trésors d'érudition et d'ingéniosité logique pour défendre, contre Ovide et Voltaire et tous les beaux esprits de décadence, deux vieilles légendes latines admirables, savoir, l'épisode des tables mangées et la fondation de Lavinium. Je ne citerai que la première.

€ Les Troyens, nous dit-il, venaient d'attacher leurs vaisseaux aux rives verdoyantes du Tibre. Enée, avec les principaux chefs et le bel Iule, se repose sous les branches d'un arbre élevé. Ils préparent leur repas; et d'abord, sous les mets dont ils doivent se nourrir, ils placent des gâteaux de pur froment (c'était Jupiter lui-même qui leur suggérait cette idée), puis ils chargent de fruits champêtres cette table composée des produits de Gérés. 11 arriva que, tous ces mets étant épuisés, leur faim qui n'était pas rassasiée, les contraignit d'attaquer ces légers gâteaux. Ils les prennent à la main, obéissant aux destinées, ils les portent à leur bouche et ne ménagent pas leur surface large et ronde:

« Ah ! s'écrie Iule en plaisantant, voilà que nous man- » geons aussi nos tables! » 11 n'en dit pas davantage, mais cette parole suffît pour annoncer aux Troyens la fin de leurs maux. Énée la recueille aussitôt de la bouche de son fils et, frappé de l'accomplissement de Toracle, il la médite en silence. Puis, tout d'un coup : « Salut, s'écrie-t-il, terre que les destins m'ont pro- » mise I et vous aussi, salut, fidèles Pénates de Troie ! » voici votre demeure, voici votre patrie ! Mon père An- » chise(je m'en souviens aujourd'hui) m'a révélé autre- » fois les secrets de l'avenir ; — « Mon fils, me disait- » il, lorsque, arrivé sur des rivages inconnus, la faim » te forcera, après avoir épuisé tout le reste, à dévorer » aussi les tables, espère, alors, une demeure fixe. »

Que cet épisode soit très beau et royalement épique, il n'y a pas lieu d'en douter. Je m'étonne que Gaston Boissier n'ait pas songé à le rapprocher d'une page célèbre du premier Livre des Rois : « David dit au grand prêtre Achimélech ; « Si vous avez quelque » chose à manger, quand ce ne serait que cinq pains » ou quoi que ce soit, donnez-le-moi. > Le grand prêtre répondit à David : « Je n'ai point ici de pains pour le » peuple, je n'ai que du pain qui est saint, il faut seu- » lement que vos hommes soient purs. » Le grand prêtre lui donna donc du pain sanctifié, car il n'y en avait point là d'autre que les pains de proposition qui avaient été ôtés de devant le Seigneur, pour y en mettre de chauds en la place '. »

Il n'en va pas autrement de l'épisode de la laie qui désigne aux Troyens l'emplacement de Lavinium.

Comme FEnéide est une savante et vaste et très

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