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ANTIQUE ET DE ROME CHRÉTIENNE

Le véritable prêtre de Rome antique, c'est Virgile.

Un écrivain s'est rencontré, cependant, qui, sans surpasser ni même égaler l'art divin de Virgile, le complète, le corrige, l'élève jusqu'à la plus haute philosophie, jusqu'à la théologie la plus sûre. Saint Augustin a souvent et longuement parlé de Rome, trop, même, au gré de quelques-uns de ses contemporains. « Qu'il ne parle pas de Rome, disaient ces patriotes ombrageux. Oh I s'il pouvait ne pas parler de Rome ! » Par bonheur, il ne se laissa pas intimider par ces mauvais conseillers, et il ne cessa d'écrire pour ou contre Rome, ou sous son inspiration directe. 11 écrivit même sur les thèmes romains, justement, que le génie de Virgile a immortalisés : l'impérialisme (il serait préférable de dire Vimperium), la vertu et la durée de Rome. Mieux encore ; il a fait porter toutes ces subtiles et chaudes discussions romaines sur des vers de Virs^ile. Oui, ce Virgile qu'il croit haïr, à certaines heures, qu'il aime toujours malgré tout, et profondément, a mis dans des formules plus durables que Tairain toute la doctrine religieuse et impériale de la Rome antique. Il faut bien les discuter, ces formules harmonieuses et indestructibles. Saint Augustin le fait avec un mélange de colère, d'admiration et d'amour, qui est bien la chose du monde la plus touchante. Et la plus grandiose aussi. L'erreur serait grave, en effet, de ne voir, dans les jugements d'un saint Augustin sur Rome, que des chefs-d'œuvre de critique historique, philoso-

phique ou théologique. En rectifiant la morale, la politique, la religion et le patriotisme de Virgile, le maître d'Hippone contribue puissamment à la transformation d'un monde. Par lui, dans une large mesure, la Rome antique devient la Rome chrétienne.

Rendons-nous compte qu'il était préparé à remplir, et à bien remplir, cette mission, en quelque sorte, surhumaine.

Enfant, adolescent, homme mùr, saint Augustin s'était assimilé la culture gréco-romaine dans des proportions qu'il serait difficile d'exagérer. Tandis qu'il écrivait ses célèbres Dialogues, il avait toujours sous les yeux les écrits de celui qu'il appelait tantôt « son cher TuUius » et tantôt, « un certain Cicéron ».

Il ne perdait pas de vue ceux de Platon. Quand il conduit, le matin, ses disciples, causer de la vie heureuse, sous un grand arbre, dans un pré, on voit bien qu'il songeait à ce platane du Phèdre qui entendit Socrate parler si merveilleusement de la beauté, et à celui de Tusculum sous lequel Crassus, Antoine et leurs amis étaient venus, un jour, s'asseoir, entre deux orages politiques, pour s'entretenir de Téloquence (G. Boissier : la Fin du paganisme).

Le IV' livre du de Doctrina christ iana n'est, au fond, qu'une paraphrase chrétienne de la rhétorique telle que l'avaient définie Cicéron et Quintilien. Comme ces deux maîtres, saint Augustin enseigna aux prédicateurs chrétiens l'art triple et un, d'instruire, de plaire et de toucher, bref, d'être éloquent.

11 n'est même pas certain que Gicéron n'ait pas contribué, en quelque manière, à la conversion de saint Augustin. « En lisant VHortensius, est-il dit dans les Confessions (III, iv), je me sentis devenir

i')ul autre. Toutes ces vaines espérances, que j'avais jLisque-là poursuivies, s'éloignèrent de mon esprit, et j'éprouvai une passion incroyable de nie consacrer à 'i recherche de la Sagesse et de conquérir, par là, [immortalité. Je me levai. Seigneur, pour me diriger A ers vous. »

A Platon, saint Augustin devait plus encore qu'à ( .icéron. « La réalité de cette influence, a dit un émi-

ut théologien catholique, ne peut être sérieusement iscutée par qui a lu les œuvres d'Augustin, en particulier, celles des premières années qui ont suivi sa conversion. Elle a été reconnue par Bestmann luimême qu'on accuse de Tavoir niée dans sa thèse : Qua ratione Augustinus notiones philosophiœ gnecœ ad dogmata anthropologica describenda adhibuerit, Erlangen, 1877. Pour être convaincu, il suffirait de voir les passages de Plotin et de saint Augustin, mis en regard sur deux colonnes, par M. Grand-Georges [Saint Augustin et le Néo-Platonisme). Les Confessions décrivent l'enthousiasme allumé en lui par les livres platoniciens. Et cet enthousiasme vivra longtemps en lui, source d'éloges magnifiques et répétés ^ »

Une si vive admiration n^ allait pas sans quelques inconvénients graves. Saint Augustin l'exagéra, maintes fois, au cours de son long enseignement, et, il dut en témoigner dans ses Rétractations un humble repentir. Mais il n'en reste pas moins que le contact du platonisme et de l'esprit du grand docteur catholique fut constant et, à l'ordinaire, bienfaisant. Le seul énoncé des théories platoniciennes que saint Augus-

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