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iN'oublions pas d'ajouter, uous : « et de Jérusalem

148 LA CULTURE LATLNE

gereuse subtilité d'esprit. Il a la bonté très grande, cependant, de ne pas écrire le mot Grœcuii. J'espère bien que Maurras fera, quelque jour, à Chambéry un pèlerinage public de réparation. Après avoir maudit les Charmettes, ces hauts lieux des superstitions romantiques, il s'en ira demander pardon à de Maistre de l'avoir presque blâmé, mais surtout de ne l'avoir pas remercié et loué, autant que l'exigeraient la reconnaissance et la justice. A chaque paragraphe de cette admirable digression s'offrent de ces impérissables formules qui font, elles-mêmes, à jamais partie intégrante du présent de Minerve : « 11 faut que l'extérieur de l'Eglise catholique annonce son caractère d'éternelle invariabilité... La langue latine fut parlée par le peuple-roi qui lui imposa le caractère de grandeur unique dans l'histoire du langage humain. »

Maurras me fera-t-il observer que la discussion dévie depuis quelques instants et, qu'ayant d'abord nommé Athéna et Minerve, sans vaine cérémonie, nous parlons maintenant génie latin et même langue latine ?

Non, la discussion ne dévie pas. Athéna et Minerve sont de purs symboles sous lesquels se cache ou apparaît l'intelligence gréco-latine, laquelle est devenue catholique. Décrire le casque d'Athéna, le péplum d'Athéna, le visage d'Athéna, l'invoquer dans une langue poétique, c'est ou se livrer à un divertissement de haut goût, un peu vain, malgré tout, ou tout simplement définir le génie classique. Pour son propre | compte, Maurras n'a bien rempli cette fonction, que | lorsque, ayant jeté bas le bouclier de la déesse, il s'est ? contenté de dire : « Je suis Romain, et voici pour quels î motifs. »

De Maistre avait élucidé la même question en défendant le Pape, Rome et la langue latine.

Et Bossuet avait peut-être atteint la vérité plus profonde, parce qu'il avait analysé directement, et par de simples procédés psychologiques, le génie romain : « De tous les peuples du monde, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux et enfin, le plus patient a été le peuple romain. »

J'imagine qu'entre toutes les formules de panégyrique qui furent inventées en l'honneur de la Minerve latine, celle-là, sans aucun doute, aurait toutes ses préférences.

Bossuet ajoute : « A prendre le Sénat dans le bon temps de la République, il n'y eut jamais d'assemblée où les affaires fussent traitées plus mûrement, ni avec plus de secret, ni avec une plus longue prévoyance, ni dans un plus grand concours et un plus grand zèle pour le bien public. Le Saint-Esprit n'a pas dédaigné de marquer ceci dans le livre des Machabées... » Vous avez bien lu : le Saint-Esprit.

Dans l'article VI' de la question I du Traité de Dieu, saint Thomas se demande si la doctrine sacrée mérite le nom de Sagesse, et il répond entre autres choses : « La Doctrine sacrée mérite le plus le nom de Sagesse, parmi toutes les sagesses humaines, et cela, non pas dans tel ou tel ordre, mais simplement d'une façon absolue. » Cette belle proposition une fois émise, saint Thomas la prouve. Il définit à qui convient le nom de « Sage » dans chaque ordre particulier. « Le propre du sage est d'ordonner et de juger. » C'est, nous l'avons vu, la définition du sage donnée par Aristote.

« Or, tout jugement se fait en appliquant aux choses qui lui sont soumises la règle qui les domine. C'est dire que, dans chaque ordre donné, celui-là méritera le nom de sage qui s'occupera de la cause ou de la règle suprême, en cet ordre-là. Par exemple, dans l'or dre d'édifices à bâtir, l'homme d'art qui statue sur la forme du monument sera dit sage et architecte, par rapport aux ouvriers inférieurs qui rabotent le bois ou préparent la pierre. » Saint Thomas observe que saint Paul lui-même a parlé en ce sens quand il a dit (P' Épit. aux Corinth., ch. m, 10) : Selon la grâce de Dieu qui ma été donnée, j'ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus, « De même, dans l'ordre des actes humains, l'homme prudent est appelé sage, en tant qu'il ordonne les actes humains à leur véritable fin ; auquel sens, il est dit dans les Pro\:erhes : La prudence de l'honmie constituera sa sagesse, » Si le nom de sage, dans chaque ordre, convient à celui qui s'occupe de la cause suprême en cet ordre-là, Celui-là donc méritera le nom de sage par excellence qui s'occupera de la cause suprême et universelle qui n'est autre que Dieu. Aussi bien, vojons-nous que, pour saint Augustin (de Trinit., liv. XII, ch. xiv), la sagesse se confond avec la connaissance des choses divines. »

Saluons la Vierge gréco-romaine. Pâle image, à la fois, et réminiscence de la Sagesse que chantait Salomon, elle est devenue, par son ascension dans le Surnaturel, Béatrix ou la Théologie catholique, laquelle incarne une sagesse encore plus sage que celle de Maurras, plus pure surtout, et même plus romaine. Elle parle latin et elle raisonne selon les règles rigoureuses de la scolastique.

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