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LES CLOCHERS DE FRANCE

ou l'identité des deux cultures (RQiï^INE ET FRANÇAISE)

Exemples de complexité clans le patriotisme chez les juifs de France, chez les socialistes et les politiciens démocrates. Que les Français de France sont des Romains. Symbolisme purement latin des clochers de leur pays. Origfine latine et caractère dominant de la langue française. Civis Romanus sum !

Tout homme a deux pays, au moins; le sien, et puis un autre, ou plusieurs autres.

De subtiles discussions et des événements graves ont mis en pleine lumière cette pluralité des éléments psychologiques dont est fait le patriotisme. M. Maijric^ Barres, comme toujours, a su jeter dans la contppyerse des argunients ingénieux et vivants. L^église et le clocher, surtout Féglise et le clocher de village, sont bien les formes les plus vénérables, les plus poétiques, et en même temps, les plus facilement intelligibles du patriotisme. Devant cet enr semble de petites mares stagnantes qu'est le Parlement, l'auteur de Quelques Cadences di pris sa Ijr^, un jour, et il a chanté un hymne en Fhonneur des admi-

rables pierres catholiques, qui donnent au pays de France sa véritable physionomie. « Eh bien, mon cher collègue, le simple fait que ces murailles chargées de sensibilité orientent très vaguement, d'une manière insuffisante », mais enfin orientent la pensée, est un élément inappréciable de la philosophie du village. Oui, messieurs, l'église plantée sur la place du village assainissait le sol. Autour d'elle la plante humaine se développait dans un air de civilisation. Si vous la jetez bas, aussitôt il semble que les exhalaisons malsaines qu'elle avait étouffées s'élèvent de nouveau... Le sentiment religieux existe ; Téglise du village est ce sentiment rendu visible. Que pensez-vous faire pour protéger ces hautes expressions de la spiritualité française ? Prenez garde que vous ne laissiez une grande partie de ce qui est Taliment de la vie de l'âme. »

Mon Dieu^ que cette façon de défendre nos églises est ingénieuse, délicate et spirituelle I M. Barrés a fait entendre une gracieuse plainte qui ne laisse pas d^avoir quelques douceurs lentes d'angélus.

Il faut bien reconnaître, cependant, que son plaidoyer contient un certain nombre d'arguments inquiétants et d'une orthodoxie fort suspecte. D'abord l'ensemble de son discours est trop Génie du Chrisiianisine ; je veux dire, par là, qu'il attribue à Tar-

1. Pourquoi d'une manière insuffisante? A qui sait comprendre tout son syrTibolisme liturgique, le clocher surmonté d'une croix parle une langue pleine de sens et certainement parfaite. Il montre le ciel, il protège les tombes, il affirme la présence eucharistique de Dieu dans l'assemblée des fidèles, cependant que les voix de ses cloches épandent sur les plaines et les collines des sentiments et des pensées th?ologiques.

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chéologie et à une certaine esthétique une valeur apologétique qu'elles n'ont pas. Si nos églises cessent d'être des centres de vérité et de vie morale, la beauté de leurs formes n'arrêtera pas longtemps la pioche des démolisseurs.

Un juif, M. Henri Hertz, a paru reprendre pour son propre compte, en l'exagérant, la thèse de M. Barrés. Le nomade, récemment arrivé d Orient, se hâte de substituer aux sobres images lorraines jaillies des souvenirs de M. Barrés, de luxuriantes et capiteuses métaphores. Il aime sans mesure, il aime plus que nous ne saurions le faire, nous catholiques, nous prêtres du pays de France, ces chères églises de village. Il découvre qu'autour d'elles se cristallisent les secrets émois du vieux cœur français, et qu'elles demeurent un centre de ralliement moral. Telle est bien la virtuosité des Sémites ; elle fait plus barrésien que Barrés. Un catholique français ou belge ne peut retenir quelques cris de reconnaissance devant cet éclatant témoignage littéraire de l'intelligence et de la bonté juives. Cependant, il finit par découvrir le venin qui ne se cache pas, mais qui se montre, certes, et dans la tête. M. Henri Hertz avait écrit : « Ce sont les pierres chargées de la piété de plus de siècles qui sont les plus belles. Mais il faut que les églises comprennent que leur mission est double, et que ce n'est pas le moyen de subsister dans les goûts des hommes que d'y mettre de la haine et de la défiance. Si les églises, alors, par leur faute, disparaissent, d'autres centres, d'autres églises surgiront ! » Quelle impudence est celle de ce faux Balaam ! Tout couvert encore de la poussière des routes cosmopolites, il se permet de bénir nos églises, puis, sans transition au-

cune, il les admoneste, les diffame, les menace et les condamne à mort.

Ayant réduit à l'état de ruines TÉglise et la France, M. Hertz daigne nous expliquer la nature de son patriotisme, et, ici, il devient intéressant. « J'ai mes attaches, dit-il, dans une terre reculée où ne poussent que des fantômes. Vous avez les vôtres à portée de votre cœur, sur un sol plein de vie ! »

Il résulte de cette prétentieuse antithèse, premièrement, que les juifs ont toujours, et malgré tout, une patrie physique, une terre ancestrale, la Palestine, et, deuxièmement, que ce pays lointain et aimé forme un contraste parfait avec notre France. La plus rudimentaire politesse devrait donc commander à ce monsieur une très rigoureuse modestie dans l'appréciation, même sommaire, de ce qui constitue la physionomie morale et esthétique de notre sol. Il écrit : « Les souvenirs que contre eux (les juifs) vous (Français) prétendez défendre les passionnent autant que vous. »

Un second élément essentiel du patriotisme juif, c'est le passé ! « Ils (les juifs) ont l'âme habituée à Tanxiété des grands souvenirs. » L'anxiété ? Il est facile de comprendre ce que ce mot veut dire, mais ne relevons pas Tinsinuation. Il suffît que soit impossible entre Français et juifs la communion dans l^amour du passé, ce rite fondamental de la vie du patriotisme.

Les coreligionnaires de M. Hertz prétendent, cependant, aimer la France « d'un amour d'exilés qui n'avaient rien, d'étape en étape, à regretter derrière eux, et pour qui la terre qu'ils trouveraient devant eux, avec du bonheur, serait la vraie, la seule terre de retour ».

En d'autres termes, la patrie, c'est la terre où l'on

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est bien, et pour les juifs, la patrie, c'est le pays où ils peuvent donner libre cours à leurs instincts de proie. Nous comprenons pourquoi, aussi, ils tiennent à ne pas être confondus avec leurs autres frères d'Europe, « simples coureurs de route ».

Quelle que soit l'apparente ou réelle sincérité que M. Hertz apporte dans sa profession de foi francosémitique, il cache, cependant, ce qu'il y a d'essentiel dans la question. Il ne dit rien du vrai cœur de sa patrie, je veux dire de la tribu juive qui campe victorieusement sur le vieux sol de Lutèce, et qui compte de puissantes et riches colonies dans toutes les autres capitales d'Europe. Quelle bonne mère que la tribu juive de France ! Comme elle excelle à faciliter les débuts de tous ces jeunes métèques souples, avides et audacieux qui deviennent, si aisément, des conquérants !

Mais si elle assure leur fortune, elle ne réussit pas à éteindre, dans leurs cœurs, les amères réminiscences ancestrales. Le même Henri Hertz écrivait à propos de l'affaire Dreyfus : « Le vieux levain amer, rancunier et vindicatif, amassé dans la misère de leurs routes désespérées, leva une fois encore en eux (les juifs). Ils oublièrent le sacrifice qu'ils devaient à la patrie retrouvée. Et pour sV dérober, tandis que les uns niaient la patrie, les autres niaient leur origine juive. »

Il me semble que voilà un spécimen de patriotisme assez complexe. La Palestine, les chaussées ou les fossés des grandes routes européennes et mondiales, un passé noir d'où sortent incessamment des excitations de haine, la France enfin, champ de bataille, halte ou terminus, cela fait bien un total de quatre éléments essentiels. Il faudrait en ajouter un cin-

quième, savoir, la Gosmopolis financière où régnent les Rothschild et autres Hébreux multimillionnaires. Comment ne se sentirait-il pas Tâme bien mondiale, le descendant du Rothschild parisien qui compte tant de proches parents et d'associés, à Londres, à Francfort, à New-York et à Berlin ?

Le fait socialiste est au moins aussi intéressant, au point de vue qui nous occupe, et aussi plein d'enseignements que le fait juif. Mettons à part, en effet, les disciples de ^L Hervé qui échappent à toute classification normale '. Tous les socialistes qui ne sont pas systématiquement antipatriotes appartiennent, à la fois, à la cité française et à la cité professionnelle, où ils abdiquent une part, sinon la totalité, de leur liberté, en attendant la réalisation de leurs rêves. Qu'ils préfèrent, en fait, la seconde cité à la première, c'est possible, hélas! mais si le socialisme, cette peste, comme disent les Papes, n'avait pas faussé les pensées et les sentiments les plus légitimes, les ouvriers auraient le droit d'aimer, d'amour patriotique, le centre de leur groupement professionnel. < Le serf attaché à la glèbe, cela fournit une rime riche avec plèbe, et fort exploitée contre la prétendue barbarie des temps passés, mais, en réalité, cela signifie le laboureur attaché au sol, l'artisan à l'atelier, et réciproquement, et cela réalise le desideratum des socialistes.

> Dans la corporation d'arts et métiers, chacun de ses membres, apprenti, compagnon ou maître, avait son droit propre garanti par les statuts de Tassociation et sauvegardé par sa magistrature. Il avait réellement

1. On sait que M. Hervé est devenu, depuis la Grande Guerre, un ardent et bruyant patriote. Improvisation édifiante plutôt que rassurante.

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cette possession d'état dont le nom, le plus souvent, sans la chose est resté dans notre jurisprudence actuelle, et il ne pouvait en être débouté que par jugement \ »

11 n'y a pas lieu d'insister sur cette pluralité de formes que revêt le patriotisme des ouvriers.

11 n^en va pas autrement des dilîérents groupes de gauche qui président aux destinées de la République française, depuis quelque quarante ans.

Tous, ils aiment la France... avec un mais. Aucun de nos ministres des Affaires étrangères ne termine ses officiels couplets sans célébrer les joies de la paix universelle et les mérites de la civilisation. Quand il s'agit de nos affaires intérieures, les politiciens se réclament, avec un exclusivisme farouche, des principes de 89, ce qui est une façon de mutiler le passé de la France. La grande voix de Danton, qu'ils écoutent si pieusement, est la voix d'un pacifiste et d'un internationaliste. Elle disait, en efîet : « Le patriotisme ne doit pas avoir d'autres bornes que l'univers. » Les petits hommes d'Etat, successeurs de Danton, mettent une note mystique dans sa triste philosophie. « La République, s'écriait ^L Loubet, a ses origines dans les conceptions les plus hautes de la conscience, et elle ne peut pas démentir ses origines. » Ces Messieurs se font donc une sorte de religion qu'ils aiment d'un amour exclusif, et dont les intérêts ne se confondent nullement avec les intérêts de la France, quand ils ne s'y opposent pas.

On me dispensera, je suppose, de passer en revue les autres pays d'Europe et d'Amérique, où les rites du patriotisme révèlent tous une complexité profonde.

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