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CHAPITRE IV

LTCHEG DU SURHOMME ALLEMAND, d'après mm. Boutroux et Eucken.

M. Rudolph Eucken \ est lauréat du prix Nobel; il dispose d'une grande autorité, dans le monde intellectuel allemand. G^est lui qui pensa et rédigea les Grands Courants de la peiisée contemporaine. A M. Boutroux fut confié le soin de résumer, et aussi d'expliquer un peu plus clairement l'idée générale du livre.

Où en sommes-nous donc, à la fin de la première quinzaine du xx* siècle ? Vivons-nous dans une pleine lumière génératrice de certitudes bienfaisantes, ou nous agitons-nous, malheureux et désemparés, dans des ténèbres ou demi-ténèbres pleines de périls ? Quels grands courants emportent-ils aujourd'hui les intelligences, et vers quelles régions ?

Loin qu'ils paraissent croire aux miracles définitifs du dieu Progrès, M. Boutroux et surtout M. Eucken voient la situation présente sous des couleurs plutôt sombres. « Si l'on examine dans son ensemble, dit

1. Rudolph Eucken, né en 1846, à Aurich (Hanovre), est, depuis 1S74, professeur de philosophie à TUniversité d'Iéna. Il a publié d'importants ouvrages historiques sur Aristote, saint Thomas, la philosophie allemande et la terminologie philosophique.

l'échec du surhomme ALLEMA^'D 237

M. Eucken, la situation intellectuelle et morale de notre époque, le premier sentiment qu'on éprouve est celui d'une grande confusion et d'une pénible incertitude au sujet du but essentiel de ses elîorts ; partout une division de l'humanité en partis, et souvent, un antagonisme au sein même de l'homme...

y> Pour mettre en œuvre et concilier ces différentes impulsions, il aurait fallu des forces intellectuelles supérieures *. Celles-ci faisant défaut, on voit apparaître tous les inconvénients qui doivent fatalement se produire, quand l'homme se laisse emporter par les événements de sa propre vie, quand il succombe sous la dispersion de l'existence. Ainsi, nous voguons incertains sur l'océan de notre époque, sans défense contre tout ne qui vient à nous avec une conscience forte et une affirmation hardie, sans défense, aussi, contre nos propres caprices et passions, jouets de situations et d'humeur changeantes. »

Le tableau manque de rose, un peu.

Contre ce mal profond, M. Eucken estime que les diverses écoles philosophiques qui régnèrent jusqu'ici sur les intelligences, sont radicalement impuissantes. Mais, lui-même, il apporte un pauvre petit remède de son invention, dont il n'ose pas vanter l'efficacité, mais dont l'application déterminera peut-être, peut-être, un commencement de lente et à peine perceptible amélioration : « Si insuffisantes, dit-il, que soient ces tentatives, elles restent précieuses par leurs enseignements. Leur échec, notamment, montre avec une pleine clarté que Ton ne peut rien faire en partant des Hiv(-rs noints nris isolément, mais qu'il s'adt de cher-

divers points pris iso

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