Et rhégémonie alleme force insuffisante ou malfaisante
1. Et l'hégémonie allemande? M. Eucken la tiendrait-il pour une
238 LA CULTURE LATI>'E
cher une unité supérieure à la dispersion ; si l'on ne s'élève pas au-dessus de la situation actuelle, si l'on ne prend pas de nouveaux points de départ, il n'y a aucun espoir de surmonter cette crise. » Certes, M. le professeur Rudolph Eucken
... ii"a pas l'air de croire à son bonheur, Et sa chanson se mêle au clair de lune...
Mais comment se fait-il que M. Eucken, qui est si timide dans l'affirmation, formule sur un ton si dédaigneux tant de négations catégoriques? Il se montre particulièrement dur pour la scolastique. « Le moyen âge, dit-il, nous a transmis un système de vie où des événements aussi radicalement différents que la pensée antique et la pensée chrétienne primitive, l'espril artistique et l'esprit religieux, la conception optimiste et la conception pessimiste du monde, se trouvaient plutôt habilement assemblés que conciliés. »
Peste ! comme M. le professeur d'Iéna est difficile î La Divine Comédie lui apparaît comme une insuffisante synthèse de l'esprit artistique et de l'esprit religieux ! Que lui faudrait-il donc ? On n'ose pas lui parler de Saint-Pierre de Rome, où s'affirme pourtant une si triomphante union de l'esprit classique et de l'esprit catholique. Il nous répondrait que Saint-Pierre de Rome appartient à la Renaissance, ce qui ne serait pas précisément décisif. Quel sort ferait-il donc à la Cil' de Dieu et aux deux Sommes... et à nos cathédrales?
Mais voici un grief bien autrement grave et qui ne peut qu'impressionner péniblement des lecteurs modernes. La scolastique, ainsi que le fera plus tard l'intellectualisme du xix* siècle, se prive trop systé-
l'échec du surhomme allemand 23t)
matiquement du concours des sciences naturelles et de Texpérience de la vie. Encore, faudrait-il s'entendre d'abord sur la portée et ensuite sur le bienfondé de ce reproche, Albert le Grand, par exemple, a composé deux volumes de recherches sur l'histoire naturelle (notamment vingt-six livres de Animalibus)^ puis cinq volumes de commentaires sur les saintes Ecritures, et enfin, d'innombrables dissertations sur des sujets divers. Tels sont les matériaux que réunit un Albert le Grand, et dont il se servit pour construire un système complet, véritable encyclopédie dont la partie théolo^ique était le noyau. « Une partie essentielle de la dialectique scolastique était formée, non seulement par les notions purement chrétiennes, mais par les notions provenant traditionnellement de l'antiquité, et par celles que l'esprit du temps avait créées, et la dialectique devait être principalement un exercice s'appliquant aux trois systèmes de notions que nous venons d énumérer, ou être une théorie de ces trois sortes de notions \ » Il est entendu qu^'aux explications et théories scientifiques d'un Albert le Grand, on ne reconnaît plus, aujourd'hui, de sérieuse valeur ; elles étaient d'ailleurs jugés insuffisantes, dès le xiii^ siècle, par Roger Bacon.
Mais les sciences physiques sont dans un perpétuel devenir qui ne rend pas très facile les prêts d'arguments définitifs à la théologie, à la philosophie éternelle et à l'exégèse. Les erreurs graves abondent, chez Roger Bacon lui-même, qui était un scientifique informé, cependant, et mieux que cela, un homme de génie et un prophète dans Tordre du progrès. Le sui-