CHAPITRE II. — AMÉRIQUE
poursuites exercées contre les #rusts en vertu de la Common law, la question de cette dissolution avait été agitée.
Quant aux conséquences pratiques de cette dissolution pour les consommateurs de pétrole, elles seront à peu près nulles. Les anciens directeurs (#rustees) de la Standard oil Company, étant détenteurs pour leur propre compte de la majorité des actions, se mettront à la tête des compagnies nouvelles et continueront comme par le passé à faire la loi au marché (1).
Obstacles à l'application des lois contre les Trusts.— Après comme avant les lois contre les Trusts, la tendance à la concentration des capitaux, au groupement des affaires est demeurée la même, car elle résulte des conditions économiques de notre époque. Chaque jour voit se former, en dépit d’elles, des Trusts nouveaux (2). Mieux eût donc valu, ce semble, reconnaître en principe la légalité de ces combinaisons, sauf à les réglementer, leur interdire certains agissements contraires à l’intérêt publie, et les déclarer responsables des dommages qui peuvent en résulter.
Au lieu de cela, on se trouve aujourd’hui aux États- Unis, en face de sociétés légales, échappant par leur forme aux lois contre les Trusts, ayant le même but, les mêmes agissements, les mêmes résultats que ces derniers, et se dérobant néanmoins à toute responsabilité (3). Modifierat-on à leur tour les lois sur les sociétés ? IL en pourrait résulter des perturbations profondes, pires encore que le mal qu'on voudrait éviter.
En second lieu, l’un des principaux obstacles à l’appli-
(1) Communication de M. Hadley, professeur d'économie politique à l'Université de Newhaven (Connecticut) à l’auteur. Cf. aussi Political science Quarterly, juin 9, p. 380.
(2) Un récent article de la North American Review en compte jusqu’à 120 différents.
(3) Cf. The Chronicle, 8 juin 1889.
20e DEUXIÈME PARTIE. — SECTION II
cation des lois contre les Trusts a été jusqu'ici un obstacle politique. Ils avaient trouvé appui et mème connivence dans le parti républicain, qui jusqu'aux dernières élections détenait le pouvoir : car c’est par leur argent qu'il y était arrivé. Les Trusts représentaient pour Jui un fonds de campagne électorale de plusieurs millions de dollars ; on n’abandonne pas, aux États-Unis moins qu'ailleurs, de tels alliés. Mais cette alliance publique avec les Trusts n’en a pas moins influé sur le récent échec des républicains, par le discrédit et la réprobation unanimes qu’elle a jetés sur eux. L'avenir seul pourra nous dire ce que réserve aux Trusts l'avènement du parti démocrate, car ils sont encore assez riches pour l'acheter (1).
Un autre obstacle, économique celui-là, est dans la barrière des tarifs douaniers du bill Mac Kinley, octroyés par la majorité républicaine du dernier Congrès aux gros industriels,ses plus chauds partisans. Plus de 40 Trusts sont embusqués derrière ces larifs exorbitants ; leur maintien intégral étant la base même de la « platform » républicaine, ils n’auront chance d’être abolis que le jour où le parti démocrate, déjà en majorité à la Chambre des représentants aura conquis celle du Congrès tout entier.
La législature de l'État d'Yowa a fait un premier pas dans cette voie. La première de toutes elle a signalé, il y a trois ans, l’obstacle et le remède, et demandé, chose inouïe aux États-Unis, l'abolition de tout tarif douanier, comme favorisant uniquement les Trusts que le devoir des États et du gouvernement fédéral était de réprimer (2).
(1) M. Max Leclerc à la fin de son étude sur la crise sociale aux États- Unis résume ainsi la situation : « d’un côté les masses révoltées, aveuglées par la colère: de autre, la plus corrompue, la plus corruptrice, la plus monstrueuse coalition de millionnaires et d’accapareurs (Revue bleue, 15 mai 91).
(2) The Nation, 22 avril et 8 août 1889. Le parti républicain et les Trusts.