SG) CAR ENVI
(4) 1. Let 2, C. j. X, 27.
LA CURA COMPARANDI 75
Seetion IT, Les moyens de transport.
Les naviculaires,
1° Période. — Auguste à Claude.
Les empereurs s’efforcèrent de perfectionner le service des transports de l’annone, et ils y arrivèrent par trois moyens :
1° En rendant la navigation plus sûre et plus facile ;
2° En encourageant par de nombreux privilèges les commerçants qui s’y livraient ;
3° En les groupant peu à peu en corporations puissantes et richement dotées.
Pour faciliter et assurer les transports, il fallait avant tout pouvoir disposer d’un port sûr aux bouches du Tibre, car celui de Pouzzoles, qui était le seul de toute la côte, était trop éloigné. Le premier, César conçut le dessein de créer le port d’Ostie et de le faire communiquer avec Rome par un canal ; ce projet interrompu à sa mort ne fut repris que par Claude. Creusé sur la rive droite du Tibre, éclairé par un phare gigantesque à l’imitation de celui d’Alexandrie, entouré de magasins immenses, il fut désigné sous le nom de port de Rome, et devint pour cette ville ce qu’était le Pirée pour Athènes, le centre de sa vie commerciale. Des navires y pouvaient trouver un abri en toute saison. L'administration et la police en furent confiés à un Comes portus, placé sous les ordres des préfets de la ville et de l’annone (1).
En même temps Claude s’efforçait de jeter le lac Fucin dans le Tibre pour le rendre plus navigable. Mais les me-
(1) Suétone, Cæs., 44. Claud., 20.
sures furent mal prises, et ce projet grandiose ne put aboutir (1).
Trajan agrandit le port d'Ostie, et fit creuser un canal latéral au Tibre pour éviter les sables et les vases de son embouchure.
Enfin Antonin fortifia Ostie, et Aurélien fit recreuser le lit duTibre, En mème temps des refuges étaient créés pour les navires en Sicile et au sud de l'Italie (2).
En second lieu, l'Empire confirma et augmenia tous les anciens privilèges concédés à ceux qui se chargeaient des transports de blé. Tout citoyen romain, tout allié latin qui construisait desnavires d'une capacité d'au moins 30.000 »0di, pour lesaffecterà ces transports, était exempté des charges publiques pendant la durée totale de leur service (3). Mème faveur était accordée aux commerçants qui approvi- Sionnaient l'administration de l'annone, aux marins qui étaient employés par elle (4).
Claude alla plus loin encore. Il accorda aux citoyens romains l'exemption de la loi Papia Poppæa ; aux Latins, le droit quiritaire : aux femmes, le Jus quatuor liberorum : aux étrangers le droit de cité à Rome après six années de voyages entre l'Ttalie et l'Afrique, avec des vaisseaux d’un tonnage d'au moins 10.000 mod. Il s'engagea de plus à indemniser de toute perte, et à faire bénéficier d'un gain assuré tous les armateurs qui consentiraient à naviguer pendant la saison d'hiver (5).
1 est bon cependant de noter à propos de tous ces privilèges :
(1) Taeîte, Ann., XII, 56, 57.
() Pigeonnesn, L e., &, — Serrigay, L c., p. 2%. LS D. L. 5.
GLS $SS, D. L. & — Uipien, II, 6.
@) Suët., Clan , 1S, 12.
LA CUBA COMPARANDI yiyl
19 Qu'ils étaient personnels, intransmissibles aux héritiers (1).
2° Qu'ils s’appliquaient aux personnes seules, et non aux patrimoines ;
3° Qu'ils n'étaient en général accordés qu'aux citoyens Romains ou Latins.
C'est qu’en effet, vis-à-vis des provinciaux, il était inutile d'obtenir par des offres avantageuses des transports qu'on pouvait exiger par la force (2).
Mais l’organisation de Claude avait un défaut, celui de mettre le fisc à la merci des prix des armateurs ; de plus aucune limite de tonnage n'étant assignée à leurs navires, souvent trop petits, les frais de transport s’en augmentaient d'autant.
En revanche, les navires des provinciaux demeuraient soumis à tout l’arbitraire, à toutes les exactions des proconsuls et des préteurs, intéressés le plus souvent dans les bénéfices des sociétés de publicains ; leurs vexations devinrent si nombreuses, et soulevèrent en Afrique surtout des plaintes si universelles que Néron lui-même s’en émut; il défendit les réquisitions gratuites de navires, et interdit de tenir compte de leur valeur dans l'évaluation de la masse imposable des commerçants (3).
Tel était sous les premiers empereurs le régime des transports de l’annone, dans les provinces du peuple tout au moins. Il était effectué par des sociétés particulières, qui exploitaient à la fois l'État et les contribuables.
Mode de transport des blés d'Égypte. — Dans l'Égypte, province impériale, il en était différemment.
Auguste, maître absolu de ce pays après sa conquête, y
(2) Pigeonneau, De convect. urb. Ann., p. #1. (8) Tac., Ann., XIII, 50, 52.
avait maintenu, sans avoir besoin d'en référer au Sénat, la savante organisation fiscale des anciens rois, et s'était efforcé d’en tirer tout le parti possible. Rien ne fut donc innové ni dans la quotité des tributs exigés, ni dans leur mode de transport à Alexandrie ; il continua d'être effectué par les Naviculaires du Nil.
Leur corporation remontait à une haute antiquité. Déjà mentionnée par Hérodote, elle était florissante sous les Lagides qui s’en servaient pour le transport de leurs dîmes, et lui avaient accordé en retour le monopole de la navigation du Nil. Conservée par la conquête romaine, elle garda les mêmes charges, et les mêmes privilèges (1).
Des bouches du Nil à celles du Tibre, le tribut frumentaire de l'Égypte était convoyé par la Flotte maritime d’Alexandrie ; elle aussi était bien antérieure aux Romains.
De tout temps les propriétaires du littoral avaient contribué soit pécuniairement, soit en nature, aux fournitures navales nécessaires à l'État. Les citoyens d'Alexandrie, exempts des impôts fonciers qui pesaient sur les habitants des campagnes, durent ètre astreints de bonne heure, eux aussi, à ces prestations maritimes, et se groupèrent en sociétés « cwyipræ » pour fournir à moins de frais les transports de dîmes, les constructions etles réparations de navires qui étaient à leur charge.
Après la conquête de l'Égypte, Auguste fit construire une flotte de guerre pour en garder les côtes. Mais profitant de l’ancien usage, il laissa le transport des dîmes à la charge des villes maritimes. Leurs citoyens, commerçants ou ar-
(1) Hérodote, IT, 104. — Pigeonneau, De urb. convect., p. 50, 55. Au« guste, comprenant l'importance d’avoir toujours dans la main une province qui était considérée comme la « clef de l’annone » avait séquestré l'Egypte du reste de l’empire, et placé à sa tête, au lieu d’un proconsul qui aurait pu s’y rendre indépendant, un simple chevalier avec le titre de Préfet Augustal. En outre il défendit aux sénateurs et chevaliers de s’y rendre sans une autorisation spéciale de lui(Tacite, Hist., I, 11, III, 8; Annales, XII, 60);
LA CURA COMPARANDI 79
mateurs, continuèrent à être grevés de cette charge comme sous les Lagides, et furent groupés en une corporation analogue aux our lux grecques de cette époque.
Le munus navicularium grevait non les personnes, mais les fonds urbains des cités maritimes et ceux du littoral. I] était dû comme service prédial par tout propriétaire et par tout acquéreur (1).
Outre le tribut (frumentum decumanum), transporté gratuitement par les naviculaires d'Alexandrie, ils étaient tenus également de transporter, moyennant un tarif arrêté par le prince, tous les achats de blé faits pour le compte de l’État. Leur flotte élait commandée par un ércnmie ou procurator sous les ordres immédiats du préfet de l’annone de Rome (2). La traversée d'Alexandrie à Ostie durait environ quinze jours, avec des vents favorables. Les blés y étaient transbordés pour remonter le Tibre jusqu'à Rome sur les bateaux des codicarii.
Claude régla avec le plus grand soin l’organisation dela flotte d'Alexandrie, les prises en charge, les attributions des capitaines, le tonnage des navires, etc. (3).
2° Période. — Claude à Constantin.