‹ La Cura Annonae Chez Les RomainsChapitre 28 sur 122 · NGC UNIT, 9,15 CUT XL · texte numérisé non relu

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les blés, arrivés à Ostie, remontaient jusqu’à Rome sur les bateaux des caudicarii. Peu à peu, chaque ville maritime eut sa corporation spéciale de naviculaires. Grâce à ce mécanisme savant, qui compensait les charges par les privilèges et les profits, l'État parvenait à réduire au minimum les frais d’un de ses services les plus importants.

Cependant cette organisation avait ses défauts, etils allèrent toujours en s’accentuant davantage. Les charges des naviculaires étaient perpétuelles, soumises à l'arbitraire du prince, dévolues non aux plus zélés, non aux plus habiles, mais d’après les hasards de la transmission des fonds. Une obligation perpétuelle ne pouvant en effet résider sur des personnes, mais seulement sur des fonds, le « munus navicularium » devint fatalement une sorte de servitude prédiale, soumise au mème sort que les fonds grevés par elle. Asservis au munus, ces fonds y asservissaient leurs possesseurs avec eux, assez semblables en cela aux fiefs du moyen âge, différant d'eux pourtant en ce qu’ils ne pouvaient être ni délaissés, ni répudiés. Aussi les charges qui pesaient sur eux devinrent avec le temps, de légères lourdes, de lourdes intolérables.

Le caractère essentiellement foncier imprimé au « munus navicularium » devait amener, au déclin de l'empire, la ruine de l'institution des naviculaires. La dépréciation universelle des terres à cette époque l’atteignit d’une façon irrémédiable.

Mais depuis longtemps, les révolutions continuelles qui bouleversaient Rome avaient fait péricliter les corporations des naviculaires. Une première fois elles avaient failli disparaître, pendant la période d’anarchie militaire qui suivit l’ère des Antonins. Rétablies par Dioclétien, elles manquèrent de sombrer encore au milieu des guerres civiles qui désolèrent l'empire jusqu'au triomphe de Constantin.

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De même que tous les fonctionnaires publics, les naviculaires cherchèrent à profiter de ces périodes troublées pourse dérober eux et leurs patrimoines au joug permanent de leurs fonctions. Aussi Constantin et ses successeurs eurent-ils tout à rétablir et à réorganiser dans le service de l’annone; ils révoquèrent toutes les exemptions et dispenses obtenues, tempérèrent l’arbitraire des magistrats et allégèrent en même temps par des privilèges nouveaux des charges devenues trop lourdes. De là sortit la législation qui régit les naviculaires pendant près d’un siècle, de Constantin à Théodose.

Les collèges d'Alexandrie et de Carthage avaient été constitués arbitrairement, de toutes pièces par l’autorité impériale, et recrutés de force parmi certaines catégories d'habitants des provinces. Au contraire les collèges formés plus tard sur leur modèle, ceux des caudicaires du Tibre, et des naviculaires des provinces, étaient sortis d’une entente mutuelle entre les empereurs et les armateurs concessionnaires des transports de l’annone ; ceux-ci acceptant la perpétuité de leurs charges, ceux-là garantissant la perpétuité des privilèges qui s’y rattachaient.

Il y eut donc depuis lors deux catégories de naviculaires ayant une origine distincte et des charges identiques, imposées de force aux uns, librement acceptées par les autres: Différence purement théorique d’ailleurs, car si les uns n’avaient jamais été libres, les autres avaient cessé de l'être. Tous les collèges de naviculaires, sans distinction d’origine se trouvèrent avoir les mêmes privilèges et les mêmes obligations.

Les nombreuses lois qui nous en parlent peuvent être rangées sous quatre rubriques principales. Elles concernent : leur recrutement ; leurs immunités ; les devoirs inhé-

rents à leurs personnes ; les obligations attachées à leurs biens.

Elles nous permettent ainsi de reconstituer d’une manière à peu près complète l’organisation générale de ces corporations au IV: siècle. Les lois de Constantin et de ses successeurs firent parvenir leur institution à son apogée: celles de Théodose et d'Honorius cherchèrent à en arrêter ou tout au moins à en retarder la décadence.

Législation corporative de l’époque classique.

Recrutement. — Les naviculaires avaient été originairement recrutés parmi les gens aisés jouissant d’un certain patrimoine, quelquefois même parmi les décurions et les sénateurs (1).

Une fois organisée, leur corporation devint, comme nous l'avons dit, héréditaire. On pouvait être admis sur sa demande à en faire partie (adlectio) ; mais en raison des charges toujours grandissantes qui pesaient sur les naviculaires, ce mode de recrutement devint de plus en plus rare ; la corporation ne comprit bientôt plus que des membres héréditaires, et ils y furent sans distinction de sexe ni d'âge étroitement emprisonnés ; aucun subterfuge, aucune dispense n'y pouvait faire échapper: ni les désertions clandestines, ni la milice, ni les dignités privilégiées, ni les fonctions publiques des curiales ou des décurions (2). On les en faisait descendre, et quant aux fugitifs, ils étaient traqués, atteints, ramenés à leur profession comme des forcats à leurs chaînes.

Enfin le munus n'atteignait pas seulement les naviculaires dans leurs personnes, il les poursuivait encore dans

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