ÉTABLISSEMENT DU CANON FRUMENTAIRE
Dans les premiers temps de la République, l’agriculture romaine avait suffi à l'alimentation de Rome; et parmi les attributions des censeurs se trouvait la surveillance et le maintien de la culture du sol. Mais de bonne heure les Romains s’habituèrent à déserter leurs champs pour la guerre, et durent aller chercher leur subsistance hors de chez eux.
Cette obligation mit souvent Rome dans les plus grands périls, en l’exposant à la famine quand elle combattait ses voisins. Porsenna faillit un Jour s’en rendre maître en arrètant l'exportation des blés d’Etrurie. Aussi l’une des préoccupations constantes de Rome dans ses traités avec Carthage fut de se créer des ressources nouvelles. Dans le premier elle stipula le droit de tirer des céréales de Sicile : dans le second, celui d'aller s'approvisionner dans les pays d'outre-mer (1).
(1) Marquardt, Handbuch Rœmischer Alterthümer, p.188. — Labatut, La question des subsistances à Rome, Journal des Économistes, août 1868.
Quant aux provinces conquises, elles durent, dès l’origine, assurer la subsistance de leurs vainqueurs. La Sicile, la Sardaigne et l'Egypte leur furent à ce point de vue particulièrement précieuses, et mérilèrent leur surnom de greniers de Rome « tria frumentaria Reïpublicæ » (4). On désigna du nom de Canon frumentaire l’ensemble des impôts en céréales recueillis chez elles, et affectés à l’approvisionnement annuel de Rome.
En Sicile, les Romains trouvèrent dans la dîme Hiéronienne, prélevée chaque année sur les agriculteurs par les rois de Syracuse, un véritable chef-d'œuvre de fiscalité tyrannique. Ils se gardèrent de l’abolir, et en confièrent la levée à des sociétés de publicains. À Pépoque de Cicéron tout le blé de la Sicile était destiné à Rome et défense était faite aux Siciliens d'en exporter ailleurs (2).
Une partie était prélevée comme dîme, « frumentum decumanum » (6,800 mille modu), une autre à titre de superindictio « frumentum indictum où æstimatum » ; c'était une sorte de réquisition annuelle imposée aux agriculteurs (3 millions de »modù environ), moyennant un prix arbitrairement fixé par des sénatus-consultes : il ne faut pas la confondre avec le « frumentum emptlum ou imperalum », réquisition ordonnée par le préteur, au cours du marché, suivant les besoins du moment. Le reste de la récolte était acheté par les commerçants de Rome.
La Sardaigne était comme la Sicile soumise aux dimes et aux superindictiones. Quant à l'Egypte elle payait à Rome non pas la dixième mais la cinquième partie environ de ses récoltes ; comme en Sicile, les Romains y avaient trouvé une dîime établie par les Ptolémées, et la conservè-
(1) Cic., Pro Manilia, lege 12.
(2) Nasse, Meletemata, p. 4. D'après Polybe, les Rhodiens furent obligés de demander à Rome l’autorisation d'acheter du blé en Sicile.