II. — Fraudes et pénalités
Mais à lire le Code Théodosien et ses pénalités multipliées contre les prévarications, les concussions etles rapines des agents de l’annone, il est facile de voir combien souvent ce contrôle étaitannulé par la connivence des supérieurs avec leurs inférieurs, dont ils partageaient les gains illicites au lieu de les réprimer.
Les choses en vinrent même à ce point qu’à la fin de l'Empire, Valentinien III (a. 445) défendit aux gouverneurs de quitter leurs provinces moins de trois mois après la cessation de leurs fonctions, afin de les empêcher de se sousiraire aux poursuites dont ils étaient passibles en cas de
(1) Serrigny, Dr. public et administratif des Romains, T, p. 265. — ï. 1, CR SI A CALhE EI 0:
concussion (1). Ils furent punis des peines les plus rigoureuses chaque fois qu'ils détournaient ou laissaient détourner une portion quelconque du canon frumentaire de sa destination primitive (2) et rendus responsables d’une façon générale, non seulement de leurs prévarications personnelles, mais encore de celles de leurs subordonnés, qu'ils n'avaient pas su ou voulu réprimer (3).
Les Pistores semblent avoir été plus encore que les autres employés du service de l’annone, enclins aux fraudes et aux concussions de tontes sortes. Cela ressort clairement de tout le luxe des prohibitions édictées contre eux. Défense leur était faite d'employer à d'autres usages que la fabrication du pain le blé que leur délivraient les greniers publics. Ils devaient rendre compte de leur emploi et rembourser à l'Etat les déficits provenant de leur fait (4).
Pour prévenir autant que faire se pouvait leurs fraudes et leurs détournements, la profession des boulangers était déclarée incompatible avec celle de naviculaire, de caudicaire, de mesureur des grains, d’intendant des greniers de l'Etat (5).
Le préfet de l’annone, chargé de la surveillance de la corporation, devait prononcer l'exclusion de tout boulanger « decoctor » c'est-à-dire convaincu d’avoir dissipé soit les blés qui lui avaient été confiés, soit les biens fonds ou le matériel dont il était dépositaire (6).
Certains Pistores se rendirent quelquefois coupables de
(1) Nov. Valentin, inter Theodosian. XXIII, de tributis fiscalibus.