‹ La Cura Annonae Chez Les RomainsChapitre 6 sur 122 · S)MIENIE YA ALIAS TE · texte numérisé non relu

S)MIENIE YA ALIAS TE

permanente, faisant l’objet de lois spéciales soumises au vote du peuple, et connues dans l’histoire sous le nom de lois frumentaires. Elles ne tardèrent pas à devenir une des plus lourdes charges du Trésor.

Les lois frumentaires. — En proposant les lois agraires, les tribuns avaient soutenu les légitimes revendications du peuple contre les vols des patriciens. Repoussés de ce côté, ils cherchèrent et obtinrent leur revanche en faisant voter les lois frumentaires. Aussi ne devons-nous pas nous étonner de lire en tête de ces lois le nom du second des Gracques, C. Gracchus.

1 Loi. — La première loi, dite Sempronia, votée en 123 avant J.-C. et abrogée au bout de trois ans ordonnait de distribuer chaque mois un certain nombre de #0odii au peuple, à raison de 6 as 1/3 le modius, tandis que le prix moyen du blé dans les provinces à cette époque était d’environ 5 seslerces ou 12 as, c’est-à-dire le double, sans les frais de transport (1).

Deux controverses se sont élevées au sujet de cette loi:

1° Quels en étaient les bénéficiaires ?

2° À combien de modit avaient-ils droit ?

Sur le premier point, les auteurs sont en complet désaccord : certains soutiennent que le bénéfice de la loi Sempronia s’étendait à tous les ciloyens, riches ou pauvres, patriciens et plébéiens. Ils se fondent sur un passage de Cicéron, rapportant que Pison, personnage consulaire, s'était présenté à ces distributions pour en réclamer sa part (2).

(1) Lange, IT, 692-693 et IIT, 32. — Willems, p. 359. — Marquardt, p.144. — Mommsen, die R. Tribus, p. 179, note 4. — Cic., Pro Sextio, 25, 48.

M. Naudet adopte le chiffre de 5/6 as au lieu de 6 as 1/3, d’après une autre interprétation de ce même passage de Cicéron, mais son opinion n’a pas prévalu. |

(2) Nolim, Gracche, mea bona tibi viritim dividere libeat. Sed si facias partem petam (Cic. Tuscul., 8, 20, 48).

20 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I Mais outre qu'il le fit par bravade, sa famille était d’origine plébéienne.

Plutarque affirme au contraire, et cela semble plus naturel, que les seuls pauvres y étaient admis (4).

Sur le second point, certains auteurs, et Mommsen en particulier, adoptent déjà pour cette époque le chiffre de cinq modii qui fut plus tard en usage. Contareni au contraire pense que ce chiffre fut dépassé (2).

La loi Sempronia fut abrogée comme toutes celles du grand tribun, lors de Son assassinat, {rois années plus tard. Mais le Sénat ne put abroger le principe dont elle découlait, le droit à l'assistance revendiqué par la plèbe comme dédommagement des usurpations patriciennes sur l’ager publicus. Et quoique soumis pendant 60 ans encore à de nombreuses vicissitudes, ce principe était destiné à triompher. - Dès le tribunat de Marius, un an après l’abrogation de la première loi frumentaire, ses collègues en proposèrent le rétablissement. Mais leur rogatio échoua par l'opposition du futur dictateur (3).

2° Loi. — La deuxième proposition de loi eut pour auteur Apuléius Saturninus (100 av. J. C.). Elle fixait le prix du modius à 5/6 as. Le Sénat craignant que le trésor public ne put suffire à une pareille largesse, empècha le tribun de présenter la loi au peuple, en le faisant mettre à mort (4).

3° Loi. — Le tribun Livius Drusus (92 av. J. C.) fut plus heureux et parvint quelque temps avant la guerre sociale, à rétablir la loi frumentaire de CG. Gracchus.

Le Sénat imagina, pour en empêcher l'exécution de faire

(1) Plutarch. C. Gracchus, 5.

(2) Mommsen, Forschungen, p.182, 183. — Contareni, De frum. Largitione, ch. IT, p. 54, 55.

(3) Plutarq., Marius.

(4) Rhetor., ad Jlerenn., I, 12, 21 — T. Liv., Epist, 71, 20.

frapper par les questeurs Cépion et Pison un grand nombre de deniers avec l'inscription :

AD FRV {mentum) EMV (ndum) EX S.-C. (1).

Il espérait fixer ainsi le prix du blé et l'empêcher de descendre davantage. Le moyen n'eut pas de succès sans doute, car il fit assassiner l’année suivante Livius Drusus comme ses prédécesseurs.

4° Lori. — Peu après sa mort, une loi Octavia, achetée par le Sénat au tribun Octavius modifia l'application de la loi Sempronienne. Mais lon n'en connaît ni la date exacte, ni les dispositions (2).

Mazocchi pense qu'Octavius avait exclu des distributions tous les citoyens ayant fait au cens la déclaration d'un certain revenu, tandis que C. Gracchus, et plus tard Terentius et Cassius y admirent indistinctement tous les plébéiens. Peut-être aussi avait-il haussé le tarif des distributions, diminué leur quolité, prescrit des conditions de domicile à Rome, car il fit faire un recensement pour établir le chiffre de sa population et celui des étrangers (3). En somme on est réduit à des conjectures.

Mais des modificalionsimportantes avaient dû être faites, car Cicéron trouvait la loi d'Octavius modérée en comparaison de celle de G. Gracchus, qu'il qualifiait de désastreuse pour le trésor public.

5° Loi. — Sylla fut plus radical encore ; assez puissant pour n'avoir plus à acheter le peuple, il supprima complètement les distributions (a. 80). Mais à peine le dictateur

(1) Marquardt, p. 145. — T. Liv., Epist., 71.

(2) Marquardt, p. 145. Certains auteurs placent la loi d'Octavius plus tôt, vers l’an 120 avant J.-C., d’autres plus tard, en Pan 78 (Willems, L. c., p. 360. — Walter, /. c., $ 294-31).

(3) Conrad, ad tab. Heracl., ch. 5, apud Mazocchi, p. 892. — Britann. ad tab. Heracl., ch. 5, apud Mazocchi, p. 314.

mort, sous le consulat de M. Lepidus, une loi Ærulia les rétablit.

6° Loi. — Les consuls Terentius et Cassius (a. 73) fixèrent définitivement à 5 #70odii par mois (1) la part de chaque citoyen dans les distributions. On revenait en même temps au prix fixé par la loi Serrpronia, 6 as 1/3 le modius.

Le résultat de la loi Cassia Terentia fut de faire refluer de toute l'Ialie, épuisée par la guerre sociale, vers la ville de Rome une tourbe d’aventuriers et de prolétaires affamés, vivant au jour le jour, prêts à tout, et attendant tout des séditions dont ils faisaient métier. D'un moment à l’autre ils pouvaient aller grossir le parti de César, déjà menaçant. Pour éviter ce péril, Caton conseilla au Sénat de leur donner du pain. Un S.-C. de l’année 62 augmenta indéfiniment le nombre des participants aux distributions publiques (2). On croit mème qu'il accorda pour la première fois, et d’une manière seulement temporaire la gratuité complète de ces distributions. Celte largesse aurait coùté d’après les calculs de M. Monnier (3) plus de 1250 {alents par an (8,600 mille francs). Ce fut l’aumône de la peur.

1° Loi. — Enlin par une dernière loi /rumentaria Clodia (58), Clodius Pulcher, le mème qui devait proscrire Cicéron, fit voter la gratuité permanente et complète des distributions. Deux conditions seulement étaient exigées pour y donner droit: ètre citoyen Romain ; être domicilié à Rome (4).

(1) Cic., in Verr., IIT, 70, 163, V. 21, 52, — pro Sexlio, 25, 55. — Mommsen, Tribus R., p.179 et 182, n° 18. — 5 modi de blé donnaient environ 15 livres romaines (5 kilogr.) de pain (Naudet, p. 43),

(2) Plutarch., in Caton Minor., XX VI. — Marquardt, L. c., p. 145.

(3) Monnier, L. c., p.82.

(4) Willems, {, c., p. 860, — Mommsen, Die R. tribus, p. 187 et suiv. — Lange, [, c., IIT, 289,

Cette loi devait être définitive, jamais le peuple ne se laissa dépouiller de sa dernière conquête. I y sacrifia jusqu'à sa liberté.

Au dire de Cicéron tel était alors le nombre des participants, que l'abolition du faible tarif encore en vigueur dans les distributions publiques enleva à l'État plus du cinquième de ses revenus (1). Cependant à cette époque troublée, l'État y gagnait encore, car en enlevant aux fauteurs de séditions et aux ambitieux le monopole des distributions gratuites, il leur enlevait en même temps l’un de leurs moyens d'action les plus redoutables.

Mais le trésor publie ne pouvait suffire à nourrir tout un peuple. La liste des participants qui atteignait lors de la loi Clodia, plus de 400 mille personnes, fut réduite par César à 150 mille, quand devenu dictateur, il put se passer de la plèbe. Auguste fut contraint de reporter ce chiffre à 200 mille ; mais le tribut de l'Egypte, nouvellement conquise, devait rendre le fardeau de lAnnone gratuite supportable à l'État (2).

En somme ce serait, on le voit, se méprendre complètement que de chercher dans les lois frumentaires, et la création de l’Annone gratuite, une pensée de bienfaisance el d'humanité. L'ancien monde Romain était inaccessible à de telles idées. Aux Antonius devait revenir pour la première fois le mérite de les comprendre et de les appliquer. Les lois frumentaires furent des lois purement politiques, arrachées au Sénat par la crainte de la plèbe, et le désir de s'assurer sa soumission ou ses voix ; le bénéfice des distributions publiques avait toujours été refusé aux femmes, aux enfants, aux esclaves, aux affranchis non citoyens, à tout un peuple de misérables ; mais ilétait accordé de plein droit,

(1) Cic. Pro domo, 10. — Pro Sextio, *5.

(2) Momms., Ancyr., ch. 15, — Suét., Cæs., 41.

sans examen à quiconque, riche ou pauvre, avait soit une arme, soit un suffrage à vendre, pour l'acheter. En principe les chevaliers eux-mêmes n’en élaient pas exclus : toutefois en fait les citoyens ayant moins que le cens équestre étaient seuls inscrits sur les listes (4).

Quels furent en somme, sous la République, les résultats de ces lois frumentaires, de ces distributions gratuites de l’'Annone, que nous retrouverons perpétuées sans interruption jusqu'à la chute de l’empire romain ? On pouvait déjà leur reprocher non pas seulement d'avoir imposé au Trésor des charges écrasantes, mais surtout d'avoir aggravé à Rome la plaie du paupérisme, au lieu de l’atténuer. Nourrir des indigents dans l’oisiveté, c’est rendre leur misère incurable. Les lois agraires au contraire, qui avaient pour but de constituer un patrimoine aux pauvres, sur les terres de l’ager publicus, auraient eu, si elles avaient abouti, des conséquences fécondes. Rome eut été débarrassée de ses prolétaires, au lieu d’être envahie par ceux de l'Italie tout entière, et cela sans qu'il en coutàt rien à l’État.

Enfin jusqu’à Clodius, on avait, ce semble, cherché à sauvegarder la liberté et la dignité des citoyens, en déguisant sous une réduction de prix l’aumône qui leur était faite ; une fois l’Annone devenue gratuite, le Peuple-Roi s’habitua à tendre la main sans honte, il se mit à la merci de qui voulait le nourrir. Dès lors il était mûr pour la servilude.

(1) Lex Julia Municipal., I, 10, 19.— Momms., Ancyr., 15. — Hirschfeld, t. I, 90-95. — Marquardt, L. c., V, 116. — Walter, 2. c. 295, 35. — Willems, l. c., p. 340.

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