PREMIERS FONCTIONNAIRES DE L’ANNONE
A côté des Ediles, les Comitia tributa désignaient quelquefois, dans les cas extraordinaires des commissaires spéciaux, toujours plusieurs ensemble, suivant l'usage adopté à Rome pour les magistratures (1). Ils étaient chargés de missions temporaires et déterminées concernant l'approvisionnement de la ville.
C’est ainsi que nous trouvons dans Tite-Live et Cicéron la mention de Curatores annonæ (2). L'autorité etl'exercice des fonctions des Ediles ne pouvant dépasser les limites de Rome, ceux-ci se trouvaient sans qualité pour prendre dans les provinces les mesures nécessaires à son ravitaillement. Tel fut le motif qui fit sans doute créer ces fonctionnaires nouveaux.
Quelquefois aussi ces derniers prenaient le nom de Pr«æfecti annonæ (3), ils élaient alors nommés tantôt par un décret du Sénat, tantôt par un plébiscite; on les choisissait parmi les personnages les plus illustres de la République. Le premier exemple qu'on cite est celui de Minucius Augurinus. Chargé en 440 avant J.-C. de mettre Rome à l'abri de la famine, il fit faire de nombreux achats en Ombrie et enSicile, puis, le danger conjuré, résigna ses fonctions.
Plus tard Pompée fut investi de la mème dignité pendant cinq années (57 av. J.-C.), avec quinze lieutenants pris parmi les sénateurs, et un pouvoir discrétionnaire, lui permettant de disposer de toutes les ressources du Trésor, d'équiper des flottes, de commander les provinces, mème audessus des gouverneurs (4). Brutus et Cassius furent après la mort de César munis de pouvoirs analogues (5). Enfin
(1) Mommsen, À. Staatsrecht, IT, p.634.
(2) Liv.1V,12,18. — Cic. ad Attic, IV,1,$7,XV,9. — Willems, loc. cit., p. 307.
(3) Mommsen, L. cit., IL, p. 652. — Marquardt, L. cit., p.163. — Dezobry, lettre 85, p. 401.
(4) Mommsen, L. cit., II, p. 653. — Plutarch. Pompée, 45-50.
(B)iCic.. ad Atlic., XV, 9;
Auguste investi de ces mêmes fonctions par le peuple les garda quelque temps, en se faisant aider dans les distributions par deux citoyens ex-Préteurs ; puis au bout de quatre années il créa un Præfectus annonæ permanent, ayant sous ses ordres quatre ex-Préteurs désignés par le sort (1).
En somme, la Præfectura annonæ était sous la république une sorte de dictature, munie des pouvoirs les plus étendus, et décernée par le peuple dans les temps de famine, pour en conjurer les périls. Nous la verrons au contraire devenir sous l’empire une fonction permanente, aux attributions nettement définies.
(1) Suët. in August. 37. — Dezobry, L. 83, p. 407.