AMÉRIQUE
En Amérique, ce pays de liberté absolue, les coalitions de producteurs, pools, combinations, trusts, agreements, conspiracys, confederaltions, elc., de quelque nom qu'on les appelle, sont devenues en ces dernières années, si nombreuses, si mullipliées, si onéreuses pour les consommateurs, qu'elles ont soulevé contre elles une réprobation unanime, et provoqué les mesures de répression les plus énergiques.
La plupart des corners, et même un certain nombre de trusts y ont abouti à des banqueroutes ; aussi certains économistes assurent-ils que les coalilions même les mieux organisées ne sauraient longtemps réussir, qu’elles portent en elles-mêmes le germe de leur mort, et que le mieux est de pratiquer àleur égard la vieille maxime du « Laissezfaire, laissez passer. « Les frusts, disent-ils, vivront tant qu'ils pourront, ils éleveront d’abord des fortunes, mais ils amoncelleront ensuite des ruines qui les écraseront. Et quand les spéculateurs, quand les manieurs d’affaires en auront reconnu l’inefficacité, ils reviendront à la pratique de l’industrie et du commerce telle qu’elle était il y a dix ans (4) ».
Le public Américain a été d’un autre avis: il a déféré purement et simplement les ss et leurs auteu rs aux trbunaux répressifs. Et nous l’approuvons pleinement, car si la ruine peut être un jour le châtiment de ces sortes de
(1) Economiste, 3 mars 1889,
spéculateurs, il ne faut pas oublier qu'ils ont commencé par ruiner les consommateurs, et s'enrichir à leurs dépens ; et ces derniers ont bien le droit de demander aide et protection à la loi, sans altendre que l’avenir les venge du présent. Sans compter que la ruine de leurs oppresseurs, fûtelle même certaine, serait pour eux une maigre revanche, car elle ne saurait les récupérer de leurs pertes.
SI. — Lois prohibitives des « Pools ».
Aux États-Unis comme en Angleterre, les chemins de fer avaient traversé une première période de concurrence effrénée, et les compagnies rivales multiplié les exploitations inutiles ou ruineuses, les guerres de tarifs sans merci. Puis, à ces luttes désastreuses pour tous, succéda une période d'entente et de fusion. Les survivants avaient conclu la paix aux dépens du publie, englobé dans des syndicats gigantesques (pools) voies ferrées et routes navigables, monopolisé les transports de façon à écraser toute concurrence ultérieure. À la tête de ces coalitions se trouvaient les Fink, les Vanderbilt, le Jay Gould, forbans milliardaires dont les noms sont associés aux États-Unis à toutes les tentatives de monopole et d’accaparement.
Aussi les Pools de chemins de fer imposèrent au commerce des tarifs léonins, qui variaient arbitrairement suivant les localités ou les clients, et avantageaient les puissants au détriment des faibles. C’est ainsi que la plupart des grands érusts américains furent scandaleusement favorisés par ces tarifs différentiels (dèscriminations). Les agissements des Compagnies accumulèrent tant d’exactions et causèrent tant de ruines qu'ils finirent par soulever contre eux l'opinion publique, difficile pourtant à émouvoir aux Élats-Unis.