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CHAPITRE II Le diagnostic du cancer de l'estomac

Le taux actuel de la mortalité dans la résection de l'estomac cancéreux, fait de cette opération une intervention relativement peu grave, én tous cas, parfaitement légitime quand elle s'adresse à une affection fatalement mortelle à brève échéance. On ne saurait en dire autant quand la résection est pratiquée pour une tumeur bénigne, l’ulcère en particulier. En admettant avec Haberkant, que la mortalité dans la résection pour affection bénigne, soit de 10 p. 100 inférieure à ce qu'elle est dans la résection pour cancer, il n’en reste pas moins qu'elle s'élève encore à 25 p. 100 environ ; ce chiffre peut être estimé considérable, surtout si don considère que la gastro-entérostomie beaucoup moins meurtrière, remplit dans ce cas à peu près toutes les indications ; c’est du moins l'opinion de nombreux chirurgiens. On conçoit dès lors toute l’importance du diagnostic ferme de l'affection que l’on est appelé à traiter chirurgicalement.

D'autre part, à peine avaient-ils fait les premières pylorectomies, que les opérateurs furent unanimes à demander qu'on leur soumit les affections cancéreuses le plus près possible de leur début : la mortalité opératoire est infime quand on s’adresse à des tumeurs petites et mobiles chez des gens encore bien portants : les chances de guérison radicale sont grandes quand on enlève un cancer bien limité sans propagation ni métastase. C'était demander qu'on fit un diagnostic précoce du cancer.

Nous devons donc envisager la question du diagnostic à ces deux points de vue:

1° En face d’une affection grave de l'estomac, sommes-nous en mesure d'affirmer la nature bénigne ou maligne de cette affection ?

2° Pouvons-nous dès les premières périodes du développement du néoplasme malin, porter le diagnostic ferme de cancer ?

En 1892, après avoir passé en revue les signes cliniques dont nous disposions alors pour diagnostiquer le cancer, M. Guinard arrivait à cette peu consolante conclusion : « Non seulement il n’y a pas de signe absolu de la nature cancéreuse d’une tumeur de l'estomac, mais il n'y a pas davantage de syndrome clinique qui soit pathognomonique » (p. 88).

Depuis cette époque de nouveaux moyens d'investigation ont fait leur apparition. Nous avons vu entrer en scène, la gastroscopie, la radioscopie, la phonendoscopie, la recherche de l’acide lactique, des bacilles longs, des fonctions motrices de l’estomac, de la leucocytose, etc. En outre, les signes déjà connus ont été soumis au contrôle d'une plus longue expérience. Aussi, bien que la plupart de ces signes aient été étudiés en détail dans le travail de M. A. Guinard, - nous voulons faire connaître ici le jugement qu'a fait porter sur chacun d’eux l'expérience de six années. ‘

Nousenvisagerons d'abord chacun de ces signes pris isolément pour étudier la valeur diagnostique : on n’ignore pas que plusieurs d’entre eux ont été en leur temps donnés comme caractéristiques.

Valeur respective des signes cliniques du cancer de l’estomac.

[. — Symptômes fonctionnels. — Nous n’insisterons pas sur les douleurs, les hématémèses, les vomissements.

Les douleurs vives, accrues par l’ingestion des aliments, par certaines positions du malade, sont restées l'apanage de l’ulcère; mais on sait qu'il y a des ulcères indolores ou à peu près et plus rarement des ulcérations néoplasiques douloureuses.

Selon Doyen (1), les vomissements pathognomoniques du cancer sont «les vomissements de mucus sanieux, plus ou moins dilués par les liquides absorbés et entremêlés de ces parcelles brunâtres ou noirâtres qui dénotent à coup sûr à la surface de la muqueuse l’existence d’une ulcération néoplasique ».

La concomitance d’une hématémèse avec l’anachlorhydrie constitue, d’après Carle et Fantino, un symptôme presque pathognomo= nique du cancer.

(1) Doyen. Archives provinçiales.de chirurgie, 1892.

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