SOLMAN. (Deutsch. med. Woch., 1894, p
Opération, le 13 juillet 1892.
Carcinome du pylore sans adhérences.
Durée : trois heures.
Portion réséquée : 10 centim. de paroi stomacale et 1 centim. et demi de paroi duodénale. Poids, 175 grammes. Six ganglions extirpés en même temps.
Diagnostic histologique. — Squirrhe.
Guérison opératoire entravée par une pleurésie séro-fibrineuse. Les fonctions mécaniques de l'estomac revinrent bientôt à la normale ; la dilatation disparut complètement. Persistance de la suppression de HCI libre,
Après neuf mois, aucune trace de récidive.
432. — DUuBOURG. (Journal de médecine de Bordeaux, 1893, p. 66.) — Femme de 48 ans.
Opération, le 19 janvier 1893.
Localisation très nette du cancer au pylore. Mobilité extrême, pas de noyaux secondaires dans le foie. Manuel opératoire : Résection entre les pinces de Richelot, garnies de caoutchouc. Ablation de deux ou trois ganglions dégénérés situés dans l’épiploon gastro-hépatique. Suture de Doyen. Durée : deux heures,
Première journée bonne ; pas de ghoc.
À une heure du matin, douleur vive au creux épigastrique ; pâleur extrême : pouls rapide ; soif extrême. Mort à cinq heures.
AUTOPSIE.— Pas d'hémorrhagie secondaire. Derrièrele duodénum, épanchement de liquide intestinal. A l’union du duodénum et de l'estomac, deux points de suture ont déchiré les tissus. Il existe là un orifice assez large pour laisser passer une plume d’oie ; cet orifice a permis l’épanchement du liquide intestinal cause de la mort.
1433. — KOERTE. (Allgemeine medic. Centralæeit., 1894, n° 100, p. 1197. Cas 191 de HUBERKANT.) Carcinome du pylore. Résection. Guérison opératoire.
4134. — KOCHER. (Deutsch, medic. Woch., 1895, p. 287. Cas 15.1 —— Homme de 57 ans Opération, le 1er février 1895.
La tumeur partait de la portion pylorique qu’elle respectait cependant vers sa S terminaison et s’'étendait sur une longueur de 8 centim. sur la petite courbure et de 15 centim sur la grande.
Adhérences solides avec l'épiploon et le côlon transverse qui se laissèrent détacher sans blesser de grosses artères.
Manuel opératoire : Fermeture du duodénum à l’aide de clamps, et de lestomac à l’aide des doigts. Abouchement du duodénum à l'extrémité inférieure de la plaie gastrique, après avoir fait une suture d’occlusion à partir de la petite courbure, sutures continues à deux plans ; le premier plan comprenant toutes les tuniques, le second les tuniques séro-musculaires seulement. Durée : deux heures et demie.
Diagnostic histologique. — Carcinome cylindrique typique (Langhaus).
Guérison opératoire.
Kocher employa ce procédé parce que la tranche de l'estomac était petite et que l'ouverture du duodénum était relativement large. Il trouva néanmoins que cette méthode était beaucoup plus pénible et plus risquée que la gastro-duodénostomie.
435. — SCHUCHARDT, (Congrès de la Société allemande de chirurgie, 1895. Centralbl. f. Ch., 1895, no 27, p. 82. — Congr. Soc. allem. chir., 1898. SCHLATTER. Beiträge 2. klin. Ch., XIX Bd, 3 H.) — Homme opéré en
Infiltration cancéreuse diffuse d’une grande partie de l'estomac, sur la séreuse pariétale où il y a une légère infiltration d'aspect absolument cancéreux.
On ne laissa de la paroi gastrique que trois travers de doigt vers le cardia ; néanmoins l'union fut facile entre le bout duodénal et la région du cardia.
Guérison opératoire.
Le malade mourut en septembre 1897 d'une pleurésie cancéreuse, après une survie de deux ans et demi.
Pendant cette période il avait été tout à fait bien portant. Au commencement, il multipliait les petits repas; mais dans la suite il mangeait comme un homme sain. |
AUTOPSIE. — On trouva un nouvel estomac sans trace de récidive; sa capacité était de 500 centim. cubes. Les petits foyers métastatiques péritonéaux avaient disparu, tandis qu'il existait des métastases circonscrites sur la plèvre.
Examen histologique. — À montré que cette remarquable dilatation s'était effectuée en grande partie aux dépens de ce qui restait de la région cardiaque de l'estomac et pour une faible part aux dépens du duodénum.
136. — Jas. A. Apams (Glascow med. Journ., XLV, 2, p. 114. — Brit. med. Journ., avril 1896.) — Homme de 55 ans, très amaigri ct très affaibli.
Opération, le 19 juillet 1895.
Tumeur du volume d’une orange, sans aucune adhérence, siégeant au pylore. Pas de ganglions augmentés de volume.
Manuel opératoire : Pinces aux deux extrémités de la tumeur ; occlusion avec les doigts des portions saines du duodénum et de l'estomac. Incision circulaire des tuniques séreuse et musculaire ; décollement de la muqueuse sur une longueur de un pouce en s'éloignant de la tumeur, section de la muqueuse aussi loin que possible du néoplasme.
Toilette de la cavité gastrique.
Les sutures ont été rendues très faciles par ce décollement probable de la muqueuse. Un seul plan de suture continue au catgut à la Lembert, intéressant seulement la séreuse et la musculeuse, aussi bien pour l’occlusion que pour l’abouchement.
Un lambeau du grand épiploon fut fixé sur la suture.
Éponges naturelles et eau boriquée.
Diagnostic histologique. — Épithélioma cylindrique avec réaction inflammatoire intense.
Guérison opératoire ; premier succès obtenu en Écosse.
L'opéré se lève le 21 août, part pour la campagne le 11 septembre.
Augmentation de poids, plus de nausées, de flatulence ou d’éructations ; augmentation notable des forces.
Le 10 janvier 1896. Excellente santé. Quelques ganglions cervicaux que , présentait le malade lors de l'opération, se sont abcédés, et ont suppuré plus ou moins longuement.
437. — DERIAIINSKY. (Annales de lasSociété de chirurgie de Moscou, t. XV, no 4. Revue de Chirurgie, 1897, n° 7, p. 617.) — Femme de 46 ans. État général relativement bon.
Opération, en 1896 ou 1897.
Le néoplasme occupait tout le pylore, presque toute la petite courbure, une partie de la paroi postérieure de l'estomac. La tumeur était très mobile. Résection du pylore, de la petite courbure jusqu’au cardia, reconstitution de la petite courbure. Durée : trois heures.
Vers le sixième jour, parotidite, diarrhée, suppuration de la plaie. Amélioration. Vers la cinquième semaine, vomissements verdâtres. Vers la sixième semaine, mort avec des phénomènes de paralysie du cœur.
AuToPsiE. — Réunion parfaite au niveau de la suture gastro-duodénale, la moitié de l'estomac avait été réséquée.
438. — Turrier. (Bullet. et mém. Soc. Chir., 15 mars 1898.) — Femme de 32 ans.
Opération, le 3 août 1897. Éthérisation.
Induration très nette, étendue à toute la petite courbure. Ganglions volumineux le long de la grande et de la petite courbure de l'estomac, tumeur relativement mobile.
Manuel opératoire : Incision latérale le long du bord externe du grand droit. Pinces au-dessus du cardia et au-dessous du pylore. Ablation de la tumeur et de la presque totalité de l'estomac. On enlève encore quelques ganglions siégeant
au niveau de la petite courbure ; on rétrécit la partie supérieure de la plaie gastrique et on abouche le duodénum à sa partie inférieure. Au moment où l'on fait la suture muqueuse, une petite quantité de liquide s'écoule de la grande cavité péritonéale, On fait trois plans postérieurs de suture afin de rapprocher le plus possible le pylore du pylore. L’abouchement est fait par trois couronnes de sutures. Drain et mèche.
Quelques vomissements post-anesthésiques.
6 août. Ablation du drain. La mèche est remplacée.
Le 7. Ablation définitive de la mèche. 300 gr. de lait par la bouche pour la première fois ; un demi-verre de champagne.
Le 10. Suppression des lavements nutritifs.
Le 19. L'’opérée ne peut manger que peu à la fois, mais mange souvent, car elle a faim toutes les deux heures.
Le 19 octobre. Sort en excellent état.
Vers le milieu-de novembre, mort. Cachexie, pas de troubles stomacaux.
AUTOPSIE. — Des adhérences étranglent le côlon transverse. Noyaux cancéreux dans le foie. Les deux ovaires sont le siège de tumeurs cancéreuses du volume du poing.
439. — J. J. BUCHANAN. (Annales of surgery, XXVI, p. 691-702, 1897.) — Homme de 62 ans.
Opération, le 11 septembre 1897. Chloroformisation.
Sarcome massif s'étendant des parois de l'estomac sur le grand épiploon qui est intimement adhérent à toute la longueur du côlon transverse etau côté droit du pelvis.
Manuel opératoire : Les adhérences sont détachées par dissection.
Pour l’occlusion et l’abouchement, double plan de sutures continues à la soie.
La tumeur est lobulée et pèse une livre (pound) et neuf onces.
Diagnostic histologique. — Sarcome à cellules rondes.
Le deuxième et le troisième jour, légères régurgitations de liquide gastrique.
Abdomen excavé ; mouvements péristaltiques spontanés.
Après le troisième jour, nourriture liquide bien supportée. Pas de signes de pneumonie, mais quelques râles en arrière.
Mort le cinquième jour.
AUTOPSIE. — Région opérée en parfait état. Quelques nodules dans les parois du côlon. Les poumons étaient farcis de nodules fermes et résistants variant du volume d’un grain de blé à celui d’une amande. Ces nodules étaient surtout abondants dans le lobe moyen du poumon droit ; ils siégeaient non seulement à la surface, mais dans l'épaisseur du tissu. En outre, lésions de congestion hypostatique.
140. — RUTHERFORD-MORISON. (Brit. med. Journ., 19 février 1898, p. 481.) — Homme de 40 ans.
Opération, le 21 octobre 1897.
Estomac très dilaté, tumeur du volume d’une mandarine, limitée au pylore. Manuel opératoire : Procédé spécial ; pour éviter de faire une suture d’occlusion, R. Morison fend le bout duodénal sur sa face antérieure, et l'étale de telle
sorte que le nouvel orifice duodénal a des dimensions presque égales à celles de la tranche gastrique. i
Pour l'abouchement : 1° surjet comprenant toutes les tuniques ; 2° points séparés Séreux.
Diagnostic histologique. — Squirrhe.
Collapsus grave post-opératoire. Injection salée intra-veineuse.
Guérison opératoire.
Malade présenté trois semaines après l'intervention à la Northumberland and Durham medical Society.
8 février 1898. Bien portant : a augmenté de « 1 1/2 stone ».
444. — À. LAMBOTTE. (Ann. Société belge de chirurgie, 1898, p. 247.) —- Homme de 46 ans. 60 kilogr.
Opération, le 30 décembre 1897.
Cancer en masse de l'estomac qui s'étend du pylore au cardia, le long de la petite courbure ; le corps de l'estomac est envahi dans presque toute son étendue : la tumeur se prolonge sous les côtes ; de gros ganglions existent dans le grand et le petit épiploon. Néanmoins le néoplasme est assez mobile et des tractions modérées l’amènent entre les lèvres de la plaie.
La grosse tubérosité de l'estomac paraît saine.
Manuel opératoire : Pinces sur les parties malades et les parties saines de l'estomac et du duodénum. Les adhérences au pancréas furent détachées aux ciseaux ; ce temps fut laborieux en raison du nombre et du volume des vaisseaux sectionnés. Ablation des ganglions et d’une portion du grand épiploon renfermant des ganglions. Rapprochement facile entre le bout duodénal et le moignon gastrique ; suture en raquette; la raquette fut placée en avant au milieu de la ligne de réunion. 2 plaps de suture continue, un plan muqueux et un plan musculo-séreux. Durée : 50 minutes,
La gastro-entérostomie eût été impraticable; d'ailleurs il n’y avait pas de sténose du pylore.
La partie enlevée comprend le pylore, la petite courbure presque tout entière et les 4/5 du corps de l'estomac.
Carcinome évident ; pas d'examen microscopique.
30 décembre. Vomissement hématique.
Le 31. Vomissement bilieux.
1er janvier 1898. Un demi-litre de lait et bouillon, par la bouche.
Viande à partir du cinquième jour. Régime complet vers le dixième jour; 3 repas par jour sans malaise. Selles normales.
Guérison opératoire.
Après 4 semaines, poids 62 kilogr.
Actuellement les forces sont revenues et l’état général cst florissant.
442. — L. DEFONTAINE, du Creusot. Cancer annulaire de la région pylorique de l'estomac; extirpation. Guérison opératoire. Survie de 18 mois. (Observation publiée in Archives provinciales de chirurgie, t. T, n° 1, 1er juillet 1892, p. 77. Renseignements ultérieurs dus à l’obligeance du Dr Defontaine.) — Mme T..., âgée de 34 ans. Père mort à 68 ans d’une maladie de cœur ; mère âgée de 68 ans, vivante; une sœur qui a été opérée d’une tumeur du sein, il y a 25 ans ét est encore vivante, n’a eu qu’un garçon actuellement âgé de 14 ans à qui j'ai pratiqué la cure radicale d'une hernie inguinale en 1891. Habituellement bien portante, elle a subi en 1878, après son accouchement, une application de caustiques dans l’aine du côté droit, et en porte les cicatrices. Rein droit flottant. Habituellement constipée. Elle a commencé à souffrir de l'estomac en 1891. Phénomènes de dyspepsie flatulente et coliques d'estomac, à des heures indéterminées, mais de préférence à 4 et à 8 heures du soir. Malgré les divers traitements mis en usage par plusieurs médecins, il n’y a pas eu d'amélioration. Par suite des douleurs d'estomac et des troubles survenus dans son fonctionnement les insomnies sont constantes. Depuis le mois de janvier 1892, il y a de temps en temps des vomissements, ils ne sont pas très fréquents mais extrêmement abondants et violents. D'abord alimentaires, ils ont pris dans les derniers temps une couleur chocolat.
Le 15 avril 1892, je vois la malade. Elle porte dans l’abdomen, à gauche et un peu au-dessus de l’ombilic, une tumeur arrondie parfaitement mobile, pouvant être assez facilement transposée à droite et à gauche de la ligne médiane. Le volume de cette tumeur est celui d’un rein flottant. Lorsque la malade est debout, elle sent le poids et le tiraillement de cette tumeur, qui souvent cause des douleurs plus fortes qui la font devenir pâle et vert pâle.
Régime du lait coupé d'eau de Pougues. Il cause un peu moins de malaises, mais la malade ne peut absorber plus d'un quart de litre de lait en 24 heures, et l’ensemble des symptômes persiste. Du 15 avril au jour de l'opération, il y a eu deux fois des vomissements de matières gastriques de couleur marron foncé; les symptômes joints à l'amaigrissement considérable de la malade, sur tout pendant les mois de mai et d'avril, permettent le diagnostic de tumeur de mauvaise nature siégeant probablement dans la paroi stomacale et probablement sans adhérences importantes.
La malade désirant beaucoup être débarrassée de sa tumeur dont elle sent toute la gravité, l'opération est décidée. La veille, deux verres de limonade purgative suivis d’un lavement. Tout l'abdomen est savonné, brossé et recouvert de compresses bouillies dans le bichlorure qui le protègent jusqu'au moment de l'opération.
Opération, le 1° mai 1892. — L'opération est faite avec mes aides habituels et l’assistance de MM. les docteurs Douin et Poirré et de M. le médecinmajor Plantié.
Administration du chloroforme Dumouthiers. Incision sus-ombilicale de la ligne blanche de 10 centim. s’arrêtant à un centim. au-dessus de l'ombilic, nécessite le placement de 3 pinces hémostatiques.
La main introduite dans l'abdomen sent la tumeur à gauche de l’incision. Prise avec les doigts, elle est attirée au dehors. Elle paraît globuleuse, du volume d'une pomme, la surface est lisse, rouge foncé et les vaisseaux courts turgescents s'y dessinent. Elle siège manifestement dans l'estomac. A son bord inférieur s’insère le grand épiploon, en haut elle adhère à la face antérieure de l'épiploon gastro-hépatique par une surface de 2 centim. carrés. Cette adhérence est facilement décollée, mais comme la partie de l'épiploon où se trouvait l’adhérence paraît suspecte et un peu indurée, elle est attirée, pédiculée, liée à sa base en 2 parties à la soie et excisée.
L'orifice abdominal étant protégé par des compresses bouilles, l’excision de la fumeur est faite aux ciseaux en commençant par son côté gauche. L'estomac ouvert, la section est continuée sur le doigt comme guide à un centim. de la tumeur qui est limitée d’une façon très précise et facilement reconnaissable. La muqueuse gastrique saigne abondamment et nécessite d'emblée le placement de pinces hémostatiques et de pinces en T. L’estomac est vide et rien ne s’en écoule. Aucun lavage spécial intra-stomacal n’est fait par cette voie et n'avait été fait préalablement par la voie œsophagienne. Le régime, la purgation et la diète finale avaient assuré la vacuité. Avant de continuer le détachement de la tumeur du côté gauche, c'est-à-dire du côté de la cavité stomacale, je porte les ciseaux à droite de la tumeur pour l'isoler de ce côtéensectionnant à 1 centim. d'elle, en tissus parfaitement sains. Cette section ouvre l'intestin dont s'échappe un liquide visqueux transparent, Elle est achevée rapidement, de bas en haut, sur l'index gauche, qui à pénétré par effraction de haut en bas dans l’arrièrecavité des épiploons et chargé le duodénum à son origine même. Les pinces hémostatiques sont placées sur des vaisseaux assez nombreux.
Le bout du duodénum sectionné est pris entre les mors flexibles et garnis de caoutchouc d’une longue pince à ligaments larges à crémaillère.
J'achève d'isoler par section la tumeur du côté de l'estomac et l’enlève.
Elle est constituée par un anneau squirrheux complet, large de 5 à6 centim. et qui occupait la région de l'estomac voisine du pylore. La hauteur verticale de la partie extirpée est, du côté stomäcal, de 12 centim. ; de 5, du côté duodénal.
Des pinces en T sont placées sur la muqueuse gastrique aux points qui saignent ; d’autres pinces hémostatiques sont encore placées ; puis des ligatures de soie remplacent les pinces hémostatiques. |
Le champ opératoire étant nettoyé à l’aide de compresses-éponges de tarlatane bouillies et garni de compresses de toile bouillies, on procède aux sutures.
Elles ont toutes été faites avec l'aiguille fine, coudée à gauche, à pédale de Reverdin, Collin, Chaput, et à la soie tressée n° 3. Presque toutes ont consisté en surjets entrecoupés en sutures continues spiroïdes seygmentées, de façon à abréger la durée de l'opération, ce qui est l'avantage des surjets sans arriver à leurs inconvénients qui sont de rendre inégal le serrage de chaque point, de plisser les lignes affrontées et par suite de rétrécir les orifices, enfin d'exposer au relàchement des sutures, si un point venait à couper. J'arrêtai done chaque surjet après 5 à 6 points pour en reprendre un autre.
D'une façon générale, il a été fait une double rangée de sutures : une rangée muco-muqueuse, à la fois unissante et hémostatique, prenant la muqueuse, le tissu sous-muqueux, quelquefois la musculeuse, une rangée séro-séreuse, à points passés comme dans la suture de Lembert, mais par surjets de 5 à 6 points espacés de 1 demi-centimètre.
Je commençai par la suture muco-muqueuse de l'estomac dans la partie supérieure. Cette suture fut conduite jusqu’à rétrécir l’orifice gastrique à une dimension correspondante à celle de l’orifice duodénal.
L'estomac et le duodénum étant alors rapprochés et renversés tous deux en dehors de façon à présenter et mettre en rapport les séreuses de leur face postérieure, on fait en arrière une suture séro-séreuse non perforante, bien entendu, et prenant les séreuses à une distance de 5 à 8 millim. des bords sectionnés. Cette suture est conduite de haut en bas jusqu’au bord inférieur du duodénum et de l'estomac.
Reprenant alors la suture muco-muqueuse, un peu au-dessus du point où elle avait été laissée sur l'estomac, on fait la suture muco-muqueuse gastroduodénale postérieure en surjet, les nœuds étant placés en dehors. À ce moment, la continuité muqueuse gastro-intestinale est rétablie.
Enfin une suture séro-séreuse, d’abord gastrique dans la partie située audessus de l'insertion du duodénum, puis gastro-duodénale, recouvre la suture muqueuse gastrique et gastro-duodénale.
Pour terminer, des sutures de renforcement sont placées par points isolés en haut et en bas, prenant les surfaces séreuses et les épiploons voisins, de façon à bien protéger les points qui auraient pu être faibles, particulièrement l'union des rangées de sutures antérieures et postérieures qui unissent le duodénum à l’estomac.
Un nettoyage aux compresses bouillies étant fait, l'estomac est réduit dans l'abdomen. Il y semble serré et on ne peut l’y étaler à loisir parce que la paroi abdominale est rigide et contractée, ce qui rend la fermeture de l'abdomen difficile. Celle-ci est faite avec l'aiguille à grande courbure ordinaire de Reverdin, et, par six points séparés péritonéo-musculo-aponévrotiques, de grosse soie plate no 6. Un surjet cutané au catgut ferme complètement la peau.
L'opération a duré deux heures et demie ; commencée à 9 heures, elle finit à 11 heures et demi.
: Pansement : gaze iodoformée, ouate hydrophile, ouate ordinaire et bandage de corps. 1l a été employé 90 grammes de chloroforme.
Suites. — La malade très déprimée est reportée au lit et réchauffée à l’aide de cruchons. Deux injections sous-cutanées d'éther. À 2 heures, elle a repris peu à peu connaissance et commence à se réchauffer. Le soir, pas d’envies de vomir, La malade a accusé toute la journée une douleur vive dans la région de l'estomac. Rien par la bouche. Lavements alimentaires et alcoolisés, miction spontanée la nuit.
Le 2. Il y à encore de la douleur, maïs moindre. Pas de vomissements. Diète toujours absolue même pour les liquides ; l’opérée suce seulement un
petit linge, imbibé d’eau légèrement vinaigrée. Lavements alimentaires et légèrement alcoolisés nuit et jour, toutes les trois heures.
Le 3. Les douleurs sont bien moindres, il y a encore quelques élancements au niveau de la région opérée. On donne dans la journée, par cuillerée à café, un demi-verre de grog ; à 3 heures et demi, il y a vomissement bilieux, mictions spontanées.
Le 4. La malade a dormi la nuit, quelques nausées, pas de vomissements, pas de douleurs, elle dort encore dans la journée ; on donne bien moins de liquide que la veille, la malade ne prend que quelques cuillerées à café de liqueur d'écorce d'oranges mélangée d’eau. Une selle, mictions normales.
Le 5. La malade a éprouvé dans la nuit des gargouillements et un gonflement abdominal qui ont été soulagés par deux selles. Elle a quelques renvois acides,
Dans la journée une demi-tasse de lait. Pas de nausées. Gaz par l'anus et une selle. On continue toujours les lavements toutes les 3 heures. Le teint jaunâtre de la malade a déjà fait place à un teint pâle, mais clair.
Le 6. Dans la nuit on a donné une tasse de liquide, lait et bouillon alternativement, par doses de 3 cuillerées à café chaque fois. Encore quelques renvois, mais presque rien. Quelques gargouillements du côté de l'estomac avant le passage des liquides, une tasse de lait coupé d’eau de Pougues et une orange sucrée dans la journée. La malade se plaint encore de la soif, cause librement et longuement. Lavement toutes les 3 heures. .
Le 7. Il n'y a pas eu de selles et la nuit a élé un peu agitée de rêvasseries. La malade sent son estomac gonflé ét a toujours quelques renvois. Dans la journée 2 tasses et demi de lait. Pensant que la distension gazeuse de l'estomac est moins à craindre que les premiers jours'et pour remédier à la faiblesse à laquelle sont attribuées l'agitation et les rêvasseries de la nuit précédente, on donne du champagne une cuillerée à café toutes les demi-heures. Trois lavements de bouillon et lait sans alcool. Le soir, gaz par l'anus et selle. Le ventre n’est pas douloureux.
Le 8. Lait et eau de Pougues, consommé, champagne. Encore quelques renvois un peu acides. À mal dormi “à cause de la compression sacrée, de décubitus. On place un coussin à air sous la région qui est le siège d’une petite eschare.
Le 9. La malade a mieux dormi, est calme L'alimentation est continuée par une tasse de lait, trois tasses de bouillon, une assiette de tapioca, vin de champagne, eau et vin; sommeil dans la journée; on cesse les lavements alimentaires.
Le 10. Nuit bonne avec sommeil, a pris du consommé. Pas de selle. Même régime.
Le 11. Bon sommeil la nuit, Défécation abondante, alimentation par demilitre de lait, demi-litre de bouillon et tapioca, épinards, champagne.
Le 12. Même état, alimentation continue, œufs et vin.
Le 13. Une selle ainsi que le 14. Même régime.
Le 16. Œufs à la crème, potages, soupe.
Le 18. Le pansement opératoire est enlevé. La réunion est solide et les fils de catgut résorbés intérieurement se détachent. Un bandage de corps lacé étant placé sur l'abdomen, la malade se lève.
Le 20. La malade continue à se lever, mange du pain et de Ja viande.
Le 23. La petite eschare sacrée est en voie de réparation avancée. La malade mange très bien. Les forces reviennent et la diminution de l’amaigrissement est très appréciable rien qu’à l'inspection du visage. Elle reste levée 5 heures et sort dehors.
Le 26. L'amélioration de l’état général s'accuse rapidement sous l'influence d’une bonne alimentation.
Le teint de la malade devient clair et rosé, l’amaigrissement est considérablement diminué.
Pendant les 10 premiers jours après l'opération, la température axillaire s'est maintenue au-dessus de 38° pour revenir après à la normale.
En mars 1893, le poids de la malade était monté à 130 livres.
L'état général s'est maintenu bon sans accidents ni vomissements jusqu’en juillet 1893. A partir de ce moment les accidents se sont montrés de nouveau; digestions difficiles, puis vomissements ; on put bientôt sentir une tumeur dans la région épigastrique.
La malade sentait quelquefois passer les aliments entre cette tumeur et la paroi abdominale antérieure ; il est vraisemblable que la récidive s'était produite en arrière du nouveau pylore, peut-être dans les ganglions, l’orifice étant plutôt comprimé qu’obstrué.
Mort à la fin d'octobre 1893. La malade a ainsi gagné nettement une année ou 14 mois de vie normale, la période de juillet à octobre, avant la mort, pouvant être considérée comme une période de maladie équivalente à celle que la malade aurait eue avant de mourir, si elle n'avait pas été opérée le 1er mai de l’année précédente.
443.— Dr DEFONTAINE, du Creusot. Cancer du pylore et des ganglions situés à son bord inférieur ; extirpation; guérison. (Obs. II publiée en résumé in Gaz. des h6p., 1893. Due à l’obligeance du Dr Defontaine). — Mme M..., âgée de 24 ans et 11 mois, a 2 enfants vivants.
Sans antécédents héréditaires ni maladie antérieure importante.
Elle souffre de l'estomac depuis 8 mois et vomit depuis six. Les vomissements se produisant d'abord tous les 3 ou 4 jours sont devenus plus fréquents et se montraient le plus souvent par séries ininterrompues de quelques jours. Le lait étaitle seul aliment à peu près toléré. Pas de vomissements noirs. L'amaigrissement s’est montré avec les vomissements et en a suivi la marche ; il a été très marqué dans les 15 jours qui ont précédé l'opération.
De 120 la malade est tombée à 87 livres. La tumeur ÉRREuE était observée par la malade elle-même depuis plus de six mois.
En février 1893, la malade m'avait été présentée par le D':Bichet ct j'avais trouvé la tumeur gastrique mobile, déjà volumineuse.
fl
Je revis la malade le 25 mars et elle accepta l'opération en principe mais
ne vint que le 10 mai. La tumeur, facile à sentir et à limiter, était située immédiatement au-dessus de l'ombilie qu'elle dépassait légèrement en bas, avait le volume du poing de la malade, était toujours très mobile surtout de droite à gauche.
Les préparatifs avant l'opération ont consisté en quelques jours de régime lacté absolu et 24 heures de diète absolue même pour les liquides. En même temps trois lavements de bouillon par jour.
Opération, le 14 mai 1893, avec le concours de mes aides habituels, et de M. le Dr Bichet. Étaient présents : M. le Dr Plantié, médecin-major, M. Dromard, étudiant en médecine.
Chloroformisation et asepsie. Incision sus-ombilicale de 8 centimètres descendant un peu à gauche de l'ombilic. La paroi abdominale est très amincie. La tumeur se présente avec un appendice à sa partie inférieure droite, constitué par des ganglions dégénérés. Elle est facilement attirée au dehors. Les épiploons sont perforés avec les doigts qui se rejoignent en arrière d'elle. Je
commence alors à détacher les épiploons de la tumeur, d’abord en bas, puis.
à son bord supérieur.
Cette séparation est faite partie avec les doigts, partie avec les ciseaux, en pinçant et liant à mesure les vaisseaux divisés assez nombreux. Des pinces longuettes opposées par leurs becs sont ensuite placées à côté du néoplasme sur le duodénum qu’elles oblitèrent. A côté d'elles et à un bon centimètre plus
à droite, une pince à mors élastiques garnis de caoutchouc rapprochés et fixés
par le premier cran dela crémaillère tient le duodénum sans le serrer et, par précaution, une petite pince est placée sur l'épiploon de son bord inférieur pour le retenir après la section. Celle-ci est faite près des pinces longuettes serrées à côté du néoplasme. Après chaque coup de ciseaux, de petites pinces saisissant et opposant le bord sectionné de la muqueuse antérieure et postérieure du duo+ dénum, tout écoulement de matières intestinales est rendu impossible. En même temps, les artères sous-muqueuses et les vaisseaux plus volumineux qui sont aux bords supérieur et inférieur du duodénum sont pincés et liés.
La masse néoplasique est alors relevée et renversée à gauche; des adhérences et des brides péritonéo-épiploïques situées à sa partie postérieure sont divisées. Deux longues pinces à pédicule opposées par le bec saisissent la paroi gastrique à gauche du néoplasme. C’estimmédiatement en dehors d’elles que portera la section. Plus à gauche, l'estomac est pris par une très longue pince à mors élastiques garnis de caoutchouc dont les branches non accro-
chées sont simplement tenues par un aide. Une petite pince placée en aval de:
la grande, à la grande courbure sur l'épiploon, empêche l'estomac de lui échapper. Comme pour la section duodénale, des compresses-éponges sont placées sous la région opératoire et autour d'elle pour protéger encore contre tout écoulement stomacal. Les ciseaux avancent près des pinces situées du côté du néoplasme ; le pincement et la ligature des vaisseaux (nombreux aux bords supérieur et inférieur de l'estomac) ainsi que l'affrontement des bords muqueux
antérieur et postérieur par des pinces hémostatiques sont faits à mesure. Aussitôt après, le néoplasme estenlevé avec les pinces hémostatiques et coprostatiques qui lui sont appendues. On voit entre le duodénum et l'estomac une large surface constituée par le pancréas.
Sutures. — Surjet muco-muqueux de la partie supérieure de la fente stomacale, jusqu’à unedistance dela grande courbure égale au diamètre du duodénum. Il est immédiatement doublé d’un surjet séro-musculeux adossant les surfaces séreuses, mais les recroquevillant très peu. L’abouchement gastro-duodénal est commencé par les sutures musculo-séreuses postérieures; les deux organes étant donc légèrement renversés pour présenter leur face postérieure et laissant voir le pancréas dans leur écartement, trois points séparés sont d’abord placés très loin en arrière dans lé but de constituer une troisième rangée de sutures, mais on remarque qu’ellés ont pour effet de présenter les deux orifices à réunir en canons de fusil double et constituent entre eux un éperon, disposition qui pourrait gêner le passage des aliments ; ils sont donc enlevés et je me contente d'un seul surjet réunissant la musculo-séreuse gastrique postérieure et la musculeuse duodénale (car le duodénum ne porte*pas de séreuse en arrière dans la partie quirestait chez notre malade). Suture muco-muqueuse et gastroduodénale postérieure reliée avec soin à la partie inférieure-de la suture mucomuqueuse de la partie supérieure dé l'estomac et avec la suture muco-muqueuse gastro-duodénale antérieure.
Pendant tous ce temps des compresses-éponges ont soigneusement protégé les environs du champ opératoire et il n’y a pas eu de vomissements ; l'estomac ne paraissait d’ailleurs contenir que quelques gaz et je me suis soigneusement abstenu d'y regarder.
Un surjet séro-musculeux gastro-duodénal antérieur termine le rétablissement de la continuité du tube digestif. Je plaçai encore avec soin quelques points séparés séro-séreux, en bas et surtout au bord supérieur du duodénum, prenant aussi les lambeaux épiploïques voisins de façon à doubler et à soutenir les sutures en ces points qui peuvent être plus exposés à céder.
Une légère toilette finale du péritoine voisin, qui renfermait d’ailleurs seulement quelques minces caillots en filets, étant faite, les organes se trouvent tout naturellement réduits à leur place.
Suture de la paroi à la soie. Surjet péritonéal en haut, points séparés péritonéoaponévrotiques en bas, points musculo-aponévrotiques en haut en surjet cutané. Ether iodoformé. Tarlatane bouillie, ouate hydrophile. Bande apprêtée.
L'opération, commencée à 10 heures moins 20, est finie à midi 10, soit 2 heures et demie. La tumeur pèse 145 gr.
La malade reprend connaissance une heure et demie après la fin de l’opération. Elle à d’ailleurs perdu fort peu de sang.
Les suites ont été parfaites. La température pendant les deux jours qui ont suivi a été de 370,8 le matin, 38°,2 le soir et depuis elle a été absolument normale. Le pouls n’est monté à 100 que le lendemain soir de l'opération. Il est tombé à 76 dès le sixième jour. La respiration a été de 30 à 32 le lendemain et
le surlendemain de l'opération, de 38 ensuite. Il n'y a eu à noter que quelques coliques gazeuses le surlendemain de l'opération, une seule introduction de sonde rectale y mit rapidement fin. Le cathétérisme a été nécessaire du deuxième au cinquième jour. Il n'y a pas eu un seul vomissement ni même de régurgitations. Dès le troisième jour le teint terreux de la malade a fait place à un teint clair. Le régime a été : eau de Vichy et champagne avec lavements de bouillon les quatre premiers jours. Lait et bouillon par la bouche dès le cinquième jour. Le septième, potages; le huitième, café au lait, potages et œuf. Le dixième jour les fils cutanés sont enlevés. Le onzième, la malade mange un beefteck. Le douzième (26 mai 1893) elle se lève ; chocolat au lait, potage, beefteck, œuf à midi, potage, pruneaux, biscuits.
La malade retourne chez elle quinze jours après l'opération.
Dans le courant du mois d'août 1893, bien que la digestion restàt facile, que les aliments fussent bien tolérés sans aucun vomissement, cette femme fut prise d'ictère de plus en plus intense. Cet ictère s'accompagnait de distension de la vésicule biliaire. Je proposai à la malade d'ouvrir cette vésicule ; mais le jour où elle devait venir, elle ne se présenta pas. Une semaine après j'allai chez elle et j'appris qu’elle n’était pas venue parce qu’elle se trouvait trop malade, ce qui était en effet exact. Malgré mon désir je ne pus l'opérer. Elle mourut dans les premiers jours de septembre 1893 des suites de la rétention biliaire, avec persistance de la perméabilité pylorique. Je crois qu'ici encore, il y a dû avoir une récidive ganglionnaire comprimant les voies biliaires.
L'examen histologique des tumeurs enlevées à nos deux opérées a été fait dans le service de mon maître, M. le professeur Terrier, par le Dr Morax qui a bien voulu y apporter tous ses soins. Il a montré que dans les deux cas, il s'agissait d'épithélioma développé primitivement dans la muqueuse et ayant progressivement envahi les couches sous-muqueuse et musculeuse.
444. — Dr PEUGNIEZ, d'Amiens. Cancer du pylore. Pylorectomie. (ruérison opératoire. Récidive rapide dans l’épiploon. Extirpation. Survie de 5 ans. Récidive. (Observation publiée en partie fh Archives provinciales de chirurgie, 1894, p. 257 ; complétée grâce à l'obligeance du Dr Peugniez.) — Homme, âgé de 56 ans ; le début de l'affection remonte à un an. Le malade vomit au moment de l'opération tous les aliments liquides ou solides qu'il ingère ; il est arrivé au dernier terme de la cachexie et de la misère physiologique. Il est faible au point qu'on renonce à le photographier.
Opération, le 18 avril 1893. — Après laparotomie, je trouve un néoplasme du pylore mobile; j'en pratique la résection. Puis je rétrécis l'ouverture stomacalet à l’aide d’un triple étage de sutures à points séparés (un plan muco-muqueux, deux plans séro-séreux) ; je réunis le reste de la plaie stomacale à l’orifice du duodénum par des plans de sutures étagés de la même façon. Mon attention n'a pas été attirée par la présence de ganglions.
Chloroforme. Asepsie absolue.
Le malade buvait le lendemain même de son opération. Alimenté pendan
une dizaine de jours à l’aide de lavements nutritifs, il reprenait le régime des aliments solides dès le quinzième jour. |
Le 30 avril suivant, c'est-à-dire 12 jours après l'opération, je constatai une tumeur de petit volume derrière la paroi abdominale. Je fis le 2 mai une nouvelle laparotomie et enlevai encore une petite masse cancéreuse de lépiploon.
L'examen histologique a montré qu'il s'agissait d’un carcinome.
Le malade se releva facilement de cette deuxième opération ; il engraissa et put bientôt manger autant qu'il le désirait.
En avril 1898, l'opéré est encore vivant, 5 ans après l'opération ; mais il fait une récidive depuis 3 ou 4 mois ; il a pour le moment une tumeur grosse comme le poing dans l’épigastre. Sa mortsemble prochaine.
445. — Dr PEUGNIEZ, d'Amiens. Cancer du pylore. Pylorectomie. Guérison opératoire. Mort 15 mois après de tumeur cérébrale. (Observation inédite.) — Au mois de juin 1894, un de mes collègues de l’Hôtel-Dieu me priait d'examiner un des malades de son service de médecine. Ma visite terminée, j'allais me retirer, quand je m’entendis appeler par un malheureux vieillard au teint pâle, au visage amaigri, qui couché dans un lit voisin depuis des mois, achevait de mourir d'un cancer de l’estomac. Il avait entendu parler d’un premier malade que j'avais opéré d’une résection d'estomac au mois de juin 1893 qui était guéri, et il me demandait instamment de le faire bénéficier d’une semblable opération. Il avait 68 ans. Son état de cachexie était tel que j'écoutai ce jour-là assez distraitement les renseignements qu’il me donnait sur son histoire. Mais il me fit renouveler plusieurs fois ses instances et je finis par céder. Je priai mon collègue de vouloir bien l'envoyer dans mon service.
Il y entrait le 12 juin 1894.
C’est un alcoolique. Il déclare qu'il s'enivrait assez fréquemment, Les artères sont athéromateuses. Des pituites presque quotidiennes accompagnent le réveil. On observe du tremblement de ses extrémités et le sommeil est assez régulier, mais son foie est atteint d’une cirrhose atrophique qui en a considérablement diminué les dimensions. Il y à six mois, apparurent les premiers symptômes du côté de l'estomac. Sans souffrir beaucoup, il était tourmenté par des phénomènes de dyspepsie flatulente. De temps en temps, des vomissements interrompaient ses digestions une heure environ après les repas. Ces vomissements consistaient le plus souvent en aliments plus ou moins modifiés déjà par la digestion, mais parfois ils étaient liquides ; ils avaient alors une coloration vert foncé et une saveur des plus amères. Peu à peu ils se rapprochèrent davantage de l'heure du repas : le malade qui gardait d’abord ses aliments pendant près d'une heure, ne les toléra plus guère qu'une demi-heure, puis 20 minutes. Il y à 2 mois les vomissements suivaient l’ingestion à dix minutes d'intervalle à peine. Voici aujourd’hui près d’un mois que D... n’a pas gardé
un seul repas. Il est torturé par la faim. L'amaigrissement a fait des progrès considérables.
Les selles sont restées à peu près régulières jusque dans ces derniers temps où elles se sont supprimées. Jamais le malade n’a rendu de sang ni dans ses vomissements, ni dans ses garde-robes. à
Sa faiblesse est telle que je n'ose tenter avant l'opération le nu de l’estomac. Il ne saurait non plus être question de purgatif, car depuis quelque temps les liquides sont rejetés comme les solides sans avoir franchi le pylore. Le malade est d'une pâleur livide, mais ne présente pas la teinte jaune paille des cancéreux. Son émaciation me paraît avoir atteint les limites extrêmes du possible.
En examinant l'abdomen, on trouve à gauche et un peu au-dessus de l’ombilic une tumeur dure, irrégulière, bosselée, peu douloureuse. Elle est mobile. Elle a le volume du poing.
Pas d’ascite.
Ces signes physiques, rapprochés des troubles fonctionnels et de l’amaigrissement du malade, font penser à une tumeur de mauvaise nature empêchant le passage des aliments de l'estomac dans l'intestin ; nous portons le diagnostic de cancer du pylore.
Opération, le 14 juin 1894. — Une incision médiane est conduite sur la ligne médiane, au-dessus de l'ombilic ; elle a environ 10 centim. de longueur. Le péritoine ouvert, la main introduite dans l'abdomen reconnaît, vers la droite du malade, une tumeur du volume d’une grosse orange qui est mobile et qu’on attire facilement au dehors. Résection du pylore cancéreux. Fermeture partielle de la plaie de l’estomac par 3 plans de suturès à points séparés ; abouchement du duodénum dans le reste de la plaie stomacale à l’aide des mêmes sutures disposées sur 3 plans (un plan muqueux, deux plans séro-séreux). Fermeture de l'abdomen. |
Asepsie absolue, Chloroforme, 25 grammes (méthode des petites doses). Durée de l’anesthésie, 2 h. 47.
Diagnostic histologique. — Carcinome.
Le malade serelève bien de l'opération; il est traité comme il est dit dans l'observation précédente. Il quitte Bhôpital en bon état.
Mort le 28 septembre 1895 dans le coma, après avoir présenté des symptômes de compression cérébrale. |
AUTOPSIE.— Dure-mère très congestionnée ; adhérences des méninges au niveau de la partie postérieure de la grande faux du cerveau, symétriquement de chaque côté; 150 gr. de liquide céphalo-rachidien. Tumeur à la face supérieure du lobe cérébelleux droit (gliôme).
Poumons sains ; péricarde très adhérent au cœur, sans épanchement ; cœur petit, gras ; sur le ventricule gauche on trouve un noyau jaunâtre. Quelques adhérences pleurales.
Cicatrice abdominale non adhérente à l’épiploon ; épiploon très petit, ratatiné, ayant à peu près la surface d'une demi-main. Estomac adhérent au niveau du lobe droit du foie; pas d’adhérences péritonéales ; anses intestinales libres. Foie ratatiné. Rate recouverte de tubercules blancs jaunâtres, paraît un peu augmentée de volume.
L'estomac et le duodénum ont été recueillis ; il n’y a aucune trace de récidive. Bien que l'excision ait semblé être très large, l'estomac présente un volume normal.
446. — Dr RicaRD. Cancer du pylore. Pylorectomie. Guérison opératoire. (Observation inédite.) — Mme Elisabeth D..., âgée de 67 ans, ménagère ; entrée le 3 décembre 1897. Salle Desprès, n° 3 (hospice de Bicètre).
Antécédents héréditaires. — Mère morte à 74 ans, très rapidement ; n'a jamais souffert de l'estomac. Père mort à 50 ans, hydropique.
Antécédents collatéraux. — À perdu 3 sœurs et 3 frères, à un âge assez avancé ; a encore un frère bien portant âgé de 74 ans.
La malade a eu 7 enfants ; 5 garçons sont morts vers l’âge de 10-11 ans, très rapidement, presque brusquement ; une fille est morte à 35 ans, en état de puerpéralité.
À encore un fils de 24 ans bien portant.
Antécédents De — Me D... ne se souvient pas d’avoir été malade autrefois. Elle n'a jamais souffert de l'estomac. ,
Elle vient à la consultation externe de Bicêtre le 1er décembre 1897,se » plaignant de ne plus pouvoir manger, de vomir tous ses aliments. 8 jours auparavant, en faisant son marché, brusquement, elle avait été prise de nausées, de douleurs à la région épigastrique, de vomissements. La malade affirme qu’antérieurement elle n’avait eu aucun trouble gastrique, aucune douleur; l’appétit dans les derniers temps était seulement diminué surtout pour la viande. A partir du vomissement les aliments ne purent être supportés, ils étaient rendus plus ou moins longtemps après l’ingestion. Les forces déclinèrent rapidement, l’amaigrissement fit des progrès inquiétants et la malade se décida, sur les conseils de son médecin, à venir consulter M. Ricard.
A son entrée (3 décembre 1897) la malade est très affaiblie, se soutient à peine, est très amaigrie; la peau est flasque et ridée, le teint grisâtre, terreux, mais non jaunâtre. Peu de temps après l’ingestion des aliments, la malade accuse de la gêne,une pesanteur douloureuse au niveau de la région épigastrique. La douleur est localisée d’une manière assez vague à droite et au-dessus de l’ombilic et la malade croitsentir «une boule se promenant dans le ventre » et « douloureuse au toucher ».
Le palper montre un peu à droite de la ligne médiane, à deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic, une tumeur du volume d’une petite noix, assez “irrégulière, lobulée à la surface, douloureuse à la pression, mobile et déplaçable, donnant l'impression d’une tumeur tout à fait superficielle d’une hernie épiploïque munie d’un pédicule; mais la contraction des muscles de la paroi abdominale efface la tumeur en grande partie.
Le 4. On constate, à la visite du matin, un vomissement rendu à 5 heures. Ce vomissement, d'un litre environ, est purement alimentaire, non sanglant, sans grumeaux noirâtres, 2e vomissement le soir de ce même jour. La malade est alors mise au régime lacté exclusif et les vomissements cessent complètement en même temps que la douleur.
Une incision exploratrice, sur le bord externe du grand droit du côté droit et au-dessus de l’ombilie, pratiquée le 8 décembre 1897, commencée à la cocaïne, continuée avec du chloroforme, montre que la tumeur est située derrière la paroi, très amincie. Cette tumeur est constituée par le pylore qui se présente immédiatement à l'examen sous la forme d’un anneau dur, épais, absolument mobile ; nulle part on ne constate le long de l'estomac dilaté la présence de ganglions néoplasiques. Vu l’état de cachexie de la malade, l'opération radicale est ajournée. Au régime lacté intégral, on ajoute des peptones. Le 10 décembre, le poids de la malalade est de 39 kilogr. 800.
En l'absence de vomissements, l'état général s'améliore rapidement. Le 20 octobre la malade pesait 41 kilogr. 200.
Opération, le 22 décembre 1897, par M. RicaRD, assisté de M. le Dr Walther. — Chloroforme.
Agrandissement de la première incision. Désunion de la plaie, désinfection soignée des tissus, attouchement au chlorure de zinc.
Le pylore présente quelques adhérences récentes inflammatoires faciles à rompre.
Le pylore est bien dégagé de ses attaches épiploïques (ligatures sur les vaisseaux) puis le néoplasme est saisi entre les mors garnis de drains de deux longues pinces à pédicule. Section au bistouri de toute la portion comprise entre les 2 pinces, en prenant bien soin que le contenu ne tombe dans la cavité péritonéale. La partie enlevée comprenant la tumeur et une certaine quantité de tissu sain environnant, mesure 7 à 8 céntim. environ et est aussitôt mise dans un liquide conservateur. La plaie stomacale est rétrécie à sa partie supérieure au moyen d’un surjet à la soie fine.
Les deux bouts stomacal et duodénal sont ensuite rapprochés et suturés de la façon suivante : un plan de sutures à la soie fine, en surjet, sur la séreuse en commençant par la partie postérieure, un double plan de fils sur la musculeuse et la muqueuse.
Sutures, ensuite, sur la partie antérieure en commençant par la muqueuse et la musculeuse et en terminant parla séreuse. Toutes les sutures sont pratiquées à la soie très fine: les aiguilles à chas fendu sont enfilées d'avance. Réunion à la soie en un seul plan de la plaie de la paroi.
Suites opératoires. — 22 décembre. Pas de nausées, ni de vomissements.
La malade est calme, le pouls est bon, régulier un peu faible.
Injection sous-cutanée de 1 litre de sérum.
Température. Soir, 360,6. Pouls, 85 pulsations.
Le 23. Pas de vomissements. État satisfaisant.
1 litre de sérum, 1 lavement de peptone et d'œufs (2 jaunes d'œuf, I cuillerée de peptone, un peu de sel et de lait). T. m. 36°,8. Pouls 90. T. s. 350,4. Pouls 96.
Le 24. État satisfaisant. 2,000 grammes de sérum.
T.m. 360,6. Pouls 84.
T. s. 370,8. Pouls 100. Un peu de rougeur des pommettes ; 2 lavements de peptone et d'œufs.
D ou =
. Les 25, 26, 27 décembre. La malade va aussi bien‘ que possible. La température reste à 37. Un litre de sérum par jour. 3 lavements nutritifs.
Le 28. La malade réclame à grands cris à manger ; sérum, lavements Durs La malade ingère 2 cuillerées de lait. 1 de'bouillon.
Les 29-30. 2 verres de lait, un peu de bouillon, 1 litre de sérum. Les lavements nutritifs sont suspendus à cause de l'intolérance rectale et de la diarrhée: À partir du 30 les injections de sérum sont suspendues.
La malade prend du lait, du bouillon, des œufs. |
4 janvier 1898. Ablation des fils dela plaie. Un peu de sérosité louche le long des points de suture, pansement humide.
Le 14. On donne à la malade du tapioca au lait, de la purée de pommes de terre, de la viande crue. Poids, 41 kilogr. 200. :
Le 30 . La malade se trouve aussi bien que possible, a un fort appétit, mange avec plaisir, la viande est parfaitement digérée. Poids, 43 kilog. 500.
Plaie pariétale complètement cicatrisée. ,
Le 31. La malade demande à sortir.
L'opérée a été revue tout récemment (io mai), a engraissé, va aussi bien que .possible.… : vi |
L'examen histologique de la tumeur pylorique a été pratiqué par le D" Mi- :gnot. st
Les:coupes ont porté sur les parties du canal sténosé avoisinant l'estomac, " .duodénum et sur les parties centrales.
Aux deux extrémités du canal et sur une étendue de 1 centim. environ on ne trouve. que de la muqueuse saine, à glandes normales, mais reposant sur une couche de tissu conjonctif épaissi et scléreux.
Toute la partie moyenne du canal pylorique est formée d’alvéoles étroites, à parois relativement épaisses et bourrées de cellules d’épithélium atypique. Les parties de la coupe avoisinant la lumière présentent un peu d'infiltration embryonnaire dans les parois alvéolaires. Les faisceaux musculaires ne se rencontrent plus que dans la couche sous-péritonéale et sur une épaisseur très faible. A ce niveau l'infiltration carcinomateuse cesse brusquement.
447. — Dr RicaRD. Cancer du pylore, de la petite courbure et de la face postérieure de l’estomac. Résection très étendue. Guérison opératoire. (Obs. inédite.) — Alexandre D..., âgé de 37 ans, verrier, entre le 24 janvier 1898 dans le service de M. Ricard à la maison Dubois.
Opération, le 9 février. Chloroformisation, \
Laparotomie sus-ombilicale. qui permet de découvrir un néoplasme pylorique étendu à la face postérieure et à la petite courbure de l'estomac jusqu’au cardia. Hy a quelques ganglions le long de la pelite courbure, mais peu d'adhérences.
Section de la première portion du duodénum et de l’épiploon; hémorrhagie abondante des artères des courbures. Pour atteindre la limite supérieure du néoplasme il faut tirer fortement sur l'œsophage, ce qui amène des troubles respiratoires probablement par traction sur les pneumogastriques, On attire