I.A CI MK K'ALTITI DK
qu i! tomhc sur le dos el démontre d'une façon évidente qu'il va mourir. A ce moment on fait rentrer, non pas de l'air, mais de l'oxygène contenu dans un ballon. Après qiu)i, on laisse l'animal se bien rcmcllre el on recommence le vide en suivant le manomètre. Or, cette secomlc fois, on peut pousser le vide bien jdus loin que la preniii ic sans que l'oiseau manifeste aucune gêne. Pourquoi? parce que l'air étant devenu plus oxygéné, la tension de l'oxygène est encore suffisante pour entretenir la vie alors qu'elle ne l'était pas ijuand l'air était à 79 pour 100 d'azote el argon.
Et maintenant prenons la contre-partie : faisons encore le vide sur mi oiseau et, quand il va se montrer malade, laissons rentrer, non pas de l'oxygène, mais de l'azote pur : l'animal ne se remettra pas.
Il est donc bien évident que, dans le mal de montagne, ce n'est pas la pression qui agit, mais bien le plus ou moins de tension de l'oxygène dans ses rapports avec sa dissolution dans le sang.
Du reste, l'expérience faite sur l'oiseau a été répétée sur l'homme par Paul Bert; sur lui-même d'abord et ensuite sur Crocé-Spinelli et Sivel, qui, quelques semaines après, devaient mourir en ballon.
]*aul Bert se plaça dans ses cuves (fig. 22) : à côté de lui se trouvait un gros ballon plein d'oxygène et dans une cage un moineau. On se mit à faire le vide avec la pompe à vapeur. Jusqu'à la pression de 4;) centimètres : rien. Ace moment quelques nausées. A 41 centimètres (hauteur du mont Blanc) surviennent des éblouissements. Le moineau culijule et tombe dans sa cage. A ce moment, l'expérimentateur commence à faire quelques inspirations d'oxygène. A l'instant même le malaise cesse. Mais les pompes continuent à faire le vide et, en une heure, on atteint une pression réelle dans la cloche de 24 centimètres de mercure. Cesl la hauteur du mont Everest. Aucun alpiniste n'a jamais été à pareille hauteur. Si l'expérimentateur cesse une seconde de respirer de l'oxygène, il est pris d'éblouissements, d'inhibition de
PATHOGÉNIE DU MAL DE MONTAGNE Ho
la pensée, il se sent s'évanouir, mais une seule inspiration du gaz le remet sur pied. Quant au malheureux oiseau, qui ne respire que Fair ambiant, il est étendu sans connaissance au fond de sa cage. Il en est de même d'un pauvre rat qui reste mort sur le sol.
Quelques semaines après, je l'ai dit, Crocé-SpincUi et Sivel
Fig. 22. — Paul Bert répète sur lui-mùme son expérience sur l'anoxyhémie.
mouraient en ballon juste à cette hauteur où Paul Bert était resté si à l'aise. On sait que, munis pourtant d'oxygène, ils avaient été paralysés avant d'avoir pu porter à leur bouche le tube de leurs ballonnets et ouvrir les robinets qui les fermaient.
Action de la fatigue. — Il reste dans notre démonstration un point encore obscur : pourquoi à une hauteur donnée, où la pression est la même pour tous, tous n'ont-ils pas le mal de
LA r.VHE D'ALTm'DK
montagne? Pourquoi en particulier le mal d'altitude est-il é|)ar;2^né aux aéronautes à une hauteur où il frappe les alpinistes?
C'est ici qu'intervient un nouvel élément dont nous avons déjà parlé quand nous traitions des théories a priori, l'exercice musculaire. On sait que la contraction musculaire est une des causes les plus puissantes de consommation d'oxygène et de production d'acide carltonique. Or si de deux individus dont le sang contient une faihle quantité d'oxygène, l'un ne fait aucun mouvement (aéronaute), et l'autre accomplit un travail très intense (ascensionniste), le second aura épuisé sa provision d'oxygène pendant (ju'elle suffira à l'autre. L'un sera malade pendant que l'autre restera en bon équilibre de santé. On peut comparer ces doux individus à deux pauvres ayant peu de monnaie à leur disposition. L'aéronaule la garde et reste dans une aisance relative, l'alpiniste la dé[)ense et devient lapidcment misérable, attendu qu'il ne la gagne pas aussi vite qu'il la prodigue.
C'est surtout à propos de la tentative de construction d'un chemin de fer sur la Jungfrau que j'ai eu à m'occuper de cet élément du mal des montagnes. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici l'article et l'expérience que j'ai faits à ce propos et que j'extrais des comptes rendus de la Société de biologie en 1892. « Le comité des travaux publics de la Confédération suisse, disais-je alors, s'occupe en ce moment môme d'un projet grandiose qui consiste à percer d'une cheminée de près de 3000 mètres de haut la montagne Eiger, ou la Jungfrau, d'établir dans ce tunnel vertical une sorte d'ascenseur en haut duquel se trouverait une courte voie ferrée qui aboutirait au sommet de la chaîne de l'Oberland, à 41 07 mètres d'altitude. Dans ce travail, outre les difficultés techniques à vaincre, deux préoccupations s'imposent. D'abord dans quel état géologique va-t-on trouver des terrains qui seront à une pareille profondeur au-dessous de l'écorce terrestre? Ensuite n'y aura-t-il pas quelque danger à faire monter subitement à une telle hauteur une foule de gens de santé et de force différentes? La plupart de ces
excursionnistes ne A^ont-ils pas être pris du fameux mal des montagnes? De ce fait, l'excursion qui doit devenir banale, se trouverait être dangereuse et redoutée; le trafic de la ligne, si coûteuse, se réduirait à rien. Tout cela a préoccupé le comité technique, et de nombreuses observations ont été faites dont a rendu compte M. Egli-Sinclair.
« M. Chauveau a observé sur lui-même que le mal des montagnes n'était pas chose fatale; qu'on l'éprouvait dans de courtes ascensions, qu'on en était dispensé dans de plus sérieuses, que, dans une môme caravane, les uns l'avaient, pendant que les autres y échappaient; je pourrais joindre mon expérience personnelle à celle de ce savant. J'ai maintes fois échappé dans mes excursions au mal des montagnes; je l'ai d'autres fois éprouvé, quelquefois même en redescendant, alors qu'au sommet je n'avais rien ressenti; j'ai souvent observé encore ce que d'ailleurs tous les alpinistes savent, c'est que les guides, qui marchent lentement, sans agitation, ne sont jamais malades et que, dans la caravane, ce sont les débutants, les inexpérimentés, qui tombent seuls pendant que les vrais excursionnistes, qui règlent mieux leur dépense, arrivent au but sans encombre.
« Ceci d'ailleurs concorde avec ce fait bien connu que les aéronautes, tranquillement assis dans la nacelle de leur ballon, n'ont pas le mal des hauteurs, ou tout au moins ne l'éprouvent qu'à des altitudes bien supérieures (6 à 7000 mètres, pendant qu'on peut l'avoir en montagne avant 3000 mètres). De là deux théories de l'affection.
« Pour les uns le mal des montagnes tient à ce que, à une certaine hauteur, l'oxygène, faute de tension, ne se dissout plus dans le sang en quantité suffisante, d'où résulte une véritable asphyxie. Pour les autres, qui ont remarqué que le mal des montagnes peut survenir presque au niveau de la plaine, à la fin d'une ascension élevée, ce n'est qu'une fatigue particulière dans laquelle l'altitude n'intervient pas.
« Ces deux opinions sont l'une et l'autre exagérées : si le mal des montagnes tenait à la simple altitude, on l'aurait toujours
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et tous ensemble, c'est ce qui a lieu pour les aéronaules. Si c'était un simple excès de fatigue, on devrait l'avoir en plaine, sans que la montagne soit intervenue : cela n'est jamais arrivé. En réalité, la maladie tient aux deux causes : un homme <jui s'élève dans l'atmosphère voit bien l'oxygène se dissoudre de moins en moins dans son sang, faute de tension, mais s'il n'exécute aucun mouvement, l'asphyxie imminente pourra lui être épargnée, puisqu'il ne dépensera pas le peu d'oxygène qu'il aura en réserve. Mais que le même homme se mette à produire du travail en élevant son propre poids et en s'agitant outre mesure, alors il dépensera l'oxygène de son sang, l'hémalose, insuffisante du fait de la hauteur, ne compensera plus les pertes et alors surviendra le mal des montagnes, forme particulière d'asphyxie; c'est le cas de l'alpiniste inexpérimenté et c'est ce que prouve bien, je crois, l'expérience que voici :
« Sous une grande cloche Cl (fig. 23), placée sur une platine rodée, j'ai mis deux cochons d'Inde. L'un G' est complètement libre, l'autre G est enfermé dans une roue de treillage R qui peut être mise en mouvement par un petit moteur électrique M, lequel reçoit sa force d'une source extérieure.
« Une série de résistances Re permet de faire varier la rapidité de rotation dans de grandes proportions. Il est évident que, quand tournera la roue, l'animal sera forcé de courir et de monter sans cesse pour éviter de tomber en avant. Je réglais la rotation de telle sorte qu'il élevât son propre poids d'environ 4U0 mètres par heure. Geci fait, au moyen d'une trompe T, on diminue lentement la pression qu'un manomètre permet de suivre à tout instant. Dans ces conditions, tant que le manomètre n'indique pas une dépression correspondant à 3000 mètres de hauleur, les deux animaux semblent également calmes, mais, à partir de ce moment, le cobaye de la roue tombe fréquemment en avant, se laisse rouler, est essoufflé et manifestement gêné; l'autre est tout à fait tranquille. A 4600 mètres environ (à bien peu près la hauteur du mont Blanc), le cobaye de la roue se laisse tomber sur le dos, ne remue plus les pattes et se laisse traîner par le
moteur que nous sommes obligés d'arrêter; il semblerait môme mort, n'était sa respiration haletante. L'animal libre est parfaitement tranquille. Ce n'est qu'à 8000 mètres (Himalaya) que celui-ci s'agite, roule sur le dos, écume et va mourir. A ce moment, nous laissons rentrer l'air, et les deux animaux reviennent à eux. Mais, tandis que le cobaye fatigué est encore
Fig. 23. — Appareil P. r.cgnanl pour nionlror l'influence de la fatigue sur la proiluclioii du mal de montagne.
malade le lendemain, l'autre se met à manger moins d'une demi-heure après l'expérience.
« Nous croyons donc pouvoir conclure que si le mal des montagnes est une asphyxie, un de ses facteurs importants réside, pour les hauteurs moindres de 5000 mètres,. dans le travail musculaire qui consomme l'oxygène du sang, et nous pensons que si on est atteint de la maladie quand on monle à pied sur la
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Jungfrau, on ne l'aura nullement quand on y sera hissé [)ar un ascenseur. »
Conclusion. — Résumons donc en quelques mois celle longue discussion.
Le mal d'allilude résulte de la diminution de la pi'ession atmosphérique. Mais c'est par un procédé indirect (|ii'elle se fait sentir. En effet, sous faihle pression l'oxygène fi.\é |)ar l'hémoglohine diminue dans le sang et si l'action musculaire et la création de l'énergie viennent à se produire, la failde provision d'oxygène contenue dans le liquide se consomme, rasjjhyxie des tissus survient : c'est le mal de montagne.