‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 26 sur 101 · ACTION DE L'ALTITLDE SUR LA NUTRITION · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ALTITLDE SUR LA NUTRITION

grande faiblesse dans le cas du Riffel, où l'auteur souffrait franchement du mal de montagne.

Deux tracés plus intéressants sont représentés par les figures 43 et 44.

L'un est pris à l'hôtel du Riffel, après l'ascension oîi Forel avait eu le mal de montagne, l'autre a été recueillie chez lui à Morges, en plein repos.

Tension artérielle. — Un point intéressant de l'élude de la circulation sur les hauteurs se rapporte à la tension intra-artérielle. Les moyens d'étude dont disposait Paul Bert ne lui ont guère permis de l'examiner dans ses cloches; le dispositif que nous avons imaginé après sa mort nous a permis au contraire de l'étudier facilement. Dans la cloche annexe où nous avions étudié les phénomènes respiratoires (voir p. 169), nous avons remplacé l'appareil pneumographique par un hémodynamomètre, et nous avons obtenu un grand nombre de tracés de la pression.

Cela avait quelque importance à cause de la malheureuse opinion qui court le monde médical, que la diminution de la pression de l'air amoindrit le soutien que cet air donne aux parois superficielles des vaisseaux, particulièrement des vaisseaux du poumon; d'où les hémorragies qui seraient fréquentes chez les ascensionnistes et redoutables chez les phtisiques dont des parois vasculaires sont très affaiblies.

Cela se répète partout. On affirme que les alpinistes ont de fréquentes hémorragies par le poumon, le nez, les oreilles; que les phtisiques ont à l'altitude de redoutables hémoptysies.

Tout d'abord est-ce vrai? Non. Il se fait par an des milliers d'ascensions aux Alpes et aux Pyrénées; il est tout à fait exceptionnel qu'on observe des hémorragies. On ne les voit guère que par les oreilles, et alors elles ont lieu suivant un mécanisme fort simple. Bien des gens, sans le savoir, ont une trompe d'Eustache presque obturée; du même coup chez ces personnes la membrane du tympan est quelquefois fragile. Supposons une ascension un peu rapide; l'air se dilate dans la caisse du tymjjan

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en vertu de la loi de Mariolle et la douleur que produit la distension de la membrane est quelquefois telle que l'ascensionniste s'arrête et refuse d'aller plus loin.

D'autres fois, avant môme qu'il y ait eu aulre chose que de la gêne, le tympan peut se perforer, d'où une hémorragie. J'ai eu l'occasion d'ohserver le cas sur un étudiant qui m'accompagnait dans une des cloches de la Sorhonne oij on faisait le vide. Les récils des voyageurs contiennent quelques relations semblables, mais, je le répète, ces hémorragies sont très rares. Les eirortsprolongés ont pu amener aussi quelques hémorragies nasales chez des hémophiles dans les mêmes circonstances, mais on sait qu'elles se produisent aussi en plaine après une course rapide et sans que la diminution de pression intervienne en rien.

Restent les phtisiques. Ont-ils vraiment de fréquentes hémoptysies sur les hauteurs? Les médecins de Davos affirment querien n'est plus rare. Egger, qui a exercé à Arosa, est absolument du même avis, et, comme il s'agit d'un point capital, je préfère lui laisser la parole. On verra que l'idée préconçue de la diminution mécanique de la pression a seule pu faire présumer un fait qui, en réalité, n'existe pas.

« On croit généralement que le séjour des tuberculeux dansles hautes montagnes provoque chez eux des hémoptysies; cette opinion est souvent énoncée dans les écrits sur les stations climatériques. Ce qui est plus grave encore, c'est que cette manièrede penser se rencontre dans les travaux sur la pathologie et sur la thérapie (Eickhorst), et dans des manuels très répandus de physiologie. Comme elle s'est enracinée chez les médecins praticiens, nous ne le savons que trop. Les premières impulsions vers cette idée ont été données par les voyageurs ainsi que par les aéronautes, qui pendant leur ascension ont vu le sang jaillir de leurs muqueuses. Quoique ces observations soient rares, elles ont fait pourtant une grande impression et se sont vite répandues. Bouguer les mentionne le premier, puis Haller les développe et de Saussure est leur pluscélèbre défenseur. Dès lors il s'est établi une théorie, tout

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à fait erronée d'ailleurs, théorie de l'influence de l'air raréfié sur l'organisme humain. D'après cette théorie, une pression moindre de l'air délivre la surface du corps du poids qu'il supporte dans la plaine ; elle cause aussi une dilatation des vaisseaux sanguins superficiels, dilatation qui peut aller jusqu'à la déchirure. Quoiqu'on ait démontré bientôt que cette théorie reposait sur des idées physiques absolument fausses, que si la pression de l'atmosphère diminue, en même temps diminue non seulement la pression exercée à la surface du corps, mais aussi la pression dans tout le corps, de sorte qu'aucun vaisseau ne peut se dilater. Pourtant cette fausse manière de voir a pu persister jusqu'à nos jours. Les erreurs ont la vie dure. Sur tous les autres points, qui concernent les hémorragies, Haller avait fait des observations très justes. Il dit : « Si en passant les montagnes certains voyageurs ont éprouvé de la fièvre, des faiblesses, de petites hémorragies, des hémoptysies, comme on en voit un fâcheux exemple dans Schlenchzer {De meteoris acqiceis, p. 40), je le rapporte plutôt à la fatigue de l'ascension et aux forces respiratoires tendues à l'excès.

« Si la théorie énoncée plus haut est bien vieille, l'idée que le séjour dans les grandes hauteurs est nuisible aux personnes disposées à de fréquentes hémorragies est née depuis qu'on a commencé à envoyer les malades de la poitrine dans les montagnes, c'est-à-dire de nos jours. Les médecins de Davos ont cherché à prouver le contraire par des chiffres. Mais ces chiffres ne nous disent rien. Nous savons que dans beaucoup de maladies des poumons, après une hémoptysie initiale, d'autres hémorragies n'ont plus lieu. Eh bien, si Spengler et Peters nous disent que chez les poitrinaires il y a 30 p. 100 d'hémoptysies quand ils sont dans la plaine, et qu'à Davos il n'y en a que 6 p. 100, cela ne veut pas dire que les hémoptysies ont diminué dans les hautes montagnes. Je tenais à élucider cette question, et selon moi cela pourrait être fait en comparant les cas observés dans les montagnes avec un grand nombre de ceux où le facteur montagne était éliminé, c'est-à-dire chez des malades qui sont

restés toujours dans la plaine. Pour ce faire, on ne pouvait pas choisir une tuberculose pulmonaire quelconque, mais bien une dont le développement présenterait un moment fixe, ce qui permettrait de comparer la maladie avant ce moment et après. Les observations de Nolda sont les seules dans lesquelles cette circonstance soit observée. Mais comme ses chiffres sont très peu nombreux, j'ai été obligé de chercher des observations ailleurs. Les observations des hôpitaux de la plaine se prêtent le mieux à ce but. On peut facilement contrôler les malades avant leur arrivée à l'hôpital et après.

« Une question se pose : peut-on comparer ces malades avec ceux de la montagne? Je crois que oui. Car si les malades des hôpitaux appartiennent à une autre classe sociale, cela n'a aucune influence sur la fréquence des hémorragies. Quant à la gravité des cas, on peut trouver dans les hôpitaux depuis la tnberculosis Incipiens iusquk la plus forte phtisie. Nous savons bien que le développement de la phtisie n'a aucun rapport direct avec l'hémoptysie; cette dernière peut se produire au commencement aussi bien qu'à la fin; elle peut ne pas avoir lieu dans les cas les plus graves et se manifester comme premier signe de la maladie chez des personnes en apparence bien portantes. Comme tous ces cas se rencontrent dans les montagnes, je ne vois pas d'obstacle à ce qu'on puisse les comparer à ceux des hôpitaux. J'ai eu l'occasion pendant mon séjour à Bâle d'examiner 3S3 malades de phtisie à l'hôpital de la ville (1884, i885, 1889-1891).

« Je dois m'expliquer tout d'abord sur quelques points. Le séjour dans les montagnes est compté en moyenne plus long que le séjour à l'hôpital. On pourrait donc en tirer des conséquences plus favorables pour l'hôpital, car il peut arriver que pendant un séjour plus long dans les montagnes, le malade ait plutôt une hémoptysie qu'à l'hôpital, où il passe un temps bien plus court. A l'hôpital, les malades sont sous une surveillance rigoureuse et constante des médecins et du personnel. Dans les montagnes, au contraire, le malade peut souvent se nuire,

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sans que le médecin le sache, et il peut ainsi faciliter une hémorragie.

« Regardons les chiffres. Dans 1612 cas de montagne il y en a 323 observés par le A. Spengler, 539 par le Peters, 578 par le D' Luz. Spengler, enfin 172 par moi à Arosa.

N'avaient jamais eu d'hémoptysios 917 = 56,89 0/0

Des hémorragies passagères 093 = 43,11 —

Les hémorragies avaieiil lieu :

Avant le séjour dans les ^hautes montagnes sur 57^ = 33,48 0/0 Avant et après le séjour dans les montagnes sur 90 — 3,58 — Seulement pendant le séj. dans les montagnes sur 33= 2,0o —

Des 138 malades arrivés à Montrenx et des 353 malades

à l'hôpital de Belle :

N'avaient jamais des hémoptysies 3'20 = 05,17 0/0

Des hémorrhagies passagères 17J = 34,83 —

Des hémoptysies avant le séjour à Montreux ou

à l'hôpital 116 = 23,63 0/0

Des hémoptysies avant ou pendant le séjour à

Montreux ou à l'hôpital 27 = 5,50 —

Des hémoptysies seulement à Montreux ou à

l'hôpital 28 = 5.70 —

a Nous voyons, d'après ces chiffres, que le nombre des malades ayant -une prédisposition aux hémoptysies est plus considérable dans les montagnes que dans la plaine. Si nous laissons même de côté le nombre de ceux qui n'ont eu qu'une seule hémoptysie, la quantité des malades qui arrivent dans les montagnes avec une prédisposition pour les hémorragies fréquentes sera encore considérable. J'ai trouvé dans les observations faites à l'hôpital que sur 100 malades qui ont eu des hémoptysies, seulement 5G,5 p. 100 n'en avaient qu'une seule fois. Si le séjour dans les hautes montagnes facilitait les hémorragies chez les

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malades, le nombre de ceux qui ont eu une première hémorragie dans les montagnes serait plus grand que le nombre des malades qui auraient leur hémoptysie première à l'hôpital. Et ceux qui ont eu déjà une hémoptysie devraient les avoir plus fréquentes dans les montagnes, comme c'est le cas chez les malades soignés dans la plaine. Nous voyons pourtant, d'après les chiffres donnés, que sur 100 tuberculeux qui avaient des hémorragies dans la plaine, 1.3,59 ont eu des hémoptysies dans les montagnes. Sur 100 tuberculeux (pii avaient des hémoptysies avant le séjour à l'hôpital ou à INIontreux, 18,88 avaient des hémoptysies après leur arrivée à Montreux ou à l'hôpital. Sur 100 phtisiques dans les montagnes, 2,05 ont eu des hémoptysies pour la première fois.

« Sur 100 phtisiques à l'hôpital et à Montreux, 5,70 ont eu des hémoptysies pour la première fuis.

« Si le séjour dans les hauteurs de 1500-1800 m. au-dessus de la mer facilitait les hémorragies chez les malades, il serait à supposer que le nombre des hémorragies serait plus considérable au commencement de leur séjour dans les montagnes, quand le changement des conditions influence le plus fortement l'organisme. Il arrive pourtant très rarement que le malade ait une hémoptysie tout de suite après son arrivée. (D'après Spengler, il y a eu deux cas pendant les dernières années à Davos.) Nous savons pourtant d'autres cas plus fréquents, ceux des malades qui ont eu des hémoptysies pendant le voyage, dans le coupé par exemple. Les hémoptysies sont donc dans les deux cas la suite du voyage, causées par la fatigue et l'irritation qui l'accompagne. A Arosa, sur dix malades que j'avais, trois ont eu une hémoptysie quelques jours après leur arrivée, cinq quelques semaines après et deux quelques mois après. Nos chiffres montrent clairement que les hémorragies sont moins fréquentes dans les montagnes que dans la plaine. »

Ainsi il semble inutile de chercher dans un changement de tension artérielle la fréquence des hémoptysies en montagne, puisque cette fréquence n'existe pas.

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Mais y a-t-il vraiment un léger changement dans la pression artérielle? Veraguth l'a voulu voir et la petitesse des différences trouvées par lui rentre absolument dans les causes d'erreur inhérentes à son manuel opératoire.

Fraenkel et Geppert, se servant de méthodes perfectionnées, n'ont rien constaté. Enfin, moi-môme, avec l'appareil dont j'ai

l i^ç. iii. — Tracé jiris avec l'Iiéinodyniunoinrlre diirérenliel. Il dénionlrc qu'au moment d'une chute brusque de la pression atmosphérique (2o cent, de mercure), la tension artérielle n'est pas modifiée.

parlé tout à l'heure, je n'ai rien constaté non plus dans ce sens.

La figure 4o représente un des tracés que j'ai pris sur des •chiens dont la carotide se trouvait en rapport avec mon hémodynamomètre dans la cloche à vide. En se marque le moment où la pression atmosphérique est tombée d'un coup de 750 millimètres à 500 millimètres. Le tracé est à peine troublé, bien qu'à cet instant l'animal ait manifesté une dyspnée passagère.

Conclusions : la vie à l'alliludo ne modifie pas sensiblement la tension artérielle. Donc les hémorragies qu'on attribuait à ce changement de tension ne pourraient en dépendre. De fait elles n'existent même pas.

Ce point de science n'est pas le seul où on remarque des explications ingénieusement inventées pour expliquer des faits dont il s'agirait d'abord de démontrer la réalité.

Combustions organiques. — L'enchaînement môme des choses nous amène à penser ([ue les changements : 1" dans la composition oxygénée de l'atmosphère, 2° dans la compensation globulaire qui se produit dans le sang, doivent avoir sur les phénomènes de nutrition et de dénutrition intimes un retentissement certain. L'observation et l'expérience confirment celte manière de voir.

Production de CO'. — Le premier qui se soit occupé de cette recherche est Paul Bert, mais il n'a pas pu suivre longtemps ses animaux en expérience ; les méthodes employées de son temps ne le permettaient pas encore.

Il laissait un animal mourir en vase clos, puis il notait ce qui restait d'oxygène dans la cloche après la mort et ce qu'il y avait d'acide carbonique. Il a ainsi trouvé que, chez des oiseaux de même poids, on obtenait les résultats suivants.

Pression. O oonsoiiimé. CO' iirodiiit,

La grande défectuosité du procédé expérimental ne nous permettrait guère d'attribuer une valeur certaine à ces résultats s'ils ne se trouvaient concorder avec ceux que nous allons maintenant examiner.

En somme ils prouvent que plus diminue l'oxygène, plus diminuent aussi les combustions; mais ils ne vont pas plus loin.

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