ACTION DE L'ALTITL'DE SUR LA NI TIUTION
Par ordre de date nous rencontrons les recherches de Veraguth. Cet observateur a analysé sur lui et sur quelques personnes demeurant à S*-Morilz l'acide carbonique contenu dans l'air expiré, mais ici encore il y a de grands défauts dans la méthode. Veraguth dose l'acide carbonique dans 250'"' d'air expiré, puis il multiplie le résultat trouvé de manière à le rapporter à la quantité d'acide carbonique qui a dù être rejetée en vingt-quatre heures. Si bien que la plus minime erreur dans le premier dosage se multiplie par des milliers. Or justement l'appareil qui sert à ce premier dosage est loin d'être parfait : il est même assez grossier ; l'auteur, dont nous avons jusqu'ici tant apprécié les travaux, nous permettra d'être un peu réservé sur ses conclusions. Il admet que l'acide carbonique produit est toujours augmenté, même dans les premiers moments d'un séjour aux altitudes.
Il s'appuie sur les recherches de Marcet, dont l'air expiré contenait à Genève 4,1 p. 100 de GO' et 5,1 p. 100 sur le Breithorn, 4,1 p, 100 à Puerto et 4,9 p. 100 sur le pic de TénéritTe. Il s'appuie aussi sur les recherches de Mcrmod, qui avait 5,50 p. 100 de CO' dans l'air qu'il rejetait à Strasbourg et 6,9 à Sainte-Croix. On remarquera que ces auteurs ne disent pas comment ils ont fait leurs dosages; de plus ils annoncent un fait brut, une seule analyse d'air pris pendant l'ascension, après un fort travail; ils ne disent pas si, quelques jours après, cette grande augmentation durait encore.
Sellier a été un peu plus loin. Il a mis des animaux en expérience et il les a suivis quelques jours. Il a vu que dès le début de la dépression les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé baissaient, puis petit à petit remontaient à la normale et arrivaient même à la dépasser. Je ferai à Sellier le reproche de n'avoir fait durer ses expériences qu'une heure chaque fois et d'en avoir fait trop peu, La courte durée l'obligeait aux multiplications des chiffres obtenus et par conséquent à l'augmentation des erreurs.
En même temps que lui, nous tâchions de mesurer l'intensité
LA Cl'HE D'ALTITI DE
(les combustions chez les animaux soumis à la dépression des altitudes. Mais le propre du procédé que nous avons employé était de faire prolonger les expériences pendant très longtemps et d'analyser la totalité de l'acide carhonifjue, évitant toute multiplication.
Nous avons utilisé l'appareil dans lequel nous tenions enfermé un animal sous la même dépression pendant un temps donné ■et que nous avons décrit déjà (voir p. 433). Seulement (fig. 4G) l'air (jui y pénélrail élail totalement dépouillé de son acide carbonique par son passai^e dans de grands barboteurs remplis de potasse caustique KO et de son humidité dans un troisième contenant de l'acide sulfurique. A sa sortie de l'appareil il passait lentement dans une solution titrée de potasse contenue dans 3 tubes à boules P, F, F". Dans le flacon B se trouvait de l'eau de baryte qui restait limpide et démontrait ainsi que tout l'acide carbonique produit par l'animal avait bien été absorbé.
Chaque jour le robinet qui faisait communiquer la cloche C avec les barboteurs élait fermé ; on changeaii la [tolasse, où I on dosait par les procédés connus l'acide carbonique, '-t le barbotage recommençait sans que l'animal eût quitté un instant sa cloche ou que la pression fût tombée d'un millimètre. Une provision de millet pouvant durer un mois était placée en A : par S il élait possible d'envoyer de l'eau de boisson dans l'auge de l'animal rien qu'en ouvrant le robinet; enfin le lavage de l'appareil à l'eau boriquée se faisait comme nous l'avons déjà dit.
Grâce à ce dispositif, nous avons pu garder plusieurs semaines des oiseaux sous différentes dépressions et doser chaque jour leur combustion en carbone.
Au préalable nous avons voulu voir, par notre procédé, si ce qu'avait entrevu Paul Bert (la diminution instantanée et proportionnelle de la combustion du carbone aussitôt que baissait la pression atmosphérique) se confirmerait.
Nous avons donc enfermé pendant une heure chaque jour une tourterelle dans notre appareil et nous avons chaque fois :
amené la pression à un chiffre donné, 2" dosé la production d'acide carbonique.
Le tableau ci-dessous exprime le résultat de cette expérience.
Tourterelle du poids de 1 .'id gr.
Avril.
co=.
fi ,:m
C'est ce que représente le graphique ci-contre (fig. 47), qui. mieux que le tableau, fait bien voir que la combustion du carbone descend en même temps que diminue la pression, et presque proportionnellement à cette diminution.
Ce premier point acquis, voyons ce qui se passe, à la longue, si nous soumettons le même animal à une basse pression pendant un temps donné correspondant, par exemple, à la durée d'un séjour dans les altitudes des Alpes.
Le 3 février 1894, nous mettons dans notre appareil une tourterelle du poids de 145 grammes.
Pendant 3 jours nous dosons l'acide carbonique qu'elle produit à la pression de 780 milimètres, que marque à ce moment le baromètre. Puis, le 6 au soir, nous abaissons brusquement la pression à 500 milimètres, correspondant à une altitude d'environ 3000 mètres. L'animal est laissé dans cette situation pendant 21 jours et le dosage de l'acide carbonique produit est effectué tous les jours.
La courbe représentée figure 48 exprime les résultats obtenus. On voit qu'à 780 millimètres la tourterelle fournit chaque jour 8 litres de C0\ Le jour même oii on l'amène à 500 millimètres, la production tombe à 6 litres 500, puis, petit à petit, la
ACTION DE l'altitude SUR LA NUTRITION
consommalion augmente el finit, à la fin de l'expérience, par dépasser la production normale, puisqu'on arrive à constater 9 litres de CO" produits par jour.
Le 28 février, nous introduisons dans l'appareil une autre tourterelle de 155 grammes et nous la laissons pendant 3 jours à
7 So yoo
55c, 5oo l^5o
Litres 1 O
Fig. -47. — Graphique exprimant la production de U-0- en fonelion de la pression atmosphérique.
la'pression de 7G0 millimètres. Pendant ce temps elle donne par jour environ 6 litres 750 de CO^ Le 3 mai au soir, on fait descendre la pression à 500 millimètres. La production de CO^ tombe d'emblée à 6 litres; puis, jour par jour, elle se relève et, 21 jours après, elle a atteint 7 litres 750. A ce moment, on ramène brusquement la pression à 760 et on la maintient peu-