PROCÉDÉS DE LA CI RE D'ALTITUDE
le taux (les érythrocytes retombe au chifîre normal, il ne semble pas en èlre de même chez les malades.
On a formellement vu que chez ceux-là le nombre des globules baissait, mais qu'il finissait tout de môme par s'arrêter à un chitTre plus élevé que celui où il était avant le séjour d'altitude.
Mais admettons qu'on est tombé uniquement sur des séries favorables. Il n'en est pas moins vrai que, pendant toute la durée du séjour à l'altitude, le malade a joui d'une richesse en hémoglobine qui lui a permis de restaurer ses tissus, d'augmenter ses oxydations, de vivre plus énergiquement : si bien que le bénéfice de cette courte existence peut avoir enrayé un processus fâcheux à jamais et créé une nouvelle chimie des tissus infiniment plus apte à repousser les attaques microbiennes. On ne peut encore donner la preuve de ce fait, mais il est probable.
Je vais plus loin : nous en avons un commencement de preuve dans l'énergie que nous avons constatée dans certaines fonctions à la montagne. L'appétit s'aiguise d'une façon frappante : c'est donc qu'on a besoin de matériaux de reconstitution : c'est donc qu'on en a détruit davantage et que le mouvement nutritif ralenti prend une expansion nouvelle.
Lagrange nous conte à ce sujet une anecdote intéressante. « J'ai eu un jour, dit-il, pour compagnons de route dans une ascension à la dent de Naye, des personnes venues à Montreux pour leur santé et que j'avais connues les jours précédents à l'hôtel, absolument dépourvues d'appétit, touchant à peine aux plais de la table d'hôte. Je les ai vues à leur arrivée au sommet de la montagne se jeter presque gloutonnement sur le déjeuner, bien que leur heure de repas ne fût pas encore arrivée.
« L'ascension n'avait pourtant duré qu'une heure et avait été faite dans le chemin de fer de Glion. »
Cette augmentation de l'appétit est si générale que les médecins des altitudes sont tous opposés au gavage des phtisiques. A quoi bon les gaver? leur appétit naturel leur fait
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manger plus qu'il n'est nécessaire et ils engraissent, et cela est vrai même de ceux (jui, couchés sur les chaises longues des sanatoria, ne font aucun exercice.
Ce n'est pas seulement sur les fonctions digestives que la montagne agit pour relever -la chimie vitale. Nous avons vu dans notre étude physiologique que le premier efl'cl delà légère anoxyhémie que vient compenser rhypercythémie est une dyspnée qui dure quelque temps. Il résulte de cette gène temporaire que le poumon se développe infiniment [)lus qu'à la plaine. Il y a des gens qui ne savent pas respirer ou, pour mieux dire, qui ne respirent jamais complclemcnl. Une partie de leur poumon ne se déplisse pour ainsi dire pas et ne compte plus dans le champ de l'hématose. Cela se voit surtout dans la partie supérieure de la cage thoracique où les côtes ne remuent presque pas : le poumon non plus ne se développe j»as et ses alvéoles restent accolés. C'est dans ces régions où l'air n'entre pas, où le mucus stagne, que le hacille tuherculeux trouve ses meilleures conditions de prospérité.
A la montagne, ces régions-là s'ouvrent, prennent l'halnlude de fonctionner et cette habitude ne semble pas se perdre quand le malade redescend en plaine.
Si bien que, même temporaire, la cure d'altitude est comme un coup de fouet qui change subitement le chimisme de l'économie avec quelque chance pour que ce changement se perpétue et que l'ancienne marche ne revienne pas.
C'est ce que Lagrange exprime dans ces termes : « La véritable action curative de l'air modifié par l'altitude réside dans l'elTort même que l'organisme est oldigé de faire pour s'y acclimater. »
Les gens du monde traduisent cela en disant que le climat de montagnes produit Y endurcissement de l'individu.
Nous disons que le séjour de la montagne modifie les fonctions de telle sorte que l'organisme devient plus résistant à l'ensemencement microbaire, en même temps que, le mouvement nutritif s'accélérant, l'individu cesse bientôt d'être sous le coup de cet état qu'on a appelé la nutrition ralentie.
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Choix d'une station. — Il est plus difficile qu'on ne croit de choisir une station climatérique, môme si, comme celui qui écrit ces lignes, on les a toutes ou à peu près toutes visitées. J'ai quelquefois vu des gens à qui on avait simplement dit : Vous avez besoin d'air, allez sur une hauteur. Ils étaient venus un peu au hasard ou sur le conseil d'amis qui connaissaient un endroit pour y avoir passé. Ou bien encore on leur avait déconseillé telle autre localité parce que le jour oii leurs conseilleurs y étaient venus pendant dix minutes il pleuvait justement, etc.
On envoie des gens très modestes de vie dans un caravansérail d'Engadineoù ils se trouvent dépaysés et trop vite allégés de leur argent; ou bien on dirige sur une solitude des boursiers de Paris habitués au remue-ménage du boulevard, ou encore des arthritiques obèses, impotents, sur une pente neigeuse. Il est, je crois, tout aussi difficile de se décider entre deux stations climatériques qu'entre deux villes d'eaux sulfureuses ou alcalines.
Une station idéale doit être privée de vont, de brouillard, de pluie, de froid, de chaud. Elle doit être gaie, reposante, bien installée, saine et peu coûteuse.
Cette station-là n'existe pas.
Comme on ne peut réunir toutes ces conditions à la fois, je vais indiquer comment on peut s'en approcher le plus possible.
Vent. — D'abord la station ne doit pas être éventée, ou du moins l'être à l'excès : autrement elle n'est pas tenable. En général les villages climatériques sont adossés à des forêts qui brisent le vent de deux ou trois côtés. 11 reste en général le côté sud ouvert. Le vent de cette orientation est assez rare et il est le moins pénible de tous. Les hautes stations de plus de 2000 mètres subissent souvent de véritables tourmentes froides. On les évitera, du moins pour les sujets délicats : on verra plus loin que nous ne les conseillons que pour les sujets robustes et pour des séjours assez courts. Dans les stations
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élevées (le 1500 à 1800 mètres le vent n'est en général qu'une douce brise qui ratraîchit l'air et dont personne ne se plaint. Je ne connais guère que la haute Engadine où le vent soit une gène; il est vrai que se pays a, d'autre part, des avantages qui compensent cet inconvénient. Un endroit trop chaud et sans le moindre mouvcniciil d'air n'est pas non plus à rechercher. Plus loin, à l'élude de chaque station, je ne manquerai jamais de faire connaître l'état de la ventilation locale.
Viir. — Une autre qualité qu'il faut rechercher, c'est l'étendue de la vue. Il faut fuir les stations serrées dans une gorge obscure, où le soleil pénètre quelques heures. Elles sont d'une mortelle tristesse; du reste, par un effet psychique bizarre, mais général, il semble qu'on y étouffe, qu'on est oppressé par les pics qui dominent. Il y a très peu de ces localités; je les ai passées sous silence dans ma description. D'ailleurs, en montagne, où le soleil ne vient pas il fait froid et humide.
On ne redoutera donc pas un endroit un peu ensoleillé : nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles on fait si facilement de grands exercices en montagne, en plein soleil, sans fatigue.
Sol. — Le sol doit être soc et })crméal)le, sinon dès qu'il a plu l'eau stagne et il se constitue sur la région un brouillard local qui dure plus longtemps qu'ailleurs.
Nous avons dit que le brouillard est la plaie de l'altitude. Plus on s'élève, plus on l'évite; les stations humides sont rares, nous ne les avons pas dénoncées, mais nous les avons passées sous silence.
Forets. — Il est de toute nécessité qu'une station climatérique soit voisine d'une forêt. En effet, en juillet et août, le milieu du jour est chaud; les malades auraient une tendance à rester chez eux : il faut qu'ils demeurent assis ou étendus au grand air, protégés contrôla radiation directe. Les bois donnent seuls cette possibilité et particulièrement les bois de sapins, qui ne sont pas humides. Au-dessus de 2000 mètres on trouve assez rarement les forêts, mais alors l'air est si frais qu'un léger abri de toile devient suffisant.
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Médecins. — Toute station climatérique devrait avoir un médecin à demeure. De fait il y en a presque partout, au moins pendant la saison : mais cela n'est possible que pour les endroits un peu développés ou proches d'une agglomération. Si on envoie à la montagne des gens à peine sortis d'une grande maladie, des personnes délicates, des candidats à la tuberculose, on choisira toujours une station munie d'un médecin résident. Si, au contraire, on a affaire à de simples fatigués, surmenés, anémiques, nerveux, on les enverra où on voudra, sans beaucoup se préoccuper de la présence immédiate d'un praticien. Ils n'ont pas plus de chances que d'autres de tomber malades. Du reste dans toutes les localités que nous allons désigner il y a un médecin présent ou peu éloigné. Quand cela n'est pas, nous le disons.
Eau potable. — Les eaux sont si abondantes et si admirables en montagne qu'il faudrait le faire exprès pour en fournir de mauvaises : les sources jaillissent de toute part et généralement l'une d'elles est captée au-dessus de toule habitation : la pureté bactériologique est alors absolue. Il est évident qu'on abandonnera une station où l'eau serait prise au torrent, sous la fonte immédiate des neiges ou encore en aval de lavoirs. Je n'ai pas eu l'occasion d'observer ces hérésies hygiéniques.
Installation. — Dans certaines localités les installations sont luxueuses, dans la majorité elles sont très suffisantes. J'entends au moins pour les personnes qui n'exigent pas des choses extraordinaires. Les chambres sont sans tapis, sans tentures, les rideaux manquent aux lits, aux fenêtres ils sont en mousseline ou en calicot blanc. Les murs, sans papier, sont souvent garnis de bois vernis : les fenêtres sont tournées au midi. Les chambres sont ordinairement petites, quelquefois à l'excès; cela tient à la nécessité de ménager la place, mais on n'y reste guère. On fera bien de ne pas accepter de ces chambrettes, comme j'en ai souvent habité, qui ressemblent à des cabines de paquebot. Une habitude assez constante à l'altitude, c'est de tenir la nuit sa fenêtre entr'ouverte : on s'y fait très vile.
LA CI RE d'altitude
Les stations sont généralement munies d'un salon de société. Ce n'est pas un endroit gai. Il est occupé toujours par les mêmes personnes, généralement de nationalité anglaise, qui y gardent un silence obstiné ou s'y livrent à des tentatives musicales plus à redouter qu'à suivre : le dimanche est particulièrement lugubre. Le mieux est encore de n'y pas aller, d'autant que les journaux qui s'y trouvent sont rarement en langue française.
Il y a des exceptions : dans la Suisse française, le soir, on danse en famille, on joue la comédie; il y a plus d'entrain, mais toujours dans une modalité douce qui ne ressemble nullement à ce qu'on observe dans les villes d'eaux.
Les petites localités de haute montagne sont encore éclairées le soir au pétrole, mais la lumière électrique s'établit un peu partout, grâce aux facilités que donnent les nombreuses chutes d'eau.
Nourrilure. — Ce n'est pas dans les altitudes qu'il faut aller pour faire noces et festins; c'est bien entendu. La nourriture des stations de montagne est simple; il faut se contenter du menu du jour. La facilité d'y monter des volailles vivantes et de les tuer à mesure des besoins fait qu'on y abuse un peu du poulet ; la difficulté d'y faire parvenir des fruits frais est cause de l'abondance des desserts secs, pruneaux, figues, amandes, etc. Dans les hôtelleries reliées à la plaine par un funiculaire la nourriture est beaucoup plus variée. En Engadine, elle est celle des grands hôtels européens.
Le dîner se prend, en général, à table d'hôte quand on demande le prix de la pension. C'est une ressource pour les personnes isolées. Pour les familles un peu nombreuses cela est plutôt désagréable, car on se trouve assis en ligne comme en tramway et on ne peut causer ensemble. Le repas est alors silencieux, triste, assommant, on mange trop vite pour pouvoir se sauver enfin. Cela rappelle le réfectoire des pensionnats religieux où il est défendu de parler à table. Cette organisation est une grave faute que les hôteliers finiront par reconnaître et
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corriger. Du reste, déjà maintenant, moyennant un léger supplément, il est facile d'avoir partout une table séparée pour chaque famille.
Le vin, surtout le blanc, est partout excellent.
Hygiène générale. — H y a dans les hôtels de grandes habitudes de propreté; les parquets sont lavés h. l'eau savonneuse ou alcaline, les excréta portés au loin par des conduits parfaitement étanches : les W. G., dont l'immonde saleté rend un voyage en France si pénible, sont irréprochables. Cette observation ne s'applique malheureusement pas encore, au moment 011 j'écris, aux stations situées en Dauphiné.
Le blanchissage se pratique dans des conditions tout à fait bonnes et avec une extrême rapidité, ce qui dispense d'emporter de trop volumineux bagages, véritables impedimenta si on arrive à destination à cheval ou à mulet.
Dépenses. — H y a des stations d'altitude chères, d'autres moyennes, d'autres très bon marché. En Engadine, il existe de grands hôtels avec personnel masculin nombreux et stylé, orchestres, etc. ; évidemment cela se paye. Dans les stations plus modestes, pour 7 à 10 francs par jour on arrive à vivre très convenablement. L'année dernière j'ai vu, dans un charmant endroit, une petite hôtellerie très propre qui prenait des pensionnaires à 3 fr. 50 par jour.
Tout cela est à titre d'indications : c'est dans les guides de Joanne et de Bœdeker que le lecteur trouvera des renseig-nements précis à ce sujet. Il y a encore un procédé excellent, c'est d'écrire d'avance à l'hôtelier et de ne partir qu'avec chambi^es retenues et prix débattus.
Choix de l'altitude. — Doit-on envoyer le malade tout droit dans la haute station où l'on veut qu'il demeure? Faut-il, au contraire, graduer son changement de vie et ne le faire arriver aux grandes hauteurs qu'après l'avoir petit à petit accoutumé à la dépression atmosphérique? Les deux opinions se soutiennent, mais, en pratique, l'immense majorité des malades va tout droit où on l'envoie. Il y a à cela deux raisons.
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La première c'est que beaucoup de médecins qui prescrivent l'altitude ne connaissent pas bien l'espèce d'escalier que le malade pourrait franchir lentement avant d'arriver à destination. On dit : Allez en Enf>adine, et le malade y va : quatrevingt-dix fois sur cent cela est sans inconvénient; mais pour les dix autres cas il aurait mieux valu tàter le malade petit à petit. C'est pour cela que, dans un prochain chapitre, on trouvera les stations arrangées par groupes avec l'éclielle de hauteur qu'il est possible de faire parcourir, dans la même région, à un malade délicat.
La deuxième raison est de nature difficile à comprendre et à expliquer; elle est signalée par Lagrange. Les médecins et surtout les hôteliers des basses régions, aussitôt qu'ils tiendraient un malade, ne le lâcheraient plus, lui persuadant qu'il sera très mal plus haut. Alors, pour réagir, les habitants des grandes altitudes se feraient envoyer tout droit les malades sans leur permettre de s'arrêter, pour être bien sûrs de ne pas les semer en route. Si c'est exact, c'est assez laid; mais qui n'a été en butte, à l'arrivée dans une ville thermale, aux obsessions d'un monsieur fort bien qui, monté dans le wagon à la dernière station, ne laisse plus de repos aux voyageurs pour les entraîner sur le point vers lequel il rabat : c'est le même ordre de malpropreté.
Notre avis est que toutes les fois (ju'on dirige une personne vers la montagne il faut l'envoyer d'abord un peu bas, pendant quelque temps, et ne la laisser monter que quand la première partie de sa période d'acclimatement sera bien terminée.
Époque du séjour. — On va sur les hauteurs en hiver et en été. Mais ce sont des gens très ditTérents qui choisissent ces saisons. En hiver, quatre ou cinq localités seulement sont habitables : Leysin, Davos, Arosa, Wiesen, Andermatt. Nous les étudions à part sous le nom de stations d'hiver; elles sont destinées au traitement de la tuberculose.
En été, le meilleur moment pour aller en montagne va du 4" juillet au 15 septembre. Dans les belles années on peut partir le 15 juin et s'en aller le i"' octobre. Mais à côté de cela