CHAPITRE XII
INDICATIONS ET CO N T R E - I N D I C A T I O N S DE LA CURE D'ALTITUDE
Indications. — Les hommes do science ne sont, pas plus que les littérateurs ou les artistes, exempts de l'engouement. Il en résulte qu'à leur début les innovations scientifiques et surtout médicales sont acceptées avec une exagération que le temps et la sage pratique viennent bientôt tempérer. La cure d'altitude n'a pas fait exception : bien des personnes l'appliqueraient volontiers à tout.
Cela ne serait pas sage, car il y a des affections où elle est tout à fait inutile, d'autres oîi elle est parfaitement nuisible, enfin dans un certain nombre encore assez important ses effets sont indéniables et même quelquefois étonnants par leur rapidité.
Il existe donc des indications et des contre-indications du séjour en montagne et nous allons les passer en revue.
Notre longue étude physiologique serait stérile si nous n'en tirions les conséquences médicales qu'elle comporte.
Anémies. — Or il ne semble pas douteux que le séjour en montagne amenant une hyperglobulie rapide, c'est à tout état où les combustions respiratoires sont diminuées, par suite d'un trop faible apport d'oxygène, que nous opposerons la cure de hauteur. Nous enverrons I hypoglobulique se faire des hématies
et au retour il en gardera un surcroît qui lui permettra de résister aux infections microbaires qui pourront le menacer dans la plaine.
A ce titre les Anémies de toute nature relèveront de notre procédé curatif.
De ce côté il n'y a pas d'hésitation possible. Mais les anémies sont de nature variée. L'altitude convient-elle à toutes? Je réponds oui sans hésitation.
Parlons d'abord de la chlorose et de l'anémie de la jeunesse, de celle qui semble plus que toute autre être une porte ouverte au bacille de Koch. Tout jeune homme ou toute jeune fille paie, bouffi, avec souffle veineux ou cardiaque, sera dirigé vers la montagne et dans ce cas, après l'avoir essayé pendant quelques semaines dans une station moyenne, on l'expédiera dans un lieu élevé (de 1300 à 1800 m.).
La seconde année, si les résultats ont été favorables, s'il n'y a pas de contre-indications rhumatismales ou bronchiques, on pourra très bien l'aventurer dans les stations de la première classe (de 1800 m. à 2400 m.). Le traitement durera plusieurs années jusqu'à modification définitive de l'état général. La période de la montagne coïncidant avec les vacances scolaires à tous les degrés, la cure d'altitude n'est plus une médication à proprement parler, mais une manière agréable de passer les grandes chaleurs : l'esprit, le moral, y gagnent en même temps que l'organisme.
Dans ï anémie 'paluslve la cure de montagne est toute-puissante et rapidement puissante. On attendra pour envoyer le malade à de grandes hauteurs que toute crainte d'accidents pernicieux ait disparu. Mais ici encore on agira vigoureusement et lestement. Les stations de 1300 mètres à 1800 mètres seront conseillées sans hésiter. Du reste c'est une vieille pratique irraisonnée mais bien acquise. Dans les pays chauds on envoie les paludéens dans les stations de montagne, et même à faible hauteur on obtient d'admirables résultats. J'insiste d'autant plus sur ce point que nos récentes acquisitions en Indo-Chine
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et à Madagascar vont nous amener en France beaucoup de palustres convalescents, officiers, soldats, colons : nous pourrons les remettre sur pied rapidement en Suisse ou chez nous quand notre industrie hôtelière se sera décidée à nous créer quelques établissements dans nos admirables montagnes françaises.
Les conr/i/escf lices après les maladies infectieuses, après les opérations chirurgicales ou les longs séjours au lit, sont toujours accompagnées d'anémie qui cède assez rapidement, môme sans aucun traitement. Mais quelquefois elles traiiienl, comme on dit vulgairement. C'est alors que la cure d'allit'.ule est indiquée. On tàtera d'abord le sujet par une faible altitude (900 m. à 1200 m.), puis au bout d'une quinzaine, si tout va bien, on l'enverra un peu plus haut, vers IGOO mètres. On trouvera aux contreindications un certain nombre de restrictions se rapportant au début des convalescences.
Certains dj/sjirpl/iiiirs, aussi bien hypochlorhydriques qu'hyperchlorhydriques, se trouvent admirablement delà cure d'altitude.
En peu de temps l'appétit se restaure, devient vif, les digestions sont rapides, il n'y a plus d'aigreurs ou de reports acides, et cela sans autre traitement. Je suis pour ma part persuadé que ce résultat est produit par deux facteurs : l'altitude qui amène l'hyperglobulie et probablement aussi la simplicité de la nourriture que l'on trouve dans les stations élevées : œufs, laitage, purées, viandes grillées, bière légère, vin blanc, eau excellente.
J'engagerais donc les dyspestiques à rechercher les stations modestes et à fuir les hôtels-palais oîi la table est généralement compliquée, oîi les vins, venant de loin, sont arrangés, où la tentation de revenir aux dîners fins et aux champagnes plus ou moins drtj est imminente. Tout cela manque dans les chalets de la montagne : c'est là qu'il faut aller.
C'est probablement la restauration des fonctions digestives qui amène une grande amélioration aux altitudes chez les gens atteints de conrjestion du fuif et A' hémorroïdes.
J'imagine que c'est aussi par un mécanisme indirect de celte nature que sont améliorées et même quelquefois absolument guéries certaines dermatoses, comme l'eczéma sous toutes ses formes. On n'envoie pas les eczémateux dans les Alpes; ce n'est que le hasard du voyage qui les y amène. C'est peut-être un tort, et cela vaudrait peut-être mieux que de les entasser dans telle station thermale que je ne nommerai pas, mais où j'ai mangé dans le même déjeuner de la perdrix aux choux et des écrevisses en compagnie d'une belle quantité d'eczémateux qui, après cela, graduaient leurs verres d'eau scrupuleusement à des sources de composition d'ailleurs identique.
Les anémiques scrofuleux peuvent certainement être dirigés vers la montagne; ils en tirent grand parti, mais il ne semble pas que ce soit pour eux le traitement d'élection.
A tort ou à raison on préfère le littoral. Il est certain que le séjour sur la plage produit des effets bien certains auxquels il est peut-être plus prudent de se tenir.
Il semble que les bronchites chroniques peu étendues se trouvent particulièrement bien du traitement d'altitude. Mais là il faut être très prudent. On gardera le malade aux petites hauteurs, dans les endroits secs, avec forêts de sapins, dans des régions où le brouillard ou la pluie seront rares, de façon à n'avoir pas de longues séries de jours humides. J'ai eu l'occasion de voir des catarrhes nasaux, pharyngiens, trachéiques, s'arrêter en quelques jours de beau temps dans la montagne; si le malade voyait au contraire son mal augmenter, il ne devrait pas hésiter à regagner la plaine.
De la Harpe signale encore une atTection très peu limitée, mais justiciable de la cure d'altitude. C'est cet état particulier de certaines personnes qui entrent en sueur sous l'influence du moindre mouvement. Le séjour élevé avec exei^ice gradué sur des plans horizontaux, comme il en existe beaucoup, semble leur être tout à fait favorable.
Neurasthénie. — Les affections nerveuses relèvent aussi de la cure de montagne et j'arrive ici à une des indications les plus