I.A cnti: n'ALTITL'DE
importantes. La n<ntr(if<lhénic fournit, et à juste titre, la clicnlèle la plus abondante aux stations élevées. Cette faiblesse irritable du système nerveux, cet éj)uisement, tient le plus habituellement à un état général. Si on veut bien considérer la plupart des neurasthéniques vrais, on voit que ce sont des gens pâles, aux muqueuses roses, aux fonctions digcstives troublées : c'est ce qui conslitue le terrain. Semez là-dessus des excès de travail ou de plaisir, des chagrins, des insomnies, des angoisses, et voilà votre neurasthénique constitué.
Comment le tirer d'affaire? Il faut restaurer son état général. Essayez des ferrugineux, des toniques; tous ces produits chimiques auront un etTet nul ou nuisible dans l'immense majorité des cas. Qu'est-ce qui réussira? l'hydrothérapie prolongée, le voyage au grand air, les grandes traversées, la montagne. Les Américains, les Anglais, les Allemands l'ont bien compris; l'été venu ils encombrent les stations de hauteur à ce point qu'on y [tarie [)lus l'anglais que le français, même en Savoie. Et là ils ne s'amusent pas aux assauts de toilette et à la vie mondaine. Si recherchés dans leur mise quand ils sont chez eux, ils adoptent un costume et une vie qui les remettra rapidement. Les hommes en culotte courte, gros souliers, chemises et vêtements de flanelle, grimpent, chassent, botanisent. Les femmes, dans une robe de laine blanche, les cheveux noués simplement, suivent un peu les maris ou font des tournées et des promenades réglées ; les moins robustes causent entre elles dans ce plein soleil de la montagne qui éclaire sans chauffer.
Je me suis livré sur les listes d'étrangers à une statistique du nombre de Français qui se mêlent à eux. J'en ai trouvé à peine deux pour cent. Que font donc pendant ce temps les neurasthéniques de notre pays? Je le dirai au chapitre des contre-indications.
La vie des altitudes est puissante contre la neurasthénie : elle restaure le sang, les fonctions digestives; moralement elle éloigne les causes d'épuisement; le mondain s'y couche tôt, le joueur n'y trouve pas de tripot, le gourmand se contente forcé-
INDICATIONS ET CONTriE-INDICATIONS
ment de peu, le sexuel se repose et dort, le travailleur exagéré est bien forcé de flâner, Thomme ennuyé oublie ses tracas.
Morphinisme. — La vie en montagne s'applique au morphinomane comme à tous les déprimés. Seulement il ne faut l'envoyer là que quand il est déjà arrivé à ne plus faire d'injections et quand on craint seulement qu'il ne retombe. On choisira des stations loin de toute pharmacie. Supposez un morphinomane à Arolla; il lui faudrait douze heures à pied pour trouver le premier détenteur de morphine et douze heures pour revenir. Vous le tenez là dans la situation de ces morphinomanes que les Anglais mettent sur des voiliers et qui guérissent forcément, après un sevrage de plusieurs mois.
Psi/chiqiies. — Les hi/pocondriaques et les mélancoliques tirent un excellent parti de la vie en montagne, juste pour les mêmes raisons que les neurasthéniques. Seulement ce que j'ai vu me porte à conseiller deux choses :
1° Ne pas les envoyer là tout seuls; ils se meurent d'ennui et la solitude, si dure à tout le monde, l'est encore bien plus pour eux. 2° Ne les laissez pas longtemps dans le même endroit à moins qu'ils ne le demandent; le voyage leur vaut en général mieux que le séjour. Enfin on ne tentera ce moyen qu'au début de la maladie et quand le patient peut encore être mis sans crainte de scandale au contact de tout le monde.
Ces différentes sortes de malades ont souvent de l'insomnie au début. Il ne faut pas s'arrêter à cela tout d'abord. Si pourtant l'absence de sommeil persistait, il conviendrait de les renvoyer.
Je n'ai rien dit des indications fournies par la tuberculose à ses différents états. Ce sujet si important fera l'objet, avec l'organisation des sanatoria, d'un chapitre à part.
Contre-indications. — Il faut avouer que si les cas qui relèvent de la cure sont bien nets et bien délimités, il n'en va pas de même de ceux pour lesquels elle est formellement contre-indiquée. Il règne sur ce point un certain vague et c'est plutôt le tact qui, dans l'espèce, devra guider le praticien. Les quelques
LA CL'UK D ALÏITI'DE
indications que je viens donner ici seront, j'en suis certain, venues à l'esprit de chacun; il n'en est pas moins nécessaire de les formuler.
Etal>i aitjiis. — Il va de soi (ju'on n'enverra jamais dans la montagne un individu atteint d'une maladie aiguë : on se demande en vertu de quelle aberration un médecin expédierait vers une solitude montagnarde un typlu(|ue ou un varioleux; inutile d'insister. — La cure d'altitude est une cure de convalescence et c'est là le point délicat. A quel moment de la convalescence de n'importe ([ucUe aiîection trouvera-t-on du bénéfice à la conseiller? A mon avis il ne faut pas le faire trop tôt : si la convalescence est rapide, inutile de déplacer un malade qui guérira tranquillement chez lui et si elle est lente, je suis d'avis d'attendre quebjue temps et de s'éloigner de l'état aigu pour conseiller un déplacement alpestre : 1" parce que, pendant qu'on attendra, la guérison complète pourra fort bien survenir; 2" parce que un changement d'hygiène près d'un état aigu pourrait ramener un retour otTensif et qu'il ne serait vraiment })as heureux d'exposer un malade à s'aliter de nouveau dans un hôtel, peut-être loin de tout secours et dans un milieu où il pourrait n'être pas bien accueilli ; donc dans la convalescence d'états aigus éviter la précipitation et attendre que la convalescence soit traiiianle.
Phtisiques. — On n'enverra pas à la montagne des phtisiques manifestement perdus, c'est leur imposer un supplice parfaitement inutile : il y a des palliatifs plus commodes pour eux et leur famille qui leur permettront d'attendre en toute tranquillité la fatale échéance. Vous lirez presque partout que la période des hémoptysies est formellement contre-indicative de la cure d'altitude. Les vaisseaux pulmonaires sont fragiles, ils ne soni plus soutenus par la pression atmospliérique complète, donc ils se rompent plus facilement. Nous avons fait justice de cet étonnant préjugé : 1° en démontrant physiquement (ju'il n'y a pas de changement réel de pression sur la parovasculaire; 2" en rapportant les recherches cliniques d'Egger
qui prouvent la grande rareté des hémoptysies dans les stations d'altitude.
On peut donc envoyer les tuberculeux hémoptisants à la montagne, mais je conseille très vivement de les diriger sur un sanatorium (Davos, Arosa, Leysin). Une grande hémoptysie serait un accident important dans un hôtel de montagne, les moyens de secours pourraient être nuls; les hôteliers seraient effrayés, demanderaient le départ du malade, toutes choses très pénibles qui ne sont nullement à redouter au sanatorium.
A ce propos j'engagerai très vivement les tuberculeux à toujours se rendre dans les stations déjà nommées, qui leur sont pour ainsi dire réservées. Le bruit s'est répandu parmi les gens du monde qu'on envoyait les phtisiques dans les stations d'altitude; c'est un voisinage aujourd'hui redouté, et il est arrivé à ma connaissance que le seul aspect d'un phtisique loussanl a vidé subitement un poste de montagne rempli de gens timorés. Je connais deux exemples de malades tousseurs renvoyés d'un hôtel luxueux d'un pays de montagnes, et dans l'espèce c'étaient de simples bronchiteux. — Donc le phtisique tâchera de vivre au sanatorium; il y trouvera tout bénéfice.
Cardiaques. — On ne doit pas envoyer les cardiaques à la montagne. Pourquoi? est-ce toujours en vertu de la diminution de la pression, qui, ne soutenant plusieurs vaisseaux, augmente d'autant le travail de leur cœur? Nous savons que non. C'est tout simplement parce qu'ils n'ont aucun bénéfice à attendre de l'altitude.
De plus : 1" leur hématose se fait mal, si bien que pendant la période d'acclimatement ils souffrent beaucoup : leur oppression augmente, et souvent ils sont forcés de redescendre; mais s'ils patientent ils peuvent parfaitement s'acclimater, et dans mes nombreux séjours j'en ai vu en très grand nombre, même avec des lésions avancées. Si bien que si un cardiaque avait absolument besoin d'aller vivre en montagnes (pour accompagner quelqu'un, par exemple), il faudrait lui conseiller de rester quelques jours dans une station intermédiaire : il y en a tout le long de la
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route des hautes stations, et on peut les choisir à son goût et pour ainsi dire au passage.
Il faudra tenir compte aussi des faux cardiaques. J'appellerai ainsi des névropathes, dos hyi)ocondriaques, qui, tourmentés par quelques palpitations, se croient atteints d'aflcclion du cœur. Ils sont extrêmement nombreux parmi les neurasthéniques, clientèle ordinaire de la montagne. Ceux-là portent toute leur expectante attention sur leurs battements cardiaques, et, comme ils ont entendu dire (]ue Failli inJc (((jiiail lecœnr, ils sont immanquablement pris de tachycardie. Jai eu de ce fait l'exemple topique d'une jeune femme qui faisait volontiers des parties et des déjeuners en montagne à de grandes hauteurs et qui fut prise d'accidents nerveux une seule fois ; elle se rendait dans une station pour sa santé ; elle contrôlait l'altitude à chaque relai. Les troubles débutèrent beaucoup plus bas que les régions où le sujet allait couramment dans un but de plaisir.
C'est pour ceux-là que la suggestion triomphe. Dès leur première objection on leur affirmera que les troubles circulatoires n'ont lieu que beaucoup plus haut que la station courante la plus élevée et qu'ils n'ont rien à craindre. Cet argument aura l'avantage de mettre d'accord leur intérêt avec la stricte vérité.
Une des meilleures raisons pour lesquelles le vrai cardiaque doit éviter l'altitude, c'est que, dans les régions montagneuses, les routes, les sentiers sont rarement à plat tout à fait; cela monte ou descend toujours un peu. Alors la moindre promenade amène de l'essoufflement; le malade se résout à ne plus bouger, il immobilise du même coup les siens. Donc décidément aucun profit.
Atliérome. — Empli i/sème. — Bronchiectasie. — Tout ce que je viens de dire s'applique à ces maladies, et juste pour la même raison, mais à une condition, c'est qu'elles soient avancées; légères elles ne contre-indiquent pas le séjour de montagne, mais elles ne l'indiquent guère non plus.
Hliumalismes. — Il est encore d'opinion courante que les arthritiques doivent éviter la haute montagne. Il faut pourtant
s'entenilre : si on Ycut parler «le ces personnes vraiment mal disposées, qui ne peuvent supporter le plus lég'er refroidissement, la plus faible brise, le plus petit brouillard sans prendre le lit avec un rhumatisme articulaire aigu ou d'intolérables névralgies, alors c'est bien vrai, car tout cela arrive dans les Alpes. Mais si par arthritique on entend le rhumatisant vulgaire qui vit de l existence commune, il n'y a aucune raison de s'abstenir. Bien mieux, la montagne l'endurcit et lui est véritablement utile. S'il est permis de se citer soi-même, je dirai que j'en suis un convaincant exemple. Le rhumatisant devra seulement se persuader une chose, c'est qu'il doit faire plus attention qu'un autre : de là les costumes de laine, etc. C'est simple affaire de précaution facile.
Psychopathes. — La montagne est excellente aux phobiques, aux hypocondriaques. Elle ne sert à rien aux épileptiques, qui peuvent de plus tomber dans des ravins; aux hystériques, qui ont de vraies attaques et qui effrayent la galerie; aux vrais fous, qui se font congédier immédiatement et dont la place est dans des maisons spéciales. Le séjour les excite et leur nuit. Certains mélancoliques anxieux se trouvent rapidement bien d'un séjour de hauteur, mais ils ne doivent jamais être laissés seuls; le suicide est trop facile.
Vieillards. — On laissera tranquilles chez eux les vieillards avancés. La vie d'altitude ne leur donnerait pas un jour de vie en plus et pourrait fort bien leur en enlever le solde d'un seul coup (chutes, pneumonies, etc.).
Enfants. — Les petits enfants se trouvent admirablement bien de l'altitude. J'hésite pourtant à conseiller de monter très haut avec de tout jeunes nourrissons.
Non pas qu'ils aient rien de spécial à craindre, mais un accident banal d'allaitement, de dentition prend tout de suite une importance au moins morale quand on se trouve un peu loin des secours. L'entourage n'a plus sa tranquillité, sa sérénité, et tout le monde y perd.
État intellectuel. — J'ai à signaler encore une contre-indica-