‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 79 sur 101 · LA CIRE D'ALTITUDE · texte numérisé non relu

LA CIRE D'ALTITUDE

lage (1856 m.). Elles diffèrent trop peu pour être décrites séparément.

S'-Moritz n'a pas du tout l'aspect ordinaire des stations climatériques : il ressemble beaucoup plus à une de nos villes d'eaux pyrénéennes, il en a les avantages et les inconvénients. Les hôtels y sont très confortables et même somptueux; mais, en revanche, chers et encombrés. Il existe un grand nombre de voitures de promenade; la moindre course est coûteuse. Les cochers sont ceux qui, en hiver, font le service de la Côte d'Azur. Ils en rapportent le dédain du voyageur modeste et les habitudes de marchandage et de tromperie. La circulation des nombreux équipages à trois et à quatre chevaux, qui traversent la région au galop, soulève des nuages de poussière qui enlèvent certainement à l'air les bénéfices sur les(|uels nous avons tant de fois insisté. Enfin la foule (jui use là son oisiveté a forcé les habitants à imaginer des distractions de toute nature, réunions dans des salons étouffants, bals, conceris, exhibitions de toilettes, bien peu en rapport avec le repos dans la nature (jue nous avons tant de fois déjà préconisé pour les surmenés (ju'on envoie à la montagne.

On comprend pourtant qu'il est toujours possible de se soustraire à ces sortes d'inconvénients et il y a en réalité à S'- Moritz de nombreuses installations qui en sont totalement dépourvues. Si nous avons un peu noirci le tableau au début, c'est pour le rendre plus lumineux maintenant que nous n'allons plus nous occuper que des immenses avantages de ce pays.

La situation de S'-Moritz est magnifique ; placé au milieu d'une plaine gazonnée comme un parc anglais, coupé de roules bien entretenues au bord d'un petit lac délicieux et pour ainsi dire enserré dans d'immenses forêts de mélèzes, S*- Moritz est presque de toutes parts protégé contre le vent par de hautes montagnes. Malheureusement, le vent (jui vient d'Italie par le val Bregaglia ne rencontre sur sa roule aucun écran, si bien que S'-Moritz y est, en été surtout, très exposé. L'insolation de S'-Morilz est très forte, ce qui en fera un jour une

STATIONS d'Été

station d'hiver de premier ordre dès que les établissements nécessaires à la cure de la tuberculose y auront été ouverts. En été la chaleur y est très tempérée par l'altitude d'une part et d'autre part par la brise.

La vue est superbe : il ne s'agit pas d'un panorama de glaciers, on en voit fort peu, les premiers contreforts cachant les hautes sommités du Bernina. En revanche, la vallée tout entière du Maloja à Samaden est visible; on dirait absolument d'un jardin de château avec ses lacs, ses cours d'eau, ses pelouses finement peignées.

Les promenades à plat abondent tout autour de S'-Moritz; les courses en voiture y sont très multipliées, enfin les alpinistes y trouvent des excursions et des ascensions en grande quantité avec des guides et des porteurs de premier ordre. En été les beaux jours sont extrêmement nombreux. Voici la statistique d'une saison prise au hasard :

Jours clairs 62

— couverts 37

— avec brouillard G

— — pluie 18

— — neige 2

— — orage 4

Septembre n'est pas très beau dans cette région, juillet et août sont les mois préférables. En hiver S'-Moritz garde quelques étrangers (5 à 600 Italiens et Anglais surtout). C'est à S'-Moritz-Dorf que se fait la cure en cette saison, car sa situation sur la pente le tient beaucoup plus chaud que les bains. Il y a très peu de brouillard. Le fait que la cure de la phtisie n'est pas installée à S'-Moritz présente un certain avantage. Pour un sujet légèrement touché et chez qui la guérison est presque certaine, il est dur de vivre avec des malades qui peuvent être à la dernière période de la même maladie, cela influence très péniblement l'esprit. C'est l'inconvénient de Davos en particulier. A S'-Moritz, bien au contraire, on ne

Regnahd. — La cure dultilude. 24

trouve en hiver que des fatigués ou môme des sportifs et leur vue n'a rien qui puisse décourager quelqu'un qui entreprend avec ardeur son traitement.

Nous n'avons pas placé S'-Moritz dans les stations d'hiver, pas plus que Grindelwald ou Beatenberg, parce que la cure d'été y domine franchement et y est seule organisée.

Il existe à S'-Morilz plusieurs sources d'eaux minérales fort peu chargées en substances solides, mais en revanche contenant une très grande quantité d'acide carbonique. C'est le fer qui y domine ainsi que le démontre, sans autre analyse, leur goût styptique. Ces eaux, très fraîches, se donnent en boisson et en bains et sont des adjuvants merveilleusement placés de la cure d'altitude.

Indications. — S*-Moritz est surtout indiqué pour les surmenés du corps, de l'intelligence, du travail et du plaisir. Le luxe même de son organisation, qui peut être un inconvénient pour quelques-uns, est en général un avantage très appréciable, car il permet de diriger sur la montagne des personnes que leur genre de vie, leurs préjugés, la tournure de leur esprit, forcent à vivre sans cesse dans une sorte d'exhibition somptuaire. La grande hauteur de la station oblige k n'y diriger que prudemment et avec échelons préalables certains névropathes très excitables.

S'-Moritz est excellent pour les chloro-anémiques, pour les tuberculeux au début, pour l'albuminurie chez les jeunes gens, quand elle est passagère, pour les affections paludéennes.

Le fait que la vallée est plate et horizontale fait que S'- Moritz n'est pas absolument contre-indiqué pour les cardiaques. Ils peuvent y pratiquer la méthode d'Œrtel, improprement nommée par les Allemands cure de terrain, mais il est bien certain que les cardiaques avancés, asystoliques, cachectiques, doivent en être éloignés.

On conseille souvent S'-Moritz dans les cas de bronchite chronique, môme avec emphysème. Toutes les maladies du système nerveux, sauf bien entendu les grandes névroses, se

STATIONS D'KTÉ

trouvent admirablement du climat de cette station. Ilœssli conseille l'Engadine contre l'obésité : le traitement consiste alors dans des marches graduées accompagnées d'une alimentation convenable. En résumé, S'-Moritz peut être considéré comme la première haute station du monde. Tout s'y trouve réuni pour l'hygiène générale. Le léger défaut que nous avons signalé au début (l'envahissement par le monde des viveurs), d'une part, n'est pas encore très marqué et est loin d'avoir détourné la station de son but thérapeutique, comme cela se voit dans nos grandes Villes d'Eaux et, d'autre part, il est facile de l'éviter en cherchant refuge dans les délicieux villages qui entourent de près la station principale.

(Il y a de nombreux médecins à S'-Morilz.)

Page 1