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XIV. — GROUPE DES STATIONS D'HIVER

Station intermédiaire. Les Avants (985").

' Andermatt (1444"').

Gradation ] \ ^eysin (1450").

, . \ Stations daltitude , Wiesen (1454").

hypsometrique. j Hospenthal (1484-).

, Davos (1558").

Haute station Arosa (1892").

Idée générale du climat d'hiver. — Nous avons trop insisté au début de ce livre sur le caractère général que présente le climat d'hiver en montagne pour que nous y revenions longuement : qu'on nous permette seulement de résumer ici en ([uelqucs mots c(> que nous avons déjà dit. Les caractéristiques du climat d'hiver en haute montagne sont :

1" Le froid de l'air. — Ce froid peut alleindrc et dépasser — 20". Il est en général de — 5" à — 10'^ le matin. La température en plein midi monte à -+- 2° ou + '')". Le froid revient vers le soir.

2" La chaleur dm coi'j»; non diatliermaiies. — Tous les corps qui ne sont pas diathermanes ou qui ne réfléchissent pas la chaleur et l'absorbent, deviennent très chauds à cause de la longue

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et vive insolalion. Les rayons solaires trouvant une couche d'air plus mince sur la montagne que dans la plaine sont moins absorbés et par conséquent plus chauds; déplus ils ne sont pas arrêtés par la vapeur d'eau, l'air étant très sec, ni par les poussières, car il est très pur. Réiléchies par la neige, les radiations calorifiques arrivent doublement intenses sur tous les corps capables de les absorber. Voici quelques chiffres démonstratifs. A Davos, on a pris la température à l'ombre et au soleil au même moment et on a trouvé les résultats qui sont inscrits dans ce tableau.

Oct. Nuv. Dec. .lan.

Mars.

A l'ombre. . .

Au soleil. . . .

56,1 U,l 'i:>,H 'rl^.i

C'est de ce fait qu'il est possible de se tenir dehors vêtu comme en été.

Tous les jours ne sont pas aussi Ijcaux, mais voici quelques chiffres de Waters qui montrent qu'ils ne sont pas rares. En 1876, il y a eu soixante-sept jours très beaux, quarante-cinq jours moyens, quarante seulement mauvais. En 1870, pendant trente-sept jours on a pu rester assis toute la journée dehors et pendant trente-trois une partie seulement de la journée.

3° Durée de f insolation. — Cette chaleur nu milieu du froid. ne se maintient intacte naturellement que lant que brille le soleil, mais les murs échauffés la gardent encore assez longtemps pour que la température des galeries de cure reste élevée jusque dans la nuit. Les chiffres de la durée de l'insolation sont soigneusement recueillis dans les stations d'hiver, qui luttent pour ainsi dire à qui en aura le plus. Voici quelques moyennes qui s'appliquent à Davos.

Diiri'i' du plein soleil.

LA CUIU-: d'altitude

Il se produil parfois des séries extraordinaires de beaux jours. Le mois de février 18!»0 est resté célèbre à Davos : le soleil a lui tous les jours de son lever à son couclier, sauf le 28, où il a seulement fait une apparition. Il est vrai qu'il faut mettre en face décembre 1870 où il a neigé, gelé et fait obscur, tous les jours. En somme, la réalité est intermédiaire entre ces deux excès cl les malades peuvent sortir au moins les deux tiers du temps.

4" La sccliercstic. — L'air est très sec dans les altitudes. Toute l'eau est gelée et sa vapeur, possédani une très faible tension à cet étal, ne se répand pas dans l'ai nidsphère. Il résulte do cette séclieresse que l'air (jui pénètre dans le poumon à 0" |)ar exemple et qui en sort récliaulle à 38", prend à la surface pulmonaire beaucuu[) uKjins de chaleur (jue s'il était humide : il a en elfet une chalour sp('Tili(jiie très faible, tandis que l'eau qu'il conlieiil à la [ilaine a la chalcui' spéciliquc maxima. La sécheresse est donc une condition d'écliauirement de l'air et de non-refroidissement de notre cor|)s.

o" Ua/jspHce de vent. — En hiver, l'air des alliludes est absolument calme en général : il en résulte (jnc ]'i''va|>oralion n'est pas activée à la surface île la peau et même à travers les babils. Un vent aigrelet de printemps paraît froid quand le thermomètre marijue -h 10". Un froid de — 20" est à })eine désagréable s'il ne fait aucun vent.

On peut résumer par une phrase la qualité du climat d'hiver dans les altitudes : Pas de vent, beaucouj) de soleil.

Procédés de la cure d'hiver. Sanatoria. — Dans certaines stations d'hiver, le malade habile simplement l'hôtel dans une chambre ordinaire, avec un chauffage ordinaire, la table d'hôte habituelle et il s'astreint à une hygiène qu'il règle suivant ce que lui ordonne son médecin ou suivant ses idées particulières.

Même avec cette manière de faire, les résultats obtenus sont déjà remarquables. Elle suffit d'ailleurs amplement pour les malades qui ne sont pas des tuberculeux.

Mais pour ceux-ci — et on sait qu'ils forment la clientèle la

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plus ordinaire des stalions d'iiiver — on a transporté sur la montagne le traitement en maison close, en sanatoria, qui a tellement d'importance que je dois en dire un mot maintenant.

Choix de remplacement cFun sanatorium. — Un sanatorium n'est pas forcément à l'altitude. Les plus célèbres sanatoria de l'Allemagne sont situés en plaine ou du moins simplement sur des collines. Il est très certain en etîet que la cure hygiénique de la phtisie réussit admirablement dans les établissements qui ne relèvent en rien de la cure d'altitude, à Goerbersdorf ou à Falkenstein par exemple. Le traitement consiste alors simplement dans des mesures hygiéniques et dans une alimentation surabondante. Mais, pourtant, il faut bien admettre que la connaissance que nous avons de l'influence de l'altitude sur rhématopoièse doit nous donner l'envie de faire profiter nos malades de ce bénéfice. Le jour où une statistique comparative des succès sera bien établie, je suis certain qu'elle sera au bénéfice des sanatoria d'altitude. Il convient encore d'ajouter la pureté de l'air et l'absence de microbes. Je ne parle pas du bacille de Koch que chaque malade apporte avec lui, mais de tous les bacilles pathogènes qui existent en plaine et dont l'intervention subite n'est pas indifférente pour un phtisique.

Dans tous les cas, ici nousi ne parlerons que du sanatorium de montagne, le seul dont la description ait sa raison d'être dans ce livre.

Au risque de nous répéter un peu, nous devons affirmer encore une fois une chose : l'ennemi du tuberculeux c'est le vent. Un sanatorium doit donc en être tout à fait garanti : les montagnes doivent le proléger et de plus il doit être en foret pour que la brise soit arrêtée et disséminée avant de l'atteindre. Ces conditions sont remarquablement remplies à Leysin, à Arosa et à Davos. Les constructeurs des sanatoria de plaine à Goerbersdorf, à Falkenstein se sont surtout préoccupés de ce détail.

Parmi les forêts protectrices on recommande surtout le bois de sapins. Son feuillage persiste l'hiver et disperse le vent aussi

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bien qu'en été; son ombre est épaisse sans être froide; il n'est pas tellement serré qu'il ne laisse circuler l'air et la lumière, enfin le tapis d'aiguilles sècbes qu'il forme sur le sol est dur et assez lourd pour n'être pas soulevé par le vent : il préserve donc admiraldement l'air contre l'immixtion des poussières.

Ajoutons que le terrain sur lequel est construit un sanatorium doit être en pente et très perméable, pour éviter l'humidité et surtout la boue persistante qui entravent la promenade pendant plusieurs jours.

Orgmiimtion d'un sanatorium. — Il va sans dire que l'exposition du sanatorium doit être au sud ou au moins au sud-ouest : sous aucun prétexte elle ne peut être dirigée vers le nord, même sous un angle quelconque. Le bâtiment doit être long et peu épais, de sorte que toutes les chaml)res soient au sud et le couloir qui les dessert au nord.

En donnant au bâtiment une façade pliée à angle obtus, on défend contre tous les vents (sauf celui du sud) l'esplanade qui est devant l'établissement et qui sert souvent au stationnement des malades.

Au sous-sol on installe les appareils de chauffage, de distribution de lumière, de bains, de douches. S'il existe une buanderie et une usine électrique, ces deux dépendances doivent être repoussées au loin, à cause du bruit et de la [)Oussière qu'elles peuvent produire.

Le rez-de-chaussée d'un sanatorium est en général occupé par les services généraux. A l'entrée, le bureau de l'administration, le cabinet du médecin, la poste, le télégraphe, le téléphone, la pharmacie; puis les salons de repos, de lecture, de conversation et même de musique, de billard. Il n'y a rien là de très différent de ce qu'on voit dans un hôtel de premier rang.

Les escaliers, les ascenseurs, les water-closets sont dépourvus de tapis, ou du moins ceux qui y existent sont en linoléum.

Dans certains établissements on a placé dans un bâtiment spécial, oîi on arrive par une galerie fermée et chauffée, les salles à manger et les cuisines : cela a l'avantage de ne pas

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donner d'odeur à la maison d'habilalion et de ne pas écœurer d'avance des malades dont Fappélit est déjà si fragile.

Les chambres à coucher occupent les étages. Elles ont un aspect un peu nu. Elles n'ont pour tout ameublement que les ustensiles strictement nécessaires, un lit, une table, une toilette, une armoire : aucun tapis, aucun rideau, aucune tenture. Le parquet est couvert de linoléum facile à laver, les murs sont peints et vernis.

Tout cela est très facile à tremper d'une solution antiseptique et à nettoyer. La chambre cube au moins trente mètres.

Elle est d'ailleurs admirablement ventilée, car le règlement est de tenir toujours les fenêtres ouvertes, quelque temps qu'il fasse. Au début on se contente d'ouvrir les impostes. Les vitres supérieures manquent quelquefois ou bien sont remplacées par des verres perforés, afin qu'il soit impossible au malade de supprimer sa ventilation.

Ce procédé de traitement, qui surprend si fort les personnes qui ne l'ont jamais vu pratiquer, étonne les premiers jours les malades, mais ils s'y accoutument avec une remarquable rapidité. Il produit un air frais, renouvelé, jamais de courants d'air.

LA CUHE d'altitude

Devant chaque fenêlre il existe souvent un balcon assez large pour contenir une chaise longue en osier, sur laquelle passent la journée des malades trop atteints pour descendre aux galeries.

11 va sans dire que tous les locaux sont chauffés à la vapeur, malgré les fenêtres ouvertes et éclairés vivement par l'électricité.

L'eau est généralement captée au-dessus de toute habitation

Fig. 104. — Une galerie (te cure à Leysin.

et examinée au point de vue bactériologique. En montagne, il est remarquablement facile de l'avoir pure. Ouant au sewage, recueilli dans des tubes élanches, il est déversé dans le torrent, dont l'eau ne doit pas être considérée comme potable en aval d'an sanatorium.

(riilertes de cure. — Ce qui caractérise le sanatorium c'est la galerie de cure.

On appelle ainsi un long couloir placé en i)lein midi, soit devant le sanatorium, soiten prolongement de sa façade. Cette

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galerie, où on accède sans passer dehors, est séparée par des boxes en une série de chambreltes qui ouvrent toutes sur l'extérieur par une grande baie devant laquelle on peut lever ou abaisser un store.

Tout le long- de la galerie sont disposées des chaises longues à dossier plus ou moins inclinable. Elles sont recouvertes d'un matelas. Les malades passent la journée couchés sur ces sortes de lit, en plein air. Une table est auprès de chacun sur laquelle

Fig. 105. — Un siin-box à Leysin.

il dispose les objets dont il se sert dans la journée. Au-dessus de chaque chaise est une lampe électrique pour le soir.

Certains malades se lassent de la galerie de cure et demandent à faire la cure d'air en particulier, pour ainsi dire. On dispose pour eux des galeries à un seul siège et on les dissémine dans le parc. Ces abris portent le nom de svii-hox. Ils sont orientés au midi, on en a même construit qui tournent sur eux-mêmes, de façon à pouvoir être toujours orientés contre le vent.

La cure d'air ne se fait pas que dans les galeries; on la poursuit dans des promenades graduées dans le parc et la forêt. Un sanatorium de montagne sans forêt attenante serait toujours à

LA CUIIK d'aLTITI DE

rejeter. Le parc possède dos souliers nombreux, dont l'un, abrité d'arbres, arrive jusqu'au sanatorium, de sorte (}u'on peut toujours gagner le bois sans passer en plein soleil.

Les sentiers sont plus ou moins en pente, et constituent une promenade connue (juo lo inôdocin |>oul |irescriie i)ro})ortionnoUemcnt aux forces do ( liacun.

Prrcdnlloitx lii/t/icinf/ues. — On a calculé que chaque phtisique peut cracher chacjue jour 720 000 000 de bacilles. — Dans ces conditions, une ville de séjour de phtisi(jues [)cut doveuir un point de concentration de contagion de la tuberculose. C'est ce qui est arrivé dans les villes de la côte méditerranéenne où on no prend aucune précaution, oîi les hôtels sont des foyers de contamination et oîi la population dexiont plus rapidement tuberculeuse que dans les villes du nord les plus glacées.

La contagion de la phtisie se fait surtout par la poussière provenant des crachats desséchés, poussière très fine qu'un prédisposé inhale et qui va s'ensemencer dans ses bronches. Tous les hygiénistes le savent; do la ces prescriptions (pie nous voyons aftichéos dans nos lieux puldics cl dans nos voilures. En inoculant des criiciials s(m Iu''s ot pulvérisés à des cobayes on les rend tuberculeux à coup sûr.

Les crachats répandus sur le sol ou séchés dans un mouchoir sont si dangereux que Marfan a puljlié un cas où 13 employés sur 22 devinrent phtisiques et moururent dans un bureau où un tuberculeux avait quelque temps craché sur le sol sans précaution. Les lits d'hôtel sont à ce point de vue très dangereux, au moins dans les pays où séjournent les phtisiques.

Au sanatorium on prend les plus grandes précautions. Un crachoir est à la disposition de chaque malade '})arloul où il est; il en a même un dans sa poche quand il se promène. Ces crachoirs contiennent une solution antiseptique qui les désinfecte et qui surtout les empêche de se dessécher. Le soir ils sont vidés et leur contenu incinéré. Il y a même des endroits où les crachoirs sont en carton verni et où on les brûle chaque jour.

Il est absolument interdit de cracher par terre : quiconque

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manque à cette prescription est immédiatement congédié. C'est une mesure qu'on n'est presque jamais obligé de prendre.

On prend les plus grandes précautions pour le lessivag-e du linge et, comme la salive contient des bacilles, on a même été jusqu'à supprimer les serviettes de table et à les remplacer par des serviettes de papier-buvard qu'on brûle après le repas. C'est peut-être aller un peu loin.

Toujours est-il que, d'après des expériences de Cornet, de la poussière prise dans une cbambre d'hôtel oîi avaient séjourné des tuberculeuxa infecté des cobayes très facilement, tandis que la poussière recueillie dans les sanatoria bien tenus n'a produit aucun accident pathologique.

D'ailleurs la clinique confirme les résultats de l'expérience : le personnel des sanatoria ne prend pas la phtisie, tandis que nous savons ce qui se passe dans nos hôpitaux. On n'observe même pas la contagion chez les personnes qui accompagnent leurs malades et qui vivent absolument avec eux.

Quant aux villages environnants, au pays même, non seulement ils restent aussi sains, mais il semble que la phtisie s'y amoindrisse; je ne parle pas des pays de montagne où elle n'existe pas, mais môme des pays de plaine.

Cette affirmation de Nahm et de Rompler semble être une exagération voulant trop démontrer et ne prouvant plus rien. Elle trouve sa vérification dans ce fait que l'établissement d'un sanatorium amène l'aisance parmi les habitants d'une région pauvre, d'où de meilleurs soins. De plus, presque tous les habitants deviennent des employés du sanatorium : ils sont obligés d'y prendre des habitudes de propreté et d'hygiène qui semblent les garantir contre un mal qu'ils voient tous les jours et dont on leur a appris et la gravité et la facile ditîusion.

Régime du sanatorium. — Depuis que Cruveilhier l'a fait remarquer, il est rare, quand on fait l'autopsie d'un homme d'un certain âge, qu'on ne trouve pas la trace de quelque lésion pulmonaire guérie ; souvent cette lésion est franchement tuberculeuse, c'est donc que l'individu, à une période de sa vie, a fait

LA Cl'RE D'ALTITI DE

connaissance avec la tuberculose et (ju'il a guéri. La chose s'est généralement passée sans (|ue personne s'en doutât; un état fébrile, du malaise, un rhume un peu long auquel on a médiocrement fait attention, jiuis tout a disparu. Sabourin a pu dire que personne n'échappe au bacille; Strauss a démontré que nous l'avions presque tous dans les fosses nasales. Seulement il se sème chez les uns et y prospère, tandis qu'il tombe chez les autres dans un mauvais terrain et ne pousse pas.

La manière actuelle de voir des phtisio-thérapeutes est la suivante : tout individu qui veut échapper à la phtisie doit être au-dessus de ses atTairos : son bilan organique doit se chiffrer par des bénéfices; s'il y a des perles, s'il maigrit, le bacille végète, fabrique des toxines et le voilà parti dans une déchéance à progression géométricjue dont la raison est quelquefois très importante. De fait on sait de quel amaigrissement est accompagnée la tuberculose. Cet amaigrissement précède peut-être un peu le développement du bacille.

En parlant de ces données très raisonnables et suffisamment démontrées nous jugeons que le traitement va tendre à relever le bilan général : 1° en augmentant les apports chimiques nécessaires à la vie des tissus (sur-alimentation) ; 2° en diminuant les déchets (cure de repos); 3° en augmentant l'arrivée de l'oxygène pur (cure d'air); 4" en favorisant la prolifération des oxygénophores (cure d'altitude).

Sur-aliinpvtalion . — « Ma cuisine c'est ma pharmacie », écrit Dettweiier. Celle phrase, sous un aspect humoristique, exprime une grande vérité. Le phtisique qu'on surcharge de drogues et de produits chimiques n'est pas en bonnes mains. Il ne faut pas trop penser au bacille et aux agents qui pourront le tuer; il est si bien caché qu'il n'est pas facile à trouver et à atteindre; il vaut bien mieux donner aux phagocytes la puissance de l'aller chercher où il est et aux tissus un chimisme qui leur permette de résister. L'empirisme, il faut bien l'avouer, a appris aux phtisiothérapeutes que les repas gras étaient les mieux assimilés par les prédisposés à la tuberculose. Dans les sanatoria on fait

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mang-er de la graisse sous toutes ses formes, cervelles, jaunes d'oeufs, jambon, caviar, toutes les sauces sont grasses. On ajoute, bien entendu, des hors-d'œuvre de toutes sortes destinés à relever l'appétit. Le lait, le beurre, l'huile sont donnés en abondance et sous toutes les formes.

Dans certains endroits on fait faire une quantité de petits repas : six, sept par jour : les Allemands supportent bien ce régime. Les Français préfèrent trois grands et abondants repas dans la journée.

Je prévois l'objection qu'on va me faire. Le phtisique n'a pas faim et il a particulièrement horreur des aliments gras. Cela est parfaitement vrai et de connaissance vulgaire; mais l'exemple des autres, les avis constants du médecin font qu'on obtient au sanatorium que le malade se force au début, ce qu'on n'aurait jamais réussi à faire dans la famille, et c'est une affaire d'entraînement. Au bout de quinze jours il mange spontanément et sans rebuter sur les aliments.

Dans les cas rebelles on en vient à la viande crue avec sandwichs, aux tartines de beurre épicées, au besoin aux poudres de viande et au gavage : il est très rare que cette dernière extrémité soit nécessaire; en Allemagne on se sert beaucoup de Knickobein, c'est un jaune d'œuf battu dans du curaçao. Je ne sais pas trop ce que diraient de cette alimentation nos palais gaulois.

Le lait complète l'alimentation de la table : il est pris dans la journée sous toutes les formes et de manière qu'il compense l'insuffisance de l'alimentation solide tant que cette insuffisance existe.

On ajoute quelquefois le régime de l'alcool à celui de la graisse. Aux repas les malades boivent du bon vin en quantité suffisante. Après le repas un verre de cognac. Ils ont même dans leur poche une petite gourde pleine de cette liqueur et, de temps en temps dans la journée, s'ils marchent, s'ils se sentent un peu froid, ils en avalent une gorgée. Je dois dire que certains directeurs de sanatoria n'acceptent pas ce régime alcoo-

LA CURE n'ALTITl'DK

liquc et le croient plutôt nuisible, d'abord parce que les malades ont tendance à l'exagérer, ensuite parce (ju'il peut amener des dyspepsies rebelles qui vont à l'encontrc de ce qu'on recberche.

Quel est le résultat? On peut dire qu'il est constant tant les exceptions sont rares. Après quinze jours de résidence au sanatorium, le malade a déjà engraissé : l'état général est meilleur, la lutte contre le l)acillc commence.

L<i cure (ïdir. — Les pbtisio-thérapeutes allemands et suisses admettent que leurs malades doivent être toujours à l'air libre. — Il y a longtemps qu'on sait que le fait de vivre dans l'encombrement, de respirer de tair d''jà respiré, constitue une des conditions les plus actives pour la réalisation de l'état tuberculeux.

Les tuberculeux des sanatoria d'biver et d'été sont dehors jour et nuit. Tant qu'ils peuvent se tenir tout à fait debout, ils le font; mais dès que le mauvais temps, le froid excessif, le brouillard, la pluie, la neige arrivent, ils se tiennent sous des abris.

S'ils pratiquent la cure de repos, ils se tiennent sous des galeries tout à fait ouvertes, couchés sur des chaises longues, à l'ombre, car le soleil direct ne vaut rien et donne la fièvre. C'est ce qu'auraient bien besoin de savoir les nombreux phtisiques qui se traînent au soleil dans le vent et la poussière, sur les promenades de Nice.

Le traitement par l'air libre épouvante tous ceux qui vivant dans les vieux errements en sont encore au confinement du tuberculeux à la chambre, au coin du feu sous des châles et dans la terreur du plus minime courant d'air. Les intempéries de l'atmosphère sont sans influence sur les tuberculeux acclimatés. On a fait des statistiques très détaillées que je ne puis rapporter ici, mais dont l'ensemble prouve qu'il n'y a pas plus d'accidents en plein hiver glacial qu'en été par la chaleur, et même il y en a plutôt moins.

Le séjour sous les galeries ouvertes commence à 9 heures du matin, n'est interrompu que pour le déjeuner et le dîner et se

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termine à 10 heures du soir; même s'il pleut ou neige et si le froid extérieur dépasse 20°.

Le malade rentre alors dans sa chambre dont on ferme la fenêtre pendant qu'il se déshabille, puis on l'ouvre toute grande et elle resle ainsi toute la nuit. S'il fait du vent, un simple écran en préserve le malade.

Il est inutile de décrire les protestations du phtisique que l'on soumet à ce régime pour la première fois, mais petit à petit il s'y habitue et bientôt il exagère le traitement et on ne peut plus le faire tenir renfermé, même si cela devient nécessaire.

Du reste la chambre ne prend pas la température extérieure, elle reste aux environs de + 10", le malade est sous de bonnes couvertures de même que le jour il est bien enveloppé. S'il marche il est couvert d'un vêlement de flanelle et porte à la main un pardessus léger qu'il doit mettre s'il se refroidit. Il est inutile de dire que pour les femmes le costume de drap simple et large est de rigueur et que la toilette (si navrante) qu'on voit souvent faire par les phtisiques mondaines de Nice et de Cannes est absolument inlerdile.

Cure de repos. — Le phtisique se repose sur sa chaise longue pour que ses dépenses ne dépassent pas ses acquêts. Mais il ne faudrait pas croire qu'il ne marche jamais. Dès que le temps le permet, que le soleil luit, il doit entreprendre, seul ou en compagnie, des promenades que dose le médecin. Il ne doit pas attendre qu'il soit fatigué pour s'asseoir, mais le faire quand on le lui dit, sinon les hémoptysies surviennent.

Dans les galeries on cause, mais sans discuter; on lit, mais pas longtemps de suite; on joue aux dames, aux dominos. Les jeux d'argent et de hasard sont interdits. La galerie ne ressemble en aucune manière à un cercle.

Quelquefois on organise un concert, une comédie de société. Le résultat n'est jamais fameux.

Le jour on fait de la photographie : l'été on herborise, on collectionne les insectes, on flâne.

La présence des personnes qui accompagnent les malades

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