LEYSIN
De Paris à Dijon, Pontarlier, Lausanne, Aigle en chemin de fer. — D'Aigle à Lcysin en diligence en quatre heures et demie.
Le sanatorium d'altitude le plus près de Paiis est à Leysin. A ce titre il intéresse par-dessus tout les Français. L'administration, le médecin-directeur, les serviteurs sont de la Suisse française et parlent français; les malades sont Français. A ce titre, n'y eût-il que celui-là, Leysin est plus agréable à habiter que les sanatoria de langue allemande fréquentés surtout par des Anglais, des Américains, des Autrichiens et des Allemands. Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de reproduire ici textuellement les renseignements mêmes fournis sur le sanatorium par ses propres directeurs.
« Leysin est paroisse et commune du cercle d'Aigle, c'est un ancien village dont l'église a été bâtie en 1445; le curé d'Aigle était autrefois obligé d'y monter tous les mercredis pour y dire la messe et ce fut seulement en 1702 que l'annexe d'Aigle devint une paroisse.
« Leysin surplombe la vallée du Rhône de plus de 850 mètres, son altitude est de 1264 mètres, tandis que les autres villages des montagnes de la région sont moins élevés, Chàteau-d'Œx est à 994 mètres; le Sépey, 979 mètres; Gryon, 1107 mètres; Mordes, 1162 mètres; Ormonts-Dessus, 1163 mètres.
« Celte localité avait depuis longtemps la réputation d'un
LA CIRE D'ALTITUDli:
climat plus tonique, moins humide que celui des environs; on s'y disputait, pour les séjours d'été, les quelques chalets assez confortables et assez vastes pour servir d'installation à des familles plus ou moins nombreuses. Voici ce qu'écrivait en 1889 le docteur Bezencenet, médecin distingué d'Aigle, au docteur L. Secrctan, de Lausanne, qui, sachant combien son confrère connaissait le pays, lui avait demandé des renseignements sur Leysin : « Le véritable initialeur du traitement par l'air des montagnes a été le public d'Aigle, et feu mon père, qui connaissant mieux que personne la valeur du climat de Leysin, n'a fait au fond, en y envoyant ses malades, que se conformer à de vieilles habitudes locales. Vous n'ignorez pas que le crélinisme désolait autrefois notre vallée. Il était assez répandu à Aigle môme, pour que, sur une population qui ne dépassait pas IGOO âmes, mon père ait pu compter, en 1828, quarante malheureux plus ou moins idiots. S'il était donc un mal bien connu ici, c'était celui-là.
« 11 ne tarda pas à rencontrer dans sa clientèle des enfants qui paraissaient devenir ou être crétins, mais qui, après un séjour d'un an ou deux à Leysin, en redescendaient vifs et éveillés. Il refit alors l'expérience et m'a raconté depuis s'en être constamment bien trouvé, à la seule condition que l'enfant suspect ou déjà un peu crétin ne présentât pas d'ossification trop hâtive des sutures et des fontanelles... De là à y envoyer des racliitiques et des scrofuleux il n'y avait pas si loin que le pas n'ait dù être promptement franchi. Sans avoir été aussi extraordinairement favorables, les résultats ont encore ici été très bons et je suis certain qu'ils auraient été meilleurs si l'alimentation, la seule alors possible en hiver, à Leysin, n'avaiteu pour base les pommes de terre et le porc sous toutes ses formes.
« Après les crétins, les rachitiques et les scrofuleux, n'ont pas tardé à y monter les phtisiques, et, pour mon compte, j'en ai certainement envoyé plusieurs douzaines à Leysin. Il y a lieu de s'étonner qu'on n'y ait pas pensé plus tôt.
STATIONS D'HIVKK
« Celte maladie est en effet autant qu'inconnue dans le village et celte seule circonstance aurait dû faire naître l'expérience. Mais la routine, la routine!
« Tous mes phtisiques n'ont pas guéri à Leysin; il s'en faut certes de beaucoup; mais j'en citerai au moins quatre qui, bien portants aujourd'hui, n'en avaient certainement pas pour six mois de vie le jour où ils sont montés, et chez trois tout au moins, le mal était héréditaire. Si tous n'ont pas eu cette chance, une amélioration notable a été la règle et l'aggravation l'exception. Je connais des phtisiques héréditaires qui vivent tant bien que mal et procréent sans trop de dommage en allant chaque année, de deux ans l'un, passer quelques mois à Leysin.
« Je vous surprendrai peut-être, mon cher confrère, en vous disant que les résultats d'hiver sont beaucoup meilleurs et surtout plus promptement meilleurs que ceux d'été. »
« Le docteur Ganahl, médecin des plus dévoués, qui a pratiqué longtemps à Leysin, alors qu'il demeurait à peu de distance, au Sépey, a fourni les meilleurs renseignements sur l'état sanitaire de cette localité, où il a pu constater que la santé de la population indigène est excellente : peu de maladies constitutionnelles; la durée moyenne de la vie humaine, cin(juante-cinq ans. Le docteur Ganahl a vu un seul cas de croup à Leysin dans l'espace de dix années; il a confirmé les observations des docteurs Bezencenet et Lombard, à savoir que la phtisie pulmonaire est inconnue à Leysin chez les gens du pays, chez ceux bien entendu qui ne l'ont point apportée de la plaine. On est donc bien là dans la région de l'immunité phtisique. — D'autre part Leysin n'est pas dénué de ressources, c'est un village riche, abritant près de cent familles; les chalets sont spacieux, parfois coquets, disposés en une rue principale à laquelle aboutissent quelques ruelles montantes perpendiculaires. La plupart des propriétaires ont une position aisée, plusieurs possèdent des vignobles dans la plaine, à Yvorne et à Aigle; ils ont de grandes étendues de pâturages et beaucoup de bestiaux. Le village serait plus peuplé si la jeunesse des deux sexes n'avait
LA CL'ItE D'ALTITI DE
pris riiabilude d'aller chercher fortune au loin et souvent no rentrait pas au pays.
« Si Leysin possède l'immunité [)htisit|ue, à plus forte raison sera-t-on sûr de l'avoir en s'élevant plus haut, aussi a-t-on choisi j)0ur l'emplacement du Sanatorium le plateau du Feydcy (1450 m.), [)àturai;c des génissons de la commune, que celle-ci a consenti à céder. Ce plateau est encore plus ensoleillé, mieux drainé que le village et en même temps abrité du vent par suite des forêts aux(iuelles il est adossé. Les plateaux ont, on le s'ait, en climatologie, un grand avantage sur les vallées d'égale altitude; (juand ils sont ouverts au levant et au midi le soleil y apparaît plus toi, on a bien plus le sentiment de l'air et de l'espace et surtout les soirées et les nuits y sont moins fraîches, car l'air froid, (jui descend de la montagne au coucher du soleil et qui stagne dans les vallées et les refroidit, ne séjourne pas sur ces hauts plateaux, surtout s'ils ont une ponte convenable, ce qui est le cas du [)laleau de Leysin incliné du N.-O. au S.-E. — La chaîne des Tours d'Aï et de Mayen, contre laciuellc il est adossé, lui forme au N.-O. et au N. une merveilleuse muraille pour lui enlever les vents froids; ces sommets ont une hauteur de 2200 mètres et plus; la ligne de faîte qui les réunit n'a pas moins de 2000 mètres, en sorte que la protection est parfaite.
« Le flanc de la montagne, à l'endroit où est bâti le sanatorium, est couvert de grands sapins séculaires; or, les sapins, avec leur feuillage toujours vert et leurs rameaux descendant jusque sur le sol, constituent un des meilleurs abris contre le vent en toute saison. Leysin est protégé contre les vents d'O. par le Luisset (1879 m.) qui continue la chaîne des Tours d'Aï, et contre le vent du N.-E., ce vent sec et froid, vent des névralgies, qu'on appelle en Suisse « la bise », par le Mont d'Or et le Ghaussy. Du côtjé du S. et de l'E., pas de montagnes mais de simples collines qui descendent en pentes abruptes dans la vallée de la Grande Eau; le Ghamossaire, qui est de l'autre côté de la vallée, est à une distance suffisante pour ne pas empêcher Leysin d'être inondé des premiers rayons du soleil du matin.
STATIONS d'hiver
« On a fait à Leysia un grand nombre de recherches méléorologiques.
« Les obscrvalions ont toujours été prises quatre fois par jour, à sept heures et à dix heures du matin, à une heure et à quatre heures du soir; celles des premières années n'ayant pu être complètes, il n'a été tenu compte que de celles prises pendant les mois de janvier, février et mars en 1887 et pendant les cinq mois de novembre à mars inclusivement dans les hivers 1887-88, 1888-89 et 1889-90.
En voici le résumé :
« Pour se rendre compte de la force et de la direction des vents, on s'est servi de l'anémomètre modèle fédéral; quand la lame horizontale et mobile de l'instrument n'atteint pas au n" 1 de l'échelle, l'observation est enregistrée comme calme; quand elle arrive entre 1 et 2 elle est notée 1 ; il s'agit alors d'un vent appréciable qui devientgênant quand la lame dépasse lechin"re2 et qui est réellement fort à 3, violent à 4, mais comme ce dernier chitTre n'a été signalé qu'une fois pendant quatre ans on ne l'a pas porté au tableau.
« Le calme de l'air (c'est-à-dire vent = 0 ou plus faible que 1) a été noté :
Pour les trois mois de 1887, Toi fois ou. . . 77 p. iUO. Pour les cinq mois de 1887-88, 171 — ... 77, i —
— de 1888-89, 591 ^ ... 82,9 —
— de 188*1-90, o3.% — ... 88,7 — Moyen des quatre années 81
« Ce qui tend à prouver que le calme de l'air est la règle et le vent l'exception.
Le vent moyen noté 2, déjà bien rare, a été observé :
En 1887, 6 fois ou p. 100.
Le veut fort noté 3 est une vraie rareté :
En 1HH7 1 fois.
Le veut violcnl i n'a été signalé qu'une fois pendant les quatre années en question.
« Quant à la direcfion du vent à Lei/sin on a constaté, d'après les observations, que les vents notés 1 et au-dessus sont pour 22 pour cent des vents du N. et du N.-E. et pour 78 pour 100 des vents du S.-O. et du S.-E., ce qui provient de ce (jue le côté S. de rem])laccment du sanatorium est le seul qui ne soit protégé du vent par aucune chaîne de monlagnes, grand avantage au point de vue du soleil, avantage également parce que Leysin échappe ainsi aux conditions des vallées où règne constamment un vent de vallée ou Ihalwind ; c'est le cas de Davos, station justement réputée entre toutes pour son air calme pendant l'hiver, mais située dans une vallée où règne un thahvind venant tantôt du S.-O., tantôt du N.-E.
« En somme, à part les vents qui accompagnent en général les changements de temps et à part le fœhn dont on ne peut s'atTranchir, mais qui règne rarement, on peut dire qu'il n'y a à Leysin que les courants atmosphériques très atténués des régions voisines.
« Voici le tableau comparatif des calmes à Leysin et à Davos :
1887-1888 Leysin. Davos.
Novembre 78,5 77,5
Décembre 79,0 85,0
Janvier 8-2,0 85,0
Février 91,0 7(5,0
Mars 58,0 28,0
Moyennes,
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