I.cysin. Davos
Novembre 85,8 87,0
Décembre 83.8 89,0
Janvier 85,5 89,0
Février 8:i,9 "i.O
Mars.... 75,8 72,0
Moyennes 82,9 82,2
1889-1890 Lcysin. Davos.
Novembre 91,7 79,0
Décembre 91,1 90,0
Janvier 79,8 77,0
Février 90,2 79,0
Mars 90,:} 77,0
Moyennes 85.5 80,4
« Ce tableau indique une différence sensible en faveur de Leysin, surtout dans les mois de février et de mars où le vent du nord règne parfois à Davos.
« Les observations concernant riuimidité ont été prises au moyen de l'hygromètre à cheveu aux mêmes heures et pendant les mômes mois que les précédentes.
La moyenne de l'hiver incomplet de 1887 a été 61,2
Celle de l'hiver 1887-8S 7i,G
« Les minima hygrométriques descendent souvent très bas à Leysin, ainsi on a trouvé en janvier 1889 le chiffre exlraordirement bas de 13; fréquemment le minimum diurne descend au-dessous de 30, môme de 20.
« L'humidité relative est donc très faible à Leysin pendant les mois d'hiver; celte grande sécheresse jointe au calme de l'air expliquent comment les malades peuvent y vivre au dehors, môme par le froid et comment la température de — 2" c. et — 3° c. est presque plus facile à supporter dans ces conditions que celle
Je H- S° cl + G" c. dans les localilés à air plus humide et plus mouvementé, la Aapeur d'eau étant le grand soustracteur du calorique de notre économie.
« Le tableau ci-dessous donne le parallèle entre l'état hygrométri(iue de Leysin et celui de Davos :
Janvier.
Févrior.
Mars. . .
Moyennes 77
Novembre 84
Décembre 83
Janvier
Février 90
Mars
Movennes
Leys
Davo
Leys
Décembre .
Janvier . . .
Février . . , Mars
Hiver 1889-1890.
Février Mars.. .
Leysi
Davo
TATIONS D IHVEit
« L'hygromètre a donc donné constamment des chiiTres plus élevés pour les stations grisonnes que pour Leysin, sauf en février 1888; celte différence s'explique par la position de Davos dans le fond d'une vallée. On peut donc dire que le climat de Leysin est très sec en hiver; c'est un climat fait pour les rhumatisants, les calarrheux, les asthmatiques, et les personnes qui ont vécu dans les pays humides comme l'Angleterre et la Hollande ohliendront déjà une modification profonde de leur état [lar le seul fait de la sécheresse de l'air de Leysin.
« Le soleil apparaît de bonne heure à Leysin par suite de l'orientation de la localité et de la distance des montagnes situées à l'est. L'insolation journalière possible peut y atteindre :
En novembre 8'', 20
— décembre 7 ,;{()
— janvier 7 ,.'jO
— février 9
— mars 10
« Les observations relatives à l'insolation (prises comme les précédentes quatre fois par jour et dans les môme mois) ont été faites au moyen de l'enregistreur solaire automatique appelé hélioantographe; c'est une grande sphère en cristal qui concentre les rayons solaires sur une bande de papier préparé, où sont inscrites les heures du jour et où le soleil marque sa présence par une carbonisation plus ou moins complète suivant la force de ses i-ayons; cet instrument est absolument sur, pas d'erreur possible.
« Les trois mois de l'hiver de 1881 ont donné cinq heures un <|uart comme moyenne de l'insolation quotidienne ; l'hiver 1889- 00 tout [»rès de cinq heures. Le mois de janvier a été uniformément bon pendant les quatre années d'observations ; jamais moins de cent vingt et une heures de soleil. Février a été plus inégal; les mois d'hiver francs sont les plus favorables au point de vue de l'insolation ; les mois intermédiaires, novembre et mars, sont plus médiocres. Il n'est pas sans intérêt de comparer les heures de soleil en hiver à Leysin, Davos et Lausanne.
LA CUUE d'altitude
« On voit que Leysin et Davos (cette station typique pour ses hivers, choisie à cause de cela comme point de comparaison) ont une insolation hivernale très semblable, toutefois la supériorité reste à Leysin pour les quatre hivers observés.
Cette supériorité est :
Eu 1887, de 27,1 heures
— 1887-88, do 12,65 —
— 1888-89, de 79,05 —
— 1889-90, de 63,:55 —
Soit au total 182,15 heures
« Les seuls mois où la différence soit en faveur de Davos sont les mois de février 1888 et 1890 et, dans chaque hiver, le mois de mars, différence qui d'ailleurs est très légère dans ce dernier cas, sauf en 1888, où elle atteint vingt-quatre heures.
« Lausanne, il va sans dire, est bien loin de compte avec les deux stations alpines. Son déficit, vis-à-vis de Leysin, est :
En 1887, de : IGO heures
— 1887-88, de 56,4 — .
— 1888-89, de 186,8 —
— 1889-90, de ; 308,1 —
Soit au total 711,3 heures
chiffre énorme et qui représente un déficit de chaleur, de lumière surtout, qui est des plus importants.
« Leysin peut donc être mis au premier rang parmi les meilleures stations alpines connues, quant à l'insolation quotidienne, la moyenne de quatre hivers ayant montré que pour cent heures de soleil à Davos, il y en a eu cent huit à Leysin.
« La clarté du ciel ne va pas absolument de pair avec les données de l'enregistreur solaire; il y a des jours clairs avec soleil légèrement voilé où le papier de l'enregistreur est très peu teinté et où pourtant les malades peuvent se tenir dehors avec l'impression du bien-être et de la chaleur. L'état du ciel a été apprécié, comme cela se pratique pour toutes les observa-
STATIONS d'hIVKR 401
tions méléoi'ologi(]ues, au moyen d'une échelle à 4 degrés indiquant : ciel serein; ciel clair; ciel couvert; ciel sombre. Le brouillard est noté à part.
« Voici le résumé des résultats oljtenus :
En 1887-88, observations avec ciel serein et clair. . . 43 p. 100
— 1888-89, ~ — — — ... iG —
« Les observations avec ciel sombre ou brouillard, décelant un temps vraiment mauvais pendant lequel les malades ne peuvent guère sortir, atteignent :
En 1887-88 à. . . . 30 p. 100 du total des observations prises.
« Quant au brouillard, sur un total de G04 observations annuelles, il est noté :
En 1887-88 03 fois
« Le brouillard est donc l'are à Leysin, on est là dans des conditions différentes de celles de la plaine; le brouillard y est en somme du nuage et un phénomène de mauvais temps, un indice de pluie ou de neige, aussi ne dure-t-il pas longtemps et ne retient-il pas les malades enfermés, comme cela a lieu à la plaine où, sans mauvais temps, le brouillard intercepte le soleil pendant des semaines.
c( Impossible de donner ici les longs tableaux des températures prises quatre fois par jour avec les minima nocturnes des quatre hivers. Ces tableaux indiquent pour chaque mois (les dix-huit mois des quatre années) les maxima et les minima obtenus avec la date dujour etla moyenne mensuelle; nous renvoyons ceux qui voudraient consulter ces tableaux au complet à la bro-
Ueunard. — La cure d'allitude. 20
402 LA CLIIE D'ALTITI I)!:
cliurc si conscitMicieiisc du D'' L. Secrelan : Climaloloyie hivernale, pp. 12 à 16, et nous n'en donnons que les conclusions :
« Les ininima nocturnes ne sont pas très Itas : jamais le Ihermomctre n'est descendu au-dessous de — 19" (décembre 1887); par contre il descend assez fréquemment à — IS" Pourlant ce sont là des exceptions, ainsi que le démontrent les moyennes mensuelles. Celles-ci oscillent autour de — G" sans descendre au-dessous de — 8", 9 (février 1889); la moyenne mensuelle la plus élevée a été observée en novembre 1888; elle est de 4- 0",2 c'est la seule du reste qui dépasse 0°. Par contre, il n'y a guère de mois où l'on n'ait pas observé une ou deux nuils de dég-el. La moijenne de sept Iienres du malin est déjà plus élevée de 2 à 3 degrés; son minimum est de — o",7 en février 1889; quatre fois, elle est au-dessus 0" en novembre 1888, elle atteint son maximum, avec H- 2",1.
« La moyenne de dix Iieures du matin est notablement plus chaude que celle de sept heures. Dix fois, elle dépasse 0" et atteint même + 5",1 en novembre 1888. Huit fois seulement, elle est au-dessous de 0°. Son minimum, de — 3", 4, est en février 1889.
« La moyenne d'une heure après midi est naturellement la plus chaude de la journée, douze fois elle est au-dessus de 0". Son minimum, observé en février 1890. est de — 1°,9. Son maximun + G", 5 a été noté en novembre 1888.
« La moyenne de quatre heures après midi se rapproche beaucoup de celle de di.v heures, mais elle est plus froide : neuf fois, elle est au-dessus de 0".
Son maximum a été de 4",G, toujours en novembre 1880. Son minimum, de — 3°, 7 en décembre 1889. « En comparant les températures de Davos et de Leysin, il résulte de l'étude des chiffres indiqués que le climat de Leysin est notablement moins froid que celui de Davos. Les minima accusent en effet une température bien plus basse à Davos, où presque chaque mois ils descendent aux environs de — 20° c, de 5" donc plus bas que ceux de Leysin. En mars 1880 le thermomètre y
STATIONS D'HIVEU
est même descendu à — 26" tandis que jamais, à Leysin, nous n'avons observé une température inférieure à — 19".
0. Ce même caractère s'accuse plus fortement encore dans les moi/ennes de sept heures du 7natin, qui atteig-nent généralement de — 9" à — 13" et ne remontent jamais au-dessus de 0".
« Le minimum observé est de — 13", 5 en janvier 1887, le maximum de 1",7 en novembre 1888.
« Par contre, les moyennes de une heure après midi se rapprochent davantage; à Davos elles dépassent même huit fois 0" sur 18 moyennes mensuelles notées; elle est exactement la même qu'à Leysin en mars 1888, en novembre 1889 et en février 1890. A Leysin donc, le climat est non seulement plus chaud, mais plus égal; l'écart entre les minima nocturnes et les températures de une heure après midi est moins considérable.
« Sanatoriinn. — L'emplacement qui a semblé réunir toutes les conditions climatériques voulues pour un sanatorium est, comme il a déjà été dit, le plateau du Feydey, à 1450 mètres d'altitude, au-dessus du plateau de Leysin qui est lui-même à 1264 mètres.
« Le sanatorium est construit au bord de grandes forêts de sapins, et le panorama dont on jouit de ses fenêtres et de sa terrasse est des plus grandioses. La vue est très étendue sans pourtant rappeler en rien une carte de géographie fatigante pour l'œil, car il y a des premiers plans de belle verdure et de forêts sombres; puis de hauts rochers aux arêtes vives, aux profils nets; des montagnes massives que l'on distingue de la base au sommet, tout cela assez rapproché pour que l'on puisse en admirer les plus fins détails. On voit de gigantesques rochers aux surfaces grises semées de quelques flaques de neige, de vastes étendues de glace d'une blancheur éblouissante, et, dans la plaine, un grand fleuve aux eaux scintillantes, lîien de monotone dans ce paysage : les teintes y sont variées à l'infini, grâce à des chaînes de montagnes multiples que la distance étage en plans nombreux; d'où une grande richesse de tons et d'elîets, de clairs et d'obscurs suivant les heures de la journée ou suivant qu'il y a plus de soleil, plus d'ombre, ou plus de nuages.
« Le sanatorium est adossé à une foret de sapins qui, par une pente d'abord douce et ensuite abrupte, s'élève à une hauteur de 300 mètres environ sur les flancs du Luisset. On a tracé de nombreux chemins, les uns presque à plat, les autres plus montueux dans la partie du bois la plus rapprochée de l'hôtel avec des bancs et des kiosques-abris {sH)i-/wxes) toujours orientés au midi et préservés du vent, les malades peuvent ainsi prendre un exercice approprié à leurs forces et fortifier leurs poumons par des ascensions graduelles et cela en toute saison, car en hiver la portion déboisée est assez étendue pour qu'on puisse s'y promener au grand soleil ; et, en été, les bois avec leurs sapins majestueux projettent au loin leur ombre sur des sentiers où l'on jouit de la fraîcheur sans crainte d'humidité.
<t On s'est préoccupé avant tout, pour la construction du sanatorium et pour son aménagement, d'appli(juer toutes les règles de l'hygiène moderne, profitant des expériences faites dans les établissements analogues. L'hôtel qui a cinq étages comprend HO cham])res dont 90 orientées en plein midi; les autres à l'est et à l'ouest; la plupart ont des balcons; les cuisines [)lacées au sous-sol, les escaliers, les offices sont au nord; pas de chambre qui n'ait au moins 3 mètres de hauteur. Au rez-de-chaussée se trouvent une salle à manger très aérée, une salle de restaurant, le bureau du directeur avec le téléphone, un grand salon, ua salon de dames, une salle de lecture, une vaste salle de billard, un jardin d'hiver, un promenoir, des appartements avec salons et galeries fermées. Les salles de bains et de douches sont au premier étage, celles d'armes et de gymnastique au sous-sol; un ascenseur hydraulique (système Edoux et C") monte jusqu'au quatrième étage. Une large passerelle conduit du deuxième étage à la forêt et aux promenades qui en dépendent. Tout a été combiné dans le ciioixdes meubles, des tentures et des taj>is pour ôlre aisément désinfecté soit par des lavages, soit par une étuve à désinfection (système Geneste et Herscher) installée à une petite distance de l'hôtel, de façon à permettre l'antisepsie la l)lus rigoureuse ; quand une chambre a été occupée par un
STATIONS D'HIVEII
malade elle est toujours soumise à une complète désinfection sous la surveillance directe du médecin. Le système des égouts et des cabinets ne laisse également rien à désirer. La ventilation et le chauffage sont assurés par les appareils Bechem et Post (vapeur à basse pression) installés par la maison Sulzer et frères, de Winterthour. Quoique toutes les chambres soient au bénéfice du calorifère central, néanmoins beaucoup d'entre elles ont en plus des cheminées chaufTables au bois.
« A l'est du sanatorium et communiquant avec le corridor central du rez-de-chaussée se trouve une spacieuse galerie longue de 30 mètres et ouverte d'un seul côté au midi; c'est la galerie spécialement destinée à la cure d'air si importante dans les affections des organes respiratoires.
« Les malades s'y installent dès le matin pour toute la journée, élendussur des chaises longues ou couchés dans les lits-paniers; chacun a son pupitre ou sa table pour lire, écrire, dessiner ou se livrer à quelque jeu de société, et parfois à dix heures du soir on peut encore voir dans la galerie illuminée une fort joyeuse compagnie. La cure d'air se fait encore dans des kiosques en bois, connus sous le nom de « sun-boxes », disséminés comme reposoirs en différents endroits des promenades; ce sont des abris ouverts au midi et très ensoleillés, avec un plancher de bois assez élevé du sol pour préserver de toute humidité.
« Une eau potable d'excellente qualité, très abondante (180 litres à la minute en très basses eaux), a été captée au pied des Tours d'Aï et amenée à l'hôtel par des tuyaux empêchant toute infiltration sur un trajet de plus de 3 kilomètres. Sa pression étant considérable (125 mètres), elle peut desservir tous les étages de l'hôtel.
« En un mot, tout a été organisé dans le sanatorium de Leysin pour que l'on puisse y suivre, dans les meilleures conditions possibles, le traitement hygiénique de la phtisie, traitement auquel les maîtres de la science ont bien plus de confiance maintenant que dans tous les autres. »
Pour que cette description soit complète il nous reste à
ajouter que bien que Leysin n'existe que depuis une dizaine d'années, il a déjà fallu l'agrandir et qu'aujourd'hui l'annexe dite du mont Blanc permet d'y recevoir un nombre beaucoup plus considérable de pensionnaires.
Nous avons tenu à étendre beaucoup notre description de ce pays parce que nous considérons que Leysin doit être le Davos français : il est en somme situé à seize heures de Paris; à peine à neuf heures de Lyon, il est, je crois, destiné à rendre de grands services à la médecine de notre pays.
Si d'autre part j'ai préféré donner la parole au médecin du sanatorium dans ce livre, c'est que j'ai mieux aimé laisser toute leur précise exactitude aux renseignements qu'il m'avait fournis.
WIESEN (1454")
De Paris à Bâle et à Coire par chemin di- fer. De Coire à Wiesen par Cliurwalden en diligence en six heures.
Wiesen est situé dans la vallée du Landwasser, à l'endroit oià ce torrent quitte la vallée de Davos. La station est située sur une terrasse tournée en plein sud-est; en arrière est un grand cirque de montagnes qui protège très énergiquement Wiesen contre les vents du nord. Il parait qu'en été Wiesen est assez exposé aux vents de la vallée.
Wiesen n'est pas comme Davos ou Arosa situé au fond d'un vallon, mais bien comme Leysin sur une terrasse aplatie en espalier devant le soleil. Il y a aux environs de Wiesen une grande quantité de forêts de mélèzes, mais comme à Davos il faut aller les chercher, car elles ne sont pas attenantes au village.
La phtisie est inconnue à Wiesen, et pourtant les habitants sont pauvres, ont une déplorable hygiène, fument et boivent de l'eau-de-vie. L'insolation est très grande à Wiesen, l'hiver y est moins dur et moins long qu'à Davos : c'est une station moins froide, les jours clairs y sont très nombreux et le vent rare. D'après de la Harpe, Wiesen est destiné à désencombrer Davos le jour où cette localité deviendra iasuffîsanle.
STATIONS d'hiver 407
Indications. — Les mûmes qu'à Davos el les autres stations d'hiver.
Wiesen n'a pas de sanatorium et la cure s'y fait librement. (Il y a un médecin à Wiesen.)
HOSPENTHAL (1484'")
De Paris à Bàlc, Lucei iie et Goeschencii en chemin de fer. De Goesclienen à Ilospenthal en diligence, une heure et demie.
Ilospentlial est un petit village situé à l'embranchement des
Fig. lOS. — IlospeiUhal (14S4"').
routes qui franchissent l'une le col du Gothard, l'autre celui de la Furka.
Sa situation est à peu près la même que celle d'Andermatt, si ce n'est qu'il est plus exposé aux vents du nord et un peu moins insolé. Le climat y est rude : aussi Ilospenthal n'est-il guère qu'un séjour de touristes; nous ne le citons dans les stations climatériqucs d'hiver que comme succursale d'Andermatt. D'ail-
LA CUUK D'ALTITUDE
leurs, ce village n'est pas toujours habitable en celle saison, à cause de la masse de neige qui s'y accumule.
Les installations n'y sont du reste pas assez confortables pour que nous conseillions d'y envoyer d'autres malades que des fatigués intellectuels qui voudraient faire de l'alpinisme d'hiver.
DAVOS 1558"'j
De Paris k Bàle et Landqiiart en chemin de fer. De Landquarl ;i Davos en clieniin de fer de montagne.
Davos, la station d'hiver type, est composée de deux villages situés à une très petite distance l'un de l'autre : Davos-Plalz et Davos-Doertli, à la môme altitude à deux mètres près.
Davos-Platz a une telle importance que nous le décrirons seul.
Davos est situé dans la vallée du Landwasser, haut vallon à peu près à la même latitude que Coire. Ce vallon est plat, ou tout au moins la roule qui le parcourt monte très peu, ce qui a rendu facile l'établissement d'une ligne de chemin de fer qui fonctionne en toute saison.
Au milieu de celle vallée, et comme cela se voit en Engadine, se trouve un petit lac.
La direction de la vallée est presque nord-sud et lui garantit une très longue insolation.
Les montagnes du côté ouest ne présentent pas de solution de continuité. Davos est donc admirablement protégé par elles. Du côté est, au contraire, s'ouvrent quatre vallons secondaires, mais les montagnes qui les entourent sont resserrées et assez hautes pour que le vent ne puisse les franchir facilement.
La vallée est couverte de prairies à herbe rase, ainsi que cela se voit dans toutes les grandes alliludes. Les forêts ne se trouvent que sur les tlancs montagneux : il est d'ailleurs facile de les gagner, puisque dans sa plus grande largeur la vallée n'a que 1 kilom. 5.
Le Landwasser, torrent qui parcourt le vallon depuis le lac de Davos, ne traverse pas la localité, ce qui est avantageux au
l'if,'. lO'.i. — Itcj^ion (le DavDS.
(Reporlcc avec 1 auloi-iâation ilu liiireau topo-rapliiquo iodéral suisse- u'apivs In . arto Je Dufoi a 1/100 O'.IO' . — Il -inoauclion iiitci-dilc.)
point (le vue de riiumidilé de l'air, il fait un coude et s'en éloigne considérablement.
La végétation est celle des grandes altitudes, les bois sont composés de sapins et de mélèzes. Nous avons déjà dit combien ces espèces sont avantageuses. On y a tracé des sentiers, les uns horizontaux, les autres en pentes plus ou moins raides. Nous connaissons maintenant leurs usages.
Davos est devenu une véritable petite ville : il n'y a plus guère de traces des anciens chalets du village primitif.
D'immenses hôtels, un peu casernes, il est vrai, des villas particulières, des magasins bien approvisionnés les ont remplacés. Les rues ont des trottoirs et sont éclairées le soir par la lumière électrique. Le grand nombre de personnes qui accompagnent les malades, qui se portent bien et ont par conséquent une certaine tendance à s'ennuyer, est cause qu'on a môme construit un casino avec salle de théâtre, etc. Ce n'est pas ce qu'on a fait de mieux au point de vue du traitement de la tuberculose : les malades ont bien l'ordre de n'y pas aller, mais c'est si tentant l»our beaucoup d'entre eux!
La promenade journalière a lieu sur la grande route qui traverse le pays et qui est tout à fait plane. C'est là qu'on a le spectacle que nous avons tant de fois décrit déjà de ces gens au teint hàlé par le soleil qui se promènent en plein midi avec des parasols, sur la neige et par des températures qui vont très bien à — 20".
Certains mômes qui ont endossé leur pardessus sont assis sur des bancs et causent tranquillement.
C'est, dit de la Harpe, un spectacle que personne n'oublie quand on l'a vu une fois, tant l'antithèse est violente entre ce soleil et ce froid, ces visages ravagés et la tranquillité qui règne partout.
Le même auteur nous fait connaître le court historique de Davos. C'est en 1862 que ce pays est né. Le D'' Spengler qui y exerçait la médecine avait communiqué à Meyer-Ahrens le fait de l'immunité phtisique dans le pays, et, ce qui était plus
STATIONS d'hiver
important, le récit do deux guérisons évidentes de phtisie apportée de la plaine. Le D"" Unger, phtisique, résolut de se rendre à Davos et d'y habiter; il y amena un libraire de Baie, Richter, tuberculeux, lui aussi. Ces médecins publièrent alors le merveilleux récit de leur cure, et les malades se mirent à venir dans le pays, qui n'avait pas grand'chose alors pour les recevoir.
En 1865 il y en eut 8
Voici leurs nationalités :
Allemands 586
Anglais 366
Suisses 172
Hollandais 123
Américains 89
Français et Belges 82
Russes 47
Divers 86
Depuis lors le nombre n'a fait qu'augmenter au point qu'en hiver Davos est positivement encombré. 11 faut donc plutôt se féliciter de la concurrence qu'Arosa et Wiesen lui font sur place et Leysin dans les Alpes vaudoises. Davos envahi deviendrait malsain et perdrait son importance et sa valeur : une station pour tuberculeux doit rester petite.
Nous ne reviendrons pas ici sur le climat de Davos : c'est lui que nous avons décrit et que nous avons pris comme exemple d'un climat d'altitude type pendant l'hiver : nous renvoyons le lecteur à cette partie de notre livre.
La vie à Davos est la môme qu'à Leysin, sauf sur un point : on peut être à Davos simplement à l'hôtel comme dans une sta-
412 L.V Cl'RE d'altitude
lion d'été ou bien on peut vivre au sanatorium (celui de Turban en particulier).
Je n'ai pas besoin de dire que c'est ce dernier mode que je recommande. Il y a à l'hôtel (même tenu médicalement) bien trop d'occasions de manquer au traitement, au régime et surtout au règlement d'aération. Il est plus difficile d'y forcer le malade à tenir ses fenêtres ouvertes jour et nuit.
Je dois dire pourtant (]ue, dans l'intérêt même de leur exploitation, les hôteliers ont fait tout ce qu'il fallait pour que leur établissement eût l'aspect et l'agencement d'un sanatorium. Seulement ils n'ont pas sur le malade l'autorité nécessaire pour l'obliger à se tenir dans le règlement et un médecin attaché à un hôtel ne l'a pas non plus. Il faut i)Our cela toute l'autorité d'un directeur de maison de santé qui vous oITre l'obéissance ou la sortie.
A l'arrivée à Davos, il y a une période d'acclimatement; le malade commence à perdre un peu de poids, l'appétit ne vient pas de suite; il ne faut pas perdre trop vite l'espoir : quelques semaines ne sont pas écoulées en effet que le poids se met à augmenter étonnamment. Le périmètre thoracique semble très accru, c'est sans doute à un dépôt de graisse sous la peau qu'est due celte apparence.
Huguenin résume ainsi le résultat de la cure : Amélioration des échanges nutritifs, surtout dans le système musculaire, action fortifiante sur le muscle cardiaque, changement dans les conditions de la circulation surtout de celle du système pulmonaire, modifications profondes dans la calorification. L'action du climat se traduit souvent par une hypertrophie du tissu sain du poumon avec production d'emphysème autour des zones malades. La guérison des régions atteintes se fait par cirrhose (cité par de la Harpe). Spengler a observé souvent d'intenses rétractions thoraciques dont la constatation milite en faveur de la doctrine d'Huguenin.
Il semble aussi qu'à Davos les foyers caséeux tendent à se calcifier; les cavernes peuvent se rétracter, les sueurs nocturnes
STATIONS d'hiver 413
s'améliorent; la fièvre disparaît si elle dépend de la résorption des produits septiques; la diarrhée s'amende si elle ne dépend pas de tubercules iiilestinaux.
Indications. ■ — Spengler donne comme indications particulières de Davos, outre celles que nous avons formulées dans nos généralités :
1° Débuts de la phtisie après une seule hémoptysie et avec une simple bronchite du sommet. Guérison presque assurée en un temps très court.
2" Malades ayant déjà l'infiltration des sommets ou de la pneumonie chronique des bases. 11 faut alors que la lésion ne soit pas trop étendue.
3" Bronchite chronique.
4° Résidus d'épanchements pleurétiques avec ou sans adhérences.
5° Surmenage nerveux ou physique.
r>" Anémie palustre.
7° Cardiaques venant y pratiquer la méthode d'Œrtel. 8" Diabétiques et albuminuriques.
On voit que dans ce tableau des malades non tuberculeux se trouvent mélangés aux phtisiques. Ce n'est pas ma manière de voir; il y a tant de stations pour les malades non tuberculeux qu'il vaut mieux laisser à ceux-ci certains endroits oii ils soient seuls. Je ne vois pas trop le bénéfice que peut avoir un bronchitique simple, par exemple, dont la trachée et le larynx sont plus ou moins desépithélialisés, à venir vivre en compagnie de gens qui crachent des bacilles sans arrêt, quand à quelques pas ils trouveront un pays où le bacille sera inconnu. Ceci ne me semble pas pouvoir être discuté.
Contre-indicalions. — Je formule donc de cette manière les contre-indications de Davos :
Tous les malades qui ne sont -pas tuberculeux. — Et parmi les phtisiques, je dirai avec Weber qu'on éloignera des sanatoria d'altitude :
1" Les nerveux ;
2" Les malades trop près de la lin; 3" Les albuminuriques ; 4" Les cardiaques;
5° Les malades qui ont des ulcérations du larynx; 6° La phtisie galopante;
1° Les malades qui portent de grands foyers de pleurésie })urulente;
8° Les personnes qui ne peuvent pas dormir aux altitudes.
Durée du séjour. — Il faut rester longtemps à Davos, plusieurs années au besoin. Il y existe des pensionnats pour que les jeunes gens des deux sexes puissent y faire leurs éludes. On y reçoit les prédisposés, les convalescents et les phtisiques au début. On y refuse ceux qui sont déjà trop atteints.
Il ne faut pas arriver à Davos au commencement de l'hiver, mais bien en été, de façon à voir venir petit à petit les grands froids et à ne pas en subir le choc d'un seul coup.
Enfin c'est au médecin de la station d'altitude à bien savoir distinguer, parmi ses malades, ceux à qui elle est plus nuisible qu'utile et à les renvoyer énergiquement. Il y a des phtisiques qui se trouvent mieux de la côte méditerranéenne. Il serait malhonnête vis-à-vis d'eux de les relenir dans la montagne et maladroit vis-à-vis de la méthode, puisque pour l'avantage médiocre et peu estimable d'augmenter le quantum des malades traités, on augmenterait aussi du môme coup le nombre de ceux qui n'en auraient tiré aucun bénéfice et qui forcément la discréditeraient.
(Il y a à Davos un sanatorium (D"" Turban) et une grande quantité de médecins.)