AROSA
De Paris à Bàle et Coire en chemin de rer. — De Coire à Arosa par Langwies par diligence en cinq à si.x heures.
M. le docteur Mercier, qui a fait à Arosa les remarquables expériences que nous avons développées à propos de l'hyper-
STATIONS d'hiver
cythémie, a bien voulu rédiger pour nous une note sur cette station d'hiver. Nous la reproduisons en entier et sans y rien changer : elle fournira à nos lecteurs des renseignements détaillés et précis que nous n'aurions pu leur donner après une simple visite.
« La route postale qui relie Coire, le chef-lieu du canton des Grisons, à Arosa, est de construction récente. Le premier tronçon, Coire-Langwies, date de 1874 et présente un développement de 22 kilomètres; c'est le plus long. Il serpente sur les flancs des massifs montagneux de la vallée du Schaufigg, qui, dans sa direction principale, s'étend de l'est à l'ouest et qui, en s'élargissant assez brusquement, débouche près de Coire dans la vallée du Rhin. Le Schaufigg compte parmi les plus belles parties dos Grisons; aussi la vue dont on jouit de certains endroits de la route est-elle grandiose; le pays se présente sous les aspects les plus divers. Par places ce sont des prairies émaillées de fleurs qui tapissent les pentes de la longue chaîne de montagnes dominant la route et les villages de Castal, S'-Peter, Peist; par places ce sont des ravins, des entassements de rochers, qui impriment à la contrée un cachet de sauvage austérité; plus loin ce sont des forêts très étendues qui remontent des deux côtés de la vallée, jusque dans la région des cols, des hauts pics; des clairières où se profilent des chalets, puis de nouveau des gorges profondes, un bout d'aqueduc en surplomb, des filets d'eau dont l'écume rejaillit sur la route. Ce sont d'admirables coups d'oeil. Sur les sommités de l'autre côté du val se dressent des décors de grande nature qui se renouvellent sans cesse, mais en changeant de formes, de lumière, de détails, sur la Plessur qui, tout au fond du couloir, bruit et dont la mousse blanche frôle des éboulis, et baigne les racines des grands sapins très vieux.
Le tronçon Langwies-Arosa, d'un développement de 10 kilomètres, n'a été livré à la grande circulation qu'en 1890. Il fallait auparavant pour atteindre Arosa faii'e le trajet soit à pied — trois heures en moyenne — soit à cheval ou à dos de mulet.
LA CUUli d'aLTITI DIÎ
La route suit au sortir de Langwies l'axe longitudinal de la vallée d'Aura; elle longe sur une certaine étendue la Plessur, qu'elle franchit avant la Ilùti, au milieu d'un pays très boisé. Elle monte ensuite en de nombreux lacets sur la rive gauche de la rivière pour atteindre les lacs inférieurs et les [)remières habitations d'Arosa, longe l'éparpillement des maisons dont les groupements forment moins une localité proprement dite qu'une contrée habitée, et aboutit près de l'église paroissiale au terminus de son parcours.
« Le pays d'Arosa est une haute vallée qui court de la base des massifs du Weishorn et du Hothorn, obliquement et parallèlement à la vallée de Davos, dans la direction du sud-est au nord-ouest, et (jui aboutit en un angle presque aigu dans la vallée du Schaufigg. Le Wilschtabel, une seconde vallée latérale qui fuit du pied du versant opposé du Rothorn et (jui court parallèlement à la vallée d'Arosa pour rejoindre celle-ci vers risel, la sépare du massif contre lequel s'adosse la contrée de Davos.
« Arosa n'esta proprement parler ni un village ni un bourg; c'est une commune ligurée par une quantité de maisons; chalets, hôtels, pensions, disséminés de droite et de gauche à diverses cotes de hauteur sur les lianes du Tschuggen ou sur des espaces gazonnés et boisés qui dominent la vallée ou qui en constituent l'assise. La plupart des habitations, des installations modernes, se trouvent en partie en pleins sapins, en partie à la lisière des forêts qui recouvrent les pentes des massifs montagneux. La configuration du sol est telle que presque partout les constructions se trouvent être placées en gradins; il en l'ésulte qu'elles sont plus ou moins isolées les unes des autres, chaque installation formant un clos, et que les inconvénients d'un entassement, d'une ligne de maisons ne sont pas à redouter. Arosa représente assez exactement le type d'une colonie à petits groupes de foyers isolés; la colonie s'étend il est vrai et se peuple toujours davantage, mais en continuant à conserver le cachet particulier qui, eu égard aux dangers du
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mur mitoyen, constitue un habitat tout à fait à part, et qui en vertu des conditions de topographie locale ne dégénérera jamais en une banale agglomération de ville d'eaux ou d'autre station climatérique de la plaine. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carte pour s'assurer qu'Arosa est entourée d'un immense cirque de montagnes qui la protègent des vents. Du côté du nord la vallée est abritée par le massif du Tschuggen, par le Bruggerhorn et le massif du Weisshorn; au sud elle est fermée par le Schalinchen et les monts du Wilschtabel; les Flattenhorner et le massif du Tschirpen s'élèvent comme une barrière à l'est, et à l'ouest le Schienhorn, le Furstahorn lui forment une paroi très haute. Arosa repose sous un large encaissement bordé, au centre, d'une vaste couronne de montagnes qui la protègent de toutes parts : elle s'appuie contre les flancs du massif nord et est, face au sud, en un étalement exposé au maximum d'insolation.
On peut distinguer à Arosa deux groupes principaux d'installations, correspondant à deux régions assez nettement difîérenciées l'une de l'autre. La région inférieure de la haute vallée s'étend des petits lacs jusqu'à la limite des forêts; ici la vallée est plus évasée, plus large ; les habitants se trouvent très irrégulièrement disséminés le long des flancs du Tschuggen, des hachures du terrain qui par places avancent pour reculer ensuite et former ainsi comme une baie très abritée; c'est aussi la région des belles forêts de sapins qui tapissent les deux côtés de la vallée; cette région est admirablement protégée des vents du nord, du nord-est et de l'ouest; par contre l'insolation y est un peu moindre — quebjucs minutes de moins seulement — que pour la région supérieure. En avant-poste et près des petits lacs nous trouvons dans cette région l'hôtel Seehof à 1700 mètres d'altitude, plus haut à 1780 mètres les hôtels Rhetia et Germania, très bien exposés face au midi. Un peu plus loin les hôtels Uothorn, Arosa, Victoria, Poste, bien situés, quoique un peu plus éloignés de la lisière des bois et à une altitude qui varie de 1750 à 1770 mètres ; plus bas, entouré d'une prairie garnie
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d'arbres, l'hôlel Naldliaus, et plus bas encore, à 1735 mètres, le Grand Hôtel, bien en évidence dans un endroit très abrité; de rares maisons, la poste, un chalet suisse, un bazar, puis, en suivant la route, la villa Egger (1800 m.), délicieusement cachée dans un beau groupe de sapins.
Dès ici la région supérieure commence. Plus de forêts, des pentes gazonnées sans arbres, ou des parois rocheuses. La vallée se resserre vers le bas. Toujours situés sur les flancs du Tschuggen, plus droits, plus nus, et par étages superposés, les autres groupes de villas et de pensions : la villa Tiirrer avec ses vérandas et son toit coquet; plus haut la pension Hervig (1855 m.); au bord de la route l'hôtel Bellevue à 1820 mètres, et plus loin la pension Brunold (1819 m.), la plus ancienne d'Arosa, sur un mamelon à gauche, l'Hôtel Kurhaus. A droite et plus haut, sur un petit plateau et perchée comme en observation, la maison de santé de M"' Hervig, les villas Vischer et Zanzen. Comme dernière limite de cette région très nue, mais bien ensoleillée, oii, par contre, le vent local qui remonte la vallée se fait sentir davantage que dans la région inférieure, le groupe de chalets des habitants premiers; chalets brunis par le temps, très propres, chacun entouré d herbe courte, avec leurs toits pointus où de grosses pierres grises couvrent les bardeaux. L'église aux murs badigeonnés de blanc, quelques chalets encore très isolés, puis les pâturages ascendants ; les sentiers grimpent, les cols se suivent à l'horizon entre les pics, les dents des massifs rocheux.
Lorsque la route ne conduisait que jusqu'à Langwies, à l'extrémité du val Schaufigg et que le trajet Langwies-Arosa devait se faire dans des conditions assez fatigantes, les visiteurs déjà ne manquaient pas à Arosa. C'étaient pour la plupart des excursionnistes, des professionnels en vacances, cherchant l'air pur et du repos, des amateurs de coins alpestres retirés que n'effrayaient ni l'isolement sur les hauteurs, ni la simplicité des premières installations d'une vallée cachée dans les alpes grisonnes. Alors déjà aussi, malgré les difficultés de l'ascension, un
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certain nombre de convalescents, <l"anénii(jues, y étaient vcnns de dilTérenlos parties de la Suisse orientale pour y l'ccouvrer leurs forces et bénéficier de l'air vivifiant de la contrée : simples visiteurs cnlliousiastes et malades reconnaissants, tous se minuit à vanter les conditions climatériques tout à l'ait exceptionnelles du mili(Mi dans le(iuel ils s'étaient restaurés, si bien que la réputation d'Arosa comme station climatérique d'été, une fois établie, ne fit que croître et s'étendre toujours plus, même au loin.
On ne com[)tait avant 1877 à Arosa que de très rares auberiics, entre autres VEf/ijff à Arosa et la légendaire .1 la vie/Ile Eve à Maran, bameau près d'Arosa; dilTérents habitants de la contrée s'étaient airanj:és de façon à recevoir des pensionnaires cbez eux. A mesure que le nombre des stalionnaires augmentait, les installations destinées à les recevoir durent forcément s'étendre aussi. En 1878 et 1879 se fondaient les premières pensions proprement dites : Wieland (actuellement hôtel Seeof) et Brunold. Depuis ce temps-là, comme nous l'avons vu, de nombreux liùtcls se sont ouverts; au point de vue de la subsistance et du confort, ils ne le cèdent, quoique sim[iles et un peu chers, en rien aux installations similaires d'autres localités alpines suisses; il en est de même pour les pensions; elles sont très bien dirigées et la vie y revêt un cachet plutôt familial.
L'histoire de Davos en tant que station climatérique d'hiver date d'hier, et cependant l'affluence des stalionnaires malades et bien portants, surtout depuis l'installation de la voie ferrée, est devenue telle, le développement industriel de Davos et des environs immédiats a pris une si grande extension, hôtels, l)ensions, magasins, lieux de plaisir, etc., qu'il en résulte un encombrement fâcheux et des conditions générales qui ne manquent pas d'inspirer de sérieuses réflexions. Le génie du lieu y a changé du tout au tout, au grand détriment de l'hygiène prophylactique, des soins rationnels à donner aux malades et de l'isolement relatif dans lequel pour être fructueux doit évoluer le traitement.
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Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, préoccupés de ces nombreux inconvénients qui s'en vont en croissant, les hygiénistes et les médecins se soient mis en quête d'une autre station alpine qui présenterait toutes les conditions favorables de Davos, sans en prendre les désavantages actuels. De différents côtés et presque en même temps, les yeux se portèrent unanimement sur Arosa, dont la topographie et les conditions climatologiques hors ligne avaient acquis à juste litre déjà comme station d'été une réputation européenne. L'attention du public médical très particulièrement avait été attirée au point de vue scientifique et curatif sur Arosa par une étude du docteur Egger, précédemment médecin de cette station, parue en 1886, si bien que des autorités scientifiques qui viennent juger sur place des conditions locales n'hésitèrent pas à déclarer Arosa actuellement qualifiée pour devenir une station cliinatérique alpine d'hiver de premier ordre. Sur ces entrefaites la route postale Langwies- Arosa arrivait à son parachèvement, les relations avec la voie ferrée à Coire devenaient plus promptes et plus fréquentes; de certains hôtels elles pensions s'arrangeaient de façon à recevoir des malades pendant toute la durée de l'hiver, si bien que depuis la saison 1890-91 le nombre des hivernements a subi un accroissement constant (60 environ pour l'hiver 91-92, 70 à 80 pour l'hiver 92-93).
L'arrivée toujours plus nombreuse des malades hivernants devait nécessairement créer de nouvelles exigences au point de vue des installations, des mesures hygiéniques diverses que toute collectivité réclame, des nouvelles conditions de vie matérielle, etc. La population et les autorités d' Arosa, tout en s'inspirant des expériences faites à Davos, se sont mises à la tàclie pour répondre aux nouveaux besoins qui se faisaient toujours plus sentir.
Les propriétaires d'hôtels et de pensions ont aménagé leurs installations en vue du séjour d'hiver, par la création et le perfectionnement dans les logements d'un plus grand confort, de galeries ou de promenoirs couverts, de chautïage central avec
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bouches de chaleur dans les salles et chambres à coucher, et les aménagements intérieurs que réclament l'hygiène et une prophylaxie sévère. Les autorités ont pourvu à une large distribution d'eau saine et fraîche; une source très abondante a été captée et l'eau sous pression arrive actuellement dans chaque étage, dans chaque local. Ce grand travail fait honneur à l'esprit de prévoyance et d'initiative de la population. Toute une canalisation d'égouts à système collecteur et à irrigation a été exécutée cette année-ci, de telle sorte qu'à 18G0 mètres d'altitude l'hygiène publique et le bien-être des particuliers bénéficient de mesures d'alimentation et de voirie que bien des villes réclament.
Le trajet de Coire à Arosa se fait en cinq heures et demie de diligence. A l'arrivée des trains à Coire ou peut, sur demande, trouver des voitures à deux et quatre chevaux : départ de la poste six heures du matin et deux heures quarante-cinq du soir.
Arosa est station météorologique depuis 1889. Les observations y sont faites par M. Jansens, sous le contrôle de la station météorologique centrale de Zurich. Les chiffres qui n'ont trait qu'à Arosa représentent les moyennes des observations faites durant la période 1889-92; les tableaux comparatifs entre Arosa, Zuricli et Davos ont été établis au moyen des données contenues dans les documents de la station centrale pour 1890. La pression barométrique est à Arosa d'environ 610 millimètres.
L'été n'y est pas chaud; l'hiver est froid. Le climat d'Arosa est un type de climat sur-alpin, par rapport au climat alpin ou sub-alpin d'autres stations climatériques suisses.
Température de iair :
Mois.
Maximum.
Mars Avril Mai.
Janvier.
Février.