‹ La cure de déchloruration dans le mal de Bright et dans quelques maladies hydropigènesChapitre 11 sur 41 · MÉTHODES D’ANALYSE · texte numérisé non relu

MÉTHODES D’ANALYSE

méthodes d’analyse. — De nombreuses méthodes d analyse ont été proposées pour doser le sel dans les aliments ou dans les excrétions. La méthode générale consiste à calciner la matière à analyser et à doser les chlorures dans les cendres. Pour les urines, même albumineuses, on peut employer la méthode plus rapide de Volhard (i) qui donne des résultats très exacts, et qui a le grand avantage de se faire entièrement à froid.

Le médecin doit savoir que parmi les analyses qu’il peut avoir à demander, le dosage du chlorure urinaire est un des plus simples et des plus rapides ; il peut donc très facilement obtenir de le faire pratiquer en série, plusieurs jours de suite ; ces analyses plusieurs fois répétées, demandent moins de peine dans leur ensemble qu’une analyse urinaire complète telle qu’on a l’habitude de l’imposer au pharmacien, analyse dont le médecin ne peut tirer aucun parti, si le malade n’est pas soumis à certaines conditions d’observation et de diététique.

Les méthodes très rapides de dosage des chlorures qui ont été proposées dans ces derniers temps sont d’une exactitude insuffisante. Il vaut mieux renoncer au dosage que de se baser sur des chiffres par trop approximatifs, d’autant plus que, par la pesée journalière du malade, comme nous le verrons plus loin, le clinicien possède un autre moyen très rapide d'apprécier la rétention chlorurée.

IV. — VARIATIONS PHYSIOLOGIQUES DE LA CHLORURATION ET DE L’HYDRATATION DE L’ORGANISME.

Il existe à l'état normal un état d’équilibre entre la chloruration et l’hydratation de l’organisme soumis d’une façon continue à une alimentation ordinaire.

(1) Cette méthode consiste à précipiter les chlorures de l’urine par un excès connu de nitrate d’argent; le sel non décomposé est ensuite dosé par le suli'ocyanatc d’ammoniaque en présence de l’alun de fer comme indicateur coloré.

Il suffit de préparer à l’avance des solutions titrées décinormalcs de nitrate d’argent et do sull'ocyanate d’ammoniaque, une solution saturée a iroid d alun de fer, d’avoir à sa disposition une pipette graduée, deux ballons jaugés, une burette graduée et un filtre, et en quelques minutes le dosage sera effectué.

Or, avant d’étudier les rapports existant entre la chloruration et l’hydratation dans certains étals pathologiques, il est intéressant de rechercher si l’on ne peut observer un changement •d’hydratation dans l’organisme normal en faisant varier brusquement le taux de la chloruration alimentaire.

Pour résoudre cette question, nous avons dressé le bilan (1) des chlorures chez des sujets normaux soumis à une alimentation absolument fixe, isohydrique, rigoureusement pesée et dont nous ne faisions varier que la chloruration. Après avoir prescrit un régime salé pendant l'application duquel nous •avions vérifié l’équilibre chloruré, nous avons supprimé brusquement le chlorure de sodium du régime qui ne renfermait plus que la petite quantité de sel contenue naturellement dans les aliments.

Chez un de nos sujets par exemple, après l’application de ce régime hyperchloruré, l’équilibre chloruré mettait trois jours à s’établir. En d’autres termes, pendant trois jours il y avait excès d’élimination chlorurée qui se chiffrait par une déchloruration totale de 11 grammes environ. En même temps le volume des urines avait augmenté et le poids du corps avait diminué de 1700 grammes. A ce moment, l'équilibre chloruré ■était atteint et le poids restait stationnaire, comme nous avons pu le véxùfier pendant quatre jours. Nous avons alors ajouté à ce même régime la dose quotidienne de 15 grammes de •chlorure de sodium qui avait été précédemment supprimée. Après trois jours, le poids était remonté de 1750 grammes; pendant deux jours, il y eut rétention chlorurée équivalente à la déchloruration précédente et le troisième jour l’équilibre •était rétabli.

Ainsi, nous avons bien provoqué une variation dans la chloruration de l’organisme, mais nous avions obtenu parallèlement une variation de l’hydratation. Le chlorure de sodium éliminé avait entraîné de l’eau, le chlorure de sodium fixé en avait retenu et cela dans les mêmes proportions.

Les variations en chlore total dans l'organisme entraînent des variations dans le même sens dans la quantité de liquides interstitiels et ces variations de quantités ont précisément pour

(1) Wid.vt, et Javal, Variations de la chloruration et de l’hydratation •de l’organisme sain [C. Ii. de la Soc. de Biol., 1904, p. 43G).

résultat de troubler au minimum leur concentration moléculaire.

Ainsi s’expliquent ces variations de quelques centaines de grammes si rapidement et si facilement obtenues au début des •cures d’amaigrissement et qui sont dues en partie à la déshydratation.

Dans la pratique on ne passe jamais d’un régime très chloruré à un régime aussi peu chloruré que possible, aussi n’observe-t-on dans ces conditions que de petites variations de poids par hydratation ou déshydratation.

Douze grammes de sel environ, iks,5 à 2 kilogrammes d’eau constituent les quantités flottantes que beaucoup de •sujets normaux peuvent perdre quand on leur impose des régimes présentant des différences de chloruration extrêmes. Ces chiffres peuvent présenter des variations en plus ou en moins, suivant les personnes, suivant les circonstances et suivant les moments. De même l’équilibre chloruré peut, suivant les cas, être plus ou moins long à s’installer; il ne peut s’établir qu’après dix, douze jours et plus. Ambard a observé sur lui-même une perte de 15 grammes de chlorures •et de 1 500 grammes de son poids avant d’avoir retrouvé son ■équilibre chloruré. Nous avons constaté que certains sujets normaux peuvent perdre jusqu’à 25 grammes de chlorures. Les grandes pertes de sel semblent s’observer surtout chez les personnes présentant un certain embonpoint. Jamais, cependant, nous n’avons vu le poids baisser de plus de 2 kilogrammes, alors même que le régime déchloruré maintenu isohydrique et isothermique était continué pendant plusieurs semaines.

Chez un sujet en état d’équilibre chloré, l’absorpfion continue d'une grande quantité d’eau occasionne la polyurie mais n’entraîne pas de polychlorurie. L’étude des échanges que nous avons faite sur des polyuriques nerveux avec Lemierre et Digne (1) est démonstrative à cet égard. L’excrétion ■chlorurée chez de tels sujets ne diffère en lien de celle des individus normaux. Ils sont polyuriques parce qu’ils boivent beaucoup, étant avant tout polydipsiques, mais s’ils deviennent souvent polychloruriques, c’est uniquement parce que les caprices de leur appétit de nerveux les poussent à consommer

(1) WToal, Lemieriie et Digne, loc. cil.

une grande quantité de sel. Qu’on vienne à leur imposer un régime hypochloruré, tout en continuant à leur donner de quoi satisfaire leur soif, ils resteront polyuriques, mais la quantité des chlorures éliminés se proportionnera à celle des chlorures absorbés. Ainsi, un de nos polyuriques continuait à uriner de 8 lit. 500 à 13 litres par jour, alors que n’absorbant plus que la dose quotidienne de 6 à 7 grammes de chlorures, il en éliminait la quantité correspondante. Les urines à ce moment étaient tellement diluées que leur point cryoscopique tomba certain jour à — 0,17.

Les grands courants d’eau qui traversent l’organisme des polyuriques ne dépouillent donc pas leurs humeurs et leurs tissus des chlorures nécessaires au maintien de l’équilibre osmotique; le fait est à rapprocher de celui observé chez les animaux d’eau douce qui conservent fixe leur chloruration, tout en vivant dans un milieu dont l’action osmotique tend sans cesse à les déchlorurer.

A. Mayer (1) a constaté qu’en réduisant l’eau ingérée au minimum sans réduire le sel absorbé, on obtenait une déshydratation très petite et passagère. Si on réduit l’eau absorbée sans réduire le sel, la concentration de nos humeurs ainsi produite retentit sur le système nerveux et, d’après la théorie remarquablement développée par Mayer (2) dans sa thèse, produit une soif compensatrice irrésistible jiisqu’à ce que nos humeurs soient revenues à leur concentration normale.

L’équilibre entre le sel et l’eau est un besoin tellement physiologique qu’on ne peut chez un sujet normal faire varier dans des limites extrêmes la quantité de sel absorbée sans faire varier dans une certaine mesure la quantité d’eau fixée (3). L’entrée et la sortie de cette quantité d'eau flottante sont réglées en grande partie par la chloruration.

Au cours de certains états morbides, dont le type est la

(1) MAYEn, loc. cit.

(2) Mayer, Essai sur la soif, ses causes et son mécanisme, Th. Paris,

(3) Labdé et Morchoisne (Le métabolisme de l’eau et des chlorures; Revue de méd., avril 190b, p. 250 ) ont oblenu récemment des résultats confirmatifs et ont conclu de leurs observations que les brusques variations de poids observées d’un jour à l'autre chez un sujet sain sont dues uniquement à des rétentions ou à des décharges brusques d’eau et do chlorures.

néphrite à prédominance épithéliale, le chlorure de sodium, retenu à certains moments dans l’organisme du fait de l'imperméabilité rénale, détermine l’hydratation des tissus. Dans nombre de cas, la masse de l’oedème ainsi formé se proportionne assez régulièrement à la quantité de sel retenu, c’est dans ces cas que l’on peut suivre d’une façon schématique les bons effets de la cure de déchloruration.

Commençons donc par étudier les effets de la rétention du chlorure de sodium chez ces brightiques à poussée de néphrite épithéliale. Nous aurons à étudier ensuite si dans d’autres états morbides le chlorure de sodium retenu occasionne également l’hydratation et l’œdème.

On sait qu’au cours de certaines néphrites les chlorures insuffisamment éliminés sont retenus dans l’organisme.

C’est par les reins que s’élimine à l’état normal l’excès de chlorures inutiles à nos besoins et que s’établit l’équilibre entre leur entrée et leur sortie. Aussi lorsqu’au cours du mal de Bright on note une rétention de ces substances, il y atout lieu de penser que c’est au niveau des* reins lésés qu’elles ont été arrêtées au passage. C’est là une conception si naturelle qu’elle se passe de longs commentaires.

Les troubles cardiaques, vasculaires ou nerveux, ne sont que des facteurs secondaires. Achard a invoqué encore l'action de facteurs interstitiels ; mais leur rôle, encore hypothétique, ne saurait être en tout cas qu’accessoire. Les auteurs comme Achard (1) ou Ambard qui croient à leur action sont d’ailleurs obligés de se rallier à une opinion mixte et de

(1) Achard indique, en particulier, l'urée comme substance capable de retenir les chlorures dans les tissus. Des arguments d’ordre physique apportés par Amdard (Semaine mécl., 1901, p. 313) et des arguments d'ordre biologique que nous développerons au chapitre IX montrent qu’il est difficile de souscrire à une telle opinion, au moins pour l’urée. Pour Ambard, des déchets toxiques non éliminés par les reins agiraient pour attirer les humeurs œdémateuses dans les tissus ; ces substances albuminoïdes toxiques rentrent dans la première catégorie des lymphagogues de lleidenhain. Ce n’est là d’ailleurs qu’une hypothèse et il est à noter que la rétention chlorurée s’observe fréquemment chez les brightiques en dehors de toute rétention azotée.

faire quand même une part aux reins pour expliquer la rétention.

Ce rôle des reins est bien mis en évidence par une série d’expériences faites sur les hommes et sur les animaux.

Ainsi Lépine (1) a vu que les chlorures éliminés par un. rein lésé par contre-pression étaient moins abondants que ceux éliminés par le rein sain.

Dans les cas de néphrite unilatérale rapportés par Albarran et Bernard (4), Casper et Richter (3), Y. lllyès et kovesi (4), le cathétérisme des uretères a permis encore de constater que l’urine provenant du rein malade était plus pauvre en chlorures que l’urine provenant du rein sain.

CHLORURATION ET DÉCHLORURATION CHEZ LES BRIGHTIQUES.— RAPPORT

entre la chloruration et l’hydratation. — L’action du sel retenu sur l’apparition de l’œdème de certains brightiques, et inversement l’action déshydratante de la cure de déchloruration peuvent chez certains sujets être mises en évidence avec toute la rigueur d’un fait expérimental.

Pour qu’un tel exemple ait toute sa force démonstrative, on doit imposer certaines règles diététiques au sujet qui le fournit.

Le malade doit êtte soumis tantôt au régime lacté, tantôt à des régimes composés d’aliments très simples, mais variés et toujours strictement pesés. Il faut avoir soin de composer toujours ces régimes de telle sorte qu'ils soient à peu près de même richesse en albuminoïdes et à la fois isothermiques et isohydriques, c'est-à-dire, fournissant à l’organisme le même nombre de calories et contenant la même quantité d'eau. De grands écarts dans la quantité de boissons pourraient en effet troubler les conditions de l’observation.

(1) Lépine, Modifications dans la composition de l’urine sous la dépendance des troubles apportés au fonctionnement du rein (Gaz. hebd., 1898, p. 364).

(2) Albarran, Tuberculose rénale et pyélite tuberculeuse, diagnostiquée au début de leur évolution par le cathétérisme urétéral (Soc. de chirurgie, 24 octobre 1900).

(3) Casper et Richter, Funktionnclle Nierendiagnostik, Berlin, 1901.

(4) V. Illyès et Kovesi, Der Verdunnungsversucb im Dienste der funktionnellen Nierendiagnostik (Berlin, klin. Wochenschrift, 14 avril 1902).

CHLORURATION ET DÉCHLORURATION CHEZ LES BRIGHTIQUES. 31

En opérant de la sorte, il est facile de voir si, pour une même quantité d’eau absorbée, on observe réellement de grandes variations dans l’hydratation de l’organisme, et cela uniquement suivant le degré de chloruration du régime. On peut encore s’assurer ainsi, que les grandes variations de l'albuminurie n’ont rien à voir avec la quantité d’albuminoïdes toujours à peu près la même, fournie par les différents régimes.

Dans un cas d’étude il est encore nécessaire d’établir le bilan des échanges en chlorures et en eau. Il faut, pour cela, noter chaque jour la quantité des urines, et en doser les chlorures : il faut, d’autre part, calculer parallèlement la quantité de sel contenu dans les aliments ingérés, et l’additionner à la quantité de chlorure de sodium pris en nature, pendant les périodes où le malade est soumis à l’épreuve de la chloruration alimentaire.

On a ainsi tous les éléments pour étudier les rapports entre les différents régimes imposés au malade et les variations de son poids, de son hydratation, de ses œdèmes, de son albuminurie et de sa chloruration.

Pendant soixante-douze jours nous nous sommes imposé ces conditions d’observation pour l’étude d’un brightique à prédominance épithéliale. C’est l’histoire de ce malade qui nous a permis de prouver pour la première fois l’action bienfaisante du régime déchloruré chez les brightiques : on trouvera sa courbe ci-après (p. 34 et 33).

Durant ce long temps, neuf fois nous avons fait varier brutalement la chloruration du régime, soumettant notre sujet pendant quatre périodes à une alimentation chlorurée et pendant cinq périodes à une alimentation déchlorurée.

En changeant ainsi neuf fois chez notre malade la chloruration du régime, nous avons provoqué alternativement quatre fois la rétention de chlorures et cinq fois la déchloruration de l’organisme.

L hydratation et la déshydratation des tissus se sont toujours montrées parallèles à la chloruration et à la déchloruration. Quatre fois nous avons noté la rétention des chlorures et quatre fois nous avons noté l'augmentation simultanée du poids par hydratation. Deux fois nous avons pu pousser cette hydratation jusqu’à l’apparition de l’œdème. Cinq fois nous avons provoqué la déchloruration, et cinq fois nous avons

noté parallèlement une perte de poids par déshydratation.

Voici un malade qui, depuis le début de sa néphrite, ne pouvait plus supporter une alimentation solide sans voir immédiatement les œdèmes apparaître et l’albuminurie s’élever. Il lui suffisait de quelques jours de régime lacté pour voir les œdèmes s’effondrer et l’albuminurie diminuer.

Or, chez cet homme, nous avons pu, avec le régime lacté, faire éclater les crises d’œdème et d’albuminurie; avec un régime composé de 400 grammes de pain ou de 1 000 grammes de pommes de terre, nous avons pu à volonté faire disparaître l’œdème et diminuer l’albuminurie.

Qu’a-t-il fallu pour produire des effets si contraires? Simplement intervertir la chloruration ordinaire des régimes. Dix grammes de chlorure de sodium pris quotidiennement avec le lait ont suffi pour en faire le plus malfaisant des aliments. La suppression du chlorure dans le régime carné l’a rendu si favorable, que le temps où le malade l’a suivi, a été celui où la courbe d’albuminurie est descendue le plus bas.

pathogénie de L’ŒOÈ/yiE. — le PRÈCEOÈiviE. — L'hydratation, chez le sujet dont nous rapportons l’histoire, se faisait en deux temps, d’abord sous forme d’infiltrations profondes, inappréciables à l’œil et au toucher, puis sous forme d’œdèmes sous-cutanés apparents.

L’œdème est l’indice d’une hydratation déjà avancée de l’organisme. La rétention des chlorures et l’hydratation qui s’ensuit, existent depuis quelque temps déjà quand s’observe pour la première fois sur le membre infiltré d’un néphritique le godet d’œdème. Entre l’hydratation normale d’un brightique non œdémateux et le degré d’hydratation pathologique qui se traduit par l’œdème, il y a place pour une hydratation progressivement croissante et non apparente ; c’est là ce qui constitue ce que nous avons appelé le préœdème.

Ainsi, chez notre malade le poids avait oscillé suivant les régimes entre les limites extrêmes de 5G et 66 kilogrammes, comme on peut le voir sur la courbe ci-après. Au moment où dans sa courbe ascendante, sous l’influence de la chloruration, le poids franchissait 62 kilogrammes environ, l’œdème faisait son apparition; inversement, lorsque sous l’influence de la déchloruration, le poids dans sa marche descendante, tombait,

PAT IIOGÉN I E LIE L’ŒDÈME. — LE PRÉŒDÈME.

à I kilogramme près, au-dessous do ce môme chiffre de 02 kilogrammes l'œdème s’effacait. Il y avait donc pour l’organisme de notre malade une tolérance d’hydratation sans œdème de 6 kilogrammes. Chez de tels sujets les organes doivent être infiltrés d’un œdème histologique semblable à celui que Achard et Lœper ont constaté entre les faisceaux musculaires des animaux après ligature du pédicule rénal.

Il est courant de voir l’apparition de l’anasarque précédée par une infiltration profonde qui se chiffre par une quantité d’eau oscillant antour de ce poids de G kilogrammes; cette quantité peut naturellement varier d’un sujet à l’autre. Ainsi, lorsque 1’œdème devenu apparent reste partiel ou segmentaire, il peut n’avoir été précédé que par une hydratation profonde oscillant entre 1 et 2 kilogrammes par exemple.

La balance nous permet ainsi de prévoir presque à jour fixe l’apparition de l’œdème en nous donnant le moyen de suivre jour par jour l’augmentation du poids, pendant toute la période du préœdème.

Dieulafoy (1) avait montré comment la chute du poids suivait progressivement la fonte des grands œdèmes. Chauffard (2) nous avait appris quels utiles renseignements pouvait donner la courbe du poids pris systématiquement chez les malades hydropiques. Nous avons fait voir de notre côté comment par ce procédé, avant que les infiltrations soient devenues apparentes, on pouvait déjà dépister l’hydratation et en noter les progrès.

J. Courmont et Genet (3), puis Cordier (4) dans sa thèse ont publié de nombreuses observations confirmatives, où, par la simple courbe du poids, la marche de l’anasarque et les rapports avec la chloruration sont rendus très visibles.

(1) Dieulafoy, Clinique méd. de l’Hôtel-Dieu de Paris, I II 1807-98 p. 242.

(2) Chauffaiid, De la méthode des pesées quotidiennes pour l'évaluation quantitative des épanchements du péritoine et de la plèvre ( Semaine méd., 1901, p. 233).

(3) .t. Couhmont et Genet, Importance de la pesée journalière des malades en puissance d'anasarque. Pouvoir déchlorurant de la digitale et de la théobromine chez les cardiaques et chez les brightiques Uiull. et mém. de la Soc. méd. des hôp., 1904, p. 810).

(4) Cordier, Cure do déchloruration dans l’anasarque, Th. de Lyon,

Win al et Javal, — Cure de déchloruration.

Na Cl et Albumine

Na Cl ing »5,So

Alors même <|ii'il s’agit d’un œdème apparent, il est parfois délicat d’apprécier en clinique par la vue ou par le toucher si l’infiltration progresse ou diminue. Sans que la masse d’infiltration augmente, l’œdème peut se déplacer d’un jour à l’autre, suivant la position prise par le malade et parfois même sans raison apparente, sans doute sous la seule influence de causes vasculaires ou nerveuses. Ici encore la balance nous fournit le moyen d’appréciation que nos sens ne peuvent nous donner, et dit si l’infiltration a réellement augmenté ou régressé.

Pour suivre exactement la courbe du poids des malades, il suffit de prendre des précautions très simples ; peser le sujet tous les jours à la même heure, avec une chemise toujours de même poids, à un moment aussi éloigne que possible du repas, par exemple le matin au réveil et apres exonération urinaire et fécale.

Chez un brightique soumis à un régime dont on connaît la teneur en chlorure, la courbe du poids peut, sans fournir tout naturellement des renseignements aussi précis que la courbe des chlorures urinaires, montrer dans nombre de cas, avec une exactitude suffisante pour le médecin, si le sel ingéré est ou n’est pas retenu dans l’organisme.

La balance devient ainsi l'instrument clinique indispensable et presque toujours suffisant pour régler, au point de vue des chlorures, le régime diététique des sujets en puissance ou en imminence d'œdème. On ne saurait trop insister sur le secours précieux qu’elle peut apporter dans la pratique.

Les œdèmes apparents qui distendent largement le tissu cellulaire sous-cutané, représentent la localisation la moins dangereuse de l’hydratation; ils ne constituent guère qu’une difformité qui les immobilise et sont surtout à craindre par les complications infectieuses d’origine cutanée.

Bien plus redoutables sont ces œdèmes qu’on ne voit pas et qui sont décelables seulement parla balance. Infiltrant profondément les organes, ils peuvent prêter à l’éclosion des symptômes viscéraux variés, englobés pendant longtemps dans le cadre général de l'urémie et qui dépendent de ce que nous avons appelé la clilorurémie , mot qui désigne l’état de rétention chlorurée, sans préjuger en rien d’une rétention dans le sang.

La clilorurémie viscérale peut s’accuser par des troubles

PATIIOGÉNIE DE L’ŒDÈME. — LE PRÉŒDÈME. 37

divers relevant du poumon, de l'estomac, de 1 intestin, des centres nerveux et même des reins.

Chez un malade entré dans notre service sans œdèmes apparents, avec de l'albuminurie etune dyspnée profonde, nous avons vu, sous l’influence d’un régime carné déchloruré, la respiration se calmerai! fureta mesure que le poids diminuait.

La balance nous montra qu’un excès de 6 litres d’eau infiltrait les tissus de cet homme, alors qu'aucune trace d’œdème ne pouvait déceler un tel supplément d’hydratation. Ladyspnée qu'il avait présentée était duc uniquement à l’infiltration profonde de scs poumons.

Les vomissements et la diarrhée sont parfois les témoins des efforts faits par l’organisme pour se débarrasser du sel retenu dans les tissus.

En calculant la quantité de chlore évacuée dans le vomissement total de certains urémiques, nous (1) avons constaté qu’elle pouvait dépasser la quantité urinée, et la quantité absorbée. Certains jours, tel malade n’absorbait que de l’eau lactosée et vomissait de l’eau salée. Le vomissement chlorurémique apparaît ainsi dans nombre de cas comme une déchloruration de fortune.

On savait que les vomissements des brightiques renferment souvent une notable quantité d’urée. Nos recherches prouvent que l’urémie gastrique entre souvent dans le syndrome de la chlorurémie. La diarrhée, comme nous l’avons montré, peut être aussi un de ces petits moyens de défense que l’organisme emploie contre la chlorurémie. Seuls les reins peuvent assurer une élimination suffisante et durable ; mais il n’en est pas moins intéressant de montrer par quels moyens accessoires l’organisme essaie de se libérer du sel qui l’encombre.

Toute une série de symptômes nerveux qui éclatent au cours du mal de Bright reconnaissent pour cause l’imprégnation chlorurée des centres nerveux, corticaux et bulbaires : tels la céphalée, la respiration de Cheync-Stokcs et les crises éclamptiques. Chez un de nos malades la respiration de Cheyne-Stokes disparut avec la déchloruration et chez un autre, suivi avec Lemierre, les attaques éclamptiques, pi évoquées par deux lois sous 1 influence d un régime trop

(1) Widal et Javal, La chlorurémie gastrique (C. II. de la Soc. de Biol., 1904. p. 516).

salé, cédèrent rapidement à l’application de la diète chlorurée.

L’action puissante et rapide de la cure de déchloruration montre bien que de tels symptômes étaient fonctions de clilorurémie.

RAPPORT ENTRE LA CHLORURATION ET L’ ALBUMINURIE. — L’albllininurie, ce symptôme capital des néphrites, est souvent influencée par la chloruration du régime. Elle est alors une manifestation de chlorurémie ayant retenti sur le rein lui-même.

La courbe de l’albuminurie chez le malade dont nous avons résumé plus haut l’histoire, a suivi, comme on peut le voir sur le tracé (p. 34), une évolution des plus remarquables ; elle a toujours varié dans le sens de la chloruration du régime, s’élevant ou s’abaissant suivant la quantité de chlorure de sodium ingérée. Cette observation est. la première, croyonsnous, dans laquelle on ait noté l’influence de la chloruration du régime sur le degré de l’albuminurie.

Gadaud (1) a rapporté dans sa thèse une série d'observations prises dans notre service où est étudiée l'influence de la déchloruration sur l’albuminurie.

Chez un des deux malades atteinLs de néphrite parenchymateuse dont nous avons rapporté l’observation avec Lemierre (2), le parallélisme existait entre les courbes d’albuminurie et d’hydratation; chez l’autre, la chloruration alimentaire avait été sans action sur l’albuminurie.

Le rapport entre le degré de l’albuminurie et le degré d’hydratation et de chloruration, sans être constant, s'observe fréquemment. Béco ne l’a pas toujours constaté, mais de nombreuses observations confirmatives ont été rapportées par différents auteurs.

Àchard (3) dans un cas de dégénérescence amyloïde, Vaquez (4) dans un cas d’albuminurie orthostalique, Castaigne et Iialhery (o) dans plusieurs cas de néphrite

(1) Gadaud, La cure do déchloruration et l’œdème brighliquc, Thèse de Paris, 1904.

(2) Widal et Lemiemœ, loc. cit.

(3) Achaiid, liull. et mèm. de la Soc., niéd. des kôp., 1903, p. 998.

(4) Vaquez, Bull, et mèm. de la Soc. mcd. des hop., 1903, p. 999.

(3) Castaigne cl. Ratiiehy, Etude expérimentale de l’action des solutions de chlorure de sodium sur l’épithélium rénal ( Semaine méd., 23 septembre 1903, p. 309).

Page 1