‹ La cure de déchloruration dans le mal de Bright et dans quelques maladies hydropigènesChapitre 12 sur 41 · RAPPORT ENTRE LA CHLORURATION ET L’ALBUMINURIE · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE LA CHLORURATION ET L’ALBUMINURIE

interstitielle, ont constaté celte action du sel alimentaire sur l'albuminurie.

Sicard (1) a rapporté une intéressante observation où il a constaté une forte poussée d’albuminurie provoquée chez un brightique après chloruration alimentaire, sans qu’il ait pu constater une augmentation du poids du corps.

Ainsi, la cure de déchloruration agit souvent très favorablement sur les différentes formes d’albuminurie brightique; elle peut faire disparaître les petites albuminuries et faire diminuer les grosses. Par contre, chez les brightiques que nous avons suivis (2), nous n’avons pas constaté que la nature et la quantité des albuminoïdes du régime aient l’influence qu’on leur avait prêtée sur le degré de l’albuminurie.

Diverses opinions ont été émises pour expliquer l’influence du chlorure de sodium ingéré sur l’albuminurie de certains brightiques.

Dufour a pensé qu’il s’agissait d’uné action toxique du chlorure de sodium sur l’épithélium rénal. Claude croit qu'il s’agit d’une incapacité fonctionnelle du rein due au surmenage imposé par une élimination trop considérable des chlorures. Achard pense plutôt que les chlorures agissent en quelque sorte mécaniquement en tant que molécules encombrantes. Castaigne et Rathery ont montré qu’m vitro les solutions de chlorure de sodium n’ont pas d’action toxique sur 1 épithélium rénal et ils en concluent que le sel peut être osmonocif, mais non, à proprement parler, toxique pour 1 épithélium rénal. Les expériences de Lesné et Ch. Richet fils ont établi, d’autre part, qu’on diminuait la toxicité des poisons, en injectant en même temps qu’eux du chlorure de sodium.

C est 1 œdème qui, suivant nous, en se localisant au niveau du rein, augmente dans certains cas l’albuminurie.

Le lein peut être pris à son propre piège. Les chlorures qu il retient peuvent infiltrer son parenchyme, et en produire 1 hydiatation, tout comme il détermine d’autres œdèmes

(1) J. -A. SicAitn, Chloruration et poussée albuminurique consécutive sans augmentation de poids du corps [Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôp., 1905, p. 88).

(2) Widal et Javal, Influence de la cure de déchloruration sur l’albuminuiie biighlique (è. H. de la Soc. de Biol., 1904, p. 124).

viscéraux. Du fait de l'oedème rénal ainsi réalisé, comme l’un de nous l’a signalé dans un travail antérieur (1), on peut voir s’élever le degré de la rétention chlorurée en même temps qu’augmente le taux de l’albuminurie.

L’histoire d’un de nos brigh tiques est probante à ce sujet. Ce malade, avec un régime contenant environ 3 gr,mm°s de sel, était en équilibre chloruré et éliminait environ 2 à 3 grammes de chlorures chaque jour : sous l'influence d’une addition quotidienne de 5 grammes de sel à son alimentation, le chiffre des chlorures urinaires, au lieu de s’élever, tomba entre 1 et 2 grammes, en même temps que l’albuminurie réapparaissait et que le poids s’accroissait progressivement ; l’hydratation du rein avait du même coup, chez ce malade, provoqué l’albuminurie et augmenté son imperméabilité poulies chlorures.

L’œdème dans les reins est d’ailleurs constatable au microscope, au niveau du tissu cellulaire, comme l’a signalé, il y a longtemps, déjà Renaut ; il est même constatable au niveau de l’épithélium, comme le montre bien, dans le livre de Cornil et Brault (2), une ligure où l'on voit des cellules épithéliales des tubuli d’un brightique énormes et gorgées de liquide.

Comme les molécules de chlorure de sodium arrêtées au niveau du rein malade quittent rapidement le sang pour passer dans les tissus, on conçoit que l’analyse des chlorures du sang ne révèle pas une augmentation de ce sel en rapport avec sa rétention. Les chiffres que nous avons obtenus concordent avec ceux de Achard et Lœpcr (3). .Nous avons vu de plus, comme ces auteurs, qu’on pouvait, chez certains brightiques, observer une légère majoration du chiffre normal des chlorures du sérum sanguin. Ainsi, au lieu de 3 à (i grammes de chlorures par litre, il nous est arrivé d'en trouver (i à 7 grammes chez des malades en état de rétention chlorurée.

(1) Widal, La cure de déchloruration dans le mal de Bright (Bull, de la Soc. de l’Internat des h/ip. de Paris, lüO-i, p. 9, et A rchives gén, de méd., 1904, p. 1293).

(2) Connu, et Biuult, Étude sur la pathologie du rein. Paris, 1881, pl. IV.

(3) Loeper, Mécanisme régulateur de la composition du sang, Thèse de Paris, 1903.

VARIATIONS DE LA PERMÉABILITÉ DU REIN

L’hypertension artérielle, qui, pour Vaquez et pour A libertin et Ambard, est avant tout, chez les brightiques, la conséquence de l’hyperplasie des glandes surrénales, pourrait, d’après Ambard et Beaujard, être influencée par la chloruration ; elle augmenterait du fait de la rétention chlorurée et diminuerait sous l’influence du régime déchloruré.

Il ressort des faits que nous avons développés dans ce chapitre que, sous l’influence du sel retenu au cours de certaines néphrites, peuvent se développer des infiltrations superficielles et profondes.

Inversement, sous l’influence des régimes déchlorurés, on peut voir s’effondrer les œdèmes sous-cutanés et disparaître, au cours de l’urémie, toute une série d’accidents viscéraux, tels que troubles gastriques ou intestinaux, troubles nerveux, s'ils sont bien sous la dépendance de la rétention chlorurée.

VI. — VARIATIONS DE LA PERMÉABILITÉ DU REIN POUR LE CHLORURE DE SODIUM AU COURS DU MAL DE BRIGHT.

La rétention du chlorure de sodium se fait avant tout au niveau du rein frappé d’imperméabilité pour ce sel, mais il faut savoir que, lorsque le malade n’est pas parvenu à la phase cachectique de son affection, cette imperméabilité n’est en général que relative; nous avons essayé de montrer comment le degré de cette imperméabilité variait d’un sujet à 1 autre, et variait même chez un même sujet d’une période à l’autre de la maladie.

Cette imperméabilité peut être très considérable, mais elle n est jamais absolue. On observe souvent des brightiques œdémateux qui, dans la période terminale de la maladie, ne rendent plus que quelques centigrammes de chlorure de sodium par les urines; mais le plus souvent un brigh tique, même lorsqu il a une très grande tendance à faire des œdèmes, élimine cependant en général plusieurs grammes de chlorure de sodium par ses urines. En un mot, le rein peut suffiie encore à 1 élimination d’une dose restreinte de chlorure de sodium. Si cette dose n’est pas dépassée dans l’alimen-

VARIATIONS DE LA PERMÉABILITÉ DU REIN

talion, en d’autres termes si le régime est suffisamment déchloruré, on n’observera pas de rétention.

On conçoit donc qu’une dose de sel ingérée par un brightique peut être plus ou moins nocive suivant le degré d’imperméabilité rénale qui en règle la rétention.

Expliquons-nous par des exemples :

Supposons un brightique dont les reins peuvent encore éliminer au maximum 10 grammes de chlorure de sodium par les urines. Si cette dose de 10 grammes n’est pas dépassée dans l’alimentation ordinaire, on n’observera pas chez lui de rétention chlorurée. Ainsi tel sujet peut être atteint d’une imperméabilité relative qui ne se révèle ni à lui, ni à son médecin, parce que son système gloméro-tubulaire suffit encore à l’élimination de la dose relativement considérable de chlorures contenus dans une alimentation ordinaire. Mais que survienne une chloruration alimentaire intensive, et tout le sel en excès qui ne pourra être éliminé par le rein sera retenu dans les tissus dont il provoquera l'hydratation.

Supposons maintenant un brightique atteint d’une imperméabilité telle qu’il ne puisse éliminer plus de 7 grammes de chlorure de sodium par les urines.

Soumis à un régime alimentaire ordinaire qui contient toujours au moins 10 grammes de sel, un tel sujet fera forcément de la rétention chlorurée et de l’hydratation.

Soumis, au contraire, au régime lacté, ce malade n’absorbera pas plus de 5 à (> grammes de chlorure de sodium en vingt-quatre heures, c’est-à-dire une dose inférieure à celle qu’il peut encore éliminer.

Sous l’intluence d’une telle alimentation, loin de s’infiltrer, un tel malade pourra, au contraire, se déshydrater partiellement.

Chez certains malades, le régime lacté, bien qu’étant un régime hypochloruré, peut être inefficace et même nuisible parce qu’il contient trop de chlorures encore par rapport au degré de la perméabilité rénale.

Supposons, en effet, un malade dont les reins sont incapables d’éliminer plus de 2 grammes de chlorure de sodium par vingt-quatre heures. En lui prescrivant le régime lacté à la ration d’entretien, c’est-à-dire à la dose de 3 litres à 3 litres 1/2 par jour, on le forcera à absorber 5sr,50 de sel

VARIATIONS DE LA PERMÉABILITÉ RU REIN

environ, c'est-à-dire 3e'\50 en plus de la quantité qu’il peut éliminer. La presque totalité de cet excès de sel sera retenue dans les tissus et l’œdème apparaîtra. Ainsi, nous avons suivi un brightique qui se chargeait d’œdèmes sous l influence du régime lacté et qui se déshydratait sous l’influence du régime déchloruré. Le bilan des chiorures dressé chez ce malade nous montrait que les reins ne permettaient le passage qu a une quantité de sel oscillant entre 1er, 50 et 4 grammes, suivant les périodes de la maladie.

Chez le malade dont la courbe est figurée p. 34 et 35, dans les périodes où lès doses quotidiennes de chlorure de sodium ingérées étaient de le‘,50, 2e', 35 et 5ffr,50, les quantités éliminées étaient toujours supérieures à ces cm (Ires ; le poids du malade diminuait parallèlement. Ce fait montre que les réserves de chlorure de sodium accumulées dans les tissus pouvaient encore s’éliminer en plus des quantités ingérées. Au contraire, avec une ingestion quotidienne de 11er, 50 et a fortiori de 15e'1, 50 et de 20 e'1, 50, les quantités de chlorure ingérées ne s’éliminaient pas et s’infiltraient en partie dans les tissus. On peut donc en conclure qu’à cette époque la perméabilité rénale était conservée pour une dose variant entre 5e', 50 et llgl’,50 de chlorure de sodium ingéré.

Un mois après la dernière période inscrite sur notre graphique la perméabilité rénale de notre malade pour le chlorure de sodium était améliorée, mais non complètement rétablie. Les reins pouvaient suffire à l’élimination de la dose quotidienne de 11e1', 50 de chlorure, mais non à celle de 10er,50 qu’on lui faisait absorber. A ce moment la perméabilité pour le chlorure de sodium était donc comprise entre 11er, 50 et 16e'', 50, et le malade aurait pu supporter un régime alimentaire ordinaire qui, le plus souvent, ne renferme pas plus de 10 à 12 grammes de chlorure de sodium; la même alimentation, à l’époque où la capacité d’élimination était inférieure à 11er, 50, aurait provoqué chez lui la rétention du sel et les

œdèmes.

Lorsque, chez un malade, la limite de perméabilité aux chlorures est voisine des doses contenues dans une alimentation ordinaire, on conçoit que, sous l’influence de régimes non contrôlés, des œdèmes puissent apparaître à la suite de simples excès de nourriture.

VARIATIONS DE LA PERMÉABILITÉ DU REIN

A côté de l’imperméabilité rénale, il faut compter aussi avec l’état de chloruration de l’organisme. Moins le malade aura antérieurement accumulé de chlorure de sodium en excès dans scs tissus, et plus il aura des chances d’éliminer les doses qu’il ingérera.

Acertainespériodes de la maladie, chez certains brightiques, la perméabilité aux chlorures semble se rétablir spontanément d’une façon presque complète. Nous avons suivi des malades qui, entrés à l’hôpital avec l’œdème, pouvaient, au bout de peu de temps, voir leurs infiltrations disparaître malgré l'ingestion quotidienne de 20 grammes de chlorure. Chez de tels sujets, la cure de déchloruration stricte n'a pas besoin d’être suivie longtemps.

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