EXPLICATION DE L’ACTION CURATIVE DU RÉGIME DÊCHLORURÈ SUR LES
œdèmes de certains brightiques. — On comprend bien, d'après les données que nous avons exposées, que les infiltrations n’augmentent pas chez un brightique soumis à une alimentation pauvre en sel, mais comment s’expliquer l’action curative si remarquable du régime déchloruré chez certains brightiques? Pourquoi sous son influence cette fonte rapide des œdèmes dans les proportions considérables que l’on note chez certains malades ?
La notion de l’imperméabilité relative du rein de certains brightiques pour le chlorure de sodium en donne l’explication.
Supposons qu’à un de ces brightiques atteint d’imperméabilité rénale relative et infiltré d’œdèmes à la suite d’une période d’alimentation largement chlorurée, on impose brusquement un régime aussi peu chloruré que possible, ne contenant par exemple que lBl',50 de chlorure de sodium, quantité très inférieure à celle que les reins peuvent encore éliminer. Si l’appareil circulatoire a conservé sa force, ce qui est la règle chez un brightique à prédominance épithéliale, les liquides d’infiltration seront chassés par l’impulsion cardiovasculaire, et les réserves chlorurées mobilisées pourront cire éliminées par le rein, dans la proportion comprise cnlre la quantité de chlorure de sodium absorbée et la quantité de ce sel pour laquelle le rein est encore resté perméable. La perte des chlorures préalablement retenus eu excès dans l’organisme continuera à se faire dans la proportion de la perméa-
bililc conservée tant que le régime hypochloruré sera imposé au malade. Chez certains sujets le degré de la perméabilité augmente même au fur et à mesure de la déshydratation, sans doute parce que le rein, perdant comme les autres mscères une partie de l'oedème qui 1 infiltrait, améliore son lonclionnemcnt.
On voit ainsi le même malade faire des œdèmes sous l'influence d’une alimentalion riche en sel, en éliminant beaucoup moins de chlorure de sodium qu il n en absorbe, et on le voit ensuite perdre ses œdèmes et son poids sous 1 influence d’un régime hypochloruré, parce que l’imperméabilité de son rein, qui n'est que relative, lui permet de perdre alors plus de sel qu’il n’en absorbe.
VII. - VARIATIONS DES IVIODES DE DÉCHLORU- RATION ET DE DÉSHYDRATATION.
La notion de l’imperméabilité relative nous rend compte des différences observées chez certains brightiques dans le mode et la durée de Ja déshydratation, réalisée sous l’influence des régimes déchlorurés. On peut dire, que presque chaque brightique infiltré a sa formule de déchloruration.
La déchloruration et la déshydratation se font parfois d’une façon véritablement massive. Ainsi, nous avons publié l’observation d’un malade qui n’avait absorbé de théobromine que pendant trois jours seulement et qui, en dix-sept jours, avait perdu pourtant 171 grammes de chlorure de sodium et28kB,;jOO de son eau d'hydratation (1).
Chez de tels sujets, l'imperméabilité procède comme par poussée aiguë; une fois l’amorçage commencé, le siphonage continue; l’eau et les chlorures ne s’arrêtent plus de couler régulièrement et abondamment des tissus vers les reins, jusqu’à ce que l’équilibre chloré soit rétabli. Lorsque le régime déchloruré occasionne un effondrement aussi rapide des œdèmes, on peut prévoir que son application îigoureusc pourra n’èlre que de courte durée. Ainsi, dans le cas de ce
(1) A. J A VAL, Les indications du la euro de déchloruration (I'resse ' médicale , G août 1904, p. 497).
malade, une fois les infiltrations affaissées, on put constater (|ue les reins laissaient passer jusqu’à 30 grammes de chlorure. La perméabilité rénale ainsi retrouvée peut rester suffisante pendant des mois, et lorsqu’à de longs intervalles les crises d imperméabilité pour les chlorures réapparaissent, elles reproduisent parfois comme aspect, comme intensité et comme durée, le type primitif.
modalités diverses de la rétention des chlorures. — La déchloruration, comme la chloruration, ne se fait souvent que suivant un type lent et progressif. Malgré un régime strictement déchloruré, certains malades ne perdent qu’une petite quantité des chlorures et de l’eau qui les infiltrent. Après qu’ils ont perdu lentement quelques kilogrammes de leur poids, l’équilibre chloré peut s’établir chez eux avec un régime encore moyennement chloruré. Nous avons observé de nombreux exemples de ce type.
Parfois, malgré la sévérité du régime déchloruré, la perméabilité rénale, très amoindrie, ne s’améliore pas et l’on peut avoir à maintenir pendant très longtemps un régime très strict, sous peine de voir le poids se relever au moindre écart.
Chez certains brightiques déjà avancés dans leur maladie, la cure de déchloruration exonère bien l’organisme d’une certaine quantité de chlorures et d’une masse d’eau correspondante, mais elle ne parvient pas à le libérer complètement du sel et des œdèmes qui l’infiltrent, et cela alors même qu’on a recours, en plus du régime, à l’action de diurétiques déchlorurants. Sous cette double influence, nous avons vu des brightiques perdre la presque totalité de leur infiltration et, après s’être mis en équilibre chloruré, conserver cependant un léger œdème au niveau d’une base pulmonaire ou au niveau des membres inférieurs.
Dans les phases terminales, à la période de cachexie, les reins présentent une imperméabilité presque absolue pour le chlorure de sodium. Si l’on n’a pas combattu à temps 1 hydratation et si on a laissé les œdèmes s’installer jusque-là, le régime déchloruré en général ne peut plus rien contre eux; il contient trop de sel encore par rapport au degré de perméabilité des reins.
Les troubles relevant de la circulation et de la pesanteur