‹ La cure de soleilChapitre 4 sur 82 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

se rappeler avec Roscher qu'une crovance solidement établie voulait que toutes les maladies de la saison chaude, et particulièrement la peste, fussent dues aux rayons du soleil, et par suite, à Apollon.

[Il semble donc bien qu'au temps de la mythologie classique et pure, les rapports d’'Hélios et de la médecine aient été secondaires et qu'on ne puisse guère en déduire que les Grecs aient cru d’une façon sérieuse à l’action bienfaisante du soleil.

Chez les Egyptiens, avec Rhäà, chez les Indous, particulièrement avec les frères Acvins, cochers du soleil, chez les Romains de la décadence, avec Mithra, chez les Galio-Geltes, avec Sul, on trouve des conceptions mythiques plus ou moins complexes qui rappellent à quelques égards celle d’Apollon sans qu'on puisse en conclure d’une manière formelle que ces peuples aient attribué à l’astre du jour des vertus spécifiquement thérapeutiques.

Quelques races cependant ont eu des pratiques dont la signification vraie, quoique obscure, rappelle pourtant à bien des égards la cure de soleil contemporaine. Aïnsi, les [Incas auraient soigné les syphilitiques en faisant de l’héliothérapie. Le D' Hôfler! a démontré que les Germains soignaient les enfants atteints de fièvre en les exposant sur les toits des maisons dans l’espoir que le soleil les guérirait. En revanche, le D' Aïmes ? a récemment fait voir que, contrairement à ce qu'on à cru quelque temps, les peuples de l'antiquité classique n’ont probablement pas utilisé les solariums, dont les maisons étaient pourvues, comme d’un moven thérapeutique. Il fait également remarquer que c’est la nuit — et non le jour — que les malades attendaient la guérison sur les galeries du temple d'Epidaure consacré à Asclepios. |

ans la médecine classique le soleil n’a pas non plus joué un rôle très important. Cependant Hippocrate, Celseÿ, Gallien, Avicenne, Antvllus, Hérodote même recommandent les bains de soleil. Leurs recomman-

1 Dr Max HôrLEr, Ueber germanische Heïilkunde, Janus II. 1897.

2Cf. AIMES, L’héliothérapie 1918.

*CELSE, De medicina, recommande le soleil dans les maladies des nerfs quand les malades sont robustes et qu’ils n’ont pas de fièvre (IT. 17). Il ‘le recommande également dans là leucoprlegmatia, mais à faibles doses de peur de provoquer la fièvre (III).

#HéRODOTE, dans un passage transmis par OrRIBASE, déclare que l’exposition au soleil est éminemment nécessaire aux gens qui ont besoin de se restaurer et de prendre de la chair. Il rejette d'ailleurs cette méthode, en été, chez les gens faibles, et il recommande de garantir la tête.

HISTORIQUE (is)

dations à cet égard ont, d’ailleurs, eu peu de succès, car le moyen âge à complètement ignoré cette méthode thérapeutique. Pourtant, bien des coutumes paiennes, comme les feux de la St-Jean, paraissent montrer qu'une croyance aux vertus tutélaires, sinon salutaires, du soleil, a pu résister à des siècles de christianisme. En somme, l’état d’esprit dans lequel on se trouvait au XVIII siècle est exactement symbolisé par le peu de succès qu'obtint la croisade menée par Jean-Jacques contre cet emmaillotement des enfants qu'on pratiquait soi-disant par prophylaxie du rachitisme, et qui, en privant l’organisme d’air et de lumière au moment où 1l en à le plus besoin, le rend plus sensible aux atteintes de Fa maladie. On peut juger combien on craignait l'air et la lumière par la stupéfaction que provoqua Tronchin lorsque, appelé à soigner une des milesede Louis XV, soncpremier geste fut ud'ouvrr Ja enétrende la chambre où se tenait la malade et qui n'avait pas été aérée depuis des semaines. Ce n’est guère que dans ces dernières années qu'on commence à voir l'esprit public se modifier un peu à cet égard. Si bien que le proverbe napolitain Dove non va il sole, va il medico, semble être une glorieuse exception, comme le montrent les rues étroites et sordides de Naples.

C’est au XVIII siècle que les médecins commencèrent à se préoccu- Dome 0ledledurs cine ceraine mesure Mn Te TanremaiLenntes ulcères parvla chaleut solaireren1776 et Pérre et Le"Comtenobtien nent de bons résultats dans le traitement des plaies et des tumeurs Dates tra ons uso Leconcentre at lardéede lentes Puis men 1799, Bertrand soutient une thèse intitulée : Essais touchant l'influence de la lumière sur les êtres organisés. sur l'atmosphère et sur les difjérents corps chimiques. En 1815, Cauvin, dans ses Bienfaits de l’insolation. préconise pour certaines maladies une sorte de cure de soleil. Dans le courant de la même année, Loœbel publie dans le journal de Hufeland ? un travail où il recommande le bain de soleil dans toutes sortes de mala-

dies. Parmi les contre-indications de ce traitement, il compte notamment

1 Où ne va pas le soleil, va le médecin.

2 Læœgez, Wichtige Ansichten über die Berücksichtigung der Insolation in mehreren Uebelseinsformen und über Realisierung der Idee eines Sonnenbads. Journal für praktische Heilkunde von Hufeland II, 6, 1815.

16 LASCURE DE SOLEIL

les affections pulmonaires et les hémoptysies. Il invente un héliotherinos qui concentre la chaleur du soleil et qui est constitué par une grande caisse aux parois de verre.

L'année suivante, Dôbereiner! publie des recherches expérimentales par lesquelles il essaye de fonder une thérapeutique par le bain de lumière et le bain de soleil. On pourrait encore citer quelques thèses de Paris relatives au soleil ou à la lumière, comme celle de Girard (1818), de Hauterive (1828), de Bonnet (1840), de Cloquet (1856).

Mais c'est surtout à l’école de Lyon que revient le très grand mérite d’avoir pour la première fois donné les ostéo-arthrites tuberculeuses comme une des indications de Fhéliothérapie. Dès 1845, Bonnet, dans son Zrailé des maladies des articulalions?, préconise linsolation comme la méthode de choix, particulièrement dans la tumeur blanche du senou, et il en fait, non pas seulement une application locale, mais un traitement général destiné à remonter le malade. De même. Lebert”, quelques années plus tard, utilise le procédé de Bonnet. Vers Fa même époque, Turckt rend attentif à l'influence bienfaisante du bain de soleil. et du bain d'air et il indique avec précision la manière de les administrer Un peu plus tard, en 1855, Arnold Rickli ouvre à Veldes, er Autriche, un institut pour l'application de la « cure atmosphérique » dans laquelle le bain de soleil joue un certain rôle.

Cependant, les idées de Bonnet étaient perpétuées par école de Lyon. Ollier et surtout Poncet, exposaient sur les galeries de l’ancien hôpital de Lyon des malades atteints de diverses localisations tuberculeuses ou de plaies atones. C'est à l’instigation de Poncet que KE. Milloz publia, en 1899, sa thèse sur //héliothérapie comme trailement des luberculoses articulaires et dans laquelle sont étudiées quatre observations. En 1901, également sous l'inspiration de Poncet, Orticoni publiait une thèse qui portait comme tre: De lhéliolhérapie ; applicalions médico-chirurgicales.

arallèlement à ces travaux d'ordre clinique se développait l'étude de

1 DüBgereinEr, Anleitung zur Darstellung und Anwendung aller Arten der kräfligenden Bäder und Heilwässer, welche von Gesunden und Kranken gebraucht werden. Iena, 1816.

? Boxer, Traité des maladies des articulations. Paris et Lyon, 1845, tome II, p. 222

LeperT, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. Paris 1849, p. 423.

4 Turcek, De la vieillesse comme maladie et des moyens de la combattre. 1852.

HISTORIQUE qe

l’action physiologique qu'exerce la lumière sur les animaux. Ce fut

d’abord, en 1859, la découverte considérable de Charcot! qui, pour la première fois, mit en évidence l’action des rayons chimiques sur la peau indépendamment de tout effet calorifique. Puis vinrent les travaux de Downes et] de Blunt? sur le pouvoir bactéricide de la lumière. Et enfin, pour ne rappeler que les grands événements, en 1893, Finsen publiait ses premiers travaux qui constituent la base scientifique de Ia photothérapie comme ce Phéliothérapie en même temps qu un modele devscrencevet dobjectivité.

I serait profondément injuste de ne pas nommer Rôntgen parmi les parrains de l'héliothérapie. Sa découverte contribua, pour une part considérable, à attirer l'attention du monde médical sur l'importance que pouvaient acquérir au point de vue médical les radiations lumineuses. Dès 1901, en eltet, les rayons X étaient devenus une méthode de traitement et on leur connaissait une action élective très remarquable sur certaines cellules et particulièrement sur les cellules cancéreuses. Gette découverte à donc contribué à éveiller la curiosité des chercheurs, non pas en leur ouvrant des perspectives plus -ou moins embrumées, mais en leur montrant de Ia facon la plus positive que certaines radiations possédaient des propriétés thérapeutiques et qu'il était, par conséquent, permis de supposer que d'autres radiations pouvaient présenter des vertus analogues.

Cest en. 1902-que Bernhard”, incité à cela par l’action desséchante que l'air des hauteurs exerce sur la viande au point d’en empêcher la putréfaction, faisait, à l'hôpital de Samaden, de lhéliothérapie en soignant une vaste plaie opératoire par l'exposition au soleil. L’année suivante, en 1903, nous ouvrions à Leysin la première clinique destinée à l'application systématique de Ia cure de soleil aux tuberculoses chirurgicales. En 1904, Bernhard faisait, sur ce sujet, devant la Société

centrale des médecins suisses, une communication qui provoquait une

1 Voyez page 18 le texte de la note de Charcot.

2 Dowxes AND BLUNTr, Researches on the effect of light upon bacteria and other organismes. Proc. of the royal Soc. 1877. Vol. 26.

3 BerNHARD, Heliotherapie im Hochgebirge. 1912.

IS LACCURENDE SOLRIL

discussion au cours de laquelle nous füûmes amené à exposer les premiers résultats que nous avions obtenus".

À partir de ce moment, la cure de soleil commença à être appliquée d’une manière suivie. Aussi les publications sur ces questions se sonttelles multipliées au point qu'il serait vain d'en tenter l’énumération. Nous avons d'ailleurs cité au cours de cet ouvrage tous les travaux que nous avions consultés où ceux qui nous ont paru présenter un intérêt particulier, soit au point de vue historique, soit au point de vue

scientifique.

1 Correspondensbl. f. schw. Aerzste. 1904. Bd. 12. Depuis lors, chaque année, les publications de nos chirurgiens adjoints ou les nôtres ont tenu régulièrement au courant le public médical de ce que la cure de soleil jointe à la cure d’allitude nous donnait dans le traitement des tuberculoses chirurgicales.

IAE ABBES DE" LA PUMIÈRE

Page 1