SUR L'ORGANISME
Les effets de la lumière sur l'organisme sont nombreux. Ceux qui ont le plus frappé les observateurs et qui ont été par suite le mieux étudiés sont ceux qui atteignent la peau. Déjà Charcot, en 1859, attira l'attention sur un cas d'érythème produit par l’action de la lumière électrique. Dans la note qu'il présentait à ce sujet à la Société de Biologie 11 marquait pour la première fois, semble-t-il, dans la science, la différence entre l’action calorifique et l’action chimique de la lumière. Cette note, dont l’importance historique est grande, vaut la peine d’être reproduite. Jusqu'au moment où elle parut, en effet, personne n'avait songé à autre chose qu'à attribuer les effets du soleil à la chaleur et à confondre par conséquent le coup de soleilavec une bruluresuperneielle- MoicLdonc/le texte delanore de Charcot :
Es dévrierdermer deux chimistes SétaienL run pomme » commun des expériences sur la fusion et la vitrification de certaines » substances par l’action de la pile électrique. Iis firent usage d’une pile » detBunsen, torte de 120 éléments. Æesexpériences durérentenvironeime » heure et demie: mais dans cet espace de témps, l’action de la pile dut »étreMréquemment interrompue retcelle-citne lonctionna pas entout,
» plus de vingt minutes. À la distance à laquelle les expérimentateurs se
2() LAPCURESDEMSODEIT
» tenaient du foyer (90 cm. environ), ils ne pouvaient pas être et n'étaient » pas en réalité sensibles à l'élévation de la température. Néanmoins, le » soir mème et pendant toute la nuit qu'ils passèrent sans sommeil, ils » éprouvèrent dans les veux un sentiment de fatigue très pémible et virent » presque continuellement des éclairs et des étincelles colorées. Le Ilende- » main, ils portaient l’un et l’autre à Ia face un érythème de couleur )IDOUIDIO ANCIEN tele SÉnerctdeMénSion AUNerAMENENTCRHRLE » côté droit de la face était seul exposé au foyer lumineux, la rougeur » occupait tout ce côté, depuis la racine des cheveux jusqu'au menton, et » les étincelles ne s'étaient montrées que devant l’œil droit. Chez M. M., » qui s'était tenu la tête baissée et dont la face proprement dite avait été » protégée contre le foyer par la saillie du front, celui-ci était seul envahi » par l’érythème. Sur l'un comme sur l’autre expérimentateur, l'aspect de » la peau, dans les endroits atteints, était exactement celui d'un coup de » soleil, une légère desquamation s'établit au bout de quatre jours et PAT SCIA SOUS )OUrTS CNAOUt- IPACUONMSISrADIetESIRénerciTUeRiE D latlumiérenléctriquesurtietéocumentexterneetSurMlanTÉtiNensescone » prend d'autant mieux que {es rayons chimiques v sont, Comme on sait, » relativement plus abondants que dans la lumière solaire t, »
La note de Charcot n’éveilla pas, semble-t-il, une très grande curiosité
dans la science car il fallut attendre jusqu'à Hammer? — c'est-à-dire jusqu'en 189®— pour. que cette question füt reprise et étudiée de pres:
Mais c'est à Finsen* que sont dues les recherches fondamentales relatives à l’action de la lumière sur la peau. Il à montré le premier que la lumière exerce sur les téguments une action très complexe. Le premier phénomène qui s’observe est une rubéfaction consécutive à la chaleur et qui peut naturéllement atteindre tous les degrés jusques et y compris la brûlure superficielle. Ce premier effet se produit presque instantanément et disparaît très vite lorsqu'il n'a pas été trop intense. Au contraire, l'effet dù aux ravons chimiques ne se développe qu'au bout d'une période de latence.
[l est d’ailleurs très complexe et comporte un intérêt physiologique
1 CHARCOT, Soc. de Biol., 1859.
? FR. Hammer. Ueber den Einfluss des Lichtes auf die Haut. 1891.
3 FixsEN, Neue Untersuchungen über die Kinwirkune des Lichtes auf die Haut. Mitt. aus Finsens Med. Lysinst H. I. 1900.
considérable. Drever et Jansen ont localisé cet effet dans la partie Ja plus réfrangible du spectre. En utisant des procédés extrêmement précis, Victor Henri et Venceslas Moycho t ont fait voir que les rayons de lonoueurs d'ondes comprises entre 310 et 250 wy sont seuls actifs.
Les troubles histologiques produits en pareil cas ne présentent rien de très caractéristique. On note de l'hyperémie, de l’exsudation sérofbrineuse, des thromboses vasculaires, de la nécrose des éléments épithéliaux, etc. Ces phénomènes inflammatoires, plus ou moins marqués, suivant l'intensité et la durée d'application de la lumière, disparaissent rapidement. À cetétat aigu fait place un état chronique qui est caractérisé par trois phénomènes : une excitabilité anormale des vaso-dilatateurs, une augmentation des pigments cutanés et une coloration plus marquée
de la couche cornée de l'épiderme.
La vaso-dilatation. — Le premier de ces phénomènes fut découvert par Finsen, un matin quen faisant sa toilette, il remarqua, sur un de ses bras, des taches rouges se détachant sur le fond normalement coloré de son tégument et correspondant exactement aux régions qu'il avait soumises des mois auparavant à l’action des rayons chimiques en vue d'en étudier les effets. Depuis lors. tous les médecins qui font de la photothérapie ont pu constater cette réaction tardive sur les sujets qu'ils avaient soumis à un traitement local par la lumière artificielle. C’est à elle qu’il faut attribuer le fait que la peau du visage et des mains est, indépendamment de toute pigmentation, d’une teinte très différente de celle des parties du corps qui sont généralement couvertes par les vêtements. Si l'influence du froid est indiscutable, elle n’est jamais que momentanée. L'observation montre, en effet, que les explorateurs qui reviennent d’un hivernage dans les régions polaires, où ils ne furent exposés qu'au froid, étant donné Ta nuit polaire, n’ont pas la peau du visage particulièrement rouge. Néanmoins, comme le dit Finsen : « On peut voir chaque jour des individus qui sont exposés à la fois au froid et à la lumière et dont la peau du visage est beaucoup plus rouge que celle de personnes qui sont exposées au soleil et à la chaleur. IT faut donc admettre que le
1 ({. R. Académie des sciences, mai 1914.
froid favorise et entretient la rougeur de la peau. » Jesionek fait remarquer à ce sujet, avec raison, qu'il faut se garder d'attribuer à la lumière un rôle trop grand et que lexcitation mécanique produite par le vent et par l’évaporation cutanée qui en est la conséquence, ou par les changements brusques de température, doit être considérée comme un facteur important de ce qu'on désigne communément et avec justesse sous le nom de vivacité du teint. À la longue, cette dilatation des vaisseaux devient chronique: elle s'accompagne en outre de modifications histologiques importantes. La paroi vasculaire s'hvpertrophie et les diverses couches constitutives de la peau s’épaississent. Qu'il s'agisse de l’hyperémie primaire due aux rayons caloriques, de l’hyperémie secondaire due aux rayons de courtes longueurs d'ondes, ou de lhyperexcitabilité des vasodilatateurs due tant à la lumière qu'à des irritants physiques, on ne peut s’empêcher de penser que cet afflux de sang à la périphérie n’ait une haute importance physiologique. Cette hypothèse, au sujet de laquelle
on est d’ailleurs mal renseigné, sera examinée un peu plus loin.
La pigmentation. — En dehors des troubles vaso-moteurs dont 11 vient d'être question, la peau qui a été exposée à une lumière vive présente une autre altération chronique : elle est anormalement pigmentée. Cette pigmentation disparait plus vite que les troubles vaso-moteurs: comme eux elle est proportionnelle aux intensités lumineuses qui ont été utilisées, et surtout à l’intensité des rayons de courtes longueurs d’ondes. Finsen, Jansen et d’autres auteurs l’ont constaté. Avec notre collaborateur, Île D' Rosselet, nous avons nous-mêmes, en 1908. refait des expériences à ce sujet avec la lumière solaire: nous avons appliqué sur l'abdomen d'un JéRTOSNDAUENLS AAURCOUrTS AUS Dans Te Soleil une Errendtr LATE TUE comme on le sait, arrête tous les ravons de courtes longueurs d'ondes. Nous avons constaté que la pigmentation ne se produisait pas sous le verre d’urane, tandis que tout autour la peau brunissait comme elle le fait d'ordinaire sous l'influence du soleit.
Ainsi se trouve démontré que la lumière, et particulièrement les rayons de courtes longueurs d'ondes, sont capables d'exagérer la pigmentation cutanée. Tel est, peut-on dire, le seul fait que la science ait réussi
Jusqu'à maintenant à établir d’une manière indiscutable au milieu des
innombrables problèmes que soulève la présence de pigments chez les êtres vivants. [l faut reconnaitre que ce fait est connu depuis longtemps: on à toujours établi un rapport entre la teinte des nègres et leur habitat, sans doute en raison de cette observation banale que la peau brunit en été. La découverte des races de ‘teinte claire qui habitent le centre de l'Amérique et la couleur foncée des Esquimaux devraient montrer que la croyance populaire ne contenait qu'une petite part de vérité. Darwin, un des premiers, s’est préoccupé de rechercher les causes qui font varier
le degré de pigmentation dans les races humaines.
«€ Différents faits, dit-il, — après avoir montré combien la latitude de » l’habitat est peu en rapport avec la teinte des races, — prouvent que la
»icouieurede la "peau. et des poils est Souvent en corrélation d'une » manière surprenante avec une immunité Complète vis-à-vis de certains » poisons végétaux et de certains parasites. Il m'est donc venu à l’idée DUTUCMÉS MO Te M elAlÈS Ares races de couleurontacquis lemrmMpeau » JOnCée parce qu'au cours d'une longue série de générations les indi- » vicdus les plus foncés échappaient à l’influence des miasmes de leur DDASS D abES idéesete Darwin ont'été reprises par plusieurs Auieurs. Otto Jackmann? a notamment rappelé à ce sujet le rôle considérable joué par un pigment sanguin dans la physiologie des parasites de la malaria.
Ces considérations présentent un intérêt très considérable, mais elles manquent encore d’une base suffisante. Nos expériences nous permettant d'affirmer que des relations existent entre la pigmentation de Ia peau et une immunité relative contre certaines dermatoses microbiennes. de tels rapports sont ainsi très vraisemblables. Nous reviendrons un peu plus loin sur le rôle de protection que joue le pigment vis-à-vis des maladies par sensibilisation à la lumière et qui paraît bien corroborer en un certain sens les idées de Darwin. D'autre part, les travaux de Solger attribuent au pigment un rôle de protection générale.
Solger avant constaté que le pigment, chez les races blanches. n’est pas uniformément réparti, a cherché à expliquer ces différences. Il est
arrivé ainsi à considérer que le pigment constitue une défense de l’orga-
1 Darwin, La descendance de l’hommé.
2? Otto JackmanN, Der Einfluss der Mikroben auf die Entstehung der Menschenrasse. Arch. f. Rassen- und Gesellschaftsbiologie. 1909.
2/4 LASCURENDI EC OLEIL
nisme, non pas seulement contre la Tumière, mais aussi contre beaucoup d’autres causes nocives et notamment contre les alternatives de sécheresse et d'humidité. Il fait remarquer que la marge de l'anus, les grandes lèvres, le pénis, le scrotum sont de beaucoup les régions les plus pigmentées — quoique constamment à l’abri de la lumière — et qu'elles se trouvent plus fréquemment que les autres soumises à des influences nocives, et souvent macérées par des liquides toxiques. La pigmentation oénérale dont s'accompagne la grossesse n'est-elle pas une préparation de l'organisme contre les nombreuses causes d'infection auxquelles Il va être soumis? Le mamelon et son aréole brunissent tout particulièrement au moment où, en tétant, les lèvres de l’enfant les déchireront et ouvriront ainsi la porte à des inflammations parfois graves. tant au point de vue de la mère qu'au point de vue de l’enfant. Ces considérations deviennent plus que vraisemblables si on songe au cercle brun dont s'entourent si souvent les cicatrices de furoncles où de boutons d'acné. Rappelons à ce sujet un fait extrêmement important que nous avons constaté au début de notre carrière à Leysin alors que nous appliquions encore des appareils plâtrés. Une épidémie de varicelle s'étant déclarée parmi nos enfants, nous avons pu constater que ceux qui étaient fortement pigmentés restèrent indemnes. Bien plus, quelques malades manifestèrent des pustules sous le plâtre alors qu'on n'en constatait pas dans les régions brunes du corps. La limite était très tranchée. Rapprochés des constatations de Finsen relatives à l’action de la lumière sur les pustules varioliques, ces faits démontrent que le pigment a la valeur d’un processus de défense analogue à l’afflux de leucocytes dans une région envahie par des microorganismes pathogènes. Pareille à toute réaction organique, celle-là peut dégénérer et devenir excessive, comme par exemple dans la dermatose de Kaposi où Xeroderma pismentosum. Ce n'est pas là une raison pour considérer la pigmentation comme constituant un danger. La clinique nous montrera d'ailleurs que, conformément aux vues de Darwin, d'Otto Jackmann et de Solger, la pigmentation marche au cours de la cure de soleil parrallèlement à la guérison.
Si, après avoir étudié la disposition du pigment suivant les régions, on cherche à savoir comment il est réparti dans la peau et où il se forme,
on se heurte encore une fois à des difficultés d'interprétation que la
science actuelle n’a pas encore réussi à lever. [1 serait vain de vouloir entrer dans le détail de la discussion qui, depuis un demi-siècle et plus. s’éternise pour savoir si les chromatophores sont des leucocytes migrateurs arrivés par la voie sanguine, ou s'ils ne se différencient en rien des cellules épidermiques au milieu desquelles on les rencontre. c'est-àdire pour savoir si le pigment naît dans la peau ou s'il est un produit des tissus mésodermiques 1. [Il semble d'ailleurs que cette discussion devienne un peu fastidieuse à la longue, d'autant plus que rien ne permet d'espéreredes études vhistolosiques sur lesquelles elle vs"étare une conclusion d’une valeur générale. Disons avec Jesionek? que la partie la plus importante du pigment se trouve dans la couche basale de l’épi- .derme, que la lumière joue un rôle prépondérant dans sa production, sans oublier, d'autre part, que les mélanosarcomes montrent que le pigment doit être considéré comme une des réactions générales de la cellule se produisant sous des influences très diverses.
En dehors de la pigmentation proprement dite, la lumière provoque au niveau de la peau des modifications encore assez mal connues. Pourtant, Unna a attiré l'attention depuis longtemps déjà sur le brunissement de la couche cornée de l’épiderme sous l'influence de la lumière. Pour cet auteur, la lumière agirait, dans ce cas, un peu à la manière du soufre, c'est-à-dire comme un réducteur qui provoquerait l'apparition d’une matière colorante particulière, complètement indépendante d'ailleurs de la piementation.
L’absorption de la lumière. — Ces différents phénomènes : brunissement de Ta couche cornée, pigmentation des couches profondes de la peau, vasodilatation des capillaires cutanés, doivent être considérés comme autant de processus de défense de l'organisme, dirigés plus particulièrement contre les rayons de courtes longueurs d'ondes. Ce sont eux, en effet, qui ont le plus de peine à pénétrer dans l'organisme. Comme l'a récemment montré Hasselbalch*, 1/0 de mm. de peau suffit déjà à arrêter une forte
! On peut consulter, à ce sujet: Merrowsky, Der heutige Stand der Pigmentfrage, Strahlentierapie bd MP ET
? JestonEk, Lichtbiologie und Lichttherapie. Wiesbaden, 1912. Sand Arch TL Physiolog., 125 19.
proportion de ravons violets et ultra violets. Voici d'ailleurs quelques-uns
TS etre dANOICAILOILE
00 de lumière traversant :
Longueurs d'ondes. 1/10 de mm. de peau. 1 mm. de peau. 436 vu | D9 0,9 206 » 49 0,08 SIRET D) 30 () PAS ES) À () 289 » 0,01 () Ces chiffres — il ne faut pas Ss Y tromper — n’ont qu'une apparente
Dréciston-AUnePérpérience intéressante tésbBerino NlenrouvenCe teen a mesuré la proportion de lumière capable de traverser la peau d'un même animal suivant que celle-ci provient d'une tache pigmentée ou d'une région de coloration moyenne. Dans le premier cas, une proportion deux foisMplus iorte devlumière est arrêtée par la "peau-"Par conséquent. paraît probable que les chiffres de Hasselbalch ne sont vrais que pour des téguments d'une pigmentation déterminée,
D'autre part, comme l’a montré Finsen dans une expérience classique, le sang absorbe très vite les ravons de courtes longueurs d'ondes. Le lobule de l’oreille ne laisse passer les radiations ultra-violettes qu'autant qu'ii a été rendu exsangue par compression entre deux lames de quartz. On sait d'ailleurs que le spectre du sang, outre ses bandes d'absorption situées entre les lignes D et E, c’est-à-dire dans le jaune et dans le vert, entre 577 et 997 y. présente une large zone d'absorption dans le violet, vers 415 up. L'hyperémie cutanée aiguë ou chronique, provoquée par l'exposition à la. lumière, doit être considérée, au même titre que la pigmentation, (onmMmenun processus de dérense MOuilssoient réléchiSsMonequals soient absorbés par le pigment ou par le sang, les rayons de courtes longueurs d'ondes sont arrêtés par les couches les plus superficielles
de Ja peau d'autant plus vite que cette peau à été plus soumise à Fac-
1 BeRING, Experimentelle Studien über die Wirkung des Lichtes. S/rahlentherapie. Bd. [. FE. 4.
tion de la lumière. Quant aux rayons de grandes longueurs d'ondes, ils sont capables de traverser une beaucoup plus grande épaisseur de uisSsu commette montre cette constatation panale :‘Tarcouleur rosée que Dronnenmumc does "Dar remplie Aorsqu'iIisSontMplicé tenMacendunne source de lumière un peu intense. Différents auteurs ont mesuré que les lAVONSMOUeeSMDOUveNEtrTANeESer deux Cl'IMONLeTTOIS CenMMeNEeS Te Nous avons entrepris à Leysin une série d'expériences rigoureuses permettant de conclure à la pénétration de la radiation solaire à travers la
main, lavant-bras et le thorax.
La lumière et les échanges organiques. — Ainsi une certaine quantité d'énergie pénètre dans lorganisme sous forme de radiations lumineuses. One devientcetiéémeroie 2Mmparait probabletque es ravonsedecotries longueurs d'ondes, les rayons abiotiques, comme quelques auteurs les ont appelés pour attirer l’attention, un peu exagérément peut-être, sur leurs propriétés nécrosantes, sont transformés en rayons de grandes longueurs ondes. Eette hypothèse, quifut émise par nous dès 1908 Let quirestd’ante leurs conforme à la loi de Stokes, est admise actuellement par la plupart des auteurs et notamment par Meirowski. Elle semble être également Vraie/poutile sanoqui," dé Lous les tissus, résiste le mieux aix rayons ultra-violets, ce qui laisse supposer qu'il possède la propriété de les transformer énergiquement en ravons moins nocifs. Qu'eile subisse ou non cette transformation, l'énergie lumineuse absorbée par l'organisme doit nécessairement Jouer un rôle physiologique. On n’a pas attendu de connaitre l’étroite parenté chhnique qui existe entre la chlorophyile — Ja plus anciennement connue, la plus importante et la plus typique des substances qui transforment la lumière en force latente — et l'hémoglobine. pour étudier ce problème. À vrai dire, nous possédons déjà sur ce point des renseignements abondants et anciens que bien des auteurs modernes ont négligés à tort. C'est, en effet, une notion courante que les rayons calorifiques, dans la mesure où ils sont capables d'élever la température des milieux qu'ils traversent, sont doués de la propriété très générale d'activer les réactions chimiques. D'autre part, en tant qu'ils peu-
1 ROLLIER ET RosseLET, Sur le rôle du pigment épidermique et de la chlerophylle. Bull. de La Soc. vaudoise des Se. nat. Vol. 44, 1908.
vent empêcher les déperditions de calorique chez les animaux à sang chaud, les rayons lumineux remplacent dans une proportion très exactement mesurable, une certaine partie des aliments qui sont destinés à maintenir constante la température du corps.
À vrai dire, ces phénomènes n’ont pas été étudiés de près, et onne sait pas d’une manière précise si la chaleur rayonnante absorbée par lorganisme joue un rôle dans sa nutrition. Pourtant, ce n'est point là une question banale. S'il est hors de conteste que les habitants des pays chauds mangent moins que ceux des pays froids, toutes choses égales d'ailleurs, on ignore complètement quel rôle les ravons calorifiques du soleil absorbés par la peau, alors que la température ambiante n'atteint pas 0°, comme c’est le cas fréquent en hiver dans la haute montagne, jouent au point de vue des échanges thermiques et dans quelle mesure ils sont capables de suppléer les déperditions qu'entraine le climat d'altitude.
Si ce problème n'a pas été étudié Sous cette face, il l'a été en revanche Sous d'autres. Préoccupés par l'action qu'exerce la lumière sur les séls métalliques, des savants ont souvent fait des recherches pour savoir si elle n'activerait pas, dans une certaine mesure. les échanges organiques, comme elle active la précipitation des composés d'argent. Leurs idées, à cet égard, ont trouvé un appui dans les découvertes de Ostwald, de C. Neuberg, de Daniel Berthelot et d’autres qui ont mis en évidence ses DÉOPHÉtÉ particuliers SurmlesMermentsttsSurales SubStANCeSE 0 re niques-Msemble hien“d'ailleurs que lés recherches qui ontséténpour suivies sur les êtres vivants n'aient pas apporté la confirmation nette HÉRCOPQUEMlMtra au eur niluences catalytique etemlamlUuTnn Ter nous obligent cependant à concevoir comme une hypothèse parfaitement lécitime.
Spallanzani déjà et ensuite Paul Bert en 1870 avaient constaté que les tissus possédaient un pouvoir réducteur. Reprenant cette notion, Quincke! étudia l'action de la lumière sur cette propriété. Il remarqua que la réduction de l’oxyhémoglobine où du sous-nitrate de bismuth en présence de
pus. par exemple, se produit beaucoup plus rapidement sous l'influence
1 QUINGKE, Ueber den Eïinfluss des Lichtes auf den Tierkôrper. Pflügers Arch., 1894. 151 RTE
des radiations solaires qu'à l'obscurité. Le noireissement du bismuth, ou les modifications du spectre de l’hémoglobine, permettent de suivre le phénomène. Ce sont les rayons les plus réfrangibles qui activent au maximum cette réduction. Bering! a tenté d'étudier le même phénomène sur l’être vivant. Il s’est servi pour cela notamment d’une solution de bleu de méthylène à 0,25 ‘ qu'il injectait dans l’oreille de cobayes En écrit enSUMeN Cette oredlenavécoune Timpe-de quarts Nes ane montrer directement que les rayons violets et ultra-violets activaient l’oxydation du bleu de méthvlène.
Il convient également de mentionner les travaux de Schläpfer?. Cet auteur a montré que le sang du lapin est capable, comme beaucoup de substances organiques, d'influencer la plaque photographique, et que cette propriété est très nettement augmentée par Fexposition préalable du sang à la lumière du soleil. Pour faire cette expérience, on peut également exposer l'animal vivant à la lumière et rendre ainsi son sang plus actif sur la plaque photographique. Ce résultat serait plus facilement obtenu chez des albinos que chez des individus normaux ; ce qui s'explique puisque chez ces derniers le pigment constitue un obstacle important à la pénétration de la lumière dans l'organisme. Pour rendre compte de ces faits, Schläpier considère que la lumière Jouerait un rôle très analogue aux oxydases : elle faciliterait les transports d'oxygène. Aïnsi elle arriverait à rendre les tissus plus actifs sur la plaque photographique en stimulant les oxvdations qui, comme on le sait, sont à la base des phénomènes de phosphorescence ou de Tluminescence. Tout récemment, ces questions ont fait l'objet de nouvelles recherches. Bering et Mever* ont montré que la peroxvdase extraite du radis noir est activée par une quantité déterminée de lumière, tandis qu'elle est inhibée par des quantités trop considérables. Dans un autre travail, Bering 4 a montré que la respiration des olobules rouges de l’oie est augmentée par les radiations d'une
1 BeriNG, Ueber die Wirkung violetter und ultravioletter Lichtstrahlen. Med. Naturw. Arch. 1907 Bd. 1, EL.
2 ScHLAaPprer, Photoaktive Kigenschaften des Kaninchenblutes. Pflügers Archiv. 1905, — Beiträge zur Frage der oxydativen Leistungen der tierischen Zellen und deren allgemeine biologische Bedeutung. Zbid., 1906.
3 BerinG u. H. Meyer, Experimentelle Studien über die Wirkung des Lichtes. StrahlentLenapre 1912, bd PME 24
4 Fr. BrriNG, Ueber die Beeinflussung des Sauerstoffverbrauchs der Zellen durch die Licht- Strahlen. Strahlentherapie, 1915, Bd. III, H. 2.
30 LASCUREMDE SOLEIL
lampe de quartz. Pincussohn t ésalement., et dans le même ordre d'idées, constate que les échanges azotés peuvent être influencés par la lumière lorsque les animaux en expérience ont été préalablement sensibilisés par des substances photodynamiques.
On ne saurait contester que la lecture de ces travaux — encore bien peu abondants au regard de la complexité des phénomènes qu'ils étudient — est loin d'entraîner la conviction. Ge sont là encore, comme Pincussohn lui-même le reconnaît, des balbutiements, et il faudra sans doute attendre encore longtemps avant de pouvoir constater, dans lintimité des tissus vivants, ce que Ostwald, GC. Neuberg et Daniel Berthelot ont
constaté pour les corps chimiques.
Les substances photodynamiques.—"l'els sont, très succintementexposés, les effets de la lumière sur l'organisme. On aurait tort cependant de limiter. comme l'ont fait beaucoup d'auteurs, ane étude de cette espèce à ce qu'on pourraitwdésSienensous-lenom deteis directs “Quelque imtérétOquenpré sente l'étude de l’origine et de la distribution du pigment, il ne faut pas oublier que nos connaissances des actions physiologiques de Ia lumière sont encore singulièrement limitées, et qu'il y a lieu, par conséquent, de ne rien négliger de ce qui peut nous renseigner, même de loin. A cet égard, les substances photodynamiques ne sauraient être laissées de côté.
La lumière présente, dans des conditions déterminées, des propriétés qui, quoique assez anciennement connues, n'ont été appliquées aux phénomènes biologiques qu'assez récemment. Depuis 1873, on sait, par les travaux de F.-W. Vogel, qu'un grand nombre de substances colorantes peuvent rendre la plaque photographique sensible à la partie la moins réfrangible du spectre. C’est seulement en 1900 que, par les travaux de Hermann von Tappeiner, on apprit que des phénomènes tout à fait analogues se passent chez les êtres vivants. Il ne saurait être question ici de rappeler par le détail comment fut mis en évidence le fait que le chlorure d’acridine, même en solution concentrée, est, à l’obscurité, Sans action sur les paramécies, tandis qu'il se montre, à la lumière,
d'une extrême (oxicité sur ces mêmes animaux. Disons simplement que
1 Lupwic Pixcussonn, Ueber die Einwirkung des Lichtes auf den Stoffwechsel. Strahlentherapie,; 1918, Bd. III, H, 2.
LES EFFETS DE LA LUMIÈRE SUR L'ORGANISME sil
cette propriété de sensibuisateur oplique. commune à un certain nombre de substances fluorescentes, comme l’éosine, l'érythrosine, le bleu de méthylène, le rouge de toluylène, la quinine, etc., se développent sans période de latence, qu'elle n’augmente pas d'intensité par une exposition prolongée à la lumière, qu'elie disparait à l'obscurité, que, par conséquent, la lumière ne transforme pas la substance fluorescente en un poison, mais devient elle-même toxique. Il convient cependant de résumer brièvement nos connaissances sur les propriétés photodynamiques de quelques corps et notamment de l’'hématoporphvyrine, dérivé de lhémoglobine, qui présente des analogies profondes avec quelques dérivés de la chlorophyile et qui se retrouve dans l’organisme au cours de certains états pathologiques. La toxicité de cette substance est liée à l’action de rayons d’une longueur d'onde d'environ 500 ww. Les animaux supérieurs, comme Îles souris par exemple, qui, après avoir recu une injection d'hématoporphyrine sont exposés à la lumière, meurent, soit à la suite d'accidents aigus (prurit, érythème, photophobie et enfin crise tétanique), soit à la suite d'accidents chroniques (œdème considérable et gangrène cutanée).
… Heérmann'P'eilfer Considère que les accidents observés! chez les animaux rendus sensibles à la lumière par l'hématoporphvyrine, sont essentiellement de même nature que ceux qui sont consécutifs aux brûlures étendues et qu'ils résultent de la destruction de substances albuminoïdes. Il s'agirait done là d'un phénomène apparenté à l’anaphylaxie. L'hématoporphyrine se retrouve parfois dans l’organisme au cours de certains états pathologiques : on l’a notamment constatée dans l'urine de malades atteints d’Aydroa vacciniformis. On sait que la caractéristique de cette maladie est essentiellement constituée par de très petits fovers de ganarène cutanée qui se développent dans les régions exposées à la lumière. [ v à donc lieu d'établir un rapport entre cette affection et la maladie produite artificiellement, chez les souris notamment, dans les conditions qu'on à vues plus haut. Sans doute, on ne trouve pas toujours de l'hématoporphyrine dans les urines des malades atteints d'hydroa vacciniformis. Jesionek?, par exemple, n'en aurait jamais constaté. Mais, il ne faut pas
oublier que chez les animaux auxquels on a injecté de l'hématoporphy-
1 À. JESIONEK, L. c., page 417.
où LANCURENDELSOLEIL
rine la lumière peut encore déterminer des accidents à un moment où l'analyse ne permet plus de déceler cette substance dans leur organisme, HancesrireLOREtOE liminéetnene )ÉnTeNpDarue
Rappelons encore le fagopyrisme. Gette maladie se développe chez les animaux à robe blanche qui ont ingéré du blé noir (Polygonum fagopyrum). Elle est caractérisée par de la rougeur et de l’œdème de la peau et des éruptions pustuleuses. Des faits analogues ont été observés chez les animaux domestiques à la suite de lingestion de diverses substances alimentaires. On connaît, par exemple, la maladie du trèfle et celle du millepertuis t, chez les chevaux blancs ou tachés de blanc. Tous ces faits montrent jusqu à quel point l’action de la lumière est complexe, et combien la science est encore loin d’avoir apporté dans ce domaine toute la précision désirable. Ils montrent également que les contradictions qui existent entre les différents auteurs relativement à l’action bactéricide de la lumière sont peut-être explicables par limportance que peut prendre le milieu de culture suivant qu'il contient ou non des substances analogues aux substances photodynamiques de Tappeiner. Sans doute, les corps chimiques fluorescents relativement faciles à mettre en évidence, seraient les seuls actifs à en croire Joldbauer et Tappeiner?. Mais C. Neubere n'est pas de cet avis : et d'ailleurs, il ne saurait être défendu de penser, devant la complexité de Ta composition des cultures microbiennes, que nous sommes encore mal renseignés sur les phénomènes chimicobiologiques que la lumière peut y déterminer. On peut, dès lors, trouver dans les phénomènes dont Tappeiner à commencé l'étude, la vraie raison qui fait lant varier les auteurs relativement à l’action bactéricide {de la lumière. Telle est la conclusion que permet de tirer le remarquable travail par lequel Wiesner? a montré, contrairement à ce qu'on croyait savoir, que tous Îles ravons du spectre depuis les infra-rouges jusqu'aux ultra-violets sont évalement bactéricides. Cette théorie est, en effet, en contradic-
ion si formelle avec ce que nous savons de précis sur l’action chimique
1 Cf. HENRY, Bulletin de la Soc. centrale de méd. vét., 4 déc. 1918.
? JOLDBAUER und FH. von TappeiNER, Die Beziehungen zwischen den photodynamischen Wirkungen der fluoreszierenden Sloffe und ihrer Fluoreszenze, Strahlentherapie. Bd. IT, H. 1.
3 KR. Wiesner, Die Wirkung des Sonnenlichtes auf pathogene Bakterien. Arch. f. Hyg., 1907, Bd. 61. Nous n'avons pas cru devoir exposer en détail l’action bactéricide parce qu’elle n’a guère, avec l’héliothérapie, que des rapports historiques,
de ravons de courtes longueurs d'onde, que pour Fexpliquer il faut faire appel aux substances photodynamiques qui arriveraient à rendre Ta plaque photographique sensible aux ravons rouges par un processus dont la nature est complètement ignorée.
Les recherches de Drever et de Tappeiner ont montré les substances fluorescentes (éosine, érvthrosine, ete.) comme pouvant, en quelque sorte, augmenter l’action heureuse des radiations solaires. Se basant sur nos expériences, le D' A. Rosselet et nous, dans le travail sur le « rôle du pigment épidermique et de la chlorophylile » l'avons émis l’idée que le pigment produit par les radiations ultra-violettes aurait une action semblable. Nous l'avons doncconsidéré comme un transformateur de radiations de courte longueur d'onde en radiations de grande longueur d'onde : celles-ci étant plus pénétrantes que les premières, peuvent agir plus aisément sur la partie malade (expériences de Wiesner) ou exercer une action encore inconnue sur un tissu (sanguin, par exemple) de notre organisme.
Cette hypothèse fut reprise, quatre ans plus tard, par Walther Haussmann, qui à particulièrement étudié les #2aladies par sensibilisation. 1 s'exprime à ce sujet par les termes suivants ? : « Il faut aussi penser à la » possibilité que des sensibilisateurs optiques, produits par lorganisme » lui-même, soient en jeu dans les effets de la lumière à l’altitude. Les » résultats obtenus par Rollier à Levsin, dans la tuberculose, sont d'au-
» tant meilleurs que linsolation à provoqué une plus forte pigmentation.