‹ La Cure Libre de la Tuberculose Pulmonaire: Principes, Indications, Technique, RésultatsChapitre 7 sur 51 · TENTE · texte numérisé non relu

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doctrine des sanatoriums, « arche sainte », fit entendre

ces paroles : « Pour grande que soit l’importance don-

. née à l’étude du meilleur moyen de réaliser la cure

hygiéno-diététique de la tuberculose...,il ne s'ensuit nullement que le Congrès veuille proclamer en thérapeutique générale, que le sanatorium envisagé en tant

qu'établissement fermé, soit toujours, par lui-même, à

. lui seul, le traitement de la tuberculose pulmonaire...

Il ne faut pas que dans l’esprit des médecins puisse s’accréditer cette idée que la cure du sanatorium est la médication spécifique de la tuberculose... »

Il montra qu'il fallait réagir contre « cette thérapeutique d’équation, infiltrée de certaine presse médicale dans la grande presse, qui accrédite, sans qu'on y prenne garde, cette opinion radicale qu'il n’y a plus qu'un traitement pour les tuberculeux : le sanatorium, puisque à lui seul et par lui-même il pourvoit et suffit à tout ! » | Les débats du Congrès de Berlin eurent leur écho à l’Académie de médecine, la même année; dans la séance du: # juillet, les professeurs Brouardel et Landouzy, s'ils déclaraient « qu'il fallait ouvrir nombreux, très nombreux, des sanatoriums populaires», avaient soin de faire remarquer à leurs collègues que « le sanatorium n’est pas le seul mode de salut pour ceux qui peuvent et veulent se soigner... qu’il fallait savoir, le cas échéant, associer à l’esprit et à la lettre du sanatorium — sanatorium proprement dit ou home-sanatorium — une cure d'altitude, une cure hydro-minérale,une cure ma-

rine, une cure climatérique ou une cure médicamen-

teuse, lé sanatorium ne sachant suffire à toutes les indications d’une cure complète..…., le sanatorium le mieux compris, le mieux installé, ne pouvant, jamais . Offrir au travers des quatre saisons, que les ressources ’ économiques inhérentes au terrain et au site auxquels il demeure attaché... Que la nécessité d’ adjuvances climatériques avait besoin d’être rappelée à toute une école médicale dont la pratique simpliste, faite de thérapeutique d'équations, Parvenait à persuader médecins et malades que le sanatorium par lui-même, en lui-même, à soi seul, Partout et toujours, Pourvoyait et suffisait à à loutés les tâches antituberculeuses. > La lutte contre le sariatorium omnipotent continua, très vive ; abandonnant le tetrain scientifique, fe dégénéra parfois en véritable polémique.

Parmi les défenseurs du Sanatorium, s’il y avait des ; à

esprits pondérés comme M. Je D°' Letulle, commé le.

professeur Landouzy, qui voyaient suriout en lui un instrument de défense sociale contre la tuberculose et‘ non une panacée, à côté de ces modérés, il y en avait de bouillants qui apportaient dans la lutte une ardeur par trop combattive et qui osaient écrire que « quiconque -S ‘opposerait au sanalorium serait brisé » !

Dureste, d'i importants travaux venaient montrer qu’ en dehors du sanatorium, on pouvait espérer des résultats aussi favorables dans le traitement de la tuberculose.

Le avril 4901, M. Le Dr Brunon, de Rouen, dans une communication sur : Les sanaioriums de fortune pour

tuberculeux pauvres, faite à l'Académie de médecine,

Considérant que. pour enrayer la marche de la tubercu-

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lose, il fallait transporter les malades hors des villes et les soumettre à une aération continue, considérant d'autre part que les sanatoriums construits à grands frais ne sont pas indispensables pour appliquer ce traitement et que nombre de malades de fortune modeste se guérissent en faisant la cure purement et simplement à la campagne, proposait à l’Académie « l'installation des iuberculeux curables des hôpitaux, soit dans les bâtiments déjà existants achetés ou loués par l’Assistance publique en dehors de ja ville, soit dans les petits hospices cantonaux transformés en sanaioriums de fortune. »

Quelques jours plus tard, les D Lemoine et Carrière, de Lille, dans un important mémoire adressé à l’Académie de médecine et reproduit dans le Bulletin Médical: du 4 mai 1901, déclaraient « qu’en présence des inconvénients multiples que présentent les sanatoriums pour les malades, en présence de l'incertitude de succès problématiques », il n’était pas’ nécessaire d’aller faire la cure de repos et d'alimentation’ dans un sanatorium et que chacun pouvait la faire chez soi. Ils préconisaient, pour terminer, « j’emploi .de’la cure librement pratiquée suivant l'état social des malades et, en

ce qui concerne les indigents, l’utilité des sanatoriums de fortune proposés par M. Brunon ».

A l’étranger dureste, et même parmiles promoteurs enthousiastes du sanatorium, un mouvement se dessi-

‘ nait en faveur de la cure pratiquée en dehors des établissements fermés, soit chez le malade, soit dans des

installations de fortune.

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Dans la seconde édition de son livre Les Sanatoria, Knopf qui, en 1895, déclarait nettement que « Le traitement dans les stations libres de la phtisie pulmonaire en voie d'évolution est illusoire », Knopf,en 1900, écrivait : « Le traitement hygiéno-diététique en dehors d'un établissement fermé peut être utilisé avec succès partout où l’air est pur et où la situation sociale du malade est telle qu'il puisse s’entourer de tous les soins hygiéniques et diététiques nécessaires pour la cure, etrecevoir les visites fréquentes d’un médecin expérimenté en phytisiothérapie. »

R. Koch, au Congrès de la tuberculose, à Londres, disait, le 22 juillet 1901 : «Comparé avec le grand nombre de tuberculeux, le nombre de cas de guérison re-

levés dans les sanatoriums est gi pet, qu'il ne peut exercer aucune influence sur la diminution de la tuber- culose en général. Ne croyez pas que je veuille, par ces chiffres, faire obstacle au mouvement en faveur des sanatoriums. Je veux simplement m'élever contre l’importance exagérée qu’on leur attribue, comme si c'était le seul moyen de lutter contre la tuberculose et queles autres fussent de valeur secondaire ; c’est le contraire qui est vrai. »

A la réunion du Bureau central de la Lutte internationale contre la tuberculose, qui eut lieu à Berlin du 22 au 27 octobre 1902, où la valeur.réelle des sanato riums fut l’objet de critiques de la part de nombreux membres du Bureau, on reconnut qu'il y avait place, à côté d'eux, pour d’autres organisations, moins onéreu-

ses et plus immédiatément aptes à procurer des secours

à la masse des ‘tuberculeux ; pour la première fois, à officiellement, était admise la valeur indiscutable des

dispensaires, des stalions de cure à la forêt, à la cam-

pagne, des sanatoriums de fortune, des installations

pour la cure d'air dans les hôpitaux, toules œuvres reléguées jusqu'ici à un second plan.

En France, la cause de ces diverses œuvres antituberculeuses gagnait chaque jour du terrain, grâce à la campagne menée en leur faveur par des hommes clairvoyanis et énergiques. C'était le professeur Robin qui, dans une conférence faite à l’Æcole des Hautes Études sociales, (10 janvier 1903) et dont le retentissement fut énorme, montrait que «les sanatoriums, financièrement irréalisables en nombre suffisant, et dont Le rôle curatif n’est pas évident, ne peuvent constituer dans le traitement de la maladie confirmée qu'un moyen applicable à un petit nombre de formes curables de la tuberculose », et qu’ils devaient être remplacés, pour les autres cas, avec beaucoup moins de frais, par les sanatoriums de fortune de M. Brunon. C'était le D' Armaingaud, président de la Ligue française contre la tuberculose, qui conseillaitd’attendre avant d’imiter l'Allemagne dans la création de sanatoriums populaires, « qu’ils aient dans ce pays même fait la preuve d'organismes prépondérants dans la lutte antituberculeuse » (Bulletin Médical, n° 8,1903).

C'était encore le D’ Savoire dont l’article magistral dans le Bulletin médical (février 1902) constitue un document des plus importants contre la trop fameuse

doctrine allemande : « En dehors des sanatoria point

LE ES él hs Ar de salut. » « Le sanatorium, disait-il, peut constituer un # ji ” excellent adjuvant du traitement médical de la tuber- . He | ï culose, mais il n ’est pas indispensable, il ne constitue ‘pas la panacée antituberculeuse, et surtout le sacrifice | qu'il exige est hors de proportion avec le résultat ob-

tenu... Faire de la nécessité et de la spécificité du sana-

torium un dogme est une faute lourde dont notre géné- ; ration assumera la responsabilité et supportera peut-être 4

les conséquences si nous laissons continuer les abus

que nous avons signalés et si nous ne faisons rien pour ! empêcher la banqueroute finale. La bienfaisance privée anra le droit de nous demander compte des sommes ‘

qui auront été arrachées au nom de ce dogme médical

' ‘ ne Let qui n'auront point produit les résultats promis... »

. à Enfin, dans une longue lettre adressée au D' Janicot, (ie ES le regretté professeur Grancher, de qui Fon sait la haute : compétence pour tout ce qui touchait la tuberculose (Tuberculose pulmonaire et sanatoriums, in « Bulletin

médical », 7 mars 1903), venait mettre la question au

“. pointet montrer le rôle respectif que devaient jouer, en matière de lutte antituberculeuse, et sanatoriums proprement dits, et sanatoriums de fortune, et cures d’hôpital et dispensaires, Sur le rôle du sanatorium, il disait notamment : « Je suis pour le sanatorium instrument d'assistance, organe accessoire, annexe, adjuvant de l'hygiène publique. Je’ suis contre ke sanatorium alle- É mand, principe et-primum movens dé la lutte antituber- : wa culeuse, instrument capital de la prophylaxie sociale. » Et répétant une phrase, vieille déjà de quelques années,

et qui était, sous une forme humoristique, son opinion.

réfléchie sur Ja façon d'envisager la lutte contre le fléau. tuberculeux, M. le professeur Grancher disait encore : « On parle beaucoup-de tuberculose, et chaque peuplé S eHOreE d'opposer une barrière à sa marche envahissante. L’Allemand lutte contre elle par le sanatorium, et l’Anglais par le beefteack et le tennis. Je préfère la

méthode anglaise plus agréable et plus eflicace. »

Devant les ravages produits par la tuberculose sur la masse, médecins et philanthropes avaient surtout cher- : ché des armes de combat contre la bacillose maladie sociale ; personne — ou très peu de personnes — n’avait envisagé comment on pourrait pratiquement organiser la lutte en faveur de l'individu isolé.

Puisque toute thérapeutique, toute médication, en dehors de la cure hygiéno-diététique, était impuissante, il fallait appliquer au malade isolé cette cure, c’est-àdire l'aération aussi large que possible, le repos bienfaisant, l'alimentation reconslituante, selon les règles, les primcipes appliqués dans le sanatorium fermé. En un mot, il fallait organiser la cure libre avec les ressources et l'esprit de la méthode sanatoriale.

Un homme eut le grand mérite de poser très nettement ce principe et de vulgariser cette méthode. Cet homme fut le D: Lalesque, d'Arcachon.

.. La dénomination, la réglementation et la propagation

de la curelibre appartiennent au D' Lalesque. C'est dans son livre : La curemarine de la phtisie pulmonaire, paru

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en 1897, et dont le manuscrit fut déposé la même année à l’Académie de médecine, pour le concours du prix triennal Marie Chevalier, que pour la première fois on voit l'expression cure libre opposée à l'expression cure fermée. IL est utile de préciser ces détails, car certains n’ont pas hésité à méconnaître le rôle prépondérant, le rôle de novateur en quelque sorte, joué par Lalesque . comme promoteur et vulgarisateur de la cure libre, et en attribuer la découverte tout simplement à un médeein militaire russe, le D° Unterberger qui,en 1897, prit part aux débats du Congrès de Moscou, et opposa au iraitement de la tuberculose dans le sanatorium éype allemand, celui du sanatorium dit « domestique », selon sa propre expression.

Sur la communication du médecin russe, on peut lire dans la Revue de la Tuberculose (année 1897) les lignes suivantes : « M. Unterberger a résolu le problème du sanatorium en installant dans son hôpitak un sanalorium qu’il a désigné sous le nom de «sanatorium domestique » parce qu'il peut être établi non seulement dans les hôpitaux, mais aussi dans chaque maison. M. Unterberger a réservé, dans son hôpital, pour le sanatorium domestique, des salles assez vastes et exposées au midi. Le régime qu’on y suit est calqué sur celui des sanatoria allemands, d'après le principe de Brehmer- Dettweiler : Air frais, soins de la peau, nourriture engraissante. Dans le dortoir et la chambre destinée au séjour pendant la journée se trouvent des sapins transplantés avec des racines dans des caïsses remplies de sable mouillé, dans lesquelles ils conservent leur ver-

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dure près de-six semaines. Tous les soirs, les arbres PEER perdant leur arome sont pulvérisés avec une solution ERP de : huile de pin sylvestre (10) ; huile de térébenthine 1 pure (30), eau de fontaine (300). La température du D dortoir est de 8° à 10° R. Celle du salon de 10° à 1% R. A

De profonds mouvements respiratoires, dans les cham-

bres récemment aérées, sont ordonnés et faits avec sysième. Les soins de la peau consistant en frictions sèches et à l’eau se poursuivent régulièrement et rigoureusement. Par les journées libres de vent, les malades plus rigoureux peuvent prendre l’air, même par un froid de — 15°. La nourriture réconfortante et engraissante est supérieure à l’ordinaire de l’hôpital. De cette

façon, les soldats phtisiques jouissent à l’hôpital, à un

haut degré, de toutes les conditions qui sont reconnues salutaires pour les malades de'‘cette catégorie, et qui \e sont réalisées dans les sanatoria pour le traitement hygiénique et diététique de la tuberculose. »

Telle est la méthode du D° Unterberger ;comme on le voit, elle diffère suffisamment de celle du distingué

médecin d'Arcachon pour qu'iln’y ait pas de confusion

possible entre elles. Donc, sanatorium domestique à |

Unterberger, cure libre à Lalesque. 4 En 1897, E. von Leysen, dans son livre : Ueber den ;

gegenwärtigen stand der Behandlung Tuberkulüser

(Berlin), n'avait pas nié la possibilité du traitement d'un

phtisique en dehors des sanatoria avec des résultats

aussi satisfaisants que ceux que l'on obtient en cure

fermée. « Mais, disait-il, pour obtenir ces bons résul-

tats, en dehors du sanatorium, un repos beaucoup plus

prolongé devient nécessaire. Le cas demande beaucoup plus de temps de la part du médecin, et Les résultats ne sont nullement aussi certains que ceux que l’on oRe late dans les sanatoria. »

A ces critiques, Guiter, de Cannes, dans une lettre

ouverte adressée au professeur Brouardel, à la veille du

Congrès de. Berlin, avait répondu en affirmant la possi-

bilité d'obtenir, en cure libre, sous le climat privilégié

de la côte méditerranéenne, des guérisons. aussi com-

plètes, aussi durables qu’en sanatorium fermé,en usant

de la même technique et de la même discipline. « Nous pe eg: É sal dy

affirmons, écrivait-il, quant à nous, que cette discipline

nécessaire peut être obtenue partout d’un tuberculeux

isolé, par la seule autorité du médecin traitant; les

‘règles du traitement sont désormais fixées et partout

les mêmes, el nos phtisiques, pas plus que ceux de Fal-

‘ kenstein ou de Leysen, ne sont abandonnés aux hasaïds

ou aux entraînements de la vie mondaine. »

Lalesque montra bientôt, par, des faits cliniques, dûment établis, combien de guérisons assurées et persistantes on-pouvait obtenir par la cure libre bien réglée. Dans une conférence (1) faite à Bordeaux, le 4 juin 1899, il citait des cas de guérison indiscutables, courbes de poids en main, avec une durée de traitement de cinq, sept mois, un an, temps quelquefois dépassé dans les sanatoria pour la remise sur pied de cas certes non plus

1. La cure libre de la tuberculose pulmonaire, conférence publique faite le 4 juin 1899, dans le grand amphithéâtre de la Faculté de Médecine de Bordeaux, sous les auspices du Syndicat médical des Stations Pyrénéennes.

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