‹ La cure radicale des herniesChapitre 14 sur 17 · PRÉCAUTIONS CONSÉCUTIVES A L'OPÉRATION · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS CONSÉCUTIVES A L'OPÉRATION

calomel et à la teinture de noix vomique à petites doses.

Il ne faut pas, comme dans les conditions ordinaires, recourir aux légumes verts et aux fruits pour assurer la liberté du ventre. Les légumes, pendant cette période, seront presque exclusivement proscrits, car ils distendent l'intestin.

La teinture de noix vomique a pour effet d'en exercer la fibre musculaire et de la tonifier.

L'alimentation consistera presque exclusivemeut en viandes rôties et en poisson, dont les effets seront corrigés parle calomel à doses continuées.

On comprendra l'importance de ces menues précautions en se rappelant, comme nous l'avons dit, qu'alors même que la plaie est fermée, que le gonflement des tissus a disparu, que la hernie ne donne plus la sensation de la moindre impulsion, tout n'est pas terminé.

Loin de là : le travail curateur commence à peine et c'est la nature qui l'accomplit; le travail de la chirurgie n'a fait que le préparer.

C'est effectivement à l'abri de tout effort que doit se faire l'organisation des tissus de remplissage, leur adhérence aux parois du trajet, le resserrement de ce trajet, l'accolement définitif en un septum plan du péritoine serré dans les ligatures, le retour en un mot des choses à l'état normal.

Le point cesse véritablement d'être un point faible le jour où les tissus opérés sont solides et bien installés en leur place nouvelle.

Quand ce travail est achevé, et Ton comprend que ce n'est pas une affaire de quelques jours, quand l'examen le plus minutieux, et surtout le plus impartial, a fait reconnaître qu'il n'y a plus trace de hernie, est-il nécessaire de pousser plus loin les précautions et de faire porter un bandage ?

Les chirurgiens sont partagés sur ce point.

Tandis que MM. Mitchel Banks, Lucas-Championnière et Segond recommandent d'en faire usage, d'autres, tels que MM. Thiriar, Socin, Stokes, le repoussent et Faccusent d'être nuisible en amincissant la cicatrice — et d'être inutile en n'ajoutant rien à la cure, qui a dû, par définition, être radicale.

Ce serait, en vérité, jouer avec les mots que de dire que, si la cure a mérité la dénomination de « radicale », le bandage est inutile.

Le bandage est utile au même titre que le pansement sec, compressif et prolongé, — que le décubitus dorsal, — que l'absence d'efforts, — que l'hygiène de l'intestin, — que toutes les précautions que Ton recommande de prendre un long temps après l'opération.

Pendant la longue période d'organisation répararatrice, qui suit la guérison opératoire, la région doit être soutenue et l'application d'un bandage ne préjuge en rien contre la réalité du succès final.

Si, comme on l'a dit, le bandage nuit à la cicarice en l'amincissant, c'est que la cicatrice n'est pas valable ou que le bandage est mauvais.

Dans ce dernier cas, il faut changer le bandage.

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Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de recourir à un bandage spécial : tous les genres sont bons, s'ils soutiennent bien la région et ne font pas souffrir le malade. Bandages anglais, bandages français, pelotes à ceinture molle et à sous-cuisse, tout convient.

Ce qu'il faut, c'est un bandage de soutien, à pelote bien adaptée, presque plane et de surface large, exerçant une pression douce et ne se déplaçant pas.

M. Lucas-Championnière a inventé un modèle, dont il est personnellement très satisfait; c'est une grosse pelote large, montée sur le ressort ombilical de Dolbeau et soutenu par une ceinture en tissu de bretelle avec sous-cuisse.

C'est la Franc-Comtoise dont parle Malgaigne, « bandage où la ceinture est molle, et le ressort placé dans la pelote même. »

M. Berger, dont la compétence dans la matière est considérable, n'a pu « saisir les avantages qu'il présente sur le bandage ordinaire bien fait, exécuté sur mesure, pourvu d'une pelote aplatie et très souple, moins volumineuse que la pelote préconisée par notre distingué confrère ».

L'utilité d'un soutien nous semble démontrée, la question est de savoir combien de temps il sera nécessaire d'en user.

Ici, la question d'âge est de première importance.

S'il s'agit d'un sujet ayant dépassé la quarantaine, ayant été opéré d'une grosse hernie, hernie existant depuis longtemps et à collet large, si le malade est d'une santé médiocre, il n'y a pas à se faire d'illu-

sion, la durée du port du bandage est indéfinie.

S'agit-il d'un homme plus jeune, fort et bien musclé, le bandage, nécessaire pendant le travail de réorganisation dont nous avons parlé, pourra être quitté au bout de quelques mois, sauf à être repris en cas de travail excessif ou de menace de récidive.

Chez les jeunes gens de douze à seize ans, la durée de cette servitude sera moindre.

Moindre encore entre huit et douze ans, nulle enfin avant quatre ans.

Au-dessous de cet âge, en effet, nous pensons, qu'en dehors d'une complication de bronchite ou de coqueluche, par exemple, l'emploi du bandage est inutile, et rien n'est plus instructif et plus propre à entraîner la conviction que l'examen de la région d'un jeune hernieux opéré de cure radicale.

La tuméfaction du tissu cellulaire persiste longtemps et forme une sorte de barricade adhérente à la paroi du trajet, continue avec la tuméfaction du cordon et de la racine des bourses.

Ce tas plastique est lent à se résorber : il joue le rôle de la pelote idéale : bien adaptée, fixe, plate et indolente. Grâce à lui, le bandage est inutile dans les premières années de la vie, si l'enfant ne tousse pas et se développe bien.

Si l'enfant dépérissait, si surtout il était pris de bronchite ou de coqueluche, il serait prudent et même urgent de lui faire porter un petit bandage en caoutchouc rouge, relevant les deux bourses et soutenant le trajet inguinal opéré.

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Mais, ce sont là des points de clinique sur lesquels il appartient au jugement de chaque chirurgien de décider suivant les circonstances.

Ce que nous pouvons dire, c'est que le bandage n'est que la continuation des précautions qui protègent le travail réparateur de la nature, et que la nécessité et la durée de son emploi sont subordonnées aux conditions, aisées ou difficiles, dans lesquelles cette réparation définitive, — ■ la véritable cure radicale — s'accomplit.

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