III. — La Chambre apostolique
Saint Grégoire le Grand, qui, « parlant à l'empereur, défend Rome comme un héritage et appelle l'Italie sa terre », établit le premier, dès le début du vne siècle, pour gérer les patrimoines de saint Pierre, un collège de sept defensores, remplaçant l'ancien arcarius ou trésorier du palais du Latran (i). Mais de même qu'avaient été introduits, antérieurement, à la cour pontificale, certains usages ou institutions de la cour de Byzance, ainsi les relations plus fréquentes, aux vme et ixe siècles, des Papes avec les monarques francs-carolingiens, donnèrent lieu à la transformation du collège des Défenseurs romains. Il devint, par imitation de la Caméra impériale, désignant la Chambre du trésor, gardée par un économe ou camerarius, la Caméra apostolica. Les « defensores » prirent le titre de « clercs de la Chambre », et leur chef s'appela camerarius, camérier, ou, comme l'on dit plus volontiers à partir du xne siècle, camerlingue.
Les pouvoirs du « camerlengo délia Santa Sede » s'étendirent très vite à toute l'administration publique de l'Etat pontifical. Grégoire X ordonna, en 1274, que le camerlingue resterait en charge à la mort du Pape, gouvernerait pendant la vacance du Saint-Siège avec les cardinaux et organiserait le Conclave. Ces fonctions le firent choisir, au xve siècle, parmi les membres du Sacré Collège. Outre les trois premiers clercs de la Chambre : le vice-camerlingue, gouverneur de Rome, l'auditeur général et le trésorier, de nombreux
{1) Cf. Cardinal Pitra, Analecta novissima, I, p. 71.
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employés et notaires étaient aux ordres du camerlingue. Leur nomination d'abord lui revenait, mais dans la suite, les Papes, pour diminuer son influence, rendirent vénale la charge de clerc de la Chambre; celle de camerlingue fut môme taxée par eux d'une pension annuelle de 6 ooo écus. Au xvic siècle, l'institution des « cardinaux neveux » par Pie IV, celle des Congrégations romaines par Sixte-Quint, ne laissèrent plus guère à la Chambre apostolique et à son chef que leurs primitives attributions. Toutefois, marquant encore l'importance du poste de camerlingue, l'élection à cette dignité est, avec celle du cardinal chancelier, la seule que proclame le Pape en Consistoire, après qu'a été posée aux cardinaux l'ancienne interrogation : Quicl vobis videtur ?
Pie IX, remaniant en i845 les rouages administratifs des Etats de l'Eglise, en établissant des ministères analogues à ceux qu'avaient formés les chefs d'Etat en Europe, confia à chaque clerc de la Chambre apostolique la présidence d'une section du ministère de l'Intérieur, archives, monnaies et .sceaux, dépôts d'armes, voiries et eaux, service sanitaire, prisons. Quatre clercs de la Chambre appartenaient à la Commission pour la revision des comptes; quatre d'entre eux constituaient aussi une Cour d'appel jugeant les plus importantes des affaires fiscales. Au lieu de la Caméra aposiolica, un ministère des Finances gérait le trésor pontifical, qui continuait de porter le nom de « biens de la Chambre apostolique ».
Cette organisation ne dura que jusqu'au retour du Pape de son exil à Gaëte. Tout fut alors rétabli comme avant i845.
La révolution italienne survint dans la suite, et depuis les événements de 1870, la Chambre apostolique n'ayant plus de biens, n'exerçait à peu près plus aucune action. Le rôle que lui assigne Pie X est celui qu'elle avait encore
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maintenant à la mort du Pape. Les biens temporels de l'Eglise, représentés aujourd'hui par les palais pontificaux, deviennent alors la propriété de la Chambre apostolique, qui en prend possession et en dispose aux termes des constitutions des Papes, sous l'autorité et la direction du cardinal camerlingue (i).
A ce dernier, il appartient de constater officiellement le décès du Souverain Pontife et d'en publier la nouvelle. Il assigne aux clercs de la Chambre la direction des différents offices du palais, fait procéder aux obsèques du Pape et organise le Conclave, dont il a la haute police (2).
Il se fait remettre 1' « anneau du Pécheur » et tous les sceaux du Pape défunt, pour les briser à la première séance des cardinaux, et a droit de battre monnaie à ses armes (3).
Outre le cardinal camerlingue, les principaux prélats de la Chambre apostolique sont les mêmes qu'autrefois. En premier lieu, le vice-camerlingue, gouverneur de Rome avant 1870. Il avait jadis à percevoir les tributs et redevances que les particuliers et les princes, ou même certaines villes devaient payer à l'Eglise romaine. Premier personnage
(1) Le gouvernement de l'Eglise pendant la vacance du Saint-Siège1 est défini actuellement par la Constitution de Pie X Vacante Sede apostolica, du 20 décembre 1904, publiée seulement cette année en « appendice » au 3e volume des Actes de Pie X.
(2) Cf. Revue. Augustinienne, t. XIV, n° 86, p. 029 sq.
(3) Cette monnaie porte d'un côté l'écusson du camerlingue, surmonté du pavillon de la Chambre apostolique, et, de l'autre, l'image du Saint- Esprit, entourée d'une légende comme celle qu'on lit sur la monnaie frappée par le cardinal Albani pendant la vacance survenue à la mort de Clément XII : Illuminet corda nostra. En signe de sa supériorité, lorsque le Saint-Siège est vacant, le camerlingue est toujours accompagné de quatre gardes-suisses; il ne peut pourtant point prendre de mesure engageant le Sacré Collège sans l'assentiment de ce dernier. De même, les pouvoirs de la Chambre apostolique ne vont pas jusqu'à signer des contrats ou accepter des charges de nature à gêner la liberté du Pape futur.
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de la Curie après les cardinaux, à la mort du Pape, il est gardien des portes du Conclave, où l'on ne pénètre qu'avec sa permission; il peut môme frapper une médaille avec l'exergue : Prœfectns Urbis et vice-camerarius. A titre de gouverneur de Rome, il visitait autrefois les prisons aux grandes solennités et relâchait certains détenus moins coupables. Vient ensuite l'auditeur général de la Chambre apostolique. Il portait anciennement le titre d'auditor generalis causarum Reverendœ Camerœ apostolicœ ; il était juge suprême de tous les procès concernant l'administration fiscale, et il avait, jusqu'en 1870, la présidence du Tribunal auquel le Pape déférait les causes les plus importantes (1). Le trésorier général de la Chambre occupait le troisième rang; son nom désigne suffisamment ses fonctions (2).
Nombreux sont les privilèges, distinctions et charges dont jouissent les prélats clercs de la Chambre apostolique : chapelains de la famille pontificale, et, à ce titre, portant l'habit prélatice avec le rochet et au chapeau le cordon violet, ils assistent aux Conciles généraux en qualité d'employés chargés, avec les protonotaires, de la partie matérielle des scrutins et des votes; ils présentent à bénir au Pape la « rose d'or », le dimanche de Lœtare. Ils prennent part également à la garde du Conclave, et doivent surveiller, aux tours, tout ce qui est apporté de l'extérieur (3).
(1) D'après la Bulle Sapienti consilio, la Chambre apostolique n'a plus aucune attribution au point de vue judiciaire.
(2) Ces trois dignitaires ont, avec le majordome de Sa Sainteté, le titre de prélats di fiochetti, ainsi appelés des « fiochetti » ou houppes de soie violette qu'ils pouvaient, avant 1870, attacher aux harnais de leurs chevaux. Ils ont aussi le droit d'ériger un trône à baldaquin violet dans leur antichambre et de timbrer leurs armes d'un chapeau violet orné de dix glands roses.
(3) Cf. C. Daniel, P. Baumgarten, A. de Waal, Rome et l'administration centrale de l'Eglise, vin, 9.