‹ La curiositéChapitre 10 sur 45 · AU LOUVRE · texte numérisé non relu

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les plus belles pièces exposées dans le cabinet. Ces peintures existent encore à la môme place. Félibien des Avaux , dans sa Description sommaire de Versailles ancien et moderne (Paris, 1703), s’exprime ainsi : « Au-dessus de la corniche le plafond s’élève en manière de voûte. On a fait une balustrade d’or où, dans le milieu des grandes faces, il y a des piédestaux remplis de bas-reliefs représentant des enfants et des jeunes tritons qui se jouent. Devant cette môme balustrade, dans les encoignures du plafond, l’on voit de grands vases d’or portés par des coquilles ornées de guirlandes et qui soutiennent d’autres vases plus précieux. Le reste est couvert de riches tapis sur lesquels il y a des cassolettes d’or et des vases d’agates de différentes ligures , principalement audessus de deux frontons , dont la fenêtre et une arcade semblable qui renferme à l’autre bout la porte du cabinet sont couronnées. Car on a même pris un soin très-particulier en çes endroits d'imiter ce qu'il y a de plus excellent dans le magnifique amas que ce cabinet contient... Sur des nuages et proche les quatre grands vases d’or à un bout du plafond, on voit Pluton, Neptune et Thétis, et à l’autre bout, vers le cabinet, sont deux femmes assises. »

Transportés au Garde-Meuble (maintenant le ministère de la marine), lorsque cet édifice eut été terminé par Gabriel , tous ces objets formaient un en-

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semble exlrt'memenl riche dans les dernières années du règne de Louis XVI. « Le Garde-Meuble, dit Girault de Saint-Fargeau occupait toute la colonnade qui s’étend de la rue Royale à la rue Saint-Florentin. On y entrait par l’arcade du milieu de la façade; un escalier orné de bustes, de termes et de statues antiques, conduisait dans plusieurs salles où le public était admis le premier mardi de chaque . mois depuis Quasimodo jusqu’à la Saint-Martin. Il était divisé en plusieurs parties dont chacune contenait des objets différents : la première salle était consacrée aux armes anciennes ; la salle suivante contenait plusieurs belles tapisseries exécutées par les plus habiles ouvriers de l’Europe. Dans les armoires de la troisième salle on voyait une immense quantité d’objets précieux et de présents envoyés aux rois de France par les rois étrangers. Une de ces armoires renfermait la chapelle d’or du cardinal de Richelieu, dont toutes les pièces étaient d’or massif et garnies de diamants. IjCs diamants de la couronne étaient renfermés dans des armoires dont les clefs étaient confiées au chef de cet établissement. » Un premier inventaire resté manuscrit en fut dressé en 1774. Mais le document qui en donne la plus exacte idée est le second inventaire rédigé en 1791 par MM. Bion,

1. Les Quarante - kuil quartiers de Paris {'2’' édition. Paris,

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Christin el Delattre, députés à l’Assemblée nationale, en conformité des décrets de cette assemblée des 26, 27 mai et 22 juin 1791 .

Il n’est pas possible de suivre les détails de cet inventaire dont voici seulement les grandes divisions avec leurs prix estimatifs : diamants, 16,730,403 livres ; perles, 996,700 ; pierres de couleur, 360,604; parures, 3,834,490; bijoux, joyaux, orfèvrerie de tout genre et de toutes matières, 5,144,390; bron- ‘ zes, marbres, meubles divers, 341,036. C’est donc à une somme de 29,408,000 livres qu’était estimée en 1791 la valeur du cabinet des bijoux. En tenant compte de la différence de la valeur de l’argent, on peut affirmer que de nos jours cette somme irait au moins à 50 millions.

Restés au Garde-Meuble pendant toute la durée de la république , la plupart de ces objets firent partie de la liste civile de l’empereur Napoléon I", et rentrèrent dans le ministère de sa maison en 1804. Les diamants, bijoux portatifs, pierres précieuses, etc., furent de nouveau destinés à l’usage personnel du souverain, et constituèrent le fonds des Bijoux de la Couronne. Ils étaient déposés au ministère des finances. On a pu en admirer la quantité, en 1855, à l’Exposition universelle, dans la rotonde du Panorama dont ils occupaient la vitrine centrale.

Après 1815 l’on songea à remet Ire .sous les yeux

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(lu public les grandes pièces d’orfèvrerie, les pierres dures, les cristaux de roche, les bijoux émaillés, vases, etc., enfermés au Garde-Meuble. On les disposa alors dans des armoires de la salle précédant celle des sept cheminées (dite de la Renaissance), où ils restèrent pendant trente-cinq ans. En 1850, un des premiers soins du nouveau directeur général, M. le comte de Nieuwerkerke , fut de les isoler 'et de leur donner un emplacement spécial et mieux approprié à leur importance. On les transporta dans l’ancienne salle des primitifs italiens aménagée en vue de cette destination , et qu’ils viennent de quitter pour les vitrines de la galerie d’Apollon avec laquelle ils forment un ensemble si complet, que l’on peut regarder ce voyage eomme définitif.

Ce n’est pas le lieu d’entreprendre une description même sommaire des objets de cette collection. Il faudrait, pour prétendre satisfaire la curiosité du lecteur, lui faire passer tout un catalogue sous les yeux. Je n’en ai pas l’intention; mais avant de terminer, je voudrais attirer son attention sur quelques-unes des principales pièces, et faire connaître les particularités qui s’y rattachent.

Le bénédictin Michel Félibien, dans son Histoire de l’Abbmje de Saint-Denis , nous a conservé la description du Trésor de l’abbaye, enrichi pendant

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douze cents ans par trois dynasties royales. Le vent des révolutions n’a pas si bien dispersé cet encombrement de merveilles, que le Louvre n’ait pu en recueillir quelques-unes. Les quatre pièces suivantes sont décrites et gravées dans Félibien :

Vase en chalcédoine antique. La monture, en argent doré, enrichie de pierreries, a été exécutée, au douzième siècle, par l’abbé Suger, ainsi que le constate cette inscription :

Dura libare Deo gemmis debemur et auro Hoc ego Sugerius offero vas Domino.

Vase de porphyre antique, ouvrage romain. La monture, en argent doré, représentant un aigle aux ailes déployées, date du douzième siècle, et fut également exécutée par les ordres de l’abbé Suger. On y lit ce distique :

Includi gemmis lapis ista meretur et auro ;

Marmor erat, sed in his marmore carior est.

Patène ronde en jade vert-foncé. Dans le champ de la patène , des inscrustations d’or représentent des dauphins; la bordure, en argent doré et ciselé, est incrustée de pierres fines et de perles.

Vase en cristal de roche chargé d’une inscription arabe taillée en relief dans l’épaisseur de la matière; travail oriental que l’on fait remonter au douzièm*' siècle de l’ère chrétienne.

i.K (;abinet ni;s nuni'x

Dans les sardoines onyv on s'arrêlc devant :

Deux jictites aiyuières à anses prises dans la masse , et dont le volume est d'une insigne rareté pour sa beauté. L’une d’elles, la plus belle de forme, passe pour venir de la Propontide. On est libre de croire qu’elle a fait partie de la collection de Mitbridate;

Devant utjie aitjuière en forme de verre à pied. La monture paraît être un travail français du dix -septième siècle. Elle est en or émaillé et représente un buste de femme casquée. Le bec est formé par une tète d’aigle enveloppée de feuillages ;

Devant une aiguière montée en or émaillé et enrichie de pierres fines. M. de Laborde en donne la description suivante : Elle est surmontée d’une tète de Pallas dont le casque, en agate onyx, a pour cimier un dragon ailé, et pour ornement deux élégantes figures de nymphes nues et couebées. L’anse est formée par un dragon d’un ton mélangé vert-pâle , dont les ailes sont drapées, dont la gueule est ouverte et la langue mobile;

Devant une coupe dont le couvercle est orné de huit médaillons peints en émail avec une sui'prenante habileté.

Dans les agates on remarquera :

Un petit vase cylindrique en agate ronge lleurie.

AC LOüvni:,

Ses anses sont foimées par deux dragons en or ciselé et émaillé, griffus, hérissés, fantastiques à donner la chair de poule au dragon impérial chinois. Ce vase, d’un travail italien du seizième siècle, a dû être exécuté à Florence.

Deux urnes, l’une en basalte incrustée d’ornements, l’autre en agate d’Allemagne montée en or, sont les deux seules pièces authentiques qui nous restent de la collection de Mazarin dont elles portent les armes (un faisceau consulaire) en guise de bouton de couvercle.

Si elle est peu nombreuse, par contre la section des lapis contient une pièce de toute beauté ; c'est une coupe en forme de nacelle, taillée à godrons, et décorée d’ornements ciselés en plein relief et richement émaillés. Une figure de Neptune, en argent doré, forme la volute postérieure de celte coupe d’un merveilleux travail français de la première moitié du dix-septième siècle.

Par le nombre de scs objets en cristal de roche, par leur dimension , la pureté de leur matière , la délicatesse et le goût de leur mise en œuvre, notre collection passe pour la plus remarquable de toutes celles connues. Citons en courant ; •

Une aiguière du dix-septième .siècle, travail italien ;

Un >^nse de forme circulaire à jianse aplatie et en-

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richie de gravures. L’anse de cette espèce de seau, en or émaillé, ciselé et incrusté de rubis, est à elle .seule un prodige d’orfèvrerie ;

U7ie aiguière et sa cuvette, montées en or ciselé, charmant travail du dix-huitième siècle. Comme pureté de matière, ces deux objets sont peut-être les plus précieux de la collection;

Un vase circulaire d’une forme assez baroque, armé de deux goulots et de deux anses, rappelle beaucoup, comme forme et comme ornementation, les pièces semblables de la salle des Gemmes à Florence, et autorise à supposer qu’il a fait partie du mobilier des Médicis et qu’il aura été apporté en France par la reine Marie.

Dans la section des objets en argent je signalerai :

Un bassin et son aiguière (argent doré) dont les ciselures représentent les divers épisodes de la conquête de Tunis par Charles-Quint, ainsi que l’indique l’inscription suivante gravée sur le bassin : Expeditio et Victoria Africana Caroli V, Rom. imp. P. F. Augusto 153S. Travail allemand qui sort sans doute des ateliers de Nuremberg ;

• Une coupe à couvercle chargée de nielles , représentant des entrelacs et des sujets divers; pièces d'une extrême élégance de forme ;

Deux statuettes représentant rempereur Napo-

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