‹ La curiositéChapitre 12 sur 45 · I.E CAUINtT I»ES niJOl’X · texte numérisé non relu

I.E CAUINtT I»ES niJOl’X

inséparables du nom de Cellini. Elle n’a aucun rapport avec les objets d'orfèvrerie qu’on lui attribue {généralement, et l’on s’étonne que le génie qui a créé le magnifique Perséc de Florence ait pu produire une œuvre aussi lourde et aussi discutable. Il me paraît donc prudent de n’accepter qu’avec une extrême réserve les pièces d’orfèvrerie auxquelles un amour-propre peu éclairé met cette étiquette illustre.

« Le 10 août 1793, dit Girault de Saint-Fargeau dans l’ouvrage déjà cité, jour de l’acceptation de la constitution de 1793 et de la fête dite de l’unité et de l’indivisibilité de la République, on éleva sur la place de la Bastille, au milieu des décombres, une fontaine factice dite fontaine de la Régénération, surmontée d’une statue colossale en plâtre représentant la Nature pressant de chaque main ses mamelles, d’où sortaient deux jets d’eau limpide qui tombaient dans un vaste bassin. A dix heures du malin, les commissaires des départements, envoyés à Paris pour assis- ' 1er à la fêle, se présentèrent tour à tour et puisèrent dans ce bassin , avec une coupe d’agate, de celte eau régénératrice qu’ils burent tous dans cette môme coupe, au bruit du canon et d’une musique nationale. « Le cabinet des bijoux a également conservé cette pièce historique. C’est une simple vasque d’agate, ronde, et d’un diamètre de \'l à l.'i centi-

Al' LOUVRE.

sa

mètres. Elle est bordée et montée en argent doré; et la forme de cette monture, d’un caractère tragique et théâtral , est en harmonie parfaite avec les modes d’une époque qui élevait sérieusement des fontaines de plâtre à la Régénération.

. Enfin, quelques beaux gobelets et ha'naps en verre de Murano; le ciboire d’ Alpais, en émail cloisonné, fabriqué à Limoges au treizième siècle, pièce aussi belle que curieuse , et les deux magnifiques ivoires acquis récemment à la vente Soltykoff, et dont l’un, la Vierge tenant l’Enfant Jésus, provient également du Trésor de Saint- Denis, complètent et diversifient la décoration de ces vitrines.

Décembre 1861 .

LA GRUENE GEWŒLBE A DRESDE

Dresde justiûe complètement le titre d’Athènes de l’Allemagne. Pour le voyageur en quête des beautés de l’art, pour l’amateur curieux, huit jours passés dans cette intéressante ville s’écoulent avec une singulière rapidité. Monuments, tableaux, dessins, gravures, joyaux, armes de toute espèce, porcelaines de Chine et de Saxe, objets d’époques, de genres et de matières les phis divers; tout y est réuni, et si l’on regrette une chose, c’est que les jours n’aient pas douze heures de plus. Un vieux prêtre romain avait deux formules pour prendre congé des forestieri. A ceux qui n’avaient séjourné que huit jours à Rome, il disait adieu ; à ceux qui l’avaient habité pendant un mois, il disait au revoir. Du petit au grand, j’en dirai autant de Dresde. Pour ma part, j’y ai passé huit jours, mais j’y reviendrai.

LA ÜUIK.NE GEWfKLBE

L'aspect môme de Dresde, aprôs deux heures de promenade à l’aventure , prédispose en sa faveur. Ün n’y sent pas, comme à Munich, une ville bâtie * sans grande raison d’ôtre et sous l’inspiration du ^ caprice d’un seul. On n’y rencontre pas des monuments dont rien ne justifie la présence et l’architecture. On n’y parcourt pas des rues triomphales aboutissant à des cloaques et où il ne manque que des pavés et des passants. Dresde n’a ni glyptothèque, ni basilique, ni propylées, ni rhumeshale, ni statue de 1a Bavaria dans le noz de laquelle on monte par une échelle; et j’espére que le bon sens du peuple saxon le préservera de ces mervéilles; maiselle a cet aspect pittoresque que le temps donne aux choses auxquelles on l’a laissé travailler; ses édifices ont une histoire et parlent à la mémoire autant qu’à l’imagination. On y est pém^tré par un je ne sais quoi de solide et d’honnête qui exclut si peu le brillant et l’imprévu, que c’est dans les rues de Dresde que s’étqle avec le plus de liberté ce rococo du dix-huitième siècle poussé en Allemagne jusqu’au necplus ultra du dévergondage de la ligne. On sent enfin que l’en est au cœur de l’Allemagne.

Dresde ne fait pas étalage de ses collections. C’est une vieille ville noble, habituée au luxe, heureuse mais non pas vaine de sa richesse. Elle possède le plus beau musée de l’Europe après Paris et Madrid; un

A UllESDB.

cabinet d’armures pcut-ôlre égal à l’Armeria Real de Madrid ; une collection de porcelaines aussi intéressante que celle de la Haye ; et enfin un cabinet de curiosités et de bijoux : la Gruene Gewœlbe, qui, comme variété et comme nombre, n’a pas de pareil. * La Gruene Gewœlbe est à l’orfèvrerie et à la joaillerie allemande ce que le musée du Louvre est à l’ensemble de l’art. Permettez-moi de vous y arrêter quelque temps. I

La Gruene Gewœlbe {littéralement Voûte- Verte) est la collection des objets précieux appartenant à la couronne de ’Saxe. Cela correspond à ce que l’on appelait chez nous, avant 1789, la Chambre aux bijoux du Garde-Meuble. Placée au rez-de-chaussée du palais royal de Dresde, elle remplit huit salles faisant le tour d’une des cours intérieures. L’entrée en est ouverte à certaines heures aux curieux munis de cartes qui ne se refusent jamais. On ne laisse pas pénétrer plus de six personnes à la fois. Les deux conservateurs servent à la fois de guides et de cicérones au public; et ce n’est pas une des moindres surprises de cette visite, de voir la politesse et la patience avec lesquelles chacun d’eux, érudit dont les opinions sont écoutées dans toute l’Allemagne , communique à des badauds désœuvrés qui l’oublient en sortant, le résultat des recherches les plus ardues et du travail le plus persistant. En suivant de l’œil et de

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rorcillc CCS liravcs gens, je songeais à la mine que feraient en pareil cas les conservateurs de nos grands d(5pôls artistiques. Les Allemands ont du bon. Par une attention qui ne laisse pas de flatter un voyageur français, on vend à la porte une courte notice rédigée par un des conservateurs, M. de Landsberg, et traduite dans notre langue.

On ne me paraît pas bien d’accord sur l’étymologie de ce nom de Gruene Gewœlbe, et cet assemblage de syllabes assez rébarbatives a donné lieu à une foule de commentaires. Je vous ferai grâce des opinions émises pour en expliquer l’origine. Les savants ne brillent pas toujours par la simplicité de leurs idées. Ce qui m’a paru le plus plausible, c’est que h .VoiHe-Vertc tirait son nom des gazons qui l’entouraient et dont l’existence est constatée sur les anciens plans. Plus lard, lorsqu’ Auguste le Fort, au commencement du dix-huitième siècle, l'eut réparée etagrandic, afin dejustilierla dénomination vulgaire, il fit peindre en vert les voûtes et les murs des salles qui la contiennent encore. Le nom de la Gruene Gewœlbe ne vient donc pas de sa couleur. C’est au contraire sa couleur qui lui vient de son nom. Peu importe. Ce qui est positif, c’est que l’on trouve pour la première fois ce nom dans un inventaire dressé en I6i0.

Son origine paraît remonter, au chef de la maison

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de Saxe, le fameux Maurice, qui faillit faire Charles- Quint prisonnier à Inspruck, Augmentée par scs successeurs ; Jean-George I", en s’emparant de Prague pendant la guerre de Trente ans, et Jean-George III en repoussant sous Sobieski les Turcs de Vienne, eurent occasion d’y transporter de nombreux et magnifiques trophées de leurs victoires. Un vieil usage établi à la cour était en outre un moyen d’accro'issement très-réel. A l’époque de la foire de Lcipsick, les membres de la famille électorale présentaient au souverain des objets précieux achetés à cette foire et placés ensuite dans la Gruene Gewœlbe, Des parents, l’usage se répandit parmi les grands officiers de la couronne et passa de ceux-ci aux courtisans. Arrivé là, la vanité s’en mêla, et plusieurs pièces témoignent encore par leur richesse qu’alors, comme aujourd’hui, la vanité savait s’imposer les plus onéreux sacrifices.

Mais c’est surtout à Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne, le Louis XIV de la Saxe (mort en 1733), que la Gruene Gewœlbe doit son organisation et son éclat. Il augmenta le nombre des salles destinées à la contenir, en dressa les plans, surveilla le classement des objets, leur donna de l’espace en prévision des acquisitions futures, désigna les couleurs et les ornements, s’occupa enfin pendant trois ans de l’installation de la collection avec un soin

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et une conscience qui se manifestent dans les moindres détails. « Auguste le Fort, dit la notice de M. de Landsberg, avait enrichi la Grucnc Gewœlbe de vases en vermeil et en cristal de roche, d’une infinité de curiosités ; mais il avait principalement un grand faible pour les ouvrages de Diglinger, orfèvre et émailleur célèbre. Le roi aimait aussi les joyaux ; il était connaisseur et en avait trouvé de fort beaux dans le trésor de ses aïeux. Ce goût passa à son fils et successeur Auguste III, élu également roi de Pologne en 1736. De là vient qu’on trouve dans la Gruene Gewœlbe une collection de diamants et de pierres précieuses d’une étonnante beauté.

« La guerre de Sept ans fut très-défavorable à nos collections. Il fallut les déplacer pour les mettre en sûreté, ce qui ne put se faire sans dommage. Aussi les événements de cette guerre épuisèrent-ils les ressources du pays, et furent-ils longtemps sensibles aux successeurs d’Auguste III, qui ne pouvaient plus penser à faire des acquisitions pour leurs cabinets. Sauf quelques objets appartenant au comte de Brühl et quelques donations, le trésor ne fut plus augmenté, mais soigneusement conservé. »

Auguste le Fort est donc le véritable fondateur de la Gruene Gewœlbe. A partir de lui on s’occupa plutôt d’en classer les richesses que d’en augmenter le nombre. Pendant les guerres de la Révolution et

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de l’Empire elle ne quitta pas Dresde, et depuis lors il ne lui est survenu d’autre péripétie qu’un voyage qu’on lui fit faire, en 1 849, à la forteresse de Kœnigstein, pour la soustraire au patriotisme trop vif des émeutiers. Depuis dix ans on ne s’occupe plus que de son entretien, ce qui n’est pas une petite affaire. Quant à son classement, on ne peut que louer le goût qui y a présidé et qui en rend l’effet aussi riche que l’étude en est attrayante. Malheureusement il n’en existe pas de catalogue , car on ne peut appeler de ce nom la petite notice très- substantielle, mais fort insuffisante, de M. de Landsberg. C’est une lacune que tout le monde, conservateurs et curieux, a intérêt à voir cesser, et que je me permets de signaler à qui de droit.

Je vous l’ai déjà dit, la Gruene Gewœlbe remplit huit salles. Ces salles spacieuses, mais un peu basses, sont voûtées, et conservent encore dans son intégrité la décoration d’Auguste le Fort : fond vert oû se contournent en volutes dorées d’une exagération folle les mille chantournages du rococo allemand. Jusqu’où peut aller l’horreur de la ligne droite, à quelles extravagances peut atteindre l’ivresse de la chicorée et la folie du tarabiscot, on l’ignore quand on n’a pas vu la décoration de la Gruene Gewœlbe. C’est du Pompadour flamboyant, c’est le comble du mauvais goût; mais, en somme, c’est un goût, cl un goût foii ori-

LA GRÜENE CEWOELBE

ginal cl fort caractérisé. Auguste le Fort n’a copié personne.

Dans les salles consacrées aux orfèvreries, des panneaux verts sont remplacés par des glaces disposées sous toutes sortes d’angles où viennent se briser et se réfléchir à l’infini les paillettes allumées sur la panse des vases, sur les bas-reliefs descolTrcts, la fusée des vidrecomes ou la gueule des bassins. Il va sans dire que les fenêtres, dont les embrasures ont quatre pieds d’épaisseur, sont armées de barreaux monstrueux et défendues par des volets à l’épreuve du canon. Ce sont des volets blindés.

Suivons maintenant un des deux conservateurs, et pénétrons avec lui dans la première des salles : le Cabinet des Bronzes. Notre examen ne sera pas long. On a voulu procéder graduellement et ménager le sens admiratif des visiteurs en plaçant dès le début la collection la moins riche et la moins intéressante. J’y ai remarqué quelques fontes florentines du seizième siècle, notamment un assez beau Christ ‘ dont l’attribution à Jean de Bologne aurait besoin d’ètrc confirmée, et de nombreux bronzes français des Relier ou de leur temps. Les principaux sont deux petits modèles des statues équestres de Louis X/F,

1. Je donne aiiUint que possible aux objets les titres mêmes sous lesquels ils sont désignés par le catalogue officiel.

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figurant avant la Révolution sur la place Vendôme et sur la place des Victoires. — Le groupe Apollon et ses Nymphes, d’après Girardon et Regnauldin. — U Enlèvement de Proserpine, de Girardon, et Borée enlevant Orythie, de Gaspard de Marsy, dont les originaux sont placés aujourd’hui dans le jardin des Tuileries. — Beaucoup de réductions faites au dixseptième, au dix-huitième et même au dix-neuvième siècle, des statues antiques de Rome.

Parmi les ouvrages allemands, je vous signalerai Un petit chien qui se gratte, dont l’exécution rappelle la jolie statuette de Ménétrier attribuée à Pierre Fischer, et décorant une des fontaines de Nuremberg ; un Charles II d' Angleterre, sous la figure de saint Georges terrassant le dragon, petite statue équestre taillée dans un bloc de fer par Gérard Leygebe, artiste nurembergeois moi t à Berlin en 1G83; une de ces innombrables reproductions du Taureau Famèse où le livret veut voir la main d’Adrien de Vries, et une statuette A' Auguste le Fort. Celte statuette, fondue à Dresde, œuvre de Wiedemann, mort en !7S4, serait le modèle de la statue équestre qui figure au centre de la place Neuve, sur la rive droite de l'Elbe. Le modèle offre ceci d’intéressant, que, dans la pensée première du sculpteur, le piédestal devait être accompagné de quatre ligures comme celles dont Francbeville avait décoré le soubassement

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de la statue de Henri FV, Pigale le soubassement de la statue de Louis XV, et comme il en existe encore à Berlin, sur le vieux pont, aux pieds de la statue du premier électeur de Brandebourg. On modifia ce projet à l’exécution, et la statue d’Auguste le Fort est malheureusement restée telle qu’on la voit encore.

Quelques gaines et quelques consoles de Boule, en ébène plaqué d’écaille et incrusté de cuivre et d’étain, relèvent un peu la monotonie par trop dure de ce cabinet.

Dans la seconde salle sont rangés les ivoires sculptés. Bien que dans ce genre Dresde n’ait pas à offrir une quantité de richesses archéologiques comparables à celles de la collection Barnall à Londres, on y trouve cependant de curieux spécimens d’un art essentiellement national, la toreutique. L’Allemagne, qui a eu une école d’émailleurs, peut-être antérieure à nos premiers artistes de Limoges, a connu à la môme époque l’art de ciseler l’ivoire; et l’usage des triptyques de lit, des tablettes et des miroirs de poche, des coffrets de mariage, des boîtes à bijoux, y était aussi commun que chez nous. Cependant les pièces dites gothiques, c’est-à-dire antérieures à 1500, sont rares dans la collection. Quelques-unes portent des inscriptions grecques et sont évidemment byzantines; mais le livret me paraît dans l’erreur quand il veut voir un ouvrage du dixième siècle dans la Résur-

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rection de Je'sus-Christ (n® 448). C’est un polyptyque byzantin en effet; mais, en en reportant l’exécution à la £n du quinzième siècle, je crois qu’on sera plus près de la vérité. Il ne faut pas s’y tromper : outre les faussaires qui exerçaient leur industrie, alors comme aujourd’hui , beaucoup des ouvriers chassés de Constantinople par Mahomet II allèrent exercer leur industrie en Italie, en Allemagne et en France, où l’on en retrouve des traces jusqu’en 1520. Ils continuèrent à ciseler des ivoires dont la forme et les inscriptions étaient immuables et consacrées comme le dogme môme. Il faut donc bien y prendre garde, et ne pas voir dans le mouvement des personnages et la haste des lettres des preuves irrécusables de l’antiquité d’une pièce. Le plus ou moins de souplesse d’exécution, la naïveté plus ou moins fruste du travail, sont des indices tout aussi sérieux et moins trompeurs pour un œil exercé. Une plaque de reliure, représentant sam; Jean et saint Paul (n® 488), m’a semblé plus justement donnée au onzième siècle que le n® 448 au dixième. Selon l’usage byzantin, les noms des deux saints sont gravés verticalement le long de leurs têtes. Ces deux plaques mériteraient d’être moulées.

Les vidrecomes, les hanaps, les moos , les canettes à bière ou à vin exécutés pendant le dix-septième siècle , sont la partie véritablement remarquable de

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celte salle. Ces pièces tiennent dans deux vitrines placées de chaque côté de la porte. Elles sont en petit nombre, mais toutes sortent de la main de véritables artistes, et quelques-unes sont des chefs-d’œuvre. Tout le monde a vu de ces récipients taillés dans la défense évidée d’un éléphant, trapus de forme, . , armés d’une anse et fermés d’un couvercle en argent doré, autour de la panse desquels des ciseleurs, dont le nom est resté inconnu, ont fait circuler la théorie avinée d’une bacchanale, ou se tordre les enroulements échevelés d’un combat. Par la surabondance du dessin, par le gonflement des contours, par la richesse sensuelle des lignes et des attitudes, il est évident que les artistes qui ont travaillé à ces basreliefs remontent à Rubens, et que le tronc est flamand. Mais il est certain aussi que le travail allemand de beaucoup de ces vidrecomes n’est pas contestable. L’activité des relations entre la Flandre et l’Allemagne aura introduit dans ce dernier pays cette mode des vidrecomes. Elle s’y sera rapidement acclimatée, et, tout en devenant allemande comme exécution, aura conservé une physionomie générale rappelant son origine flamande. Les vidrecomes représentant : Le combat des Centaures et des Lapithes (1 24) ; Neptune et Amphitrite[il^)\ Diane et ses Nymphes (311); Combat de cavalerie Une bacchanale (138), m’ont paru les plus remarquables, et peuvent

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supporter la comparaison avec les plus beaux échantillons connus en France ou en Angleterre. Aucun de ces objets ne porte malheureusement de signature.

Le Modèle en petit d une frégate hollandaise (13) est particulièrement désigné à l’admiration des visiteurs. La quille du navire repose sur un pied représentant Neptune traîné par des chevaux marins. Ce qui, aux yeux des Saxons, donne une valeur réelle à cette œuvre, c’est le bordage imbriqué d’écussons aux armoiries des familles princières alliées à la maison de Saxe. Les armes de la famille régnante sont blasonnées sur les voiles. A l’arrière, on lit la signature de l’ouvrier : Jacques Zeller, 1620. Ce travail m’a paru d’un goût médiocre. Je rends justice à l’incroyable patience déployée pour mener à bien cette entreprise ; mais de pareils tours de force me laissent froid, surtout quand je les compare aux résultats où les Chinois sont arrivés dans l’infiniment petit. Les travaux d’une patience en délire sont trop communs dans la collection. Certains meubles contiennent des centaines de noyaux de pèche, d’abricot ou de cerise, travaillés avec une minutie qui fait ardemment désirer une petite invasion de Vandale^ On a conservé le nom d’un des malheureux qui ont perdu leur temps à de pareils enfantillages ; il se nommait Léon Pronner, de Nuremberg ( — 1630).

LA GRU£N£ G£WCELBE

J’en dirai autant d’une foule de coupes, fuseaux, boîtes, tabatières, boules, pommes de cannes, manches de couteaux, navettes, dont quelques-uns sont de véritables tours de force de tourneur, mais où l’art n’a rien à voir. On assure que plusieurs de ces pièces ont été intaillées par des mains électorales. Que cet honnête passe-temps soit léger à la mémoire des électeurs de Saxe !

Il a existé en Saxe, au siècle dernier, une industrie qui a plus d’un rapport avec notre toreutique dieppoise. Comme chez nous elle consistait à travailler l’ivoire d’une façon plus hahile que belle et à l’appliquer à des usages où la mode avait plus de part que le goût. Les produits de cette industrie se reconnaissent à des formes maigres et aigres, à des mouvements sans caractère, à une taille précise et sèche qui donne aux contours l’air d’avoir été modelés dans du fer. Ils offrent surtout un mélange de bois et d’ivoire d’un effet extrêmement déplaisant. Dans les figures, le bois est employé pour les vêtements et l’ivoire pour les chairs. Il est difficile d’imaginer rien de plus agaçant et de plus sinistre. La Gruene Gewœlbe contient un certain nombre de ces jouets de croque-mort, dont quelques-«ns, le Sacrifice Abraham (H 8), V Enlèvement des Satines (89), ne sont pas sans mérite. Ce qui leur manque, ce n’est pas précisément le sentiment de l’art, c’est quelque chose de plus dé-

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licat encore, de moins explicable, mais de plus compréhensible en France : c’est le sentiment du goût. On a conservé les noms de plusieurs des ouvriers qui se sont distingués daus ce genre. lisse nommaient Balthazar Permoser (1650-1732), Troger (...-1769), Krabensberger. Le nom de Permoser jouit d’une certaine considération en Saxe. C’était, je le reconnais, un artisan d’une rare dextérité ; mais je ne puis voir chez lui qu’un fabricant de petits dunkerques et nullement un artiste.

Dans la salle n“7 on a rangé la toreutique en bois, buis ou poirier. Parmi les pièces les plus remarquables, j’ai noté : une Résurrection datée de 1529, — un Christ en croix, portant le monogramme P. D. 1528, — deux plaques représentant des Combats de cavalerie, ciselées par Colin de Malines, dit le livret; — six médaillons représentant des sujets de la création, et attribués à Albert Durer : s’ils ne sont pas de lui, ils ont été évidemment faits dans son école ; — et plusieurs croix ou polyptyques moscovites, dont la confection a longtemps été le monopole des moines du monastère de Kiew.

Je ne me souviens pas d’avoir vu un seul de ces médaillons en buis si finement ciselés, et où les artistes de Nuremberg ont reproduit presque invariablement les profils de Charles-Quint, de son frère Ferdinand, des enfants de ce dernier ou de quelque

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porte-drapeau d’une des nombreuses gildes qui partageaient la population des villes allemandes au seizième siècle. Les vitrines du Louvre et de la collection Sauvageot en possèdent plusieurs, et il est regrettable que la Gruene Gewœlbe ne puisse en montrer deux ou trois échantillons.

Je vous fais grâce des mosaïques, des nautiles, des œufs d’autruche, des placages d’ambre jaune et des coraux montés, e^iposés à profusion dans la troisième salle. A voir le goût étrange qui a donné le dessin de ces divers objets, on ne peut que regretter que la dextérité des ouvriers ne se soit pas exercée sur des modèles plus dignes d’eux. Ils ont réussi à faire des jouets, et, qu’on me passe le mot, des joujoux; mais aucun n’a produit une œuvre d’art proprement dite. C’est là que j’ai vu le meuble en ambre jaune le plus grand que je connaisse. C’est une armoire en forme de crédence dont les tiroirs sont remplis d’une foule d’objets également en ambre sculpté ou travaillé au tour : tabatières, étuis, pommes de canne, colliers, crucifix, pions, échecs, encriers, manches de couteaux, bouts de pipes, etc., etc. Cette armoire a dû coûter et doit valoir beaucoup d’argent; mais il me paraît difficile d’imaginer rien de moins agréable à l’œil. La matière ne se prête qu’à être employée accessoirement. Elle a été donnée en 1728 par Frédéric-Guillaume I", roi de Prusse, à Auguste le Fort, et a été exécutée à Kœnigsberg. Le nom de

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son fabricant n’a pas été conservé à la postérité.

Les mosaïques de Florence sont en petit nombre, et aucune n’est, à beaucoup prés, aussi remarquable que la table de Richelieu exposée dans la salle des dessins au Louvre. Ce genre de décorations ne souffre pas la médiocrité.

Je comptais bien rencontrer dans cette collection quelques-uns de ces beaux émaux rhénans du douzième et du treizième siècles qui , ainsi que je le disais plus haut, sont contemporains de nos émaux champlevés et cloisonnés. Mon attente a été déçue. Je ne me rappelle en fait d’émaux cloisonnés que quelques pyxides et quelques plats à ablution du quatorzième et du quinzième siècles, dont l’émaillure m’a semblé plutôt française qu’allemande. Si l’on veut se rendre compte des progrès et de la décadence de cette branche, d’industrie allemande, c’est au musée de'Berlin qu’il faut aller, et surtout à Paris, chez le prince Soltikoff, dont la collection offre une suite d’émaux rhénans sans doute unique. Jusqu’à ces derniers temps, ces objets étaient invariablement regardés comme venant de Limoges ou des environs. C’est ce qui explique le peu d’empressement de l’Allemagne à les recueillir. Ce n’est donc pas à Dresde que l’on pourra étudier avec fruit les émaux rhénans.

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Par contre, on s’y formera une excellente idée de notre fabrication de Limoges à sa plus féconde et à sa plus élégante époque, de 1530 à 1580. Plusieurs bassins, aiguières, coupes, plats à ombilic, portent les initiales de nos plus habiles émailleurs : Pierre Raymond, Pierre Courtois, Jean Courtois, Jean de Court. D’autres sont marqués M. F. C’est un monogramme anonyme de plus à ajouter à ceux dont M. le comte de Laborde a donné l’intéressante nomenclature dans son catalogue des émaux du Louvre. La Gruene Gewœlbe contient également plusieurs pièces de la décadence de notre émaillerie, c’est-à-dire du dix-septième siècle. Elles sont signées Noël Laudin et Pierre Nouailler. J’ai remarqué avec peine que c’étaient ces pièces sur lesquelles se concentrait le plus volontiers l’admiration des Allemands. A chacun son goût.

Nous arrivons à la salle IV, la plus curieuse de la collection. C’est là que sont renfermés la vaisselle d’or et d’argent, les meubles ciselés et au repoussé, les coffrets, les pendules, l’orfèvrerie proprement dite. L’accumulation et l’étincellement de ces objets décuplés par le reflet des glaces dont les murs sont tapissés, produisent un effet plus facile à faire sentir qu’à expliquer.

Je ne vous apprendrai pas qu’Augsbourg et Nuremberg ont été au moyen âge et pendant le seizième

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et le dix-septième siècles les deux centres artistiques de l’Allemagne. Les ateliers de leurs orfèvres étaient aussi actifs que ceux de Venise et de Florence, et il arrive fréquemment que l’on prend pour un travail italien ce qui est d’une exécution purement allemande. Cette erreur est un éloge qui a son prix.

Au milieu de toutes ces richesses, il m’est impossible, non-seulement d’entrer dans le détail des principales, mais encore de vous désigner celles qui auraient le plus de droits à une mention spéciale. Permettez-moi donc de citer au hasard, je tomberai toujours sur des œuvres remarquables.

On rencontre là plusieurs de ces aiguières en forme de cerf, d’ours, de chouette, de basilic, toutes ' en argent doré, qui, au moyen âge, servaient à verser de l’eau sur les mains des convives après le repas. Ou mettait l’eau dans l’intérieur de l’animal, puis un page, tenant un plateau d’une main , saisissait de l’autre le récipient par la queue enroulée ou par les pattes formant anses, et en versait le contenu qui retombait dans le plateau. La plupart de ces aiguières portent le poinçon d’Augsbourg : une pomme de pin. C’est également d’Augsbourg que vient le Bassin cfeverm«7(43),destiné àfaire rafraîchir le vin et poinçonné du monogramme d’André Thellot, qui vivait en !714. André Thellot, comme son nom l’indique,

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était un ouvrier protestant chassé de France par la révocation de l’édit de Nantes.

Les bassins baptismaux ont joué un grand rôle dans le mobilier de nos ancêtres. Ils étaient destinés à laver les enfants après leur naissance, et se transmettaient dans les familles avec autant de soin et de religion que le plus précieux héritage. On contient mal son émotion devant ces meubles sacrés qui ont répété les premiers vagissements de tant de créatures. En Italie, ils étaient modelés en faïence et affectaient la forme d’un trèfle. Le Musée de Cluny en possède plusieurs. En Allemagne, le cuivre ou le vermeil remplaçait la faïence. Le n® 73, est, dit-on, en usage dans la famille électorale de Saxe depuis Jean- George P'. La ciselure de ce bassin, œuvre de Kellerthaler, qui florissait à la fin du seizième siècle, ' est d’une extrême richesse. Le livret l’indique avec raison comme un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Dix médaillons , ciselés et incrustés dans les parois, représentent des sujets relatifs à la cérémonie du baptême.

Voici deux coffrets d’argent doré et ciselé qui, par la richesse de la décoration en même temps que par la finesse du travail, peuvent lutter avec ce que l’Italie du seizième siècle nous a laissé de plus parfait, Le premier est un coffret à bijoux de Wenceslas Jamnitzer, de Nuremberg, né en 1506, mort en 1586.

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Les parois représentent des personnages emblématiques placés dans des niches cintrées dont les intervalles portent des inscriptions ayant rapport à ces personnages. Autour de ces niches courent des ornements de plein relief : reptiles, lézards, grenouilles, enroulés dans les fibres de plantes diverses. La finesse môme du travail enlève à l’ensemble de ce coffret un peu d’unité et de tranquillité. C’est son seul défaut.

L’autre coffret en argent (n® H 7), fabriqué également à Nuremberg vers le milieu du seizième siècle, représente des scènes de la vie de Jésus-Christ. Il passe pour avoir ser\i à Auguste le Fort. Le nom de l’orfévre qui l’a composé n’est pas connu.

De Nuremberg viennent également deux grands vidrecomes en vermeil (H8-H9), dont l’un représente Atlas portant le globe terrestre, et l’autre Atlas portant le globe céleste. Ils furent donnés par les bourgmestres de la ville à Gustave-Adolphe, en 1632.

Les objets historiques coudoient les œuvres artistiques et réunissent les deux genres d’intérêt :

C’est un plateau d’encrier dont se servit Auguste III, second roi de Pologne de la branche saxonne, pour signer la convention de Targowitz qui, en 1734, lui donnait le trône qu’avait occupé son père.

Ce sont quatre coupes incrustées de médailles re-

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latives à l’histoire de la Saxe. Lorsque Jean- George P' partagea ses États entre ses quatre fils, il leur donna à chacun une de ces coupes. En 1746, sous Auguste III, après l’extinction des trois branches collatérales, ces quatre coupes se réunirent dans le trésor électoral. Si le roi de Thulé n’avait pas jeté sa coupe à la mer, on la retrouverait à la Gruene Gewœlbe.

C’est le calice d’or orné d’émaux et de pierres précieuses qui a appartenu à la femme de Jean- George P% Madeleine-Sibylle de Brandebourg. Elle a également apporté au Trésor une magnifique corne à boire en or, travaillée par Gaspard Herback,de Copenhague, et portant la marque de sa propriétaire et la date de 16S0.

C’est un vase en forme de cratère, portant, incrustées dans son calice, suivant la mode allemande, vingt-deux belles médailles romaines, autour desquelles circulent des branchages de toutes sortes. Ce cratère fut offert en 1508 à la société littéraire du Danube par Augustin Kessembrod, chancelier de Wladislas, roi de Hongrie et prévôt d’Olmutz. Conservé dans le trésor de cette ville, il fut emporté par les Tartares quand ils la saccagèrent. Retrouvé lors de la prise d’Azof par les Russes, il fut vendu à des juifs, racheté par M. de Beuchlingue et cédé par lui à la Gruene Gewœlbe. Le cratère de Kessembrod,

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on le voit, a beaucoup voyagé, mais du moins il n’a pas souffert.

C’est enfin un objet des plus précieux, un vase russe [koftschick] en or massif, offert à Auguste le Fort par Pierre le Grand. Les koftschicks, encore en usage dans les ménages russes, sont tout simplement de larges assiettes creuses en métal, plus ou moins richement ornées, selon la fortune des particuliers. Celui-ci est chargé d’arabesques, de caractères slaves et de la double aigle russe se détachant en nielles brunes sur le fond éclatant de l’or. On trouverait difficilement une ornementation plus riche et plus puissante. Les enroulements des entrelacs rappellent à la fois le goût byzantin, les damasquinures du Kurdistan et la flore farouche qui s’épanouirait sur les chapiteaux romans. Si cette pièce n’est pas unique, elle doit être au moins de la plus insigne rareté. Le livret la dit fabriquée à Polotzk, à la fin du quinzième siècle.

Après avoir jeté un coup d’œil sur le travail délicat de plusieurs coffrets et boîtes en filigrane de Venise et de Gênes, nous pouvons entrer dans la salle V, contenant les pierres dures, les intailles et les cristaux de roche.

Je ne vous y arrêterai pas longtemps. Les pièces qui y figurent m’ont toutes paru riches et rares, mais elles intéressent le lapidaire et le bijoutier autant au

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moins que l’artiste. Si la matière est belle, la forme m’a paru assez peu satisfaisante et d’une pureté contestable. Or, quand il s’agit de vases, la forme est tout. Une amphore en grossière argile de Nola, si elle est d’un galbe pur, aura plus de prix qu’une buire d’agate ou de calcédoine, si les contours sont lourds ou défectueux. Mais, je le répète, cette salle offre aux études de l’amateur de pierres dures une série d’échantillons qui ont, sur un simple cabinet de minéralogie, le mérite d’étre montés et présentés dans les conditions qui leur sont le plus favorables.

En suivant l’ordre du livret, je vous signalerai neuf vases de lapis, quinze de jaspe sanguin, trentequatre de jaspes de différentes couleurs, deux cent douze d’agates diverses, depuis l’agate noir d’encre jusqu’à 1’a.jate blanche mamelonnée, soixante-douze de calcédoine, huit d’onyx; puis une foule de petits objets en sardoine, cornaline, améthyste, prase et chrysoprase, serpentine, néphrite, agalmatolithe, grenat de Bohême et du Tyrol. Quelques-unes de ces pièces sont plus particulièrement intéressantes pour la minéralogie allemande, dont elles sont des spécimens.

La Gruene Gewœlbe possède une collection de pierres gravées qui se monte à onze cents pièces. La plupart sont modernes et ne remontent pas au delà du seizième siècle. Je ne fais pas cette observation

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pour diminuer l’intérôt du travail de ces inlailles; car l’Italie du seizième siècle a produit des graveurs aussi habiles que leurs ancêtres de Rome ou de Syracuse; mais seulement pour constater un fait. Toutefois quand on connaît les pierres gravées des cabinets de Vienne et de Paris, toutes les collections du môme genre paraissent pauvres en comparaison. Celle de Dresde ne fait pas exception à la règle.

Enfin de nombreux objets en cristal de roche dont le limpidité ne m’a pas paru à l’abri de tout reproche ; et quelques verres et bouteilles en verre de Venise maillé ou lacté complètent la décoration de cette salle, sans contredit la plus intéressante de la Gruene Gewœlbe pour les savants. Malheureusement je ne suis qu’un curieux, je ne m’adresse qu’à des curieux.

Un cabinet attenant à cette salle a été réservé aux objets d’un petit volume auquel s’applique plus spécialement le nom de bijoux : souvenirs d’alfection, jolies bagatelles, riens élégants, parures d’hommes et de femmes, dont la ténuité du travail relève et met en œuvre la richesse de la matière. L’or, l’émail, la ciselure et l’incrustation jouent le principal rôle dans la décoration de ces objets tenant le milieu entre le jouet et la breloque. S’ils intéressent la curiosité, s’ils flattent le goût, leur réunion a surtout le privilège d’exciter la convoitise des visiteuses qui encombrent régulièrement ce cabinet et ne le quittent

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qu a leur corps défendant et en le poursuivant long • temps du regard. Ce sont là en effet des bibelots féminins dans toute l’acception du mot.

La pièce la plus ancienne m’a paru être une cuiller et une fourchette en or pur réunies sur une seule tige. Cette tige, de forme quadrangulaire, est terminée par une fourchette à deux dents placée sous une spatule formant cuilleron. Sur* ce cuilleron se replie par une charnière la tige elle-même. Un lacis d’énmil court le long de cette tige, s’épanouit sur la spatule et sertit dans ses nervures de petits diamants et de petits rubis disposés avec un goût extrême. Malgré l’intéressante, date de mccclxxv gravée sur cette pièce, je la crois postérieure de deux cents ans, et j’y verrais plutôt un travail de la renaissance française ou italienne.

Quelques insignes de décoration en or émaillé et ciselé, incrusté de pierres précieuses, représentent des nefs, des Vierges portant l’enfant Jésus, des dragons, etc.; ces décorations se portaient suspendues au cou par une chaîne. Quelques enseignes de chaperon, également en or émaillé, forment l’appoint du seizième siècle.

Dans les objets du dix-septième siècle, j’ai remarqué de nombreux cB«/s de Nuremberg (nom vulgaire des montres à celte époque) enclavés dans des boîtes en or, gravées ou ciselées, et en cristal de roche ; et

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un bijou en forme d’œuf renfermant, enveloppés les uns dans les autres, un poulet, une couronne et une bague portant pour devise : Constant malgré r orage; puis une foule de petits bustes et de petits flacons en matières précieuses : futilités inutiles et charmantes qui ornaient jadis les crédences des princes et des grands seigneurs, et figurent aujourd’hui dans les vitrines des riches particuliers qui les payent dans les ventes vingt et trente fois leur valeur.

J’appellerai également votre attention sur plusieurs hoîtes en aggemina. On nomme ainsi, du nom persan de la Perse — Adjem — un travail dont Venise avait reçu les procédés d’ouvriers armuriers persans, et dont elle semble avoir exercé le monopole au seizième et au dix-septième siècles. Ce travail consiste en une application de petites lamelles d’or ou d’argent sur un fond d’écaille, d’ivoire ou de métal, où elles adhèrent au moyen de légères stries formant une surface rèche comme une lime. Il ne faut pas confondre V aggemina avec le piqùé^ qui se fabriquait à Venise à la môme époque. Le piqué, son nom l’indique, s’obtenait au moyen de petits clous d’or, d’une ténuité extrême, piqués dans l’écaille ou la corne, et dont l’ensemble représente toutes sortes de sujets. La Gruene Gewœlbe en contient quelques-uns.

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Dans ce cabinet sont exposées deux ou trois cents Ggurines du fameux orfèvre saxon Melchior Diglinger, que l’on place, à Dresde, à côté de Benvenuto Gellini. De ces figurines, les unes sont ciselées dans l’ivoire ou le bois d’ébène garni de pierres ou d’émaux, les autres sont formées de perles baroques dont les gibbosités ont constitué précisément le mouvement de la figure. L’ensemble de toutes ces figures, fait justement remarquer l’auteur du livret , est traité en caricature. Ce sont des faces grimaçantes, des corps contrefaits; c’est une recherche du laid et de la difformité qui vous fait ressentir la môme impression pénible que l’on éprouve en feuilletant les Grotesques de Gallot ou les Contes drôlatiques de Pantagruel. Parmi les ivoires, je me souviens de musiciens ivres se gourmant, — du portrait de Barbe Uthmann, l’inventrice des dentelles de Saxe, de cordonniers, de rémouleurs, de potiers exerçant leurs professions. Il y a dans le cabinet des bijoux, au Louvre, un petit porte-balle haut de deux pouces, qui doit sortir de la même main que les joujoux de la Gruene Gewœlbe, et qui en donne exactement l’idée.

Les perles baroques, malgré la richesse de la matière, et l’ingéniosité du travail, sont encore plus désagréables à regarder. Quand on est doué d’un sentiment quelque peu élevé du beau, on donnerait

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des millions de nains, de Falstaffs, de gardes suisses, de patineurs, de singes gourmands ou malades, de guenons dansant, pour une de ces belles chimères dont les artistes de la Renaissance tordaient la queue imbriquée dans un fouillis de feuillages aux volutes si élégantes. Mais je n’insiste pas. Il ne faut pas apprécier des joujoux d’enfant ou des breloques de vieillard comme on juge des œuvres d’art. Ici, dit le livret, et tout le monde sera de son avis, toute critique sévère doit être mise de côté. Les noms de plusieurs des ouvriers qui ont emmanché ces fantoches ont été conservés. Quand les enfants reconnaissants élèveront un Panthéon aux marionnettes, ces noms devront figurer en lettres d’or sur le fronton : Ferbecq, Girardet, Nessler, Kohler, Hovera, Krueger.

Ai-je besoin après cela de vous dire mon opinion sur le plus connu d’entre eux : Melchior Diglinger? C’était un bimbelotier habile, ingénieux et adroit. Parmi les fabricants de jouets de Nuremberg, c’est certainement le plus illustre ; et si l’Allemagne songe jamais à former une école de bimbeloterie, il devra en être le chef. Mais ses productions sont éloignées de celles de Gellini, — de celles du moins que l’on connaît, — de toute la distance qui sépare l’art du métier. On se convainc de cette vérité en examinant son œuvre la plus estimée : Im Cour d' Auremj~Zeb,

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placée dans la dernière salle. Sur un plateau carré, divisé en trois cours et entouré de maisons et de portiques, Diglinger a représenté le grand-mogol Aureng-Zeb recevant les hauts dignitaires de sa cour qui lui apportent des présents. Les personnages, au nombre de près de deux cents, tous en argent, ont trois pouces de haut et sont ciselés et émaillés avec un soin scrupuleux. Diglinger a travaillé pendant huit ans à confectionner ce joujou; il s’est fait aider par ses fils et par quatorze ouvriers; il a fourni la matière et a reçu 28,485 écus de Saxe, c’est-à-dire 210,000 francs. Pour une œuvre d’art, ce n’est pas trop payé; pourunjoujou, c’est hors deprix.

Jean-Melchior Diglinger était né à Biberach, près d’Ulm, en 1665. En 1702, après avoir travaillé à Augsbourg et avoir visité l’Italie, Auguste le Fort l’appela à Dresde, où jusqu’à sa mort, arrivée en 1731 , il ne cessa de lui donner des commandes et d’en faire l’exécuteur de ses caprices en orfèvrerie. La Gruene Gewœlbe a hérité de la plupart de cès caprices. Je sais bien qu’on ne peut faire Diglinger responsable du goût de son maître. Cependant quand un artiste est doué d’une puissante originalité, il en imprime le cachet dans ses moindres œuvres et sait corriger ce que le goût de son souverain peut présenter de défectueux et d’anormal. Avec des hommes comme Cellini ou Primatice, François I"

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avait, toujours bon goût. On peut en dire autant de Diglinger. Il a aveuglément suivi les ordres qu’il recevait, n’y ajoutant rien, n’en retranchant rien, et ne se préoccupant évidemment ni de la beauté, ni du caractère, ni de l’effet, ni du style; c’était, je le répète, un ouvrier beaucoup plus qu’un artiste. Il était aidé dans ses travaux par ses deux frères, George- Frédéric et George-Christophe. Son fils Jean-Frédéric, né en 1702, travailla dans le même genre que son père, et mourut en 1767. Une de ses filles, Sophie-Frédérique, a laissé d’assez jolies miniatures. J’ignore si sa postérité vit encore.

Traversons la salle n“ VI, contenant surtout les bois ciselés dont je vous ai parlé à propos des ivoires, et terminons ce long examen par la salle n“VIII, où sont placées, outre les principales pièces d’orfèvrerie de Diglinger, la Cour d' Aureng-Zeb, la Mythologie égyptienne^ le Vase des travaux d' Hercule, les Jeux de Vmfance; les belles armes, les décorations et les parures de diamants et de pierres précieuses appartenant à la famille de Saxe.

L’aspect de cette salle vous fait éprouver un éblouissement semblable à celui de la rotonde du Diorama, à l’Exposition universelle de I8S5. Sans posséder de pierres d'une valeur historique égale au Régent, au Sancy, à l’Oiioff, ou au Grand-Mogol, la famille de Saxe est extrêmement riche en diamants,

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en émeraudes, en rubis, en saphirs, en opales et en perles d’une qualité exceptionnelle. La quantité m’a paru prodigieuse. Ces pierres montées en couronnes et en diadèmes, serties en riNières, en colliers, en pendants d’oreilles, en agrafes, en nœuds d’épaule; formant des épingles, des anneaux, des boutons, des boules, des décorations ; semées sur des poignées d’épée, des fourreaux de sabre, des baudriers, des ceinturons, des pommes de cannes, des boîtes, sont rangées dans des vitrines dont la disposition est aussi favorable à l’examen qu’avantageuse pour faire ressortir la pureté de leur eau et l’éclat de leur feu.

Des lapidaires ou des connaisseurs émérites en pierres fines doivent passer dans cette salle des heures d’ivresse contemplative. Pour un badaud curieux comme moi, pour un songe-creux qui prise un anneau en fer élégamment ciselé au prix beaucoup plus élevé que tous les diamants du grand lama, s’ils sont lourdement sertis, je n’y ai remarqué que quelques jolies décorations ou enseignes du seizième siècle, dont le travail m’a paru français ou italien, et des armes orientales d’une incomparable beauté rapportées de Vienne en 1683 par l’électeur de Saxe Jean-George III.

Quant aux pièces historiques, je ne puis avoir la prétention de vous citer toutes celle.s qui offrent de

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l’inlérôt. Cependant ma mémoire, aidée de mes notes et des indications du livret, me rappelle :

Le grand glaive que faisait porter devant lui, quand le Saint-Empire existait, l’électeur de Saxe, comme grand maréchal de l’empire. Cette précieuse relique allemande date de lo66 ;

La bague de saphir que Jean-Frédéric, le dernier électeur de la branche Ernestine, donna au capitaine Trotha, qui le fit prisonnier à la bataille de Muhlberg, en l')47 ;

La bague de Luther, simple cornaline, gravée d’une rose surmontée d’une croix;

Le cachet de Luther portant une tête de mort et la devise Mori cogita. Le cachet de Luther! Devant une pareille relique, j’avoue avoir fait bon marché de la forme et de l’art. Tout ce qui m’entourait s’est obscurci. Je n’ai plus eu d’yeux que pour cette modeste pierre qui du même coup a scellé de sa lugubre empreinte la déclaration de guerre de la raison contre la foi, et la charte d’affranchissement de la conscience humaine. Le cachet de Luther ! quand j’irai à Rome, je le comparerai à l’anneau de Saint- Pierre.

II se trouve encore, m’a-t-on assuré, des choses fort curieuses dans cette salle; je ne les ai pas vues; l’anneau de Luther m’en a empêché.

La conclusion de cette nomenclature est facile à

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tirer. Elle ressort du sujet môme. Si l’on considère la Gruene Gewœlbe au point de vue de la richesse et de la variété, aucune collection ne peut soutenir la comparaison avec elle. La Saxe est un des États de l’Europe qui ont eu le moins à souffrir du vandalisme des révolutions. Elle n’a pas eu de guerre de 1707, qui a envoyé au creuset une partie des trésors amassés par vingt générations de rois ; elle n’a pas eu une terreur de 1793, qui a fondu le reste pour en faire plus de pièces de six liards que de pièces de canon.

Si l’on est sollicité par l’archéologie historique, cette collection offre une source inépuisable de recherches. L’histoire du goût en Saxe me paraît résumée dans ces huit salles d’une façon aussi amusante que fidèle; et l’histoire proprement dite y trouvera, pour pénétrer dans la vie privée des électeurs et apprécier leur caractère et leurs habitudes, des documents que l’on chercherait vainement ailleurs.

Si enfin c’est le goût dans le travail, la beauté des formes, l’élégance et la pureté de l’ornementation, la valeur artistique, que l’on étudie, la Gruene Gewœlbe ne satisfera qu’à moitié. Il est bien entendu que ce n’est là qu’une opinion personnelle dont la valeur n’est autre que celle de toute opinion personnelle. Sous ce rapport les collections publiques de

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France, le cabinet des Gemmes de Florence, certaines collections particulières d’Angleterre, tout en étant moins nombreuses, présentent un intérêt bien supérieur à la Gruene Gewœlbe. On sort du palais royal de Dresde plus ébloui par la richesse que touché par la beauté; le goût ne s’y épure pas, et l’on en emporte plutôt une idée de convoitise qu’une notion élevée de l’esthétique.

Mais si l’on vent se rendre compte dè ce qu’était l’orfèvrerie des seizième et dix-septième sièclesentre les mains des artistes de Nuremberg et d’Augsbourg, si l’on veut étudier les modifications apportées par le goût allemand au mouvement de la Renaissance dans l’appropriation et la décoration des objets usuels; nulle part on ne pourra le faire d’une façon plus complète qu’à la Gruene Gewœlbe. Cette belle collection, n’eût-elle pas d’autre but, mériterait; sans réserve, la notoriété dont elle jouit à l’étranger, j’espère, en outre, avoir indiqué les autres points qui la recommandent h l’intérêt de tout voyageur intelligent et homme de goût.

Février (SOI.

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Je doute qu’il existe en Europe une réunion de porcelaines de Chine aussi nombreuse que celle du Palais japonais de Dresde. Le catalogue remplit cinq gros volumes in-folio, et ne compte pas moins de 60,000 numéros dont 55,000 au moins s’appliquent à des objets de céramique de l’extrôme Orient.

Toutefois, malgré ce chiffre, on ne pourrait pas se former à Dresde une idée générale, non-seulement du degré d’avancement où les Chinois ont poussé l’industrie ayant trait à ce que l’on appelle en France la curiosité, mais encore de l’ingéniosité, du goût qu’ils ont apporté dans toutes les branches de la céramique, de la délicatesse merveilleuse de leurs procédés de fabrication. Sous ce rapport, le musée de Sèvres, le musée ethnographique du Louvre, le musée chinois de La Haye offrent un intérêt supé-

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rieur, parce qu'ils comprennent une quantité d’objets bien plus variée. Ainsi, en dehors de la porcelaine, Dresde ne contient ni bronzes, ni émaux champlevés ou peints, ni laques, ni pierres dures,, ni cristaux de roche, ni ivoires, ni bois, dont l’étude jette un si grand jour sur la fertilité d’invention de l’industrie chinoise. Si l’on circonscrit ses recherches à la céramique, on n’y rencontrera pas de boccaros, on ■ n’y trouvera aucune de ces pièces en gros bleu flambé, en rouge haricot, en rouge vermillon, en blanc lacté à reflets opalins, en gris truité, en vert céladon de toutes nuances, aucun de ces vases d’un tout petit volume en porcelaine émaillée rose vif, rose pâle, jaune maïs, bleu céleste, bleu de Chine, qui sont le mérite et l’attrait des collections Poinsot, Barbet de Jouy, Malinet, d’Aigremont, et que madame la duchesse de Montébello avait réunis en si grande quantité. Il semble que ce soit dans les objets d’un tout petit volume que le goût chinois ait pris plaisir à déployer toutes ses ressources, soit dans la pureté des formes, soit dans la richesse de l’ornementation. A Dresde, ces délicieux produits brillent par leur absence. Mais si l’on veut étudier les pièces d’une dimension relativement grande, les pièces de . décoration, c’est à Dresde qu’il faut aller. En circonscrivant ses recherches dans le sens que j’indique, on sera surpris que l’on ait pu rassembler une

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pareille quanlité de produits. Quand on y rencontre une pièce rare, ce n’est pas par unité qu’on la trouve, mais par centaines et quelquefois par milliers.

La collection est rangée dans dix-huit salles au rez-de-chaussée du Palais japonais. Ces salles, qui font le tour de l’édifice, sont, je le crains, les anciennes cuisines ou les anciennes offices du palais, situé à l’extrémité occidentale de Dresde, sur la rive droite de l’Elhe. Construit de *17 15 à 1730 par Auguste le Fort sous la dénomination qu’il porte encore, l’édifice offre la forme d’un parallélogramme flanqué de quatre ailes et de deux pavillons centraux. Le toit vert, dont la saillie est relevée en forme de chapeau chinois, le fait facilement reconnaître entre les monuments de Dresde. Auguste le Fort, grand amateur de curiosités, avait, paraît-il, un goût prononcé pour les porcelaines chinoises. Il les faisait venir de Hollande par centaines de caisses, et prenait plaisir, dit-on, à en orner les murs de ce palais. Je doute que la collection ait été beaucoup augmentée depuis lui. Sur le listel du pavillon d’entrée on a gravé cette inscription à laquelle il ne faut pas prêter une trop aveugle confiance : Muséum usui publico païens. Gomme c’est le conserv'ateur luiméme qui veut bien servir de guide aux curieux, et, comme il a ses occupations particulières, le public

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ni

^en trouve parfois les portes parfaitement closes. Mais lorsqu’elles sont ouvertes, les explications qu’il : fournit sont si claires, si précises; elles font preuve ■d’une science si solide et si exercée, que l’on n’a rien à regretter.

On sait bien peu de chose en Europe sur l’histoire de la porcelaine chinoise, et il ne semble pas que l’on soit beaucoup plus avancé en Chine. Les deux seuls ouvrages que nous possédions sur ce sujet •sont ; le mémoire du père Dentrecolles, reproduit dans V Encyclopédie de Diderot, et la traduction du livre chinois, intitulé : Histoire et fabrication de la‘ porcelaine chinoise^ par M. Stanislas Julien. Ce qui ressort de plus clair de la lecture de ces deux ouvrages, c’est que de tout temps on s’est livré avec une grande ardeur, dans toute l’étendue de l’empire du Milieu, à la fabrication de la porcelaine. Mais ce que ne disent pas ces deux auteurs, c’est que, de tout temps aussi, l’habileté de la contrefaçon a été un des caractères essentiels du génie chinois ; c’est que ce génie d’imitation a dû s’exercer sur la fabrication de la porcelaine comme sur tout le reste; c’est qu’enfin il est fort probable que nous nous extasions souvent sur l’antiquité de certaines pièces frappées d’une marque connue pour être celle d’une fabrique du huitième ou du neuvième siècle ; tandis que ces pièces, œuvre de quelque faussaire de

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talent, n’ont peut-être pas cent ans d’existence. On ne saurait trop le répéter, les marques de la porcelaine chinoise > pas plus que les signatures de tableaux, ne sont une preuve irrécusable d’authenticité.

A ce sujet, j’ai été témoin d’un fait qui a singulièrement affermi mon scepticisme à l’égard des • marques de fabrique. A la vente Louis Fould, une jeune femme, donnant le bras à un savant dont la modestie n’est pas précisément l’apanage, examinait avec intérêt une potiche dont le galbe était aussi pur que la couleur était harmonieuse et riche. Son guide releva ses lunettes, souleva le vase, en examina le fond, et, après avoir déchiffré la marque dont il était frappé, raconta à la jolie visiteuse qu’il avait été exécuté sous la dynastie des Youen, de 1260 à 1368, et ne pouvait avoir, par conséquent, moins de cinq siècles d’existence. Le galant sinologue comptait sans les contrefaçons. Quelques années auparavant, l’amateur dont on faisait la vente, causant avec un négociant anglais de Shang-Haï du degré de perfection auquel atteint la contrefaçon chinoise, l’avait prié de lui en rapporter un spécimen. J’avais l’honneur d’être présent à l’entretien. C’est ce spécimen qui avait servi de prétexte à ce déploiement d’érudition. Mais*en regardant k l’inlérieur, sur l’étranglement du col du vase, on ei'it trouvé la

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marque du fabricant moderne, son nom, son adresse, la date de 1835, et, je crois bien, le nom du négociant anglais qui l’avait commandé. .

Les Chinois en savent peut-être encore moins, que nous. Si ce que disent les voyageurs revenant de ces lointaines contrées est exact, les nombreux ama- . leurs du pays même paraissent ignorer ce que c’est que la contrefaçon, et ne font aucune différence entre les pièces imitées et les pièces originales.

De tout ceci il résulte que le goût et l’habitude sont, dans ces délicates matières, des moyens d’information au moins aussi précis que la sinologie, et que l’on n’arrivera à fixer des données certaines qu’en étudiant la forme, la couleur et l’ornementation de chaque pièce, sans tenir compte des marques de fabrique, et qu’en les comparant avec les pièces similaires connues. Il faut appliquer à la chinoiserie les procédés pratiques de la psychologie et de la médecine, et faire de la chinoiserie expérimentale. Autrement, le^ marques de fabrique sont encore destinées à jouer de bien singuliers tours à tous les académiciens du monde, savants ou non.

Les deux premières salles sont remplies par d’immenses quantités de ces pièces dont la décoration fond blanc à dessins bleus prenait, au siècle dernier, le nom de porcelaine à broderie. C’est la production céramique chinoise la plus commune, et celle qui a

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été le plus imitée. En Hollande les fabriques de Delft, en France celles de Rouen, ont évidemment pris pour modèle l’ornementation -de cett; porcelaine.

La salle suivante ne contient que des pièces monochromes bleu ardoise. Ces produits sont peut-être plus communs encore que ceux de la porcelaine à broderie. Assiettes, plats, tasses, soucoupes, théières, saladiers, pots, potiches, cornets, amphores, potspourris, brûle-parfums, jeux complets de cinq, de sept et même de onze pièces, on a réuni là toutes les variétés à l’usage des Chinois. Puis viennent deux salles uniquement consacrées à ce que nous appelons porcelaine du Japon, c’est-à-dire à ces porcelaines de toutes formes et de toute grandeur, dont la décoration invariable consiste en un fond blanc sur lequel se détachent des fleurs à larges pétales bleus ou rouges relevés de rehauts d’or. La peinture de ces pièces n’est jamais fine, mais elle est toujours singulièrement éclatante et harmonieuse. Quand on les examine attentivement, on remarque une chose, c’est que l’émail blanc servant de fond est presque toujours fendillé, tandis que les couleurs de l’ornementation offrent une surface parfaitement unie. En voici, m’a-t-on assuré, la cause : le Japon fabrique relativement peu de porcelaines, et la grande quantité qui s’y débite est imporiée de Cliine;

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elles entrent complètement blanches dans les ports du Japon, d’où elles sont dirigées sur les villes de l’intérieur pour y recevoir leur décoration. Il an:ive alors que, présentées une seconde fois au four pour que les couleurs japonaises puissent se vitrifier, la . chaleur de la seconde cuisson fait craqueler l’engobe chinoise, tandis qu’elle est juste suffisante pour polir et faire adhérer l’engobe japonaise. Il y a une autre espèce de porcelaines japonaises, plus communes, sur lesquelles les couleurs sont plus grossièrement posées et cuites à un feu d’une température relativement inférieure. Sur celles-là l’engobe blanche reste parfaitement unie. Ce sont ces dernières pièces qui nous passent journellement sous les yeux.

En conthiant ma visite, j’ai aperçu de grands pots en bleu violacé flambé, c’est-à-dire dont la couleur offre les stries et les vives ondulations d’une flambe de feu de sarment, et des vases d’une dimension plus petite et de formes assez pures, ayant reçu deux couvertes, la première blanche, la seconde café au lait. En posant la seconde couverte, on a réservé certaines parties de la couverte blanche, et dessiné ainsi en blanc des arabesques qui s’accusent légèrement en creux sur le profil du vase.

Toute une salle est consacrée aux pièces en bleu soufflé et doré. Il y a là plusieurs douzaines de services (un service se compose habituellement de douze

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douzaines, 144 assiettes) de celle porcelaine dont j’ai vu vendre une seule soucoupe cinquante et soixante francs. Le père Denlrecolles nous apprend, dans les lignes suivantes, de quelle façon s’obtient le bleu soufflé : « On a du l)leu tout préparé; on « prend un tuyau dont une des ouvertures est cou- « verte d’une gaze fort serrée; on applique douce- « ment le bas du tuyau sur la couleur dont la gaze « se charge; après quoi on souffle dans le tuyau « contre la porcelaine, qui se trouve ensuite toute « chargée de petits points bleus. On souffle le rouge M de môme que le bleu sur la porcelaine, mais il est a plus difficile d’y réussir. Les dessins d’or que l’on « trouve sur ces porcelaines sont appliqués au pin- « ceau. »

' Dans une autre salle sont rangés les spécimens de trois genres de fabrication très-distincts, et que l’on rencontre assez rarement en France. Ce sont :

1® Des pièces en bleu lapis, dont certaines parties réservées en blanc sont peintes comme les pièces dites de la famille verte ;

2“ Des collections entières de vases de toute espèce en porcelaine café au lait et café au lait craquelé ;

3® Des potiches, théières, assiettes, tasses en porcelaine café au lait comme la précédente, où courent des arabesques de feuillage d’un vert vif et barmo-

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nieux. Les formes sont en général trés-élégantes et assez pures. Le conservateur, qui voulait bien me guider, m’a affirmé que cette porcelaine était de fabrication cochinchinoise, et, pour me le prouver, m’a montré une marque estampillée sous une de ces pièces. Je ne connais pas le cochinchinois, et j’attends, pour partager l’avis du conservateur, une preuve plus convaincante qu’une marque que tout le monde peut imiter.

Au milieu de cette quantité d’objets, j’en ai remarqué dix qui m’ont paru appartenir à une fabrication assez curieuse pour devoir être notée. Ce sont cinq tasses à thé et cinq soucoupes fond blanc à dessins d’oiseaux. Gela n’a rien que d’ordinaire ; mais ' ce qui ne l’est pas, c’est que la bordure des tasses et des soucoupes a été découpée et fenestrée comme une truelle à poisson avant l'immersion dans la couverte. Puis, au moment de l’immersion, loin de dégager les découpures de la glaçure qui les a obstruées, on les en a au contraire remplies, en sorte qu’elles sont vitrées d’un talc extrêmement léger et transparent qui laisse voir la finesse du travail en même temps qu’il empêche le liquide, que ces tasses sont destinées à contenir, de s’échapper par les décbiquetures de la pâte. C’est le seul exemple que je connaisse de cette fabrication. La soucoupe d’une de ces tasses est, en outre, incrustée d’émaux imi-

A DIIESDE.

tant les rubis et les saphirs, ce qui produit un effet plus bizarre que beau.

Enfin, dans la dernière salle de la porcelaine chinoise, on a placé sous une vitrine, dans l’endroit le plus apparent, le phénix de toutes ces raretés. Ce sont six assiettes d’une pâte extrêmement fine, recouvertes d’une glaçure blanche non moins délicate et portant peintes au naturel les annes de Charles- Quint : la double aigle couronnée, tenant dans ses serres les colonnes d’Hercule où s’enroulent les doubles G, initiales de Carolus. Je doute qu’il existe d’autres porcelaines remontant au seizième siècle, dont l’authenticité soit aussi irrécusable que celle de ces pièces. On sait que les premiers spécimens de la porcelaine chinoise furent importés par les navigateurs portugais vers 1506. Or, comme Charles- Quint fut élu empereur d’Allemagne en 1519 , comme ces six assiettes furent prises à Inspruck en 1552, lorsque l’électeur de Saxe, Maurice, força l’empereur à quitter précipitamment cette ville, il est certain qu’elles furent commandées et exécutées en Chine entre 1519 et 1522. Elles ont donc pour le moins trois cent dix ans d’existence bien constatée. Je souhaite une pareille antiquité à toutes les porcelaines que les amateurs possèdent dans leurs collections.

Il est tout simple qu’à Dresde la salle consacrée

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aux porcelaines de Saxe soit intéressante. On y a réuni les échantillons de tous les essais tentés au commencement du dix-huitième siècle par Jean-Frédéric Bottcher pour arriver à ces élégants produits qui figurent aujourd’hui dans les collections de tout homme de goût. L’on peut y suivre d’une façon aussi complète que détaillée toutes les phases de cette fabrication. Je n’ai pas à en retracer l’histoire. M. Labarte s’est chargé de ce soin dans l’introduction du catalogue Debruge-Duménil, et l’a fait de manière à rendre inutile toute tentative nouvelle. J’y renvoie ceux qui s’intéressent à ces détails, et je me borne à décrire ce que j’ai vu.

«C’est en 1704, dit M. Labarte, que Bottcher « obtint une poterie rouge, dense, solide, très-dure, « qui avait par cela môme quelques-unes des quali- « lés de la porcelaine , mais ne possédait pas la plus « essentielle : la translucidité. Cette poterie n’était « autre chose qu’une espèce de grès cérame. » Elle ressemble beaucoup au boccaro. Le Palais japonais en offre plusieurs pièces. Ce sont presque toutes des tasses avec leurs soucoupes. Avant d’arriver aux produits en porcelaine blanche, il s’écoula cinq ans pendant lesquels l’esprit industrieux de Bottcher, aidé de la science de Tchirnauss et du sang-froid de Steinbrüch, son beau-frère, s’exerça sur la préparation de cette faïence ronge, et sut lui faire produire

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des résultats différant essentiellement entre eux, et dont le Palais japonais a conservé des exemplaires. Tantôt la pièce sortant mate du moufle , et n’étant recouverte 'd’aucune glaçure, d’aucun enduit translucide , était polie à la main après la cuisson. Tantôt les objets ayant trop cuit prenaient une teinte ferrugineuse particulièrement agréable à l’électeur, qui les faisait mettre de côté pour son usage personnel. Aucun de ces objets, je le répète, ne porte trace de glaçure. C’est l’enfance de la porcelaine de Saxe.

Puis vient sa jeunesse, qui consiste en pièces trempées d’un léger enduit , mais toujours en terre rougeâtre se rapprochant plus du grès que de la porcelaine. En cuisant, l’enduit métallique de plusieurs de ces pièces pénétra dans la pâte, la décomposa, et de rouge brique elle devint complètement noire. De ce qui était une imperfection Bôttcher fit une rareté.

Il composa plusieurs services noirs dont la teinte, sinon la forme, rappelle celle des vases dits de Nola, et peut tromper au premier abord. Une tablette est exclusivement chargée de ces pièces noires.

« Enfin, dit M. Labarte, après quelques travaux,

« Bôttcher réussit, en 1709, à obtenir une porce- « laine blanche et translucide ayant tous les carac- « tères de celle de la Chine. Le 6 juin 1710, la fait brique de porcelaine fut installée dans le château

« de Meissen; Bôttcher en fut nommé le directeur.

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« Le but des travaux de Bottrher avait été d’obtenir U une poterie semblable à celle de la Chine : aussi ne « jugea-t-on rien de mieux à faire, dans l’origine, « que de copier le plus fidèlement possible, soit pour « les formes, soit pour les couleurs, les belles porce- « laines de ce pays. La manufacture de Meissen parce vint à une imitation si parfaite, qu’il faut un œil « très-exercé pour distinguer les porcelaines qui y « étaient fabriquées dans le style chinois des vérita- « blés porcelaines chinoises. Les premières porce- « laines sont au surplus marquées d’un A et d’un R « entrelacés [Augustus Rex). Cette marque a sub- « sisté jusqu’en 1730. On sait qu’après cette époque (c la fabrique de Meissen adopta pour marque les « deux épées en croix , d’abord encadrées dans un « triangle, puis sans encadrement. »

Cependant, même avant la mort d’Auguste le Fort, la marque A R n’était pas la seule dont fussent frapr pés les produits de la fabrique de Meissen. Il en existe deux outres* appartenant au même établissement.

Une fois la porcelaine blanche trouvée, la fabrique de Meissen ne tarda pas à jouir d’une grande célébrité en Saxe et à l’étranger, et, pour satisfaire aux demandes qui lui arrivaient de tous côtés, à être forcée d’augmenter le nombre de ses fours et celui de ses ouvriers. Rôtteher scinda alors sa fabrication

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en deux, et, avec l’autorisation de son souverain, fournit* des modèles à l’industrie particulière, tout en continuant à travailler spécialement pour la cour de Saxe. Le monogramme A R fut réservé pour les pièces royales, et celles destinées aux particuliers et à la vente furent frappées d’un caducée.

Entin l’on sait qu’à tous les goûts les plus somptueux Auguste le Fort joignait un penchant très-prononcé pour le beau sexe. Le roi de Pologne avait le cœur tendre, et était aussi faible qu’inconstant avec ses maîtresses. Une femme de la noblesse saxonne, la baronne d’Hoym, qui prit plus tard le nom de comtesse de Kôsel, précéda, dans les amours du roi, la fameuse comtesse de Kœnigsmarck. Auguste le Fort fil faire pour elle à Meissen plusieurs services complets dont on retrouve encore des pièces éparses, et dont le Palais japonais possède plusieurs spécimens portant une marque, dont l’explication, au dire des savants saxons, serait à peine possible en latin. On retrouve un poinçon semblable sur certaines pièces de monnaie frappées en Saxe durant la faveur de madame de Kôsel, et qui en ont pris le nom, ce sont les florins de la comtesse. Ces florins sont avidement recherchés par les numismates allemands.

Parmi les pièces placées dans les deux dernières salles, j’ai remarqué :

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De nombreuses figurines en biscuil de Saxe colorié. Dans le nombre, ce groupe d’un homme, lunettes sur le nez , ciseaux en main , portant un tablier et monté sur un bouc. C’est le portrait du tailleur du fameux comte de Bi-ühl, le ministre d’Auguste 1e Fort. Ce tailleur passe pour avoir souvent mis au service des amours du roi , son maître, une dextérité qu’il ne portait pas, dit-on, dans la confection des hauts- de -chausses. 11 existe deux modèles de ce groupe. Le plus petit est le plus rare.

Un service offert à la princesse Se Saxe lors de son mariage avec le dauphin, fils de Louis XV.

Des imitations de Sèvres, — fond bleu, grand feu, — faites à la fabrique de Meissen par ordre de Napoléon PL Cet essai ne fut pas heureux, et l’on dut y renoncer.

Enfin, dans la dernière salle, quelques pièces assez médiocres de Delft, de Rouen et de Frankenthal ; des Wedgwood , et de beaux échantillons de plats hispano-arabes et des majolicas du duché d’Urbin. On a prudemment caché dans un coin une mauvaise imitation des faïences de Bernard Palissy.

Je n’ai pas la prétention d’avoir fait connaître ce

que le Palais japonais de Dresde contient de curieux,

de beau et d’intéressant. Mon but a été d’en donner *

une idée générale, et d’appeler sur cet établissement l'altonlion des amateurs et des personnes rompé-

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