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absolument rien à la masse du public. Le rédacteur, en outre, s’est montré fort réservé sur les appréciations ; se bornant à indiquer plus spécialement huit ou dix objets aux amateurs, et n’essayant en rien d’insister sur leur jugement. C’est une marque de bon goût que je voudrais voir imiter, notamment par les experts rédacteurs de catalogues de tableaux. En un mot, ce catalogue pourra servir de vade-mecum pendant quelque temps aux amateurs de curiosités, et a sa place marquée dans toute bibliothèque catalographique. Il se divise en sept parties correspondant aux sept vacations de la vente. Voici les titres de ces divisions :
1“ Sculptures en bois et en ivoire, bronzes, terres cuites , objets divers des quinzième et seizième siècles ;
2“ Émaux de Limoges, faïences italiennes, de Bernard Palissy, verres de Venise, de Bohême, grès dePlandre;
3” Bijoux, tabatières, bonbonnières, nfatières précieuses, argenterie ancienne ;
4® Miniatures , porcelaines de Sèvres , Saxe , Vienne, Berlin; groupes de Saxe, biscuit;
5“ Laques de Chine, bronzes, chinoiseries, porcelaines de Chine et du Japon ;
B® Bronzes, meubles, mobilier, matières dures, étoffes, tapis.
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7® Armes orientales et du moyen âge .
C’est autour de ces objets que le feu a commencé, le 8 février dernier. Le n“ 1, polyptyque en ivoire, à cinq volets, époque du quatorzième siècle, qui offrait une valeur archéologique bien plus qu’un mérite d’art — distinction que l’on fait trop rarement — a été adjugé pour la somme de 6,200 francs. C’est la plus forte adjudication de la vente. Une poire à poudre, un pulverin, également en ivoire, époque de Louis XIII, chargée de bas-reliefs d’une remar quable e.vécution, d’un assez beau type, mais d’une forme très-lourde, est montée à 1,090 francs. La mise sur table du n® 31, deux bas-reliefs en bois sculpté, représentant, l’un, Charles-Quint, et l’autre Jean de Montfort, et portant tous deux la date de 1523 et le monogramme d’Aldegrave, a offert un curieux exemple de l’engouement irréfléchi des amateurs, et de l’entraînement auquel conduit l’excitation des enchères. Jadis ces portraits, dont on retrouve des spécimens dans la plupart des collections publiques et particulières, se vendaient 20, 30 ou 40 francs. On faisait une folie quand on les payait trois louis. A la vente Humann, poussés par deux collectionneurs dont je tairai les noms, et que l’amour-propre de ne pas céder excitait au moins autant que l’amour de l’art, ils ont atteint le chiffre fabuleux de 3,950 francs, ce qui, avec les
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frais, représente 4,147 francs. L’un des deux combattants, forcé de se retirer sur une enchère de ?50 francs supérieure à la sienne, a fait justice du sentiment qui les animait tous deux quand il a dit : « Je suis bien aise de savoir qu’il y a encore quelqu’un de plus fou que moi. » — Le mot est vif, mais il est juste. — Une figure de moine pleureur (n® 63 bis) provenant, non pas des tombeaux des chartreux de Dijon, mais du tombeau de Philippe le Hardi, par Claux de Vousonne, placé jadis à la Chartreuse près de Dijon, et certainement d’un art bien supérieur aux ciselures d’Aldegrave , n’est montée qu’à 240 francs. Tout le monde connaît ces deux tombeaux de Jean sans Peur et de Philippe le Hardi, exposés maintenant au musée de Dijon, et entourés d’une théorie de figures de 0,40 centimètres de hauteur. Au moment de la révolution, une vingtaine de ces figures disparurent (il y en a près de cent sur les deux monuments). Elles sont maintenant disséminées dans diverses collections, et plusieurs ont été moulées. Ce sont ces moulages que l’on retrouve invariablement dans tous les ateliers à côté de saint Sebald et de maître Fischer de Nuremberg.
Je ne comprends pas, je l’avoue, les prix auxquels sont montés les émaux de Limoges de la deuxième vacation. Ceux qui étaient intacts, comme les deux as-
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siettes n° 143 (vendues 2,050 fr.) étaient d'un art médiocre, et si réellement ils doivent être attribués à Pierre Raymond, on peut assurer que ce sont des Raymond de pacotille. Je n’en dirai pas autant du hanap n® 108 (vendu 5,130 fr.) et du plat à ombilic n®H2 (vendu 5,000 f.); mais ils n’offraient rien de capital comme dessin et comme couleur. Quant au coffret à bijoux n® 109 (vendu 5,500 fr.) et au triptyque du quinziéme siècle n® HO (vendu 3,131 fr.), je ne puis voir dans ces deux pièces qu’un intérêt archéologique et industriel, mais nullement un intérêt artistique. Je ferai la même observation générale pour les faïences italiennes. Toutes, môme celle à reflets métalliques signée de Xanto de Rovigo (vendue 1 ,420 fr.), étaient de jolis exemplaires de second ordre dont aucun n’eût pu soutenir la comparaison avec les majoliques des cabinets de Rohtschild, Soltykoff, Sauvageot, Rattier, Sellières, Pourtalès; et tutti quanti.
Je passerai rapidement sur les boîtes, tabatières, bonbonnières, bijoux de toutes sortes, tout en faisant observer à quel prix relativement modéré est montée une tabatière ovale n® 221 (vendue 40 fr.) en ancien Saint-Cloud. On sait cependant combien sont rares les produits de cette première fabrique de porcelaine établie en France vers 1690, et spécialement protégée par le Régent lorsqu’il était duc d'Orléans. Dans
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eetle division, un fort bel étui en vernis Martin, n®242, s’est vendu 246 fr., le quintuple certainement de ce qu’il a dû coûter il y a quatre-vingts ans.
Lesporcelaines.et notamment la porcelaine de Saxe, , figuraient en grande quantité dans cette vente. Une belle armoire en bois de poirier peint en noir et verni, contenait sur ses étagères une réunion très-nombreuse et très-variée des amusants produits de cetle industrie. Une magnifique bouilloire enguirlandée de fleurs en cuivre doré ciselé avec une rare délicatesse, n® 312, a été adjugée à 470 fr. ; un très-beau cabaret de treize pièces, médaillons à sujets, n® 31 4, 600 fr. ; une petite fontaine forme ovoïde, fond or et ornements réservés en blanc, montée il est vrai en argent, a atteint le chiffre de bS.*) ; tandis qu’une autre fontaine de même forme, n® 327, fond or et fleurs émaillées, pièce de collection plus rare, n’a été abandonnée qu’à 40 fr. Enfin un service fond blanc à bouquets de fleurs, n® 3S8, composé de soixantequatorze pièces intactes et difficiles à réunir semblables en aussi grande quantité, a été adjugé pour le prix de 825 fr.
Parmi les chinoiseries, j’indiquerai un petit cabinet en laque or sur or, n® 434, véritable bijou, dit le catalogue, provenant de la vente Debruge-Duménil, d’une finesse de vernis et d’une douceur d’éclat com-
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parables aux plus belles laques du cabinet de Guignes. Il a trouvé acquéreur au prix de 805 fr. L’heureux adjudicataire a fait là une affaire d'or. Aux prix que les objets ont atteints dans cette vente, ce cabinet valait an moins 1 ,200 fr. — Une cassolette en émail cloisonné, le seul de la vente, a été vendue 735 fr. Si ma mémoire me sert fidèlement, cet émail était pâle et faux de ton. Deux belles coupes en céladon craquelé, monture Louis XVI, n“ 473, ont été adjugées à 1,584 fr. Deux assiettes en porcelaine de Chine, dite coquille d’œuf, à revers rouge, ont atteint le prix de 324 fr.; ily a cinq ans, elles eussent valu 20 à 25 fr. pièce. Enfin un très- joli vase ovoïde allongé, fond céladon vert jaunâtre, fabrique du seizième siècle, est allé, au prix effroyable de 520 fr., augmenter une collection de céramique chinoise très-riche, et fort peu connue, et qti m’a fait bien souvent commettre le péché d’envie.
C’est une singulière et exigeante conseillère que la mode. Il y a quarante à cinquante ans on eût expulsé au grenier ou vendu au poids du cuivre, la plupart des meubles qui figuraient dans la sixième vacation. Ils dataient en grande partie de l’époque dite Louis XVI. On sait au contraire combien de nos jours ils sont recherchés, sans qu’il y ait plus de mesure et de justice dans cet engouement que dans cette exclusion. Ainsi les deux candélabres, n” 5il, vendus
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i ,530 fr., et représentant des chiens en bronze porfant des lumières en cuivre doré et ciselé, étaient, il est vrai, d’une ciselure très-fine dans les détails, mais aussi, comme toutes les œuvres de cette époque, d’une forme, d’un contour tourmenté, sec et disgracieux. Il est difficile de voir rien de plus lourd que ces deux candélabres; c’est curieux, mais ce n’est pas beau. — Dans cette vacation un cabinet en ébène, travail italien, n“ 535, a été vendu 3,900 fr. ; un autre cabinet indien, n® 536, 1,260 fr. ; un coffre de mariage, n“537, 1,165 fr. ; une table à ouvrage, n®544, 1,100 fr. ; un paraventà six feuilles, n® 553, 815 fr.
C’est dans la septième et dernière vacation, comprenant les armes orientales et du moyen âge, que figuraient les plus belles choses. Cette réunion est, je ne dirai pas la plus complète, mais la plus riche que l’on ait vue passer depuis longtemps dans les ventes. Parmi les armes orientales je signalerai le magnifiquesabreàlame flamboyante, en damas noir chargé d’inscriptions persanes, n®663, vendu3,120 fr. ; deuxhacKes d’armes indiennes, n® 667-668, vendues 2,025 fr. ; un superbe poignard indien, n®^ 672, vendu 5,000 fr. et qui les valait tant par sa rareté que par le beauté et la richesse du travail ; un beau poignard birman, n* 679, vendu 1,100 fr. Dans les armes du moyen âge les amateurs se sont jetés sur
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une belle épée, n“ 614, adjugée à 850 fr. ; sur une * autre épée à deux mains, n” 615, qui a atteint 1,820 fr. ; sur une charmante carabine à rouet d’une rare élégance que M. Sampayo a emportée pour 1,050 fr. Un superbe pistolet italien à rouet, venant de la vente Irrison , a été porté jusqu’à 2,600 fr. Une hallebarde aux armes de Louis XIV a été adjugée à 441 fr. ; une autre hallebarde portant sur la lame le médaillon du Saint-Esprit a trouvé acquéreur à 310 fr. A propos de cette arme je ferai remarquer qu’elle était factice, c’est-àdire que la lame était, je le crois, bien authentique, mais qu’elle avait été placée sur une hampe dont le nœud en cuivre repercé à jour provient évidemment d’une crosse abbatiale du treizième siècle.
Le total de la vente a atteint 198,754 francs ; et, aux prix où montent actuellement les curiosités les moins curieuses, on peut assurer que celui-ci n’a rien d’exagéré. Au moment de terminer cet article, on me remet le catalogue de la vente du cabinet de M. Daugny, qui commencera demain 8, pour se terminer jeudi 11. Cette collection, moins complète que celle de M. Humann, est plus riche en émaux de Limoges et en intailles. L’exposition particulière a eu lieu hier, et l’exposition publique se fait aujourd’hui. Déliez vos bourses, vous tous que point le
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démon de la curiosité , vous avez à y puiser si vous tenez à emporter quelques objets de la vente Daugny.
Mars 1858.