‹ La cusinere mariee: folie-vaudeville en un acteChapitre 10 sur 22 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les MÊMES, BIBERLOT en cuisinière.

RIBERLOT, sortant de la chambre de madame l'etiigris; il est en costume de cuisinière. Votre servante... qui est bien la vôtre, monsieur, madame, mademoiselle...

Il fait la révérence.

VICTOIRE, à part. C'est lui !

j^me PETITGRIS, à part. Une femme! je respire. . .

PETITGRIS, s?i/pe/(it7. Quelle est cette jeune étrangère ?

VICTOIRE, embarrassée. Monsieur. . c'est. . .

BIBERLOT. Gertrude Catherine Perpétue Barbottin , amie de pension de mademoiselle Victoire et venant, avec votre

permission , monsieur, madame, mademoiselle... lui offrir un petit coup de main pour votre festin de ce soir... si j'en étais capable, monsieur, madame, mademoiselle...

PETITGRIS. Comment donc!... mais certainement pas vrai, Stasie? c'était pour

ça... {Regardant Victoire.) Elle est encore toute tremblante.

VICTOIRE, à part. A-t-il un front!...

BIBERLOT. Pauvre chatte!, c'est si simple, si timide, si innocent! {Bas à Victoire.) Scélérate!...

^me PETITGRIS. Mais, mademoiselle, que que faisiez-vous dans ma chambre ?

BIBERLOT. Faites excuse,, madame... his toire de desserrer un peu mon corset, quand je me mets à l'ouvrage. . .

PETITGRIS. Sans doute... sans doute...

Ah ça, je n'ai pas besoin de vous demander. . .

BIBERLOT. Gertrude Catherine Perj)étue. . .

PETITGRIS. Perpétue... je choisis Perpétue... ce nom me paraît très-doux à articuler... Je n'ai pas besoin de vous demander, jeune Perpétue, si vous avez servi dans de.; maisons un peu...

BIBERLOT. Je m'en flatte, monsieur... je m'en flatte! Victoire peut vous le dire... dans ce moment ici, telle que vous me voyez... je sors d'une place... d'une grande place... ou j'ai fait une cuisine comme jamais vou-j n'en avez mangé... sans vous offenser.

PETITGRIS. Vrai?

BIBERLOT. Victoire vous le dira...

VICTOIRE, à part. Je crois bien... sa purco au bitume.

PETITGRIS. Je suis sûr que votre dernier maître était au moins. . .

BIBERLOT. Une grande dame polonaise..^ la comtesse de Bitumiski...

PETITGR5S. Une comtesse !

MAGASIN THEATRAL

lîiRERLOT. Polonaise. . .

PETiTGRis. Polonaise. {À sa femme.) Je suis de plus en plus ravi, Stasie... nous allons avoir un banquet de Balthazar. . . et bien certainement nos deux grandes affaires. . . Allons , Victoire, conduis ton amie à tes fourneaux, et piquez-vous d'une noble émulation... et si je suis content de vous. . . ma foi. . . oui !

VICTOIRE. Quoi, monsieur?

PETiTGRis. Je porte la gratification à 500 francs.

RiRERLOT,àpar?. 500 francs !(£raM^.) Vous me verrez au feu. . . papa.

Il lui tape sur le ventre.

VICTOIRE, le grondant. Eh ben ?

PETiTGRis. oh! (Riant.) Ah! ah!... elle est très-gaie... j'aime ça.

Il lui pince le menton, M'"*" PETITGRIS , sévèrement. Adolphe!... PETiTGRis. oh ! pardon. . . Nastasie. . . oh ! pardon !...

BIRERLOT, à Victoire. Mon petit chou. . . auriez-vous un tabher de cuisine ?

VICTOIRE. Voilà.

Elle lui donne le tablier qu'elle avait quitté pour sortir, et dans la poche duquel est la lettre de Célestin.

PETiTGRis. Perpétue, je vous confie particulièrement notre canard aux olives. . . vous connaissez le...

BIRERLOT. Le canard aux olives... c'est mon fort. . . la comtesse de Bitumiski en mangeait tous les jours.

PETiTGRis. Ah ! elle aimait le... eh bien, vous nous accommoderez cela à la polonaise. . . hein ! (A sa femme. ) Quel effet ça va faire !. . .

BIRERLOT. Rien de plus facile.

PETiTGRis. Eh ! comment vous y prenezvous?

BIBERLOT. Pour le canard aux olives ?

PET iTGRis. A la polonaise. . .

BIBERLOT. A la polonaise?

PETITGRIS. Oui.

BIBERLOT. Vous voulcz le savoir?

PETITGRIS. Ça m'obhgera beaucoup.

RiBERLOT. Voilà cc quec'cst... vous prenez le canard.

VICTOIRE, à part. Il va barbotter...

RIBERLOT. D'abord et pour commencer. . .

VICTOIRE , le soufflant. Plumez , videz , flambez , et retroussez vos cannetons.

BIBERLOT, répétant. Plumez, videz, flambez, et retroussez vos caleçons.

PETITGRIS. Mes caleçons!

BIBERLOT. Si vous en portez.

VICTOIRE, soufflant. Cannetons... jeunes canards.

BIBERLOT. Jeune canard. . . caleçon. . .

PETITGRIS. Retrousser mes caleçons pour faire un canard aux ohves?

VICTOIRE, èas. Imbécile!

BIBERLOT, a/mn. Imbé... {Se rcpren' J.) Hein!

PETITGRIS. Ha! ha! ha! j'y suis...

BIBERLOT, bas à Victoire. Il a compris.

PETITGRIS. C'est-à-dire ceux de la volaille... de caleçons!... comme qui dirait la culotte, le croupion de cet oiseau de bassecour.

BIBERLOT. Pardine!

PETITGRIS. Ah! vous appelez ça caleçon aujourd'hui... je ne savais pas; pardon, je ne savais pas. . . et après ?. . .

BIBERLOT. Après?

VICTOIRE, soufflant. Faites un roux.

RIBERLOT. Faites la roue.

VICTOIRE, bas. Un roux !

BIBERLOT. La roue. . . Eh ! oui. . . la roue. . . dans. . . dans. . . votre casserolle. . .

PETITGRIS. Hein!!!

BIBERLOT. Pour toumer , tourner, tourner. . .

Il fait le geste de tourner une sauce.

PETITGRIS, comprenant. Ah !

RIRERLOT, impafî'enfe. Ah! après tout...

vous goûterez mon ragoût quand il sera confectionné.

PETITGRIS. C'est juste... d'ailleurs nous n'avons pas le temps. {Regardant à sa montre.) Une heure, diable ! chaud ! chaud ! mes enfants, à l'œuvre. . . Amanda, ettoi, Stasie, le dessert vous regarde. . . moi je descends à la cave. Victoire, prenez le rat.

VICTOIRE. Oui, monsieur.

PETITGRIS. Ah ! Perpétue , je vous recommande particuUèrement. ma crème au chocolat.

BIBERLOT. c'est mou fort.

PETITGRIS. Et surtout... surtout ce homard que j'ai acheté chez Chevet.

BIBERLOT. oh ! le bel homard !

PETITGRIS. Vous m'aiTangercz ça un peu... là, vous savez...

BIBERLOT. Suffit, c'est cucorc mon fort.

PETITGRIS. Et une autre fois, quand nous aurons le temps, vous me montrerez la manière de retrousser les caleçons et de faire la roue.

jyjnu PETITGRIS, sévèrement. Mais, Adolphe !

PETITGRIS. Dans une casserole, bibiche, oh ! dans une casserole. . .

M""' PETITGRIS, à part. Cette cuisinière m'est suspecte.

Air : Vaudeville des chemins de fer.

PETITGRIS.

Que pour le repas tout s'apprête, C'est vraiment un de nos grands jours, Et je Veux que de cette fête Au Marais l'on parle toujours.

BIBERLOT.

Ce que je sais faire en cuisine,

LA CUISINIERE MARIEE.

Moi je vais vous le prouver, là, D'vant le feu de votre cantine; J'en ai vu de plus forts que ça !

ENSEMBLE

Que pour le repas tout s'apprête, C'est vraiment un de nos grands jours , Car il faut que de celte fête, Au Marais l'on parle toujours.

Petitgris sort par le fond, iU""* PelUgris entre dans sa chambre, Amanda entre dans la salle à manger.

VV\'V/\'V-»<WVMVVV\/VW«/\\W<VWV\VA»/V\-W/W W/WV» /\'\V\ (V\'V\/\VV\/VVV\

Page 1