‹ La cusinere mariee: folie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 22 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

BIBERLOT, VICTOIRE.

Biberlot fait des gestes de moquerie à Petitgris, qui est sorti.

TICTOIRE, elle va à ses fourneaux. Mettons bien vite tout ça sur le feu; il s'agit de gagner la gratification.

Elle travaille activement.

BIBERLOT, se croisant les bras. Et maintenant... à nous deux, femme Biberlot.

VICTOIRE. En v'ià un qui m'a fait faire du mauvais sang.

BIBERLOT. J'espère que nous allons avoir une fameuse explication.

VICTOIRE. Une explication! ah! ben, oui! avec ça que j'ai le temps.

BIBERLOT. Nous le prendrons... et pour commencer tu vas me dire. . ,

PETITGRIS , appelant du dehors. Victoire !

VICTOIRE. Oui, monsieur... Là, v'iàle principal en train... tu n'as qu'à surveiller... souffle le feu, épluche ces légumes... râpe ce chocolat. . . et dans cinq minutes tu mettras les olives dans le canard... voilà le bocal.

Elle lui montre les bocaux.

BIBERLOT. Je veux avant cjue tu m'expliques. . .

PETITGRIS, du dehors. Victoire donc!...

VICTOIRE, allumant un rat de cave. On y va...

BIBERLOT. OÙ ça? où ça? où ça?...

YICTOIRE. A la cave.

BIBERLOT. A la cave avec ce vieux singe ?

VICTOIRE. Eh ! non ! avec ce rat.

PETITGRIS, du dehors. Voyons donc, que diable ! voyons donc !...

VICTOIRE. Voilà ! voilà ! monsieur.

Elle sort en courant.

BIBERLOT, la suivcmt jusqu'à la porte.

Victoire, je ne veux pas, je te défends... Sapristi ! elle y va, dans une cave, dans un souterrain avec ce Petitgris qui m'a pincé le menton. [Gesticulant avec une carotte comme avec un poignard. ) Sapristi ! après ça il est bien laid... et ma femme qui a du

goût... en sa qualité de cuisinière... étouffons ma jalousie jusqu'au moment des explications^ et soignons les ratatouilles... je veux que ce j repas lui fasse honneur. (// souffle le feu.)3{' n'ai jamais appris la cuisine... mais ce serait i bien le diable quand on a fait cuire des places I publiques... si on ne savait pas. . (Asfnrant ' par le nez. ) Bon ! voilà le canard qui brûle. . . j {Il prend la casserole et le fait sauter.) Je \ crois que c'est le moment d'y fourrer les ma- ! chines... {Il vide un bocal dans la casserole I et tourne ovec une cuillère.^ J'en ai peutêtre trop mis. . . Bah ! ça fait qu'il en restera. (7/ replace la casserole sur le fourneau et prend le homard.) Et quant à ce jeune criquet en manches de veste de ce matin... Crédié! le bel homard!... Possible cjue j'ai mal entendu ce qu'il lui disait... quoicjue pourtant. . . Comment donc que ça s'arrange ce poisson-là? je n'en ai jamais mangé. Je vas toujours le vider... le poisson ça se vide, c'est connu. (// se, met à curer le homard.) Le bourgeois sera joliment content... Elle reste bien longtemps à la cave, ma femme ! c'est égal. . . elle m'a dit je t'aime. . . je te suis fidèle, et je veux la croire a» aveugle. {Il met la main dans lapochedesnn tablier de cuisine.) Tiens, qu'est-ce que c'est que ça? un papier dans la poche de ma femme... une lettre rose. ..{La sentant. ) Parfumée à la cannelle.., c'est du petit gueux en manches de veste, je suis refait... (Il décacheté ) Voyons ce que le scélérat ose lui marquer... {Cherchant à lire.) Heeeeee... nqi ! ce n'est pas de ce côté... (// retourne la lettre.) Un cœur flambant ! embroché d'une flèche ! gueusardî et, dire qu'il sait écrire... et que moi je ne sais lire qu'au moyen d'un écrivain public.

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