‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 21 sur 94 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OLGA, debout; MENZIKOFF, assis à droite. OLGA.

Vous voyez bien, mon père, que les politiques les plus habiles ne peuvent répondre des événemeuts... que les ministres même se trompent! Vous étiez certain, il y a quinze jours, que monsieur le comte Sapieha devait partir le lendemain pour la France, et il est encore ici, à Péteroff.

MENZIKOFF, d'un air sombre .

Oui!

Et il a accepté la clef de chambellan qu'il avait refusée d'abord!...

MENZIKOFF, de même.

Oui!

OLGA

Et depuis quinze jours il paraît presque tous les soirs au cercle de l'impératrice, ce qui nous plaît beaucoup, à nous autres demoiselles d'honneur ! surtout quand il raconte des anecdotes de la cour de France ! c'est si amusant! Il parlait hier du roi Louis, un czar qu'on appelait aussi le Grand.,, mais bien plus aimable que le nôtre...

MENZIKOFF

Silence !

OLGA

Et de mademoiselle de La Vallière, une pauvre demoiselle d'honneur qu'il adorait... cela nous intéressait toutes ; et de monsieur de Lauzun, un de ses favoris, si élégant, si brillant!... Ces

dames se disaient tout bas que monsieur de Sapieha lui ressemblait !

MENZIKOFF

Et toi?

OLGA

Moi ! je ne disais rien ! Vous m'avez défendu de lui parler, et même de le regarder... j'y fais mon possible. Mais pourquoi?... je vous le demande!...

MENZIKOFF, se levant et passant à gauche.

Parce qu'il le faut.

OLGA

Il doit me prendre pour une ingrate et surtout pour une sotte, ce qui est très-désagréable !

MENZIKOFF, avec impatience.

Qu'importe? puisque tu ne peux être à lui ! puisqu'il ne peu t' épouser... Crois-moi, mon enfant, je n'en suis que trop certain.

OLGA

Oui, mon père! Mais vous vous étiez déjà trompé une première fois , sur son départ ! vous pourriez bien vous tromper encore cette fois...

MENZIKOFF

Non!... Et je t'en conjure, Olga, ne parlons pas de lui... (Après un instant de silence.) Comment la czarine est-elle pour toi?

OLGA

La plus gracieuse du monde. . . elle m'accable de bontés , m'a donné le titre et le rang de première demoiselle d'honneur. Le jour je ne la quitte pas ! et la nuit j'habite près d'elle... dans le pavillon du Sud... Je suis la seule... aussi j'excite déjà l'envie de toutes les autres dames, qui prétendent que là, comme ailleurs, notre famille envahit toutes les places. Et moi, je me fais petite et modeste pour me faire pardonner ma faveur... et la vôtre !

MENZIKOFF

Et dis-moi, Olga, puisque tu ne quittes pas la czarine, as-tu remarqué quelque changement dans son caractère et dans son humeur?

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