‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 80 sur 94 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

LE CZAR

Tant que tu ne m'auras pas donné de ces gages qui ne permettent plus le retour...

Parlez?...

LE CZAR

Tu rompras d'abord ouvertement avec tous les officiers de la flotte et de l'armée qui, dans leurs sourds mécontentements, trouvent en toi un appui et te regardent comme leur chef! c'est toi qui provoqueras leur condamnation ou leur exil... Tu me présenteras, dès demain , le décret... je le signerai.

MENZIKOFF, froidement .

Leurs noms?...

LE CZAR, allant prendre un papier sur le bureau.»

Les voici... Ah!... (Écrivant.) J'y joindrai celui de Villerbeck.

MENZIKOFF

Qu'a-t-ilfait?...

LE CZAR

Je doute de lui! (Regardant Menzikoff.) Et celui dont je doute est déjà coupable !

MENZIKOFF, froidement.

Si vous attendiez qu'il le fût réellement?...

LE CZAR

Il serait trop tard...

MENZIKOFF, réfléchissant.

Je vois alors qu'il faut se hâter !

LE CZAR, vivement.

N'est-ce pas?... Malheur et mort aux ingrats!

MENZIKOFF, avec force.

Vous avez raison, Sire, mort aux ingrats !

LE CZAR

Je les punirai tous !... à commencer par celle que mon amour a élevée jusqu'au trône et que sa trahison en fait descendre... Sapieha, ton gendre et son complice... je le sais... Sapieha qui ne veut rien avouer... expiera demain son audace... quant à celle qui

est plus coupable encore que lui... je ne veux pas que sa tète tombe sous le glaive de la loi.

MENZIKOFF, vivement.

C'est bien , Sire !

LE CZAR, lentement.

Il ne me convient pas de venger une offense par un éclat qui rejaillirait sur l'offensé. La punition, quoique méritée, ne doit pas apparaître au grand jour, et la justice est aussi juste et plus sûre... dans l'ombre...

MENZIKOFF, de même.

Quelles sont donc les intentions de Votre Majesté?...

LE CZAR, froidement.

Lors du procès d'Alexis... tu ne m'as pas fait cette question, (Avec ironie.) je pouvais alors compter sur toi!... Oui, quand un souverain a près de lui un ami véritable... un ami dévoué... celuici, dans son zèle intelligent... devine la pensée du maître, ne lui demande pas d'ordre et exécute ceux même qu'on ne lui a pas donnés... Ainsi moi, qui suis ton ami, j'ai compris, au sujet de ta fille , ce que tu veux , ce que tu désires ; tu n'as plus besoin de m'en parler, et elle partira pour Tobolsk ou restera à Saint-Pétersbourg, selon que tu le voudras!...

MENZIKOFF, froidement.

J'ai compris, Sire...

LE CZAR , de même.

Bien ! Voici l'heure de la revue, et mes soldats n'ont pas l'habitude de m'attendre. Adieu !... (il prend sur le bureau son chapeau et sort par la porte du fond.)

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